Laurine, future prof d’anglais, a plusieurs cordes à son arc

Après des études universitaires en anglais, vous faites le choix de la préparation d’un Master MEEF. Quelles sont vos principales motivations pour intégrer l’ESPÉ et devenir enseignante ?

Dès mon plus jeune âge, j’ai développé mon intérêt pour l’apprentissage des langues étrangères. L’anglais fut à l’origine de ma première approche avec les langues. Dès lors, cette matière a été celle de prédilection durant toute ma scolarité. C’est cliché, mais cependant vrai : j’ai toujours, depuis aussi loin que je m’en souvienne, voulu être enseignante. Il était important pour moi que de partager le goût de l’apprentissage d’une langue, mais surtout : le goût d’apprendre, tout simplement. Alors, quoi de mieux que de réunir la matière qui m’a toujours animée avec un rêve de petite fille ?

Vous effectuez un stage de pratique accompagnée dans la classe de CM d’une école rurale. Que retenez-vous de cette expérience pédagogique ? Quels atouts voyez-vous pour enseigner à la campagne ?

La-dite école était exclusivement composée d’une classe à double niveau CM1 et CM2. Les élèves présentaient des formes dys, incluant dyslexie et dyspraxie. Cela m’a amenée à mettre en pratique la pédagogie différenciée. C’est une méthode d’apprentissage qui privilégie les besoins et possibilités de l’enfant, en s’adaptant à lui afin de lui proposer des supports et outils spécifiques. La différenciation me tient à cœur car elle reste pour moi l’une des clés pour un apprentissage égalitaire pour chaque élève, lui permettant de progresser à son rythme.

Enseigner en territoire rural implique, selon moi, une confiance venant des familles qui favorise une sérénité chez l’enfant. La connivence parent-professeur permet un climat de bienveillance. Cela induit une relation d’écoute et de convivialité. Ce sont des points non négligeables pour le sentiment d’appartenance de l’élève vis-à-vis de l’école, ce cercle vertueux devenant une source de motivation pour l’élève face à la structure scolaire.

Pendant deux mois, vous découvrez une frange du système éducatif canadien. De quelle façon ? Quelles différences vous ont frappée avec le fonctionnement de l’école française ? Quels enseignements en tirez-vous pour votre pratique professionnelle ?

J’ai eu la chance de pouvoir partir au Canada lors de ma dernière année de master. J’ai alors enseigné en tant que professeur des écoles à Spring Park School, sur l’Île du Prince Édouard, au nord de la Nouvelle-Écosse. Bien que ce soit une petite province où le français est peu parlé, l’école proposait un cursus d’immersion français. Ce programme prend effet de la maternelle et dure jusqu’au collège. Pour ma part, j’étais en charge de la première année de maternelle, ce qui correspond à la grande section en France. Malgré le fait que les élèves n’ont l’équivalent que d’une seule année avant le cours préparatoire, ils terminent leur première année en sachant lire, écrire, et compter. Ce qui est impressionnant, d’autant plus quand il s’agit de compétences acquises dans deux langues. L’enseignement des matières fonctionne beaucoup par centres/ateliers tournants. Je me suis totalement retrouvée dans cette méthode qui rend les élèves incroyablement autonomes dès leur plus jeune âge. C’est une pratique que j’ai conservée mise en place lors de mon enseignement dans le secondaire et post-bac.

Vous ajoutez la vie scolaire comme une corde à votre arc en devenant assistante d’éducation dans un lycée général et technologique. Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans cette fonction ? En quoi est-elle, pour vous, complémentaire de celle d’enseignante ?

Être assistante d’éducation permet de voir l’élève sous un tout autre angle. Il est, je trouve, très intéressant de se rendre compte ce qu’il se passe en dehors de la salle de classe. L’élève est un individu à part entière avec ses idées, ses passions, ses craintes qui lui sont propres. Avoir rejoint la vie scolaire m’a permis de trouver le bon équilibre entre fermeté et tolérance.

Quand on devient assistant d’éducation, nous n’avons pas la même relation avec les élèves. que lorsque nous enseignons. Ainsi, découvrir les différents rouages d’un établissement scolaire est essentiel afin d’adapter son comportement aux situations auxquelles nous pouvons faire face.

Vous acceptez la mission de formatrice d’anglais au sein de l’UIMM (Union des industries et Métiers de la métallurgie) de Franche-Comté. Quelle est l’originalité de cette approche en milieu professionnel ?

J’ai fait ma rentrée en 2020 à l’UIMM, qui s’apparente à un lycée professionnel. Je suis en charge de CAP, BAC et BTS sur deux pôles en Franche-Comté. Ayant toujours eu comme première approche des élèves de maternelle et primaire, la découverte du secondaire s’est avérée incroyablement enrichissante. Le défi à relever était de valoriser une discipline générale en tenant compte de l’intérêt des élèves. L’objectif étant de progresser en suscitant le côté ludique qu’offre l’apprentissage d’une langue étrangère à travers la culture, les anecdotes, l’histoire, la géographie, les arts, et les actualités.

L’école vient tout juste d’être équipée d’une salle de classe insonorisée et décloisonnable composée de différents espaces : îlot, informatique, mange-debout, table ronde,… Un paradis pour une fan d’ateliers tournants autonomes telle que moi ! Une chance, lorsqu’on débute, d’avoir à disposition autant d’outils pédagogiques à exploiter.

Que souhaitez-vous partager de vos centres d’intérêt, vos passions ?

Le sport a depuis quelques années maintenant une place centrale dans mon quotidien. Parmi les quelques disciplines sportives que je pratique, c’est le body-combat que j’affectionne tout particulièrement. Outre le fait de pouvoir évacuer, c’est le dépassement de soi et les rapides progrès qui m’attirent le plus.

Pour aller plus loin dans cette lancée, j’ai décidé de m’engager dans la réserve en gendarmerie. À cet égard, je réaliserai ma préparation militaire cette année. J’ai besoin de me prouver que je suis capable d’aller toujours plus loin, et mon goût de l’aventure me pousse à vouloir découvrir de nouvelles expériences enrichissantes.

Laurine Grosjean

Le parcours de Céline enseignante d’histoire-géographie-EMC

Comment expliquez-vous que votre projet de devenir enseignante était déjà présent depuis votre enfance ?

J’ai toujours voulu devenir enseignante, petite je jouais à la maîtresse comme beaucoup d’autres enfants je suppose. Et puis au fil des années, mon projet s’est étoffé et je me suis très vite tournée vers la littérature et les sciences humaines. Ce que j’aime dans le fait d’être enseignante c’est d’apprendre plein de choses et surtout de les retransmettre à mon tour.

Après le baccalauréat, vous entrez en faculté des lettres et sciences humaines à Nancy. Vous faites le choix d’études supérieures en histoire-géographie. Qu’est ce qui est à l’origine de votre spécialisation en licence pour l’histoire antique ?

Je me suis spécialisée en histoire ancienne en 3ème année de licence du fait de mon parcours scolaire que je dois surtout à mon père. J’ai fait du latin et du grec ancien au collège puis au lycée. J’adore à la fois la rigueur que cette période de l’histoire nous impose mais aussi la culture et la civilisation antique. Donc en 3ème année quand il a fallu faire un choix j’ai choisi l’histoire ancienne non seulement parce que c’était facile pour moi ayant déjà des bases en latin et en grec mais aussi parce cette partie de l’histoire reste le fondement de notre civilisation et de notre langue. J’aime beaucoup expliquer aux élèves l’origine des mots, la mythologie et ce qu’il reste encore aujourd’hui en termes de traces archéologiques de ce passé pourtant lointain.

À quel moment de votre parcours avez-vous montré une réelle motivation pour la géographie ? Comment vous y prenez aujourd’hui pour sensibiliser vos élèves à cette discipline ?

Depuis la licence je fais de la géographie (quasiment autant d’histoire que de géographie) mais j’ai vraiment apprécié la géographie et tout ce qu’elle représente en master. N’étant pas la matière dans laquelle je me sentais le plus à l’aise je l’ai peut-être plus travaillé. Il faut aussi dire que j’ai eu la chance d’avoir des enseignants-chercheurs passionnés avec qui je suis restée en contact et qui m’ont fait apprécier cette matière souvent peu/mal connue. Les préjugés que j’avais les élèves les ont aussi. Mon objectif est donc de leur faire comprendre l’intérêt de la géographie afin de comprendre le monde actuel. J’essaie le plus possible de les faire voyager autour d’études de cas multiples et d’utiliser les réflexions géographiques pour leur faire comprendre l’actualité (géopolitique, aménagement du territoire etc). Avoir un esprit critique est essentiel dans notre monde actuel et c’est le rôle, à mon sens, de l’histoire-géographie.

Vous avez mis en œuvre le projet transversal « raconte ta ville » impulsé par le réseau Canopé. Pouvez-vous développer les grandes lignes de cette démarche ? En quoi ce projet vous a-t-il amené à diversifier vos approches pédagogiques ? Pour quels résultats ?

Le projet « raconte ta ville » est un projet à l’échelle nationale dont le but est de faire réfléchir les élèves sur la ville de demain sous forme d’un webdoc. Ce projet s’inscrivant dans le programme de 6ème, ma collègue professeure-documentaliste et moi-même avons décidé de nous lancer dans cette aventure. Les élèves ont dû imaginer la ville de Luxeuil-les-Bains dans le futur autour de 4 axes liés au développement durable (se nourrir, se loger, travailler, se divertir). Nous avons donc fait un état des lieux de la ville de Luxeuil-les-Bains et grâce à des recherches documentaires les élèves ont créé la ville qu’ils voulaient avoir dans le futur. Cela a été un travail de longue haleine mais les élèves ont pu ainsi découvrir une branche de la géographie qu’on appelle la géoprospective, ils ont acquis des compétences concernant la recherche documentaire. Nous avons eu aussi la chance de travailler avec ma collègue de français (rédiger l’histoire et la description de leur projet) et d’initier les élèves au monde de la radio avec l’enregistrement de leurs voix. C’était un projet transdisciplinaire qui montre que les connaissances ne doivent pas être cloisonnées.

On peut voir le webdoc ici, et des interviews sur le projet .

Parallèlement à votre fonction d’enseignante, vous avez été élue conseillère municipale de votre village des Vosges. Pourquoi relever ce défi citoyen ? Envisagez-vous un jour la responsabilité de maire ?

Plus jeune je faisais partie du conseil des jeunes de ce même village, j’ai toujours aimé participer à la vie de mon village. Je me sens concernée par ce village car ma famille s’y est implantée depuis plus d’une centaine d’années. Quand l’équipe m’a demandé de participer au futur conseil municipal j’ai trouvé que c’était une suite logique dans mon engagement citoyen. De plus, je suis également enseignante d’EMC, quoi de mieux que de connaître les institutions de l’intérieur pour les expliquer aux élèves. Cependant je n’envisage pas de me présenter un jour aux fonctions de maire car c’est une fonction avec de lourdes responsabilités. Par contre travailler en tant qu’élue au sein des intercommunalités pourquoi pas (je garde toujours un lien avec la géographie et l’aménagement du territoire finalement).

Comment voyez-vous l’évolution de votre carrière ? Où et dans quelle peau professionnelle vous voyez-vous dans 15 ans ?

Dans le futur j’aimerais passer l’agrégation apprendre et acquérir de nouvelles connaissances est vraiment quelque chose que j’aime. Ce que je souhaite c’est rester à jour sur le plan scientifique afin d’en faire profiter les élèves. Apprendre de nouvelles façons d’enseigner me semble important car aujourd’hui nous avons un public de plus en plus varié et notre objectif est de répondre aux différentes formes d’intelligence des élèves. Pourquoi pas me former pour former à mon tour les futurs enseignants et préparer les étudiants au CAPES, c’est quelque chose qui en effet me plairait bien.

Céline BIHR, enseignante d’histoire-géo dans le 70

La littérature jeunesse, une bouffée d’oxygène !

En matière de parcours universitaire, Agnès a derrière elle un DEA de Sciences du langage (l’équivalent aujourd’hui du Master 2), et quelques expériences dans l’enseignement, en matière d’alphabétisation pour adultes, de cours de Français Langue Etrangère (FLE) pour les étudiants, ou encore à des ados malentendants. Elle a ensuite passé le CAPES de Documentation puis effectué plusieurs remplacements dans différents établissements avant d’obtenir un poste fixe en 2002 dans un collège de Vandoeuvre-lès-Nancy, en éducation prioritaire. Le SE-Unsa est allé à sa rencontre pour discuter « littérature de jeunesse ».

Quelle place la littérature jeunesse a-t-elle dans ta vie ?

Une place importante. C’est une bouffée d’oxygène ! Je l’ai découverte quand j’étais stagiaire documentaliste et elle ne m’a plus lâchée ! Puis j’ai continué à la fréquenter dans mon travail, dans mes loisirs, avec mes enfants…

Comment t’est venue l’idée d’écrire pour la jeunesse ?

Naturellement, au contact de tous les titres que j’ai lus. J’avais envie de participer à cette aventure extraordinaire des livres pour la jeunesse. Je ressentais le besoin de raconter mes propres histoires, particulièrement sur des sujets qui me tiennent à cœur (l’amitié, l’amour, le handicap, la différence …) et je souhaitais ouvrir les jeunes au monde, leur faire aimer la lecture.

Quels sont tes auteurs jeunesse préférés ?

Marie-Aude Murail, depuis toujours. J’ai eu la chance de la rencontrer dans le cadre de mon métier.

Comment as-tu concilié tes deux activités d’écriture et de prof doc ?

L’écriture reste pour moi un plaisir, une passion. J’ai pour habitude de séparer les deux activités. Ainsi, je n’écris pas sur mon lieu de travail. Mais elles sont néanmoins liées. Mon métier de professeure-documentaliste en collège m’a permis d’apprendre à connaître la spécificité et la variété de la littérature jeunesse. Il arrive aussi que certains de mes élèves soient une source d’inspiration !

Peux-tu nous dire un mot sur le livre que tu as écrit ?

« Anaïs » est l’histoire d’Aurélien qui, pour crâner devant les copains, s’invente une amoureuse. Mais ses amis ne le croient pas et ils veulent absolument la rencontrer ! Aurélien va donc devoir trouver une fille qui accepte de jouer le rôle de sa copine juste pour une journée… Je vous laisse lire le livre pour découvrir la suite ! C’est une histoire destinée aux enfants à partir de 6 ans, publiée aux Editions Kilowatt dans la collection Les Kapoches, superbement illustrée par Suzy Vergez.

Comment ce livre est-il né et que s’est-il passé ensuite ?

J’avais commencé cette histoire il y a quelques années et je l’avais laissée inachevée. Puis en 2017 j’ai repris le texte, je l’ai modifié et terminé. J’ai envoyé mon manuscrit aux Editions Kilowatt et il a plu à l’éditrice. À sa demande, j’ai effectué un travail de réécriture car le texte était trop court pour la collection. Puis l’éditrice a choisi une illustratrice et le livre a été publié en novembre 2018. J’ai ensuite eu l’immense plaisir de participer en tant qu’auteure au Salon du Livre sur la Place en septembre 2019 à Nancy, puis au Salon du Livre des Auteurs Lorrains en mars 2020 à Villers-lès-Nancy.

Que retiens-tu de cette expérience ?

Elle a été très enrichissante. Cela représente beaucoup de travail, de doutes, mais aussi beaucoup de joies, d’émotions et de rencontres inoubliables. Car écrire et se faire éditer, c’est aussi une aventure humaine incomparable. Publier l’une de mes histoires et participer au Livre sur la Place était mon rêve. Je l’ai réalisé. Mais j’aimerais pouvoir renouveler l’expérience !

As-tu eu l’occasion de faire du lien entre cette expérience d’auteur et ton métier de prof doc ?

Oui, avec une classe de quatrième. J’ai utilisé cette expérience pour montrer aux élèves le parcours d’un livre, du brouillon en passant par le manuscrit, pour aboutir à l’objet final.

Continues-tu à écrire ?

Oui, j’écris régulièrement, même si ce n’est pas aussi souvent que je le souhaiterais. Le temps me manque, parfois. J’écris des textes pour les enfants (albums, petits romans) mais aussi pour les ados. Ils n’attendent plus qu’un éditeur pour être mis à disposition des petits et grands lecteurs !

Crédit : Illustrations de Suzy Vergez

Formatrice FLE, AED en atelier relais… le parcours d’Hélène

Durant votre Master en FLE (Français Langue Etrangère), vous avez mené un atelier sur le thème « École et Parentalité ». Quel était l’objectif de cet atelier et comment les séances étaient-elles organisées ?

Cet atelier sociolinguistique mis en place sur trois quartiers de Besançon avait pour but de permettre aux stagiaires allophones et analphabètes d’entrer dans l’écrit via le thème de l’école et de la parentalité. En binôme, nous avons conçu une programmation durant 3 mois, à raison de deux demi-journées par semaine dans chaque quartier.

Il y avait donc un double objectif, celui de l’apprentissage de la langue, notamment écrite, et la connaissance du système scolaire français. Il s’agissait de permettre aux parents de participer activement à la scolarité de leurs enfants et tenter de réduire les risques de décrochage scolaire chez les élèves de familles issues de l’immigration. Pour cela nous avons utilisé des documents authentiques (carnets de liaison, documents informatifs) pris dans les établissements scolaires fréquentés par les enfants des stagiaires. Nous avons travaillé la phonétique et la graphie à partir du vocabulaire scolaire (les matières enseignées, les fournitures…).

Dans la continuité de vos études universitaires, votre première vie professionnelle s’est déclinée comme formatrice FLE et formatrice conseil au sein de plusieurs organismes de formation. Lesquelles ? En quoi consistaient principalement vos missions ? Comment s’est terminée cette aventure ?

J’ai très vite commencé à travailler en tant que formatrice conseil en Français Langue Etrangère, auprès de publics primo-arrivants dans le cadre de formations CAI (Contrat d’Accueil et d’Intégration) devenues aujourd’hui CIR (Contrat d’Intégration Républicaine). Cette formation est obligatoire pour les personnes étrangères arrivant sur le sol français. Il s’agit d’amener les stagiaires à un niveau A1, par le biais de thèmes tels que le logement, la santé, le travail, l’école, la culture. Ces formations doivent permettre, au-delà de l’apprentissage de la langue française de s’approprier les savoirs-être et les connaissances nécessaires pour vivre en France. La mission est ici de répondre à la demande de l’Office Français de l’Immigration et d’Intégration tout en prenant en compte les besoins et attentes des stagiaires.

Toujours en tant que formatrice FLE j’ai eu en charge divers ateliers sociolinguistiques, de réinsertions, cette fois le public était composé de personnes résident en France depuis plusieurs mois, années, voire décennies. Le but de ces ateliers est l’apprentissage de la langue, en particulier l’écrit, au travers de sortie dans des lieux tels que les bibliothèques, la Poste, la Caf… des ateliers cuisine, des récits de vie…

J’ai aussi été en charge de groupes en DFL (Dispositif de Formation Linguistique), pour préparer les stagiaires ayant fait leurs heures obligatoires (CIR) au Diplôme En Langue Française (DELF) du niveau A1 au niveau B2.

La particularité de ces différents dispositifs est l’hétérogénéité des publics, tant par leur niveau que par leur langue maternelle et leur date d’arrivée en France.

Dans une moindre mesure j’ai aussi travaillé pour le CREEDEV (Centre Régional d’Enseignement et d’Education Spécialisés pour Déficients Visuels) de Besançon en tant qu’assistante socio-éducative auprès de jeunes non et malvoyants. Mais aussi comme formatrice conseillère en insertion professionnelle en charge de la formation « élaboration de projet professionnel ».

Au fil des années j’ai exercé mon métier de formatrice dans divers centres de formation et associations, ce qui m’a permis de connaitre les différentes actions existantes dans le domaine du FLE. C’est alors que j’ai eu envie de changer de métier, de me réinventer. J’aime transmettre, accompagner, me sentir utile aux stagiaires.

Vous exercez actuellement comme assistante d’éducation dans un collège de Haute-Saône où l’on vous a proposé un poste à profil au sein d’un ateliers-relais. Quel public accueillez-vous au sein de ce dispositif ? Comment définiriez-vous le travail éducatif mené avec les élèves ?

J’ai donc postulé pour être assistante d’éducation à la rentrée 2020. J’ai eu la chance de me voir proposer un poste à profil, à 60% en atelier relais, en binôme avec l’enseignant référent de l’atelier. J’ai découvert le public adolescent en difficulté. Difficulté scolaire, sociale, psychologique et émotionnelle. L’atelier relais accueille des élèves en rupture/décrochage scolaire. Les causes de ce décrochage sont multiples. Certains élèves ont « juste » des problèmes d’absentéisme qui créent un retard dans les apprentissages, d’autres de comportement (violence physique, verbale). Certains paraissent même souffrir de troubles du comportement.

A l’atelier relais nous essayons de comprendre l’élève dans son individualité, les raisons de son comportement, de relever les indices qui permettent d’anticiper le point de rupture, de trouver des solutions avec lui pour éviter d’en arriver là, ce qui n’est pas toujours possible dans un groupe classe de 25. Il s’agit ici d’apporter un cadre, d’amener les élèves à renouer le dialogue avec les adultes référents, l’autorité, mais aussi avec les apprentissages dans le but qu’ils réintègrent leurs établissements d’origine de manière sereine, pour eux comme pour l’équipe pédagogique et éducative. Il ne s’agit pas là de remettre à niveau les élèves qui ont des lacunes ou du retard, mais de travailler sur les comportements individuels et au sein du groupe classe. J’aime beaucoup l’approche pluridisciplinaire que nous adoptons à l’atelier, les dimensions psychologique et sociale se mêlent à la dimension éducative et pédagogique de l’enseignement ordinaire. Il y a une fonction d’apaisement de l’enseignant/accompagnateur qui est très intéressante.

Cette expérience m’a donné envie de poursuivre ma carrière professionnelle auprès des enfants et adolescents à besoins éducatifs particuliers.

Pourriez-vous nous faire partager le portait d’un élève que vous avez suivi et nous décrire l’accompagnement dont il a bénéficié ?

Nous avons rencontré des profils très différents au sein de l’atelier relais. Un des élèves que nous appellerons Antoine a particulièrement marqué mon esprit. Antoine, élève de 5ème parait avoir des difficultés à entrer dans les activités pédagogiques, il met en place diverses stratégies d’évitement pour ne pas les faire. Il embête ses camarades en les regardant de manière insistante et moqueuse, leur fait des doigts d’honneur sans qu’on le voit, fait du bruit avec sa chaise ou ses pieds, se déplace pour prendre un Rubik’s cube, demande sans cesse quand est ce qu’on va en récréation, qu’on joue au Uno… Lorsqu’on le reprend, il entre « en crise ». Il se mure dans un silence sans fin, on ne parvient même plus à établir un contact visuel avec lui. La seule chose qui semble l’apaiser c’est les écrans : la tablette ou l’ordinateur. Dans son établissement d’origine il apparait que lorsqu’il fait une crise ou qu’il refuse de faire une activité, on lui donne sa tablette pour « avoir la paix ». Pour éviter qu’il ne perturbe trop les autres élèves dans leurs activités pédagogiques nous lui créons un espace en retrait des autres. Nous l’autorisons à garder un Rubik’s cube à sa table. Nous l’accompagnons dans toutes ses activités pédagogiques, il a un besoin constant de la présence rassurante de l’adulte. Nous la lui apportons autant que faire se peut. Nous limitons son accès aux écrans petit à petit. Nous étions d’accord sur le fait qu’Antoine devrait avoir un suivi spécifique, son attitude relevant du trouble du comportement. Grâce à la persévérance de l’enseignant de l’atelier relais auprès de l’équipe éducative de l’établissement d’origine d’Antoine et de ses parents, Antoine a bénéficié d’une seconde session à l’atelier relais, et de la mise en place d’un GEVASCO pour une prise en charge adaptée à son profil.

En appui à votre pratique professionnelle, vous manifestez de l’intérêt pour diverses lectures liées à votre champ de compétences. Quelle est celle qui a récemment retenu votre attention ?

J’ai récemment lu le mémoire d’une avocate qui est devenue enseignante en ITEP (Institut Thérapeutique éducatif et pédagogique). Cette lecture a retenu mon intention car les profils des élèves dont elle fait la description sont similaires aux profils de certains des élèves accueillis à l’atelier relais. Y sont décrits des enfants/adolescents qui sont en recherche de limites, qui attaquent le cadre, refusent d’entrer dans les activités bien souvent par le rejet et les insultes ; des enfants qui ont été mal-maternés, mal-construits, qui se cachent derrière une carapace agressive ; qui ont recours à des stratégies d’évitement comme une extrême lenteur, une grande agressivité envers les autres et/ou l’équipe pédagogique, de l’excitation extrême… des enfants psychiquement et émotionnellement indisponibles pour les apprentissages.

Votre passé de formatrice revient au galop avec le projet de transmettre vos savoir-faire aux personnels non-titulaires de votre bassin d’éducation. Quelles sont vos motivations pour un tel projet ?

J’ai toujours aimé mon métier de formatrice : transmettre des savoirs (être, faire), accompagner les stagiaires, les élèves dans l’acquisition de compétences, concevoir des ressources pédagogiques, une progression, adapter mes pratiques pédagogiques à mon public… tout cela fait partie de moi. Mes multiples expériences professionnelles m’ont amenée à un certain degré d’expertise concernant la gestion d’un groupe classe (adultes ou adolescents). Mon expérience en tant qu’assistante d’éducation a révélé mon aptitude à créer à la fois un rapport de confiance et de respect avec les élèves. L’équipe éducative est là pour faire respecter le cadre, les règles mais doit aussi apporter un sentiment de sécurité afin que les élèves puissent se confier en cas de problème. L’idée de transmettre les savoirs et compétences que j’ai pu acquérir au fil de mes expériences professionnelles me motive énormément. Savoir que mes compétences pourraient aider certains AED à adopter la bonne posture face aux élèves (gestion des conflits, recherche de solutions face à certains comportements) me donne envie d’explorer cette piste.

Vous appréciez particulièrement le visionnage de documentaires et films liés à la nature, à la cause animale et végétale, à l’environnement. En quoi ces reportages sont-ils source d’inspiration et d’épanouissement pour vous ?

Je suis quelqu’un de sensible à l’avenir de notre planète, aux questions environnementales et écologiques. J’aime m’instruire à ce sujet, comprendre le fonctionnement du règne animal, la manière dont les arbres communiquent entre eux… la magie de la vie. Je trouve particulièrement intéressant des films comme Okja du réalisateur Bong Joon-ho, qui mélange science-fiction et dénonciation de l’élevage industriel avec tout ce que cela implique de cruauté. Des reportages comme Home de Yann Arthus Bertrand, qui permettent à tous de voir la beauté de notre Terre et les dangers qui la menacent. Ces films et documentaires sont aussi facilement exploitables en classe afin de sensibiliser les enfants ou adultes aux questions environnementales.

Hélène Pernot, AED dans un collège de Haute-Saône

Agrégée et enseignante à l’étranger, le témoignage d’Amélie

Amélie a suivi un parcours scientifique. Après un bac C (le dernier de l’histoire), elle a intégré des classes préparatoires scientifiques d’un lycée parisien, puis une école d’ingénieur en informatique dont l’enseignement comportait un tiers de mathématiques… Elle a travaillé brièvement en tant qu’ingénieur en région parisienne, puis a découvert l’enseignement à la faveur d’une expatriation en Afrique. À son retour, elle a passé les concours de l’enseignement et s’est lancée dans ce beau métier. Elle est actuellement en poste au lycée français de Washington aux Etats-Unis où elle a une mission de conseil pédagogique (EEMCP2).

Comment es-tu parvenue à devenir EEMCP2 ?

J’ai candidaté à l’AEFE via le site de l’Agence. J’avais vécu et travaillé à deux reprises à l’étranger, et j’avais envie de revivre cette expérience humaine. Je souhaitais également diversifier mon parcours professionnel, probablement revivre des moments forts en classe avec des élèves de lycée français à l’étranger. Car c’était dans un tel cadre que j’avais découvert l’enseignement presque 20 ans avant…

En quoi consiste cette mission au quotidien ?

Je suis EEMCP2 établissement, ce qui est rare au sein du réseau. J’ai donc un service complet avec en charge une classe de quatrième et des classes de terminales spécialité et expertes. Je suis également amenée à effectuer différentes missions au sein de mon établissement tel que l’accompagnement de nouveaux personnels, de la formation disciplinaire ou interdisciplinaire, etc. Mais contrairement à mes autres collègues, je n’interviens dans aucun autre établissement que le mien.

La mission consiste à guider les personnels qui entrent dans le métier, cela peut être accompagner de nouveaux professeurs ou des professionnels en reconversion. Cette année, je travaille en particulier avec une collègue qui a enseigné dans le système américain. Je décrypte avec elle les programmes, nous discutons des contenus, de la manière dont nous travaillons en mode hybride, etc… Le fait que cette collègue soit issue du système américain est intéressant et enrichissant pour moi aussi !

Durant l’année, diverses réunions sont planifiées entre les EEMCP2 d’une même zone, d’un même continent, et même du monde. Ces temps sont également complétés par des rencontres ou des échanges informels qui nous permettent de travailler et réfléchir en équipe d’EEMCP2 disciplinaires ou transdisciplinaires sur différents sujets à traiter durant l’année. L’AEFE est un réseau mondial, on en voit ici une de ses facettes.

En quoi change-t-elle ta vision du métier enseignant et quelles sont tes perspectives professionnelles ?

Enseigner à l’étranger est une immersion dans un nouveau contexte. Les repères professionnels, humains, ne sont plus les mêmes qu’en France. Il est très intéressant d’identifier ces différences et de chercher à s’y adapter. Ma mission en elle-même a une base d’enseignement classique mais offre une ouverture et une diversité très intéressantes via les missions qui me sont confiées. Je ne dirais pas que ma mission change ma vision du métier mais qu’elle l’élargit. Je pense prolonger cette aventure à l’étranger, en ce qui concerne mes perspectives professionnelles.

« Les élèves ont une force mentale exceptionnelle » : crise sanitaire et enseignement à Mayotte

Nadia enseigne à Mayotte depuis 2015, année de son installation dans le département. Elle est en poste au Lycée Tani Malandi de Chirongui dans le sud de l’île, endroit encore plutôt calme, loin des violences sociales qui règnent sur les autres parties de l’île. Elle répond aux questions du SE-Unsa, concernant les difficultés pour mener un enseignement à distance, du fait de la crise sanitaire, dans un des départements les plus pauvres de France.

En quoi l’enseignement a distance à Mayotte c’est quand même pas pareil qu’ailleurs ?

L’enseignement à distance à Mayotte fonctionne à deux vitesses. Nous avons d’un côté, des élèves studieux et équipés correctement à la maison pour pouvoir suivre des cours à distance, c’est-à-dire une bonne connexion internet et un ordinateur. D’un autre côté, nous avons des familles dont les revenus sont extrêmement bas et dont la priorité n’est pas l’école mais plutôt de se nourrir au quotidien. Ces familles vivent dans des conditions très difficiles car elles n’ont pas accès à l’électricité et à l’eau potable (difficile de le croire et pourtant ils sont nombreux dans ce cas). Il est difficile lorsque l’on est professeur principal de recevoir une quantité d’emails de témoignages d’élèves qui traversent une période difficile et qui n’ont rien à manger ou encore doivent s’acquitter des tâches ménagères avant de se mettre au travail. Malgré cela, ils essayent de s’accrocher à l’école qui représente pour eux une issue. Ils se procurent pour la plupart des téléphones portables à cartes pré-payées pour pouvoir suivre les cours. L’an dernier le rectorat a acheté un grand nombre de cartes chez plusieurs opérateurs et les a principalement distribuées aux classes à examen en lycée pour éviter le décrochage. Nous avons également ouvert au sein de mon établissement une cagnotte en ligne pour distribuer des bons alimentaires aux familles. Les professeurs se sont tous mobilisés. C’est difficile de faire face à tout cela et parfois nous oublions notre métier pour laisser place à l’humain simplement.

L’enseignement à distance a t-il changé la manière de se comporter des élèves ?

Je partage mon expérience en lycée, mais le collège connaît d’autres problématiques. Pour terminer sur une note positive, beaucoup d’élèves qui ne s’expriment pas en classe ou qui ont du mal à suivre se mettent à travailler, à envoyer leur travail enregistré, c’est agréable et encourageant. Nous apprenons tous les jours avec ces élèves et grandissons car ils ont une force mentale assez exceptionnelle.

Pédagogiquement peut-on faire mieux avec ce 2ème confinement, au vu de ce que savent faire les élèves ?

Ce deuxième confinement se passe pour le moment mieux dans le sens où les familles se sont équipées en matériel informatique ou téléphone portable et peuvent donc avoir un regard sur le travail de leurs enfants. Les professeurs principaux ont anticipé suite aux dysfonctionnements de l’an dernier. Les adresses mails sont devenues obligatoires à fournir (celle de l’élève ou d’un membre de la famille) ainsi qu’un numéro de téléphone valide sur lequel nous pouvons joindre l’élève. En classe, beaucoup d’enseignants ont commencé à intégrer les TICE de plus en plus dans leurs cours pour sensibiliser et former les élèves à l’informatique en vue d’un possible deuxième confinement qui vient en effet d’être annoncé. Cependant, encore trop d’élèves n’ont pas les bases pour se servir d’un ordinateur. Envoyer un document en pièce jointe, écrire un texte par exemple est encore trop compliqué.

Quelles difficultés ont les profs pour travailler avec les élèves selon les classes, les séries… ?

La principale difficulté que rencontrent les enseignants, quelle que soit la série ou la classe, est la bonne maîtrise de la langue française. Cela se ressent principalement sur la bonne compréhension des consignes de travail. Globalement, en lycée, les élèves de la série générale ont un niveau bien meilleur que ceux qui suivent la voie technologique. En série technologique, le niveau est vraiment très faible et cette année encore plus, suite au contexte épidémique que nous traversons et à ses conséquences sur la scolarité. Cela s’explique également par le choix d’orientation. Bon nombre de ces élèves n’ont pas le niveau, par exemple, pour suivre une filière STMG, mais y sont placés par défaut. Nous manquons énormément de place en voie professionnelle ou en CAP et ces élèves suivent cette filière par défaut, pour rester dans le système scolaire.

Entre khôlles et collège : trouver son équilibre

Paul est un jeune professeur de SVT. Il enseigne actuellement en collège et donne en parallèle des heures de khôlles* en CPGE scientifique.

Quel est ton parcours d’enseignant ?

Après ma réussite au concours de l’agrégation j’ai été stagiaire en lycée en Alsace. J’ai ensuite été muté dans l’Académie de Créteil où j’ai continué à enseigner en lycée. Puis j’ai pu revenir en Alsace en obtenant un poste spécifique au collège international à Strasbourg, notamment grâce à mes deux certifications complémentaires (DNL** allemand et anglais).

Comment en es-tu arrivé à assurer des heures de khôlles ?

J’ai fait la démarche de contacter une ancienne professeur de la classe préparatoire où j’ai étudié.

C’est pour moi un bon moyen de ne pas perdre les connaissances accumulées en préparant l’agrégation et de me faire plaisir avec de la science plus exigeante que ce que je fais en collège.

Je pense que je suis tombé au bon moment car ils avaient des besoins. La plupart des khôlleurs que je connais sont d’anciens élèves de CPGE qui se sont proposés, mais parfois les enseignants vont chercher des khôlleurs qui ne sont pas passés par la prépa quand ils ont besoin d’un·e spécialiste d’une discipline.

Cela ne passe pas par les inspecteurs mais chaque année je dois faire une demande d’autorisation de cumul d’activité, que mon chef d’établissement et que le rectorat doivent valider. Et ils peuvent l’un et/ou l’autre dire non.

En quoi est-ce différent d’enseigner à des élèves de classes préparatoires?

Alors enseigner et faire des khôlles c’est très différent. J’ai assuré un remplacement en CPGE donc je peux aussi en parler. Il y a beaucoup moins d’éducation : presque tout l’aspect vie de groupe, gestion de classe disparaît. C’est très vertical, je transmets et l’étudiant « consomme ».

En khôlle il y a beaucoup d’échanges car c’est un oral : les étudiants parlent beaucoup, ils posent des questions, je leur en pose beaucoup, je les interroge pour revenir sur certaines erreurs et approfondir certains points qui n’ont pas été traités. Je les aide à progresser. Ça n’a rien à voir avec ce que je fais au collège. C’est une prise de recul sur des connaissances précises, ça demande de l’esprit de synthèse, un retour sur ce qui a été fait en classe sous un angle différent.

Quel est le travail supplémentaire induit par la préparation des khôlles ?

Alors cela dépend de quelle discipline et dans quelle classe prépa on khôlle. Par exemple je khôlle dans une prépa où les étudiants viennent d’un bac technologique pour une classe et dans l’autre ils sortent d’un bac général.

Cela peut donc être simplement le choix de sujet et réfléchir à ce que j’en attends (plan, notions attendues) en fonction des programmes. Je révise éventuellement certains points sur lesquels je ne suis pas à l’aise.

Dans l’autre classe, un exercice d’analyse de documents scientifiques issus de publications s’ajoute. Je choisis donc dans une banque de sujets et je prépare les attendus ainsi que les questions qui articulent le sujet et l’exercice. La première année ça me prenait du temps mais au fur et à mesure on maîtrise mieux et on prend des habitudes, cela demande donc moins de travail.

En quoi trouves-tu cela enrichissant dans un parcours d’enseignant?

C’est déjà la possibilité de faire progresser les élèves, dans le mesure où c’est une relation plus individuelle, même si je ne les vois pas suffisamment souvent, contrairement à d’autres khôlleurs.

Ça me permet de rester au niveau intellectuellement, de prendre du recul.

Et cela m’apporte aussi une vision du niveau auquel doit arriver un élève en fin de secondaire s’il veut pouvoir faire des filières exigeantes.

Je considère cela vraiment comme une plus-value et j’y prends du plaisir même si c’est un travail vraiment intense.

Est-ce que l’aspect financier entre en ligne de compte dans ton choix de faire des khôlles ?

Alors il y a une idée répandue selon laquelle c’est bien payé. Mais quand je viens pour trois étudiants, je suis là deux heures (distribution du sujet puis trois passages de trente minutes) mais je ne suis payé que pour le temps d’interrogation. Et ces heures ne sont pas défiscalisées (NDLR : « Lorsque l’activité CPGE est inférieure à 50 %, les heures d’interrogation de CPGE n’entrent pas dans le cadre des heures défiscalisées).

Donc ce n’est vraiment pas pour l’argent que je fais ça. Je gagnerais plus en faisant des heures supplémentaires en collège, dans le dispositif « devoirs faits » notamment, qui ne demande pas de préparation et où une heure est comptée une heure.

Selon toi, est-ce un passage obligé ou tout du moins une porte d’entrée pour accéder à un poste spécifique en classe préparatoire ?

Oui je pense qu’intervenir dans le supérieur est une manière de se faire connaître. Parce que j’ai fait des khôlles, j’ai eu l’opportunité de faire un remplacement de congé maternité en CPGE. Je suis donc sur la liste des potentielles recrues si un poste se libère. Plusieurs collègues sont arrivés en prépa en ayant suivi ce chemin-là, ils se sont faits connaître de l’Inspection générale. Mais il doit exister d’autres moyens.

*Une khôlle ou colle désigne une interrogation orale, individuelle ou collective, s’inscrivant dans le cursus des classes préparatoires aux grandes écoles.
**DNL (Discipline Non Linguistique) est une matière générale qui est enseignée en langue étrangère.

Crédit photo : Ernesto Eslava de Pixabay CCO Public Domain

Mickaëlle, agrégée et enseignante à l’université

Mickaëlle a été recrutée sur un poste de PRAG en Martinique, à l’université des Antilles, depuis 3 ans. Après des études en CPGE et à l’université, en mathématiques appliquées, avec un parcours recherche et une préparation à l’agrégation, elle a enseigné comme TZR, au collège et seulement une année en poste fixe au lycée.

En quoi l’enseignement à l’université est-il différent de ce qu’on vit dans le second degré ? Comment es-tu devenue enseignante à l’université ?

J’ai candidaté sur l’application « Galaxie » pour un poste à pourvoir à l’université, j’ai été auditionnée tout comme 4 autres candidats par des enseignants de l’université. L’entretien a porté sur mon parcours, mes capacités, mes engagements professionnels, et j’ai pu mettre en valeur les khôles effectuées en prépa, mes vacations dans l’enseignement supérieur, et mes compétences en informatique.

Comment s’est passée l’arrivée sur ce nouveau poste ?

Quand on est recrutée comme PRAG, on formule des vœux auprès du responsable de filière pour savoir quels enseignements on veut assurer, la discussion est collégiale avec les autres enseignants de l’équipe, mais on a beaucoup d’heures à assurer comme PRAG, le double par rapport aux maîtres de conférences, donc on prend aussi ce qui reste, notamment ce qui est « non-spécialisé », ce qui est transversal. Cette année j’assure ainsi des enseignements en L1 (analyse, raisonnement), en L2 (algèbre, probabilités), en L3 (méthodes numériques) et un TD en master.

Assures-tu d’autres missions en dehors de l’enseignement à l’université ?

Je suis directrice des études en première année, je suis donc en première ligne pour répondre aux questions des étudiants sur leur orientation et j’interviens en commission pédagogique.

Avec ton expérience, quels sont selon toi les avantages et les inconvénients de l’enseignement à l’université ?

À l’université, les contacts avec les collègues sont différents, la hiérarchie est plus présente. Les enjeux politiques aussi sont plus forts avec l’autonomie des universités. Ce qui est très intéressant, c’est le rapport aux étudiants : ils sont motivés, respectueux, le relationnel est plus franc… en revanche, n’ayez aucune illusion : vous n’aurez pas plus de temps libre en étant enseignant à l’université !

Penses-tu qu’enseigner à l’université permet de faciliter la mobilité professionnelle des agrégés ?

Ce qu’on vit à l’université n’est pas forcément transférable dans le second degré, la façon d’enseigner n’est pas la même, on apporte surtout à l’université notre savoir-faire du second degré ce qui nous permet de sortir du clivage Cours Magistral / TD dans notre manière de faire. Enseigner à l’université peut permettre après de candidater pour un poste en CPGE ou pour devenir maître de conférences après un doctorat mais ce n’est pas facile. Il faudrait faciliter le passage de PRAG à maître de conférences. Une autre difficulté c’est de se réadapter pour l’enseignement dans le second degré après des années dans l’enseignement supérieur, ce qui n’est pas prévu aujourd’hui.

Valérie, prof doc et référente culture dans un lycée professionnel

Valérie est professeure documentaliste depuis 27 ans. Elle a passé le CAPES externe de documentation après un parcours universitaire en Lettres Modernes, puis en Tourisme Culturel. Elle a travaillé essentiellement en collège mais depuis 6 ans maintenant, elle a choisi le lycée professionnel. Celui dans lequel elle travaille propose, entre autres, des formations aux métiers d’art (bois, céramique…) mais également aux métiers de la mode. Le monde de l’art et de la culture occupe donc une place très importante dans les différentes filières où l’enseignement des arts appliqués est particulièrement valorisé. L’ouverture culturelle et les multiples projets artistiques menés viennent compléter la formation des élèves, en les rendant curieux du monde qui les entoure.

Tu es référente culturelle dans ton établissement, peux-tu nous présenter cette fonction ?

Sur proposition de la cheffe d’établissement, depuis 5 ans, j’assure la fonction de référente culturelle de l’établissement. Mon travail est rémunéré par une IMP de taux 3, soit 1250,01 €/an (répartie sur 9 mois d’octobre à juin). Cette fonction regroupe des missions de coordination de la vie culturelle de l’établissement, d’aide à la construction de projets artistiques et culturels et enfin de valorisation de ces projets. Tous les ans, je rédige un bilan et une évaluation de toutes les réalisations de l’année, que je présente au CA. C’est le moment de montrer à la communauté éducative les réussites et les points faibles de notre établissement afin de tenter de les corriger l’année suivante, et rendre ainsi plus cohérent le parcours d’éducation artistique et culturel des élèves.

La circulaire de missions des professeurs documentalistes intègre déjà l’ouverture culturelle, en quoi le rôle de référent culture enrichit-t-il cette mission ?

Il enrichit la mission des professeurs documentalistes car il permet d’avoir une vision plus globale de l’ouverture culturelle de l’établissement. Il met en relation les différents partenaires. Il facilite les projets. Le référent culture est « une articulation » entre les diverses personnes, les services internes ou externes à l’établissement, les partenaires locaux… etc.

Peux-tu nous présenter un projet dont tu es plus particulièrement fière ?

Il y a 2 ans, en établissant le bilan annuel, je faisais apparaître le manque d’ouverture à l’international de notre établissement. L’année suivante, les équipes ont mis en place 2 voyages à l’étranger : un projet en Italie à Milan autour du monde du textile et de la mode ; un projet à Barcelone autour des Jeux Olympiques dans le cadre du dispositif Génération 2024.

Des projets en tête pour l’année à venir?

Cette année, en raison de la crise sanitaire, les projets se recentrent beaucoup vers l’intérieur du lycée : nous pensons à faire venir à nous, intervenants et expositions. Nous avons accueilli récemment un slameur (Elvi Slam). Il est intervenu auprès d’un groupe d’élèves volontaires, avec le double objectif de travailler l’oralité et de sensibiliser les jeunes aux comportements addictifs. Une exposition photographique se profile à l’horizon, dont le thème sera la ville de Berlin, mais ce n’est encore qu’un projet…

Est-ce que le confinement a changé ta façon de réaliser ta mission ?

Dans un premier temps, le confinement a stoppé les projets. Puis dans un deuxième temps, cela nous a obligé à mettre à disposition des élèves et des adultes, des ressources numériques. Le monde de la culture a parfois réinventé avec beaucoup de créativité sa façon de fonctionner.

Suite au drame de Samuel Paty, l’EMI et le travail sur la liberté d’expression sont au cœur des préoccupations, qu’est-ce que le référent culture peut apporter dans ces domaines ?

Le référent culture peut impulser et/ou coordonner la mise en place d’activités (dans notre lycée ce sera une semaine de la Laïcité autour du 9 décembre) afin que chaque élève bénéficie d’un parcours cohérent autour de ces thématiques.

Ta vision du métier prof doc, si tu devais la résumer ?

Enseigner ; organiser et gérer un système d’information ; contribuer à l’ouverture de l’établissement. Mais en réalité c’est tellement plus que tout cela… et surtout impossible à résumer en une seule phrase !

De juriste à CPE, le parcours de Léa

Vous débutez vos études universitaires par un DUT carrières juridiques. Quelles ont été les temps forts et les grands enseignements de cette formation ?

Cette formation était principalement basée sur l’enseignement du droit. Les enseignements dispensent un solide bagage juridique, complété par une bonne connaissance de l’entreprise et de son environnement. L’étude du droit m’a permis d’acquérir des compétences notamment en droit des familles, en droit civil ou encore droit pénal qui me sont utiles au quotidien et notamment pour le métier de CPE. Cela m’a également permis de me familiariser avec le système juridique français, les lois et la manière de s’informer. J’ai bénéficié également de cours de communication où j’ai pu apprendre à animer des débats mais aussi à prendre la parole face à un auditoire. Ce furent vraiment des études enrichissantes, intéressantes et dans lesquelles je n’hésite pas à me replonger régulièrement dans la vie courante lorsque j’ai besoin de réponses à mes questions.

Vous vous orientez par la suite vers le domaine de l’immobilier en décrochant une licence puis un poste de négociatrice dans ce domaine. Quelles étaient vos motivations pour rejoindre ce secteur d’activité ? Pourquoi avoir décidé de le quitter ensuite ?

Cette décision fut le fruit du hasard. Ma curiosité m’a amenée à effectuer un stage au sein d’une agence immobilière en fin de DUT pour connaître les métiers de l’immobilier. À l’issue de ce stage de 6 semaines, le directeur de l’agence m’a proposé un poste en alternance pour la rentrée. Ce poste reposait sur un projet : l’ouverture d’un service dont je serais responsable et que je devais développer pendant une année. J’ai donc accepté cette proposition que j’ai perçue comme une réelle opportunité professionnelle. Quelques mois plus tard j’étais aux commandes de ce service en même temps que j’effectuais ma licence professionnelle. Après l’obtention de ma licence, j’ai signé un CDI avec cette agence afin de poursuivre le projet et de le développer davantage. Au bout de deux années à exercer ce métier et une fois mes objectifs atteints, j’ai décidé de changer d’horizon car je ne me retrouvais pas dans les fonctions commerciales que j’exerçais. La réalité de ce métier réside plus dans la compétition et dans les ventes qui doivent se faire nombreuses plus que dans la prestation de services pour satisfaire les clients. Je trouve que le côté « humain » se perd beaucoup dans cette profession et c’est dommage. Ce qui me satisfaisait dans ce métier était le contact et le sourire de mes clients lorsque j’arrivais à satisfaire leurs besoins et non pas le côté compétitif, rendement et rentabilité qui avait fini par prendre le dessus (au détriment de la clientèle parfois).

Vous entrez à l’INSPÉ en septembre 2019 afin d’y préparer un Master MEEF et le concours externe de CPE. Sur quoi repose votre projet d’intégrer alors le service public et l’Éducation nationale en particulier ? En quoi pensez-vous que votre personnalité et vos centres d’intérêts sont en phase avec le métier de CPE ?

En 2016, j’ai effectué un stage de 4 semaines à la brigade des mineurs de Marseille. Cela m’a permis d’être face à la maltraitance et la délinquance juvénile. Ce fut pour moi l’occasion d’être à l’écoute de jeunes en difficultés et d’apprendre à gérer au mieux les situations difficiles. J’ai ainsi compris que l’éducation a de multiples fonctions et constitue la base du développement de notre société. Comme le disait Kant, « l’homme ne peut devenir homme que par l’éducation ».
Ainsi, lorsque j’ai compris que je ne voulais pas faire de l’immobilier mon avenir, j’ai pris le temps de réfléchir, et de faire le point sur mes précédentes expériences (dont celle-ci) et mes aspirations. Pendant une année entière, mon projet d’intégrer l’Éducation nationale a mûri. Le métier de Conseillère Principale d’Éducation me paraissait être le plus adapté à mes envies et ma personnalité. Je suis de nature dynamique et organisée. J’aime le côté relationnel de ce métier qui représente un vrai moteur pour moi. Mon sens de l’écoute et ma réactivité pourraient être des atouts pour réussir dans cette profession. De plus, le travail en équipe, dont j’ai pu mesurer les effets dans mes expériences professionnelles précédentes, est une véritable motivation pour moi.

Votre non-admission au concours 2020, pour seulement quelques points, est loin de vous décourager. Ainsi, vous avez déposé auprès du rectorat une candidature pour un poste de CPE contractuelle à mi-temps. Que pensez-vous pouvoir apporter à un établissement ? Qu’attendez-vous exactement de cette expérience ?

En effet, mon échec au concours a été difficile à accepter mais j’ai préféré rebondir pour ne pas laisser le découragement triompher. Ma détermination à m’engager dans ce métier est toujours présente et je suis impatiente de l’exercer. Mon cursus universitaire ainsi que le stage en responsabilité effectué en lycée professionnel en novembre 2019 m’ont permis d’acquérir des connaissances du système éducatif français ainsi que des compétences en termes de pédagogie et d’éducation. Force de propositions dans la politique éducative, je saurai mettre toutes mes compétences au service d’un établissement et m’investir totalement dans cette fonction.
J’attends de cette expérience d’en apprendre davantage sur le métier de CPE et la réalité du terrain. Ce sera l’occasion pour moi de mettre en place des projets avec les élèves et de démontrer mes capacités à assurer le suivi individuel et collectif des élèves. Sans oublier le travail en collaboration avec les familles et les autres partenaires extérieurs.

Lors de votre future carrière de CPE, avez-vous une préférence pour exercer dans tel ou tel type d’établissement ? En externat ou en internat ? Pourquoi ? Diriez-vous que l’exercice du métier de CPE est comparable d’un établissement à l’autre ?

Aujourd’hui, je pense que toute expérience est bonne à prendre. Quel que soit l’établissement, je serais ravie d’y exercer. La présence d’un internat est un avantage. C’est l’occasion de travailler d’une manière différente avec les élèves. Dans ce contexte, nous entrons dans leur quotidien et de cette manière, nous pouvons mettre en place de nouveaux projets au centre de leur lieu de vie. Cela représente de nouveaux objectifs, notamment permettre aux élèves de vivre dans les meilleures conditions que l’on puisse leur offrir afin de les mener vers une réussite scolaire.
Je dirais que l’exercice de CPE est comparable d’un établissement à l’autre dans le sens où il n’existe qu’une seule et unique circulaire de missions commune à tous les CPE. En revanche, je pense tout de même que d’un établissement à l’autre, suivant le contexte de l’établissement, les problématiques qui l’accompagnent ou encore l’âge des élèves, les missions sont très diverses. C’est d’ailleurs, à mon sens, toute la beauté de ce métier, car nous pouvons évoluer en fonction des établissements, des élèves, des projets. C’est un métier où on ne s’ennuie pas et où l’on peut toujours évoluer que ce soit avec le temps mais aussi selon le contexte de l’établissement.

Et si vous nous parliez… voyages !

J’ai soif de voyages. Mon rêve serait de faire le tour du monde. Je prends vraiment beaucoup de plaisir à admirer ce que nous offre la nature. Elle m’apporte, par ses bruits, ses couleurs, sa faune et sa flore, sérénité et bien être. Cela permet de réfléchir, décompresser et s’apaiser sans modération. J’ai déjà eu la chance de beaucoup voyager (en Europe, en Afrique, en Asie et en Océanie) mais si je devais ne choisir qu’un seul pays ce serait la France tout simplement. Je trouve assez incroyable la multitude et la diversification de paysages que nous offre notre pays. Dès que j’en ai l’occasion, j’en profite pour visiter nos régions riches en histoire, en architecture, en gastronomie et en paysages à couper le souffle.

Parmi vos loisirs figurent le théâtre et la danse. Pouvez-vous dire en quoi ces 2 activités vous apportent satisfaction et sans doute épanouissement ? Vous imaginez-vous, dans un futur proche, en capacité d’animer des activités de ce type en direction des élèves ?

La danse et le théâtre m’accompagnent depuis très jeune, c’est ainsi que j’ai rencontré mon amour pour la scène. Ces activités me permettent de m’évader le temps d’un instant en incarnant des personnages ou en effectuant une chorégraphie. Elles me permettent de m’ouvrir à l’art, m’enrichir de cultures différentes, de libérer mon esprit. J’aime autant les pratiquer qu’aller voir des spectacles.
Je m’imaginerais tout à fait animer un atelier théâtre au sein d’un établissement. J’ai d’ailleurs, moi-même participé à ces ateliers à l’époque où j’étais collégienne. Cela m’a permis, à l’époque, d’en apprendre davantage sur le théâtre et d’intégrer une troupe par la suite. Avec le recul, lorsque je pose mon regard sur mon expérience personnelle et sur l’évolution des adolescents membres de cette classe théâtre, en un an, nous avons pu constater beaucoup de progrès chez les élèves. Beaucoup se sont affirmés, ont progressé à l’oral mais aussi ont évolué en termes de relations sociales. Je pense vraiment qu’il s’agit d’une activité bénéfique pour les élèves. Ma pratique ainsi que mes connaissances dans ce domaine aujourd’hui m’ont donné les compétences pour guider à mon tour les élèves dans cette activité. De plus, cela pourrait être l’occasion à la fois de travailler sur ce projet avec un collègue enseignant ou un AED, donc améliorer la collaboration au sein de l’établissement. Ce serait également l’occasion de mieux connaître nos élèves et de les rencontrer, échanger avec eux dans un autre contexte qu’entre les quatre murs du « bureau de la CPE » ce qui peut établir, un réel lien de confiance.

Enseignement « Sciences Numériques et Technologie » : l’expérience d’une professeure documentaliste

Alexia est en poste au lycée René Cassin à Arpajon depuis 2 ans. Le SE-Unsa lui a posé quelques questions sur l’enseignement des sciences numériques et technologie, apparu avec la réforme du lycée, dans lequel elle intervient pour la 2ème année.

Quel est ton parcours professionnel ?

Après avoir obtenu une licence en Sciences du Langage, Information et Communication et un premier master dans le domaine de l’Édition, j’ai eu le sentiment de ne pas aller au bout des choses. J’avais besoin de donner un sens à ce que j’avais appris, j’avais besoin de transmettre. Ainsi, je me suis dit « et pourquoi pas prof ? ». Lycéenne, j’admirais certaines de mes professeures : cette faculté qu’elles avaient à se passionner pour leurs métiers, les nombreux savoirs qu’elles possédaient… Tout cela me fascinait ! Alors j’ai commencé à m’intéresser au métier de professeur-documentaliste, qui est un parfait mélange de plusieurs missions, qui regroupe mes centres d’intérêts comme la lecture, le numérique, la culture sous toutes ses formes. 
Je me suis donc, relancée, dans un master MEEF Documentation à l’ESPÉ de Limoges. J’y ai reçu une formation de très bonne qualité, avec des formatrices bienveillantes et très professionnelles. Puis, une fois le CAPES en poche, j’ai enseigné au collège Jean Monnet, de Bénévent-l’Abbaye en Creuse et j’ai été mutée, en Île de France, dans l’Essonne.

Quelle place occupes-tu dans ton établissement ?

Le lycée René Cassin est  un lycée général et technologique qui profite d’une équipe pédagogique performante et attentive aux besoins de ses élèves. De nombreux projets voient le jour et perdurent, c’est un établissement très ouvert à la diversité des profils, très accueillant . En tant que professeure-documentaliste, je profite d’une liberté pédagogique certaine. Ainsi, j’ai pu me faire une véritable place au sein des équipes disciplinaires. Le CDI est un lieu central que les élèves et professeur.e.s fréquentent régulièrement. EMI, SNT, culture, compétences numériques, webradio… en tant que professeure-documentaliste, je suis impliquée dans de nombreux projets pédagogiques et éducatifs!

Comment t’es-tu positionnée pour enseigner les SNT dans ton établissement ?

Il a fallu batailler un peu l’année dernière… Le fait que les professeur.e.s-documentalistes doivent « négocier » pour enseigner n’est pas nouveau. Mais c’est épuisant, à la longue. Pour les Sciences Numériques et Technologie (SNT), ce sont les collègues de mathématiques, chargés de cet enseignement, qui nous ont sollicités, mon collègue M. Warin (professeur documentaliste dans l’académie de Lille maintenant) et moi-même, sur le chapitre des réseaux sociaux. Nous avons donc informé notre équipe de direction de ce projet, pour lequel ils étaient réticents au départ.
Nous nous sommes donc réunis, les professeurs de mathématiques/SNT, l’équipe de direction et nous. Cette réunion nous a permis de présenter, à nouveau, nos fonctions, nos missions, de manière institutionnelle, en nous appuyant sur le cadre réglementaire. Suite à quoi, nous avons obtenu la possibilité d’enseigner auprès de 4 classes de seconde.
Constatant la pertinence de la place du professeur documentaliste dans l’enseignement de SNT, notre chef d’établissement est d’accord pour doubler le nombre de classes cette année. C’est donc une petite victoire, qui révèle bien la nécessité de faire connaître ou reconnaître nos droits et nos missions.
Nous sommes, je pense, dans un flou institutionnel et réglementaire qui peut, dans le pire des cas, nous contraindre à ne faire que le travail de gestion que l’on veut bien nous reconnaître. Chaque année, nous sommes nombreux et nombreuses à nous indigner face à de nouvelles réticences, à de nouveaux obstacles qui nous empêchent de faire ce pourquoi nous sommes formés !

Une conclusion pour résumer ?

Enseigner la SNT, l’EMI, la fiabilité de l’information, développer l’esprit critique des élèves, leur faire acquérir des compétences numériques concrètes, les former au monde qui les attend… Ce sont des missions, c’est un métier à part entière. C’est une nécessité au sein d’un établissement.

Rentrée sanitaire : témoignage d’une professeure documentaliste

Bérengère est professeure documentaliste dans l’académie d’Orléans-Tours. Pour elle, la rentrée 2020 se fait sous le signe du Covid, et même si elle est déstabilisante pour tous les collègues, c’est aussi l’occasion de repenser la place du CDI dans les établissements.

Comment vis-tu cette rentrée 2020 en tant que prof doc ?

Les conditions sanitaires nous amènent à différencier notre métier du lieu dans lequel nous pouvons l’exercer. En effet, l’accueil des élèves dans les CDI, la circulation des ressources papiers ont dû être adaptées, mais cela ne doit pas nous empêcher de faire vivre notre métier en dehors de ces espaces. Je prévois de présenter les portails documentaires à nos collègues et aux parents d’élèves et j’envisage une formation à leurs usages dans le programme des premières rencontres avec nos élèves.

Penses-tu que les professeurs documentalistes sont assez pris en compte dans cette rentrée ?

On peut regretter que les CDI ne soient pas évoqués dans les mesures sanitaires prévues pour la rentrée, un protocole spécifique nous aurait rassuré, mais parfois, les règles sont mieux adaptées quand elles sont établies à l’échelle d’un établissement, en lien avec la direction, les enseignants, la vie scolaire, plutôt que de se voir imposer des règles nationales. Pour autant, en amont j’aurais apprécié d’être accompagné par nos IPR sur ces questions, tant pour l’accueil des élèves que pour la manipulation du matériel.

En revanche, la circulaire de rentrée ministérielle est intéressante, car dans les dispositifs évoqués il y en a beaucoup sur lesquels le prof doc peut s’appuyer.

Lesquels par exemple ?

La circulaire de rentrée évoque plusieurs sujets dans lesquels le prof doc peut trouver sa place : l’accompagnement des élèves avec « devoirs faits » en collège et des heures d’accompagnement en lycée, plus particulièrement pour les élèves de seconde, avec les moyens qui n’ont pas été utilisés pendant la fermeture des établissements. Ou encore le renforcement des compétences orales à travers le travail sur l’éloquence au collège, qui était expérimenté l’an dernier et la préparation de l’épreuve orale finale au lycée. Et évidemment, la certification des compétences numériques avec le programme PIX qui se met en place cette année. L’inclusion des élèves les plus fragiles dans les CDI, alors que la réduction des inégalités renforcée par le confinement est au cœur du débat éducatif, est aussi un sujet important. Je compte bien me saisir de ces leviers !

Justement, on demande beaucoup de choses aux professeurs documentalistes…

En effet, c’est le moment de faire avancer le sujet de la déduction du temps de service pour les professeurs documentalistes qui mènent des interventions pédagogiques. Et d’obtenir, comme le demande le SE-Unsa, que l’indemnité de sujétion spéciale des professeurs documentalistes soit portée au niveau de l’ISOE, notamment du fait de leur implication croissante dans l’orientation des élèves !

Retrouver la confiance des familles : La reprise sur l’île de la Réunion

Willy Legros est professeur certifié de mathématiques. Après quelques années en lycée GT, Willy travaille maintenant au collège de Cambuston, un collège REP+ de l’est de l’île de la Réunion. Un choix assumé de sa part pour un établissement particulier, car de plein pied et installé sur un terrain de plus de 3 hectares. C’est un établissement dynamique au cœur d’un quartier populaire et dans lequel on doit relever les mêmes défis que tous les REP+. Willy est militant SE-Unsa à la section de l’île de la Réunion depuis son entrée en fonction il y a 10 ans.

Comment la reprise s’est-elle préparée et organisée dans ton collège ?

Tout au long du confinement, le principal a communiqué avec moi, en tant que représentant syndical, et avec d’autres collègues, en général les membres élus du conseil d’administration. Il y a eu une vraie co-construction des protocoles à appliquer pendant cette période. Sur la rentrée la direction est venue vers nous pour que l’on propose différents scénarii, en fonction des différents paramètres à prendre en compte. La rentrée est sous le signe de la transparence. Des conseils d’enseignements et un conseil pédagogique sont à l’ordre du jour, afin d’expliquer les modalités de la reprise et afin de décider des modalités pédagogiques qui seront mises en place.

Quelles précautions sanitaires ont été mises en œuvre ?

Le protocole sanitaire est très dense. Il y a des difficultés évidentes : la gestion de l’entrée dans l’établissement des élèves, la gestion de la demi-pension, les photocopies. À ce stade toutes les questions n’ont pas encore de réponses. En effet, le nombre d’élèves à accueillir est très incertain, ce n’est pas la même chose d’accueillir 60 élèves ou d’en accueillir 200. Ce qui relève de la lapalissade se révèle un vrai défi, car il s’agit d’apporter des réponses locales. Un point d’incertitude concerne également l’articulation entre le présentiel et le distanciel. Sur ce point également nous réfléchissons à des réponses locales, tel que la redéfinition des groupes en mutualisant les effectifs présents de plusieurs classes et en apportant des modifications aux emplois du temps quand cela est nécessaire.

Comment allez-vous tenter de rattraper les élèves qui décrochent ?

Notre établissement a un vrai rôle social à jouer. Dans cette période de crise où les tensions ont parfois été exacerbées par la promiscuité dans les familles et par l’angoisse liée à la crise sanitaire, nous avons une réelle appréhension sur le retour d’une partie des élèves que nous savons en grande précarité. Nous aurions souhaité un accueil plus ciblé et qui ne soit pas une réponse à une demande politique. Enfin nous avons peur de ne pas pouvoir, malgré tous les efforts fournis, que les élèves se mettent en danger, en ne respectant pas les consignes, volontairement ou non. Au niveau pédagogique, notre réel défi sera de raccrocher les élèves qui ont totalement décroché ces deux derniers mois, aux wagons. Il s’agit aussi de préparer au mieux la sortie du collège des élèves de troisième, tant au niveau de leur orientation, qu’au niveau des connaissances nécessaires pour un passage serein au lycée.

Et le défi de la prochaine rentrée pour toi ?

C’est de retrouver la confiance des familles. On le voit, beaucoup de familles ne croient pas en l’intérêt pédagogique d’envoyer leur enfant à l’école, mais également craignent pour leur santé. Il s’agit ici d’un impératif de service public. Quels dispositifs allons-nous pouvoir mettre en place à cette rentrée pour que l’école puisse remplir son triple rôle : pédagogique, social et sociétal ? L’expression maintenant consacrée de « monde d’après » est sur toutes les lèvres, mais ce monde d’après c’est dans nos établissements qu’il se prépare, avec la formation des esprits de ces jeunes générations. Mais tout cela ne doit pas, encore une fois, se construire au détriment des enseignants. La période a montré le rôle essentiel que nous jouons dans la société. Dans cette période de confinement, nous avons été pour beaucoup de famille le seul lien avec l’État. Au delà des remerciements, qui sont toujours agréables, il va falloir dès cette rentrée qu’il y ait de réelles avancées sur la revalorisation de nos carrières.

Une reprise pour accompagner les élèves

Luc est professeur de technologie dans un collège du sud du Cher (18) à St Amand Montrond, le collège Jean Valette. Son parcours a été très enrichissant avec un premier poste en région parisienne et un passage par un collège classé éducation prioritaire à Dreux pendant 5 ans. Luc est membre du comité départemental hygiène sécurité et conditions de travail titulaire depuis 7 ans et s’occupe du second degré pour le SE-Unsa dans le département du Cher. Son collège compte environ 430 élèves avec 16 divisions et une Ulis.

Comment avez-vous été associés à l’organisation de la reprise, comment se passera la rentrée des personnels ?

Nous avons pu faire 3 CHSCTD extraordinaire depuis le confinement, ce qui m’a permis d’appréhender plus facilement les questions sur la reprise. Nous avons la chance dans notre équipe du CHSCTD d’avoir une infirmière, un principal de collège, une gestionnaire dans un collège et moi même ce qui permet d’avoir une vision complète des établissements.
L’accueil pour le lundi 11 mai s’est fait de la manière suivante : 14 personnes convoquées le matin partagées en 2 salles (niveau 6ème, 5ème) et 14 personnes l’après midi partagées en 2 salles (niveau 4ème, 3ème). Masques et solution hydroalcoolique étaient disponibles pour se laver les mains et équiper les personnels qui n’avaient pas pu se procurer de masque. Des bandes à une hauteur d’un mètre dans tout le collège nous interdisaient d’aller dans les salles non autorisées.

La principale a pris un groupe dans la salle de réunion et l’autre groupe est parti en salle de musique avec le principal adjoint. La salle de musique était débarrassée de toutes les tables et les chaises disposées à au moins 1 mètre l’une de l’autre. Le principal adjoint nous a remercié pour le travail fait pendant cette période de confinement et nous a expliqué que la reprise se ferait sans aborder de notion nouvelle et plutôt pour accompagner et aider les élèves dans les explications des devoirs.

Deux classes sont accueillies chaque jour et partagées en 2 groupes à effectif restreint (inférieur à 15). Cette organisation nous permettra de prendre en charge chaque élève 1 jour/semaine en moyenne. Les enseignants qui accueilleront les élèves en classe auront pour mission de répondre à leurs besoins particuliers, de les remettre à niveaux sur les travaux donnés à distance et de les accompagner dans leur travail quotidien puisque la continuité pédagogique à distance se poursuit. Il ne s’agit en aucun cas d’avancer sur les programmes ou d’essayer de les terminer.
Un repas froid sera servi aux élèves demi-pensionnaires dans la classe où ils auront travaillé le matin (changement de salle l’après-midi). Les élèves qui viendront au collège devront prévoir au minimum 2 masques par jour. Un emploi du temps avec de nouvelles plages horaires est proposé par la direction avec 4 séances de 1h30 : 2 le matin et 2 l’après midi (chaque enseignant ne viendra qu’une fois par semaine pour éviter les déplacements inutiles) : 8h-11h45 et 13h15-16h30 (pause à 10h et 15h)

Quelles ont été vos difficultés pour mettre en oeuvre le protocole sanitaire ?

  • La circulation dans les couloirs : pour respecter le nettoyage des salles, 4 salles sont utilisées le matin à l’étage dans un périmètre proche les unes des autres pour éviter une circulation trop importante dans l’établissement et 4 salles au rez de chaussée l’après-midi.
  • Revoir le sens de circulation pour passer d’abord devant les toilettes pour pouvoir se laver les mains à chaque pause et lors de l’entrée dans l’établissement.
  • Le nettoyage des salles spécialisées : pour pallier au manque de personnel d’entretien, il a été décidé que l’accès aux salles Informatiques, Technologie, Sciences, CDI, Foyer, salle des professeurs sera interdit.
  • Revoir l’emplacement du photocopieur
  • Respecter le nettoyage et la distribution sans risques des photocopies.
  • Le port du masque en classe obligatoire lorsqu’on est en place.
  • Comment faire de l’EPS lorsqu’il pleut en respectant les distanciations sociales ?
  • Comment accueillir les élèves le matin et le soir pour ceux qui prennent le bus ?

Voilà tous les problèmes qui se sont posés concrètement.

Retrouver les élèves, pour quoi faire ? Sur le plan psychologique, pédagogique, quelles sont vos appréhensions ?

On va en profiter pour expliquer l’utilisation des outils informatiques et fournir les supports sur clé USB ou sur un serveur pour que l’élève ne soit pas en échec pour lire et faire ses devoirs en respectant le RGPD (utilisation de Libreoffice, Audacity, pdf x-change (pour compléter un formulaire fait avec Libreoffice). On va aussi revoir les bonnes pratiques de la classe virtuelle du CNED ou Jitsi, etc. Le but, avec les élèves, c’est de rassurer, renouer le contact, évoquer leurs difficultés pour faire le travail (problèmes de connexion, de matériel, etc.)

Une dernière question, c’est quoi le défi de la rentrée de septembre pour vous ?

Avoir les outils communs pour toutes les classes, par exemple un TBI avec micro pour pouvoir enregistrer nos cours si nécessaires pour la continuité pédagogique ! Ou encore pouvoir utiliser les salles spécialisées (salle informatique, salle de technologie, CDI, foyer) en respectant les consignes sanitaires. Enfin, il nous faut vraiment du matériel fourni par l’éducation nationale pour pouvoir assurer la continuité pédagogique à la maison (ordinateur portable avec 2 écrans, tablette graphique, etc.).

Une organisation de la reprise qui s’est adaptée aux imprévus

Sylvie est professeur d’histoire-géographie dans un collège en périphérie de Reims qui compte environ 480 élèves.

Comment avez-vous été associés à l’organisation de la reprise, comment se passera la rentrée des personnels ?

Dès l’annonce de l’ouverture des collèges le 18 mai, le chef a décidé de réunir un CHS, ce qui n’avait jamais été fait, en visio. Nous devions lire le protocole provisoire et réfléchir à la manière d’accueillir nos élèves de 6ème et 5ème. Nous sommes partis d’estimations sur le nombre d’élèves de retour (50) et sur le nombre de collègues présents (70%). La réunion a regroupé des administratifs, des agents (d’accueil, de ménage,…) le cuisinier, l’infirmière, la CPE, deux enseignants, les délégués parents et élèves du CA.

Nous avons mis en place en place 4 groupes de 6èmes qui viendraient le lundi et mardi et resteraient dans les mêmes salles, et 4 groupes de 5èmes qui viendraient le jeudi et le vendredi dans d’autres salles, avec des WC attitrés, des sens de circulation, des entrées et des récréations décalées.

Quelles sont vos difficultés pour mettre en oeuvre le protocole sanitaire ?

Tout cela été fait avec des estimations et fonctionnait plutôt bien sur le papier ! Cependant, la réalité des chiffres est différente :

  • plus de 50 % des enseignants ne reviendront pas pour cause de santé, de garde d’enfants…
  • les chiffres de retour des élèves sont très différents d’une classe à l’autre et notre répartition 1 groupe = 1 classe de 6ème ne fonctionne pas. Dans certaines classes, seuls 9 reviennent alors dans d’autres ils sont 18 ou 19 ! Donc on réfléchit désormais à une nouvelle organisation pour la reprise de juin avec des groupes comportant des élèves de plusieurs classes. Que fait-on avec eux puisque ce ne sont pas nos élèves ? Comment concilier distanciel et présentiel ?

Retrouver les élèves, pour quoi faire ? Sur le plan psychologique, pédagogique, quelles sont vos appréhensions ?

Au départ, nous pensions faire en présentiel ce que nous donnions au reste de la classe à la maison, avec bien évidemment des explications orales, des discussions. Hélas, avec la nouvelle organisation, c’est plus difficile ! En lettres et en mathématiques, les collègues ont décidé de travailler la méthodologie, ou bien de renforcer certains points du programme. En histoire, c’est compliqué car nous n’avions pas les mêmes programmations et je vais me retrouver avec des élèves qui ont déjà fait les cours que je comptais faire avec les élèves de ma classe ! On nous parle d’accompagnement pédagogique, mais pour le moment on a l’impression que l’on va surtout faire de la garderie ! C’est difficile de se projeter.

Photo de Bruno Cervera provenant de Pexels

Une articulation présentiel / distanciel qui va poser question

Philippe est professeur d’histoire géographie EMC et a une vingtaine d’années d’ancienneté dans l’Éducation nationale ainsi qu’au SE-Unsa (c’était encore la FEN quand il a commencé!). Il travaille au collège Irène et Frédéric Joliot-Curie de Saint Hilaire des Loges en Vendée depuis cette année. C’est un petit collège rural (à peu près 250 élèves).

Comment avez-vous été associés à l’organisation de la reprise, comment se passera la rentrée des personnels ?

L’ensemble des enseignants et de l’équipe vie scolaire a été associé à la rentrée par le chef d’établissement avec l’envoi d’un projet de protocole de réouverture et deux réunions en distanciel pour l’amender et l’améliorer. Il a été voté au final et sera envoyé aux parents d’élèves. Globalement, ce protocole est bien et l’équipe semble prête à reprendre. Le principal est strict sur les conditions : pas de masque, pas de reprise par exemple.

Quelles sont vos difficultés pour mettre en oeuvre le protocole sanitaire ?

Pour l’instant, ça a l’air d’aller mais il n’a pas été encore appliqué car peu d’élèves s’annoncent, pas plus de 10-15 par classe et que peu de collègues sont maintenus en distanciel. Ensuite, il semble clair qu’il sera très difficile de l’appliquer avec des quatrièmes / troisièmes aussi ou alors avec une seule journée par niveau de classe au lieu de deux. De plus, la question de l’articulation et du cumul présentiel / distanciel reste latente pour les collègues.

Retrouver les élèves, pour quoi faire ? Sur le plan psychologique, pédagogique, quelles sont vos appréhensions ?

C’est la question. N’ayant pas de 6ème / 5ème, je n’y ai pas réfléchi vraiment et les collègues n’en ont pas vraiment parlé. En HGEMC, je dirais qu’on reprendra là où on en était arrivé dans le cours en distanciel et qu’on essaiera de faire un ou deux chapitres mais cela a moins de sens en maths ou en anglais.

Une dernière question : c’est quoi le défi de la rentrée de septembre pour vous ?

Espérons que le taux de contamination aura nettement baissé pour une rentrée « normale » avec tous les élèves ensemble. Sinon, s’il faut continuer à travailler par demi-groupes présentiel-distanciel, ce sera difficile à appréhender. Les élèves ne viendraient en fait au collège que pour caler le travail fait en distanciel et avoir un contact avec leurs professeurs. L’essentiel du travail devrait rester en distanciel mais j’ai déjà perdu beaucoup de gens, particulièrement en 3ème… Comment maintenir un travail de loin ?

Un Padlet pour noter les questions qui se posent pour la reprise

Evelyne Faugerolle est professeure de Lettres Modernes au collège Les Lesques de Lesparre en Gironde, un collège classé education prioritaire. Elue au CA et au CHS de l’établissement, Evelyne est la secrétaire de la section académique du SE-Unsa dans l’académie de Bordeaux et secrétaire régionale adjointe de l’Unsa éducation.

Comment avez-vous été associés à l’organisation de la reprise, comment se passera la rentrée des personnels ?

Nous avons été informés très régulièrement à chaque fois que les circulaires arrivaient à l’établissement par mail et message Pronote. Nous avons eu un premier mail le 4 mai avec ce que les chefs d’établissement imaginaient pour la reprise. En tant qu’élue du personnel, j’ai demandé un délai pour produire les certificats médicaux et la réunion d’une instance en visioconférence avant de communiquer l’organisation retenue.

Beaucoup de choses restaient encore floues pour nous alors que les délais étaient courts, mais évidemment on s’est basé sur le protocole sanitaire.

De nombreux collègues m’ont sollicitée par rapport au côté pédagogique de la reprise, pour ne pas se limiter à une aide aux devoirs. J’en ai parlé à la chef d’établissement et on a élaboré un Padlet (outil de collaboration en ligne) pour garder la trace des questions et des réponses sur la gestion du CDI, les protocoles, la vie scolaire, la restauration, l’évaluation, les instances, les circulations, l’administration…

Retrouver les élèves, pour quoi faire ? Sur le plan psychologique, pédagogique, quelles sont vos appréhensions ?

Mes appréhensions sont de ne pas savoir recevoir les émotions des élèves, d’être submergée par les miennes. Mais c’est comme le trac, une fois dans la salle de classe, je sais que ça ne sera que du bonheur. Techniquement, comme je suis bavarde, je me demande comment ça va se passer sous le masque !

Quel est pour toi le défi de la rentrée de septembre ?

Un défi d’ordre vestimentaire : casque intégral ou chapeaux visières à adapter selon les saisons ? Humour ! L’autre, plus sérieusement, comment élaguer dans le programme pour rattraper le temps… est-ce possible?

Réouverture des écoles, quand le réel écrase la com’

Hélène est une enseignante qui participe à l’accueil des enfants de soignants, elle nous a envoyé ce témoignage où elle nous fait part de son incompréhension et de sa colère devant l’impossibilité d’appliquer le protocole sanitaire de réouverture des écoles.

Je participe actuellement et depuis le début du confinement à l’accueil des enfants de soignants.
Nous sommes 2 adultes pour 2 enfants et 3 adultes dès qu’on dépasse les 10 élèves et même avec ces effectifs et ce taux d’encadrement les distances de sécurité sont difficiles voire impossibles à mettre en oeuvre : les enfants de maternelle ne sont pas habitués à rester assis à leur place (et c’est normal ce n’est pas naturel pour eux) les plus grands n’arrivent pas à garder leurs distances notamment aux moments des nombreux déplacements qui jalonnent les journées de classe (arrivées, départs, passages aux toilettes, déshabillages, installations en classes, sur les bancs pour une histoire …)

Les conditions qui nous concernent sont idéales par rapport à ce qui est proposé (nous sommes 1 adulte pour 5 enfants, nous intervenons 1 demi-journée par semaine (et après nous sommes fatigués, vraiment, car chaque minute de la journée est à animer et à encadrer au sens strict du terme) et il n’y a qu’un groupe classe dans notre école donc pas de choses à régler pour ne pas croiser les autres groupes.

Lorsque j’ai informé mon entourage que je m’étais engagée dans l’encadrement des enfants de soignants, il était très inquiet mais il a compris. J’ai expliqué à ma directrice que je serai volontaire pour encadrer des enfants de l’école dans des petits groupes, avec un encadrement suffisant, mais uniquement pour des enfants qui en auraient besoin (familles dont les deux parents travaillent, enfants en foyer, problèmes dans les familles, …) Je refuse de faire garderie pour des enfants dont les parents veulent souffler un peu !!!

On nous demande d’assurer du présentiel, de continuer la continuité pédagogique et de seconder les périscolaires dans la mise en place des 2S 2C (Sport, Santé, Civisme et Culture).

J’ai passé la journée d’hier à répondre aux mails de mes élèves de maternelle, à alimenter mon blog, à gérer mes trois classes virtuelles pour mes PS, mes MS, mes GS. Hier soir j’ai assisté à une réunion du SIVOS (syndicat intercommunal à vocation scolaire) pendant laquelle j’ai témoigné des difficultés rencontrées lors de l’accueil des enfants de soignants. Rien n’a été décidé. Aujourd’hui je rattrape le travail scolaire de mes enfants à moi. J’ai passé des coups de fil à des collègues inquiètes qui avaient besoin de parler (je suis apparemment une « bonne oreille » et je suis réputée pour mon optimisme à rude épreuve).

Mais à midi, à table, j’ai craqué. Notre pression actuelle est terrible. Les parents de notre école sont unanimes. Avec le travail de continuité pédagogique, certains sont réconciliés avec l’école, nous prenons des nouvelles de nos élèves, répondons aux mails, nous avons mis en place un suivi individualisé lorsque c’était nécessaire pour nos élèves les plus fragiles et pour les parents les plus perdus.
Comment poursuivre ceci, être en présentiel, assurer l’accueil des enfants de soignants, aider les périscolaires et nous occuper de nos enfants dans de telles conditions.

Aujourd’hui je suis triste, fatiguée et en colère. Lundi, je retournerai à l’accueil des enfants de soignants avec le sourire avec mon kit (dérogation, gel hydroalcoolique…), mes histoires, mes activités de rupture, mon travail pour les élèves de maternelle, mes consignes en tête (lavage de mains, distanciation…) et en rentrant je me déshabillerai dans le garage, je monterai prendre ma douche de la tête aux pieds (la semaine dernière j’ai hurlé après mon petit bout de 9 ans qui accourait pour me faire un câlin), je désinfecterai mes clés, les poignées de porte et je rejoindrai ma famille à table, avec le sourire.

Je pensais vraiment avoir le temps d’organiser la rentrée de septembre avec mes collègues, en réfléchissant ensemble, en prenant le temps d’acheter du matériel, de repenser notre pédagogie, nos déplacements, l’utilisation du matériel. Je pensais avoir le temps d’être prête pour la rentrée, tout simplement.

Je m’arrêterai là sans évoquer ma situation de maman d’un enfant de CM1 et d’un enfant de 6ème qui ne retourneront pas à l’école avant septembre mais que je ne peux laisser seuls à la maison pendant que mon mari facteur travaille 4 jours par semaine, sans doute 6 à nouveau dès le déconfinement.

Merci pour les combats que vous menez au SE-Unsa depuis le début de cette bataille contre cet ennemi invisible qu’est le coronavirus.
J’espère que nos gouvernants prendront la mesure de l’impossibilité d’appliquer le protocole sanitaire en si peu de temps et en attendant je poursuis ma mission d’enseignante à distance auprès de mes incroyables élèves de PS-MS-GS qui me manquent énormément mais que je ne suis pas prête à accueillir en présentiel.

Hélène, passionnée mais déroutée

Image par sandid de Pixabay

De l’ENS à l’Université de technologie, portrait d’un agrégé

Yacine est PRAG, agrégé de sciences industrielles, en détachement depuis 4 ans à l’Université de technologie de Compiègne, à la fois école d’ingénieurs et université. Il nous présente la palette de ses missions, en tant qu’enseignant du second degré détaché dans l’enseignement supérieur.

Comment as-tu obtenu ce poste à l’UTC ?

Je suis sorti de l’ENS Cachan en 2012 après avoir obtenu mon agrégation de mécanique. J’ai ensuite poursuivi mes études avec une thèse à l’université de Grenoble, et exercé un an la fonction d’ATER (attaché temporaire d’enseignement et de recherche). J’ai été recruté il y a 4 ans sur un poste de PRAG (professeur agrégé affecté dans l’enseignement supétieur) à l’Université de technologie de Compiègne. Pour candidater, je suis passé par l’application Galaxie qui diffuse des offres de postes de détachement dans l’enseignement supérieur. Chaque entité y précise le profil des enseignants recherchés. On dépose ensuite un dossier et on est convoqué pour un entretien.

En quoi consiste ton service d’enseignement ?

À l’UTC, les étudiants choisissent leurs cours, on a affaire à des gens motivés. J’assure principalement des cours d’ingénierie mécanique : conception assistée par ordinateur, résistance des matériaux, technologie, fabrication… Mais j’ai une part de plus en plus importante d’enseignement dédié à l’éco-conception. Il s’agit d’intégrer la dimension environnementale en conception de produit. C’est passionnant, cela permet de repenser de façon plus globale le rôle de l’ingénieur face aux défis climatiques et aux enjeux de soutenabilité actuels.

De nombreuses d’activités se déroulent sous forme de projet. Les étudiants sont très autonomes et le suivi est enrichissant. Je pense qu’on apprend autant qu’on leur enseigne. Les cours se déroulent de septembre à janvier et de février à juin avec une pause inter-semestrielle de 5 semaines.

Dans cette période de confinement (mars/avril 2020), je travaille sous forme de capsules vidéos, des espaces ont été créés pour centraliser les questions, des visios sont organisées pour les échanges… Tout prend plus de temps, on a donc ouvert des créneaux supplémentaires pour éviter que des étudiants décrochent. Il faut surtout prendre en compte qu’ils n’ont pas tous les mêmes possibilités de connexion, la fracture numérique touche aussi l’enseignement supérieur.

Assures-tu d’autres missions, à part l’enseignement ?

L’accompagnement des étudiants est une tâche importante, le format de cours à la carte impose d’en suivre un certain nombre pour les guider au mieux dans la construction de leur cursus. En plus des activités d’évaluation classiques (examens, contrôle continu compte rendu de TP, rapport et visite de stage…), j’assure aussi des suivis de projet, qui sont intégrés dans mon temps de service. Pour donner un exemple, nous avons eu un partenariat avec Decathlon qui nous a proposé de travailler sur l’éco-conception d’un de leur produit, cela représente en moyenne une demi-journée avec 3 étudiants par semaine.

J’ai aussi des tâches administratives, je dois ainsi gérer les intervenants extérieurs, les accompagner dans les démarches en lien avec les services de l’université, acheter les logiciels, le matériel pour mes cours… Par ailleurs, je réussis à mener des projets en lien avec d’autres structures. Je participe à un projet de plateforme de ressource pédagogique avec l’Université de Grenoble Alpes ou au co-encadrement d’une thèse sur l’enseignement de l’éco-conception.

Comment se déroule ta carrière en tant qu’agrégé détaché comme PRAG ?

Je viens de faire mon premier rendez-vous de carrière il y a 3 mois. C’est la responsable du département dans lequel je travaille qui m’a reçu en entretien mais la grille d’évaluation n’est pas forcément adaptée aux missions que j’assure. Les relations avec les parents d’élèves, par exemple… J’ai produit un bilan d’activité pour ce rendez-vous, et maintenant, j’attends les résultats.

En conclusion, avec le recul de ces 4 années, comment juges-tu cette expérience dans l’enseignement supérieur ?

La manière dont on gère notre carrière est curieuse, on a l’impression d’être « invisibles » pour le rectorat. Mais dans le monde universitaire, les enseignants du second degré sont aussi un peu à part. Si je prends encore une fois l’exemple de l’éco-conception, c’est un thème en constante construction, il est impératif de suivre l’avancée des recherches sur le sujet. Mais les conférences ont un coût non négligeable (environs 650 euros sans l’hébergement ni les transports). Les enseignants-chercheurs bénéficient de contrat de recherche mais un PRAG n’entre pas dans les cases habituelles… Cela dit les départements d’enseignement peuvent parfois prendre à leurs charges ses dépenses. Ainsi, je participe ainsi régulièrement au colloque du réseau S.mart (ex AIP Priméca). Cela me permet de rencontrer d’autres enseignants du supérieur et de partager nos expériences.

Je suis très satisfait de mon travail, en revanche un agrégé doit bien être conscient que côté rémunération, son traitement est bien inférieur à ce qu’il peut percevoir en CPGE. Néanmoins, la liberté pédagogique dont on dispose est formidable.

Dispositif pour décrocheurs : comment s’organise la continuité ?

Le ministre de l’éducation nationale communique sur les 5 à 8 % d’élèves qui auraient décroché du fait de la situation de confinement. Qu’en est-il des jeunes déjà identifiés avant le confinement comme décrocheurs ou présentant un risque de le devenir ?
Une Enseignante Coordonnatrice de la MLDS (Mission de lutte contre le décrochage scolaire) témoigne.

La MLDS vise à prévenir le décrochage scolaire, faciliter l’accès au diplôme et à la qualification des jeunes en situation de décrochage, sécuriser les parcours de formation.

D’une part, «  les jeunes décrocheurs avec lesquels, suite à un travail sur la définition du projet professionnel, nous étions en train de chercher à confirmer et/ou valider un projet de réorientation avec des stages ». Ceux-ci sont  déçus et frustrés que ces stages soient suspendus ou reportés et un lien téléphonique est maintenu avec eux.

D’autre part, « les jeunes allophones (Non Scolarisés Antérieurement) » pour lesquels la continuité pédagogique avec les enseignants est très difficile à réaliser : « sur 15 élèves seulement 3 ont un accès occasionnel aux outils numériques avec lesquels ils ne sont pas encore totalement autonomes ». Difficile pour ces jeunes de garder un rythme scolaire, tristesse de ne plus pouvoir aller à l’école (opportunité que certains ont pour la première fois de leur vie), inquiétudes quant à la possibilité de passer cette année l’examen du DELF (diplôme d’études en langue française) et à leur poursuite d’études l’année prochaine en CAP.

Il a fallu trouver des solutions : « je leur demande de regarder tous les matins l’émission Lumni niveau primaire sur France 4 proposant des séances en français et en mathématiques. Chaque jour, par roulement, je les appelle afin de travailler et échanger avec eux sur ces cours : compréhension du vocabulaire, lecture à voix haute (si besoin envoi par MMS du texte que j’ai pris en photo lors de la diffusion), entraînement aux calculs mathématiques… Les jeunes qui ont un crédit téléphonique envoient par MMS des photos de leur cahier d’exercices. « J’ai aussi proposé aux autres enseignants qui interviennent de me faire parvenir des exercices imprimables que je transmets aux référents des jeunes afin qu’ils les leur distribuent.»

Les échanges téléphoniques permettent un travail totalement individualisé, en fonction des difficultés et des points forts de chacun : « de 30 minutes au début, avec une durée record de 2 heures 30 », ils sont aussi l’occasion d’aborder des thématiques extra-scolaires,  renforçant ainsi le lien déjà établi.

Propos recueillis par Giaretti Sophie

Photo de David Waschbüsch provenant de Pexels