Rentrée sanitaire : témoignage d’une professeure documentaliste

Bérengère est professeure documentaliste dans l’académie d’Orléans-Tours. Pour elle, la rentrée 2020 se fait sous le signe du Covid, et même si elle est déstabilisante pour tous les collègues, c’est aussi l’occasion de repenser la place du CDI dans les établissements.

Comment vis-tu cette rentrée 2020 en tant que prof doc ?

Les conditions sanitaires nous amènent à différencier notre métier du lieu dans lequel nous pouvons l’exercer. En effet, l’accueil des élèves dans les CDI, la circulation des ressources papiers ont dû être adaptées, mais cela ne doit pas nous empêcher de faire vivre notre métier en dehors de ces espaces. Je prévois de présenter les portails documentaires à nos collègues et aux parents d’élèves et j’envisage une formation à leurs usages dans le programme des premières rencontres avec nos élèves.

Penses-tu que les professeurs documentalistes sont assez pris en compte dans cette rentrée ?

On peut regretter que les CDI ne soient pas évoqués dans les mesures sanitaires prévues pour la rentrée, un protocole spécifique nous aurait rassuré, mais parfois, les règles sont mieux adaptées quand elles sont établies à l’échelle d’un établissement, en lien avec la direction, les enseignants, la vie scolaire, plutôt que de se voir imposer des règles nationales. Pour autant, en amont j’aurais apprécié d’être accompagné par nos IPR sur ces questions, tant pour l’accueil des élèves que pour la manipulation du matériel.

En revanche, la circulaire de rentrée ministérielle est intéressante, car dans les dispositifs évoqués il y en a beaucoup sur lesquels le prof doc peut s’appuyer.

Lesquels par exemple ?

La circulaire de rentrée évoque plusieurs sujets dans lesquels le prof doc peut trouver sa place : l’accompagnement des élèves avec « devoirs faits » en collège et des heures d’accompagnement en lycée, plus particulièrement pour les élèves de seconde, avec les moyens qui n’ont pas été utilisés pendant la fermeture des établissements. Ou encore le renforcement des compétences orales à travers le travail sur l’éloquence au collège, qui était expérimenté l’an dernier et la préparation de l’épreuve orale finale au lycée. Et évidemment, la certification des compétences numériques avec le programme PIX qui se met en place cette année. L’inclusion des élèves les plus fragiles dans les CDI, alors que la réduction des inégalités renforcée par le confinement est au cœur du débat éducatif, est aussi un sujet important. Je compte bien me saisir de ces leviers !

Justement, on demande beaucoup de choses aux professeurs documentalistes…

En effet, c’est le moment de faire avancer le sujet de la déduction du temps de service pour les professeurs documentalistes qui mènent des interventions pédagogiques. Et d’obtenir, comme le demande le SE-Unsa, que l’indemnité de sujétion spéciale des professeurs documentalistes soit portée au niveau de l’ISOE, notamment du fait de leur implication croissante dans l’orientation des élèves !

Retrouver la confiance des familles : La reprise sur l’île de la Réunion

Willy Legros est professeur certifié de mathématiques. Après quelques années en lycée GT, Willy travaille maintenant au collège de Cambuston, un collège REP+ de l’est de l’île de la Réunion. Un choix assumé de sa part pour un établissement particulier, car de plein pied et installé sur un terrain de plus de 3 hectares. C’est un établissement dynamique au cœur d’un quartier populaire et dans lequel on doit relever les mêmes défis que tous les REP+. Willy est militant SE-Unsa à la section de l’île de la Réunion depuis son entrée en fonction il y a 10 ans.

Comment la reprise s’est-elle préparée et organisée dans ton collège ?

Tout au long du confinement, le principal a communiqué avec moi, en tant que représentant syndical, et avec d’autres collègues, en général les membres élus du conseil d’administration. Il y a eu une vraie co-construction des protocoles à appliquer pendant cette période. Sur la rentrée la direction est venue vers nous pour que l’on propose différents scénarii, en fonction des différents paramètres à prendre en compte. La rentrée est sous le signe de la transparence. Des conseils d’enseignements et un conseil pédagogique sont à l’ordre du jour, afin d’expliquer les modalités de la reprise et afin de décider des modalités pédagogiques qui seront mises en place.

Quelles précautions sanitaires ont été mises en œuvre ?

Le protocole sanitaire est très dense. Il y a des difficultés évidentes : la gestion de l’entrée dans l’établissement des élèves, la gestion de la demi-pension, les photocopies. À ce stade toutes les questions n’ont pas encore de réponses. En effet, le nombre d’élèves à accueillir est très incertain, ce n’est pas la même chose d’accueillir 60 élèves ou d’en accueillir 200. Ce qui relève de la lapalissade se révèle un vrai défi, car il s’agit d’apporter des réponses locales. Un point d’incertitude concerne également l’articulation entre le présentiel et le distanciel. Sur ce point également nous réfléchissons à des réponses locales, tel que la redéfinition des groupes en mutualisant les effectifs présents de plusieurs classes et en apportant des modifications aux emplois du temps quand cela est nécessaire.

Comment allez-vous tenter de rattraper les élèves qui décrochent ?

Notre établissement a un vrai rôle social à jouer. Dans cette période de crise où les tensions ont parfois été exacerbées par la promiscuité dans les familles et par l’angoisse liée à la crise sanitaire, nous avons une réelle appréhension sur le retour d’une partie des élèves que nous savons en grande précarité. Nous aurions souhaité un accueil plus ciblé et qui ne soit pas une réponse à une demande politique. Enfin nous avons peur de ne pas pouvoir, malgré tous les efforts fournis, que les élèves se mettent en danger, en ne respectant pas les consignes, volontairement ou non. Au niveau pédagogique, notre réel défi sera de raccrocher les élèves qui ont totalement décroché ces deux derniers mois, aux wagons. Il s’agit aussi de préparer au mieux la sortie du collège des élèves de troisième, tant au niveau de leur orientation, qu’au niveau des connaissances nécessaires pour un passage serein au lycée.

Et le défi de la prochaine rentrée pour toi ?

C’est de retrouver la confiance des familles. On le voit, beaucoup de familles ne croient pas en l’intérêt pédagogique d’envoyer leur enfant à l’école, mais également craignent pour leur santé. Il s’agit ici d’un impératif de service public. Quels dispositifs allons-nous pouvoir mettre en place à cette rentrée pour que l’école puisse remplir son triple rôle : pédagogique, social et sociétal ? L’expression maintenant consacrée de « monde d’après » est sur toutes les lèvres, mais ce monde d’après c’est dans nos établissements qu’il se prépare, avec la formation des esprits de ces jeunes générations. Mais tout cela ne doit pas, encore une fois, se construire au détriment des enseignants. La période a montré le rôle essentiel que nous jouons dans la société. Dans cette période de confinement, nous avons été pour beaucoup de famille le seul lien avec l’État. Au delà des remerciements, qui sont toujours agréables, il va falloir dès cette rentrée qu’il y ait de réelles avancées sur la revalorisation de nos carrières.

Une reprise pour accompagner les élèves

Luc est professeur de technologie dans un collège du sud du Cher (18) à St Amand Montrond, le collège Jean Valette. Son parcours a été très enrichissant avec un premier poste en région parisienne et un passage par un collège classé éducation prioritaire à Dreux pendant 5 ans. Luc est membre du comité départemental hygiène sécurité et conditions de travail titulaire depuis 7 ans et s’occupe du second degré pour le SE-Unsa dans le département du Cher. Son collège compte environ 430 élèves avec 16 divisions et une Ulis.

Comment avez-vous été associés à l’organisation de la reprise, comment se passera la rentrée des personnels ?

Nous avons pu faire 3 CHSCTD extraordinaire depuis le confinement, ce qui m’a permis d’appréhender plus facilement les questions sur la reprise. Nous avons la chance dans notre équipe du CHSCTD d’avoir une infirmière, un principal de collège, une gestionnaire dans un collège et moi même ce qui permet d’avoir une vision complète des établissements.
L’accueil pour le lundi 11 mai s’est fait de la manière suivante : 14 personnes convoquées le matin partagées en 2 salles (niveau 6ème, 5ème) et 14 personnes l’après midi partagées en 2 salles (niveau 4ème, 3ème). Masques et solution hydroalcoolique étaient disponibles pour se laver les mains et équiper les personnels qui n’avaient pas pu se procurer de masque. Des bandes à une hauteur d’un mètre dans tout le collège nous interdisaient d’aller dans les salles non autorisées.

La principale a pris un groupe dans la salle de réunion et l’autre groupe est parti en salle de musique avec le principal adjoint. La salle de musique était débarrassée de toutes les tables et les chaises disposées à au moins 1 mètre l’une de l’autre. Le principal adjoint nous a remercié pour le travail fait pendant cette période de confinement et nous a expliqué que la reprise se ferait sans aborder de notion nouvelle et plutôt pour accompagner et aider les élèves dans les explications des devoirs.

Deux classes sont accueillies chaque jour et partagées en 2 groupes à effectif restreint (inférieur à 15). Cette organisation nous permettra de prendre en charge chaque élève 1 jour/semaine en moyenne. Les enseignants qui accueilleront les élèves en classe auront pour mission de répondre à leurs besoins particuliers, de les remettre à niveaux sur les travaux donnés à distance et de les accompagner dans leur travail quotidien puisque la continuité pédagogique à distance se poursuit. Il ne s’agit en aucun cas d’avancer sur les programmes ou d’essayer de les terminer.
Un repas froid sera servi aux élèves demi-pensionnaires dans la classe où ils auront travaillé le matin (changement de salle l’après-midi). Les élèves qui viendront au collège devront prévoir au minimum 2 masques par jour. Un emploi du temps avec de nouvelles plages horaires est proposé par la direction avec 4 séances de 1h30 : 2 le matin et 2 l’après midi (chaque enseignant ne viendra qu’une fois par semaine pour éviter les déplacements inutiles) : 8h-11h45 et 13h15-16h30 (pause à 10h et 15h)

Quelles ont été vos difficultés pour mettre en oeuvre le protocole sanitaire ?

  • La circulation dans les couloirs : pour respecter le nettoyage des salles, 4 salles sont utilisées le matin à l’étage dans un périmètre proche les unes des autres pour éviter une circulation trop importante dans l’établissement et 4 salles au rez de chaussée l’après-midi.
  • Revoir le sens de circulation pour passer d’abord devant les toilettes pour pouvoir se laver les mains à chaque pause et lors de l’entrée dans l’établissement.
  • Le nettoyage des salles spécialisées : pour pallier au manque de personnel d’entretien, il a été décidé que l’accès aux salles Informatiques, Technologie, Sciences, CDI, Foyer, salle des professeurs sera interdit.
  • Revoir l’emplacement du photocopieur
  • Respecter le nettoyage et la distribution sans risques des photocopies.
  • Le port du masque en classe obligatoire lorsqu’on est en place.
  • Comment faire de l’EPS lorsqu’il pleut en respectant les distanciations sociales ?
  • Comment accueillir les élèves le matin et le soir pour ceux qui prennent le bus ?

Voilà tous les problèmes qui se sont posés concrètement.

Retrouver les élèves, pour quoi faire ? Sur le plan psychologique, pédagogique, quelles sont vos appréhensions ?

On va en profiter pour expliquer l’utilisation des outils informatiques et fournir les supports sur clé USB ou sur un serveur pour que l’élève ne soit pas en échec pour lire et faire ses devoirs en respectant le RGPD (utilisation de Libreoffice, Audacity, pdf x-change (pour compléter un formulaire fait avec Libreoffice). On va aussi revoir les bonnes pratiques de la classe virtuelle du CNED ou Jitsi, etc. Le but, avec les élèves, c’est de rassurer, renouer le contact, évoquer leurs difficultés pour faire le travail (problèmes de connexion, de matériel, etc.)

Une dernière question, c’est quoi le défi de la rentrée de septembre pour vous ?

Avoir les outils communs pour toutes les classes, par exemple un TBI avec micro pour pouvoir enregistrer nos cours si nécessaires pour la continuité pédagogique ! Ou encore pouvoir utiliser les salles spécialisées (salle informatique, salle de technologie, CDI, foyer) en respectant les consignes sanitaires. Enfin, il nous faut vraiment du matériel fourni par l’éducation nationale pour pouvoir assurer la continuité pédagogique à la maison (ordinateur portable avec 2 écrans, tablette graphique, etc.).

Une organisation de la reprise qui s’est adaptée aux imprévus

Sylvie est professeur d’histoire-géographie dans un collège en périphérie de Reims qui compte environ 480 élèves.

Comment avez-vous été associés à l’organisation de la reprise, comment se passera la rentrée des personnels ?

Dès l’annonce de l’ouverture des collèges le 18 mai, le chef a décidé de réunir un CHS, ce qui n’avait jamais été fait, en visio. Nous devions lire le protocole provisoire et réfléchir à la manière d’accueillir nos élèves de 6ème et 5ème. Nous sommes partis d’estimations sur le nombre d’élèves de retour (50) et sur le nombre de collègues présents (70%). La réunion a regroupé des administratifs, des agents (d’accueil, de ménage,…) le cuisinier, l’infirmière, la CPE, deux enseignants, les délégués parents et élèves du CA.

Nous avons mis en place en place 4 groupes de 6èmes qui viendraient le lundi et mardi et resteraient dans les mêmes salles, et 4 groupes de 5èmes qui viendraient le jeudi et le vendredi dans d’autres salles, avec des WC attitrés, des sens de circulation, des entrées et des récréations décalées.

Quelles sont vos difficultés pour mettre en oeuvre le protocole sanitaire ?

Tout cela été fait avec des estimations et fonctionnait plutôt bien sur le papier ! Cependant, la réalité des chiffres est différente :

  • plus de 50 % des enseignants ne reviendront pas pour cause de santé, de garde d’enfants…
  • les chiffres de retour des élèves sont très différents d’une classe à l’autre et notre répartition 1 groupe = 1 classe de 6ème ne fonctionne pas. Dans certaines classes, seuls 9 reviennent alors dans d’autres ils sont 18 ou 19 ! Donc on réfléchit désormais à une nouvelle organisation pour la reprise de juin avec des groupes comportant des élèves de plusieurs classes. Que fait-on avec eux puisque ce ne sont pas nos élèves ? Comment concilier distanciel et présentiel ?

Retrouver les élèves, pour quoi faire ? Sur le plan psychologique, pédagogique, quelles sont vos appréhensions ?

Au départ, nous pensions faire en présentiel ce que nous donnions au reste de la classe à la maison, avec bien évidemment des explications orales, des discussions. Hélas, avec la nouvelle organisation, c’est plus difficile ! En lettres et en mathématiques, les collègues ont décidé de travailler la méthodologie, ou bien de renforcer certains points du programme. En histoire, c’est compliqué car nous n’avions pas les mêmes programmations et je vais me retrouver avec des élèves qui ont déjà fait les cours que je comptais faire avec les élèves de ma classe ! On nous parle d’accompagnement pédagogique, mais pour le moment on a l’impression que l’on va surtout faire de la garderie ! C’est difficile de se projeter.

Photo de Bruno Cervera provenant de Pexels

Une articulation présentiel / distanciel qui va poser question

Philippe est professeur d’histoire géographie EMC et a une vingtaine d’années d’ancienneté dans l’Éducation nationale ainsi qu’au SE-Unsa (c’était encore la FEN quand il a commencé!). Il travaille au collège Irène et Frédéric Joliot-Curie de Saint Hilaire des Loges en Vendée depuis cette année. C’est un petit collège rural (à peu près 250 élèves).

Comment avez-vous été associés à l’organisation de la reprise, comment se passera la rentrée des personnels ?

L’ensemble des enseignants et de l’équipe vie scolaire a été associé à la rentrée par le chef d’établissement avec l’envoi d’un projet de protocole de réouverture et deux réunions en distanciel pour l’amender et l’améliorer. Il a été voté au final et sera envoyé aux parents d’élèves. Globalement, ce protocole est bien et l’équipe semble prête à reprendre. Le principal est strict sur les conditions : pas de masque, pas de reprise par exemple.

Quelles sont vos difficultés pour mettre en oeuvre le protocole sanitaire ?

Pour l’instant, ça a l’air d’aller mais il n’a pas été encore appliqué car peu d’élèves s’annoncent, pas plus de 10-15 par classe et que peu de collègues sont maintenus en distanciel. Ensuite, il semble clair qu’il sera très difficile de l’appliquer avec des quatrièmes / troisièmes aussi ou alors avec une seule journée par niveau de classe au lieu de deux. De plus, la question de l’articulation et du cumul présentiel / distanciel reste latente pour les collègues.

Retrouver les élèves, pour quoi faire ? Sur le plan psychologique, pédagogique, quelles sont vos appréhensions ?

C’est la question. N’ayant pas de 6ème / 5ème, je n’y ai pas réfléchi vraiment et les collègues n’en ont pas vraiment parlé. En HGEMC, je dirais qu’on reprendra là où on en était arrivé dans le cours en distanciel et qu’on essaiera de faire un ou deux chapitres mais cela a moins de sens en maths ou en anglais.

Une dernière question : c’est quoi le défi de la rentrée de septembre pour vous ?

Espérons que le taux de contamination aura nettement baissé pour une rentrée « normale » avec tous les élèves ensemble. Sinon, s’il faut continuer à travailler par demi-groupes présentiel-distanciel, ce sera difficile à appréhender. Les élèves ne viendraient en fait au collège que pour caler le travail fait en distanciel et avoir un contact avec leurs professeurs. L’essentiel du travail devrait rester en distanciel mais j’ai déjà perdu beaucoup de gens, particulièrement en 3ème… Comment maintenir un travail de loin ?

Un Padlet pour noter les questions qui se posent pour la reprise

Evelyne Faugerolle est professeure de Lettres Modernes au collège Les Lesques de Lesparre en Gironde, un collège classé education prioritaire. Elue au CA et au CHS de l’établissement, Evelyne est la secrétaire de la section académique du SE-Unsa dans l’académie de Bordeaux et secrétaire régionale adjointe de l’Unsa éducation.

Comment avez-vous été associés à l’organisation de la reprise, comment se passera la rentrée des personnels ?

Nous avons été informés très régulièrement à chaque fois que les circulaires arrivaient à l’établissement par mail et message Pronote. Nous avons eu un premier mail le 4 mai avec ce que les chefs d’établissement imaginaient pour la reprise. En tant qu’élue du personnel, j’ai demandé un délai pour produire les certificats médicaux et la réunion d’une instance en visioconférence avant de communiquer l’organisation retenue.

Beaucoup de choses restaient encore floues pour nous alors que les délais étaient courts, mais évidemment on s’est basé sur le protocole sanitaire.

De nombreux collègues m’ont sollicitée par rapport au côté pédagogique de la reprise, pour ne pas se limiter à une aide aux devoirs. J’en ai parlé à la chef d’établissement et on a élaboré un Padlet (outil de collaboration en ligne) pour garder la trace des questions et des réponses sur la gestion du CDI, les protocoles, la vie scolaire, la restauration, l’évaluation, les instances, les circulations, l’administration…

Retrouver les élèves, pour quoi faire ? Sur le plan psychologique, pédagogique, quelles sont vos appréhensions ?

Mes appréhensions sont de ne pas savoir recevoir les émotions des élèves, d’être submergée par les miennes. Mais c’est comme le trac, une fois dans la salle de classe, je sais que ça ne sera que du bonheur. Techniquement, comme je suis bavarde, je me demande comment ça va se passer sous le masque !

Quel est pour toi le défi de la rentrée de septembre ?

Un défi d’ordre vestimentaire : casque intégral ou chapeaux visières à adapter selon les saisons ? Humour ! L’autre, plus sérieusement, comment élaguer dans le programme pour rattraper le temps… est-ce possible?

Réouverture des écoles, quand le réel écrase la com’

Hélène est une enseignante qui participe à l’accueil des enfants de soignants, elle nous a envoyé ce témoignage où elle nous fait part de son incompréhension et de sa colère devant l’impossibilité d’appliquer le protocole sanitaire de réouverture des écoles.

Je participe actuellement et depuis le début du confinement à l’accueil des enfants de soignants.
Nous sommes 2 adultes pour 2 enfants et 3 adultes dès qu’on dépasse les 10 élèves et même avec ces effectifs et ce taux d’encadrement les distances de sécurité sont difficiles voire impossibles à mettre en oeuvre : les enfants de maternelle ne sont pas habitués à rester assis à leur place (et c’est normal ce n’est pas naturel pour eux) les plus grands n’arrivent pas à garder leurs distances notamment aux moments des nombreux déplacements qui jalonnent les journées de classe (arrivées, départs, passages aux toilettes, déshabillages, installations en classes, sur les bancs pour une histoire …)

Les conditions qui nous concernent sont idéales par rapport à ce qui est proposé (nous sommes 1 adulte pour 5 enfants, nous intervenons 1 demi-journée par semaine (et après nous sommes fatigués, vraiment, car chaque minute de la journée est à animer et à encadrer au sens strict du terme) et il n’y a qu’un groupe classe dans notre école donc pas de choses à régler pour ne pas croiser les autres groupes.

Lorsque j’ai informé mon entourage que je m’étais engagée dans l’encadrement des enfants de soignants, il était très inquiet mais il a compris. J’ai expliqué à ma directrice que je serai volontaire pour encadrer des enfants de l’école dans des petits groupes, avec un encadrement suffisant, mais uniquement pour des enfants qui en auraient besoin (familles dont les deux parents travaillent, enfants en foyer, problèmes dans les familles, …) Je refuse de faire garderie pour des enfants dont les parents veulent souffler un peu !!!

On nous demande d’assurer du présentiel, de continuer la continuité pédagogique et de seconder les périscolaires dans la mise en place des 2S 2C (Sport, Santé, Civisme et Culture).

J’ai passé la journée d’hier à répondre aux mails de mes élèves de maternelle, à alimenter mon blog, à gérer mes trois classes virtuelles pour mes PS, mes MS, mes GS. Hier soir j’ai assisté à une réunion du SIVOS (syndicat intercommunal à vocation scolaire) pendant laquelle j’ai témoigné des difficultés rencontrées lors de l’accueil des enfants de soignants. Rien n’a été décidé. Aujourd’hui je rattrape le travail scolaire de mes enfants à moi. J’ai passé des coups de fil à des collègues inquiètes qui avaient besoin de parler (je suis apparemment une « bonne oreille » et je suis réputée pour mon optimisme à rude épreuve).

Mais à midi, à table, j’ai craqué. Notre pression actuelle est terrible. Les parents de notre école sont unanimes. Avec le travail de continuité pédagogique, certains sont réconciliés avec l’école, nous prenons des nouvelles de nos élèves, répondons aux mails, nous avons mis en place un suivi individualisé lorsque c’était nécessaire pour nos élèves les plus fragiles et pour les parents les plus perdus.
Comment poursuivre ceci, être en présentiel, assurer l’accueil des enfants de soignants, aider les périscolaires et nous occuper de nos enfants dans de telles conditions.

Aujourd’hui je suis triste, fatiguée et en colère. Lundi, je retournerai à l’accueil des enfants de soignants avec le sourire avec mon kit (dérogation, gel hydroalcoolique…), mes histoires, mes activités de rupture, mon travail pour les élèves de maternelle, mes consignes en tête (lavage de mains, distanciation…) et en rentrant je me déshabillerai dans le garage, je monterai prendre ma douche de la tête aux pieds (la semaine dernière j’ai hurlé après mon petit bout de 9 ans qui accourait pour me faire un câlin), je désinfecterai mes clés, les poignées de porte et je rejoindrai ma famille à table, avec le sourire.

Je pensais vraiment avoir le temps d’organiser la rentrée de septembre avec mes collègues, en réfléchissant ensemble, en prenant le temps d’acheter du matériel, de repenser notre pédagogie, nos déplacements, l’utilisation du matériel. Je pensais avoir le temps d’être prête pour la rentrée, tout simplement.

Je m’arrêterai là sans évoquer ma situation de maman d’un enfant de CM1 et d’un enfant de 6ème qui ne retourneront pas à l’école avant septembre mais que je ne peux laisser seuls à la maison pendant que mon mari facteur travaille 4 jours par semaine, sans doute 6 à nouveau dès le déconfinement.

Merci pour les combats que vous menez au SE-Unsa depuis le début de cette bataille contre cet ennemi invisible qu’est le coronavirus.
J’espère que nos gouvernants prendront la mesure de l’impossibilité d’appliquer le protocole sanitaire en si peu de temps et en attendant je poursuis ma mission d’enseignante à distance auprès de mes incroyables élèves de PS-MS-GS qui me manquent énormément mais que je ne suis pas prête à accueillir en présentiel.

Hélène, passionnée mais déroutée

Image par sandid de Pixabay

De l’ENS à l’Université de technologie, portrait d’un agrégé

Yacine est PRAG, agrégé de sciences industrielles, en détachement depuis 4 ans à l’Université de technologie de Compiègne, à la fois école d’ingénieurs et université. Il nous présente la palette de ses missions, en tant qu’enseignant du second degré détaché dans l’enseignement supérieur.

Comment as-tu obtenu ce poste à l’UTC ?

Je suis sorti de l’ENS Cachan en 2012 après avoir obtenu mon agrégation de mécanique. J’ai ensuite poursuivi mes études avec une thèse à l’université de Grenoble, et exercé un an la fonction d’ATER (attaché temporaire d’enseignement et de recherche). J’ai été recruté il y a 4 ans sur un poste de PRAG (professeur agrégé affecté dans l’enseignement supétieur) à l’Université de technologie de Compiègne. Pour candidater, je suis passé par l’application Galaxie qui diffuse des offres de postes de détachement dans l’enseignement supérieur. Chaque entité y précise le profil des enseignants recherchés. On dépose ensuite un dossier et on est convoqué pour un entretien.

En quoi consiste ton service d’enseignement ?

À l’UTC, les étudiants choisissent leurs cours, on a affaire à des gens motivés. J’assure principalement des cours d’ingénierie mécanique : conception assistée par ordinateur, résistance des matériaux, technologie, fabrication… Mais j’ai une part de plus en plus importante d’enseignement dédié à l’éco-conception. Il s’agit d’intégrer la dimension environnementale en conception de produit. C’est passionnant, cela permet de repenser de façon plus globale le rôle de l’ingénieur face aux défis climatiques et aux enjeux de soutenabilité actuels.

De nombreuses d’activités se déroulent sous forme de projet. Les étudiants sont très autonomes et le suivi est enrichissant. Je pense qu’on apprend autant qu’on leur enseigne. Les cours se déroulent de septembre à janvier et de février à juin avec une pause inter-semestrielle de 5 semaines.

Dans cette période de confinement (mars/avril 2020), je travaille sous forme de capsules vidéos, des espaces ont été créés pour centraliser les questions, des visios sont organisées pour les échanges… Tout prend plus de temps, on a donc ouvert des créneaux supplémentaires pour éviter que des étudiants décrochent. Il faut surtout prendre en compte qu’ils n’ont pas tous les mêmes possibilités de connexion, la fracture numérique touche aussi l’enseignement supérieur.

Assures-tu d’autres missions, à part l’enseignement ?

L’accompagnement des étudiants est une tâche importante, le format de cours à la carte impose d’en suivre un certain nombre pour les guider au mieux dans la construction de leur cursus. En plus des activités d’évaluation classiques (examens, contrôle continu compte rendu de TP, rapport et visite de stage…), j’assure aussi des suivis de projet, qui sont intégrés dans mon temps de service. Pour donner un exemple, nous avons eu un partenariat avec Decathlon qui nous a proposé de travailler sur l’éco-conception d’un de leur produit, cela représente en moyenne une demi-journée avec 3 étudiants par semaine.

J’ai aussi des tâches administratives, je dois ainsi gérer les intervenants extérieurs, les accompagner dans les démarches en lien avec les services de l’université, acheter les logiciels, le matériel pour mes cours… Par ailleurs, je réussis à mener des projets en lien avec d’autres structures. Je participe à un projet de plateforme de ressource pédagogique avec l’Université de Grenoble Alpes ou au co-encadrement d’une thèse sur l’enseignement de l’éco-conception.

Comment se déroule ta carrière en tant qu’agrégé détaché comme PRAG ?

Je viens de faire mon premier rendez-vous de carrière il y a 3 mois. C’est la responsable du département dans lequel je travaille qui m’a reçu en entretien mais la grille d’évaluation n’est pas forcément adaptée aux missions que j’assure. Les relations avec les parents d’élèves, par exemple… J’ai produit un bilan d’activité pour ce rendez-vous, et maintenant, j’attends les résultats.

En conclusion, avec le recul de ces 4 années, comment juges-tu cette expérience dans l’enseignement supérieur ?

La manière dont on gère notre carrière est curieuse, on a l’impression d’être « invisibles » pour le rectorat. Mais dans le monde universitaire, les enseignants du second degré sont aussi un peu à part. Si je prends encore une fois l’exemple de l’éco-conception, c’est un thème en constante construction, il est impératif de suivre l’avancée des recherches sur le sujet. Mais les conférences ont un coût non négligeable (environs 650 euros sans l’hébergement ni les transports). Les enseignants-chercheurs bénéficient de contrat de recherche mais un PRAG n’entre pas dans les cases habituelles… Cela dit les départements d’enseignement peuvent parfois prendre à leurs charges ses dépenses. Ainsi, je participe ainsi régulièrement au colloque du réseau S.mart (ex AIP Priméca). Cela me permet de rencontrer d’autres enseignants du supérieur et de partager nos expériences.

Je suis très satisfait de mon travail, en revanche un agrégé doit bien être conscient que côté rémunération, son traitement est bien inférieur à ce qu’il peut percevoir en CPGE. Néanmoins, la liberté pédagogique dont on dispose est formidable.

Dispositif pour décrocheurs : comment s’organise la continuité ?

Le ministre de l’éducation nationale communique sur les 5 à 8 % d’élèves qui auraient décroché du fait de la situation de confinement. Qu’en est-il des jeunes déjà identifiés avant le confinement comme décrocheurs ou présentant un risque de le devenir ?
Une Enseignante Coordonnatrice de la MLDS (Mission de lutte contre le décrochage scolaire) témoigne.

La MLDS vise à prévenir le décrochage scolaire, faciliter l’accès au diplôme et à la qualification des jeunes en situation de décrochage, sécuriser les parcours de formation.

D’une part, «  les jeunes décrocheurs avec lesquels, suite à un travail sur la définition du projet professionnel, nous étions en train de chercher à confirmer et/ou valider un projet de réorientation avec des stages ». Ceux-ci sont  déçus et frustrés que ces stages soient suspendus ou reportés et un lien téléphonique est maintenu avec eux.

D’autre part, « les jeunes allophones (Non Scolarisés Antérieurement) » pour lesquels la continuité pédagogique avec les enseignants est très difficile à réaliser : « sur 15 élèves seulement 3 ont un accès occasionnel aux outils numériques avec lesquels ils ne sont pas encore totalement autonomes ». Difficile pour ces jeunes de garder un rythme scolaire, tristesse de ne plus pouvoir aller à l’école (opportunité que certains ont pour la première fois de leur vie), inquiétudes quant à la possibilité de passer cette année l’examen du DELF (diplôme d’études en langue française) et à leur poursuite d’études l’année prochaine en CAP.

Il a fallu trouver des solutions : « je leur demande de regarder tous les matins l’émission Lumni niveau primaire sur France 4 proposant des séances en français et en mathématiques. Chaque jour, par roulement, je les appelle afin de travailler et échanger avec eux sur ces cours : compréhension du vocabulaire, lecture à voix haute (si besoin envoi par MMS du texte que j’ai pris en photo lors de la diffusion), entraînement aux calculs mathématiques… Les jeunes qui ont un crédit téléphonique envoient par MMS des photos de leur cahier d’exercices. « J’ai aussi proposé aux autres enseignants qui interviennent de me faire parvenir des exercices imprimables que je transmets aux référents des jeunes afin qu’ils les leur distribuent.»

Les échanges téléphoniques permettent un travail totalement individualisé, en fonction des difficultés et des points forts de chacun : « de 30 minutes au début, avec une durée record de 2 heures 30 », ils sont aussi l’occasion d’aborder des thématiques extra-scolaires,  renforçant ainsi le lien déjà établi.

Propos recueillis par Giaretti Sophie

Photo de David Waschbüsch provenant de Pexels

Gestion des AED, Caroline CPE témoigne

Caroline exerce dans une équipe composée de 2 CPE et 10 assistants d’éducation (à temps plein ou mi-temps) pour 750 élèves dans un collège de l’académie d’Amiens avec SEGPA et ULIS.

En qualité de CPE, comment définissez-vous la posture éducative des assistants d’éducation ? Comment s’observe-t-elle ?

Sans trop réfléchir et concrètement, il me vient tout de suite à l’esprit de préciser au sein de la posture éducative : posture morale, posture langagière et posture physique. Il s’agit concrètement des paroles, des gestes du quotidien. Ces postures sont développées sur les missions de surveillance, par exemple dans la cour de récréation, les abords de l’établissement, aux entrées et sorties des élèves, pendant le service en restauration scolaire… au gré des situations qui se présentent et des interventions de l’AED en conséquence. Il s’agit aussi du savoir-être et savoir-faire dans des situations sociales davantage construites : prise en charge de la permanence, animation du foyer, développement et participation à des projets en externat ou internat, participation éventuelle au dispositif devoirs faits, tutorat…

Quelles sont vos attentes ? Pensez-vous que les attentes peuvent être différentes d’un établissement à un autre et/ou d’un professionnel à un autre ?

La toute première attente me semble être l’exemplarité. Afin d’apprendre aux élèves la courtoisie, la ponctualité, l’assiduité, le vivre ensemble… Tout ce qui compose la vie collégienne/lycéenne et donc la préparation de la vie en société, tout adulte du collège qu’il soit AED, CPE, enseignant… se doit de montrer le chemin. L’enjeu est d’être crédible face à un public adolescent pour qui la justice est essentielle. L’assistant d’éducation est un adulte référent pour l’élève, je dirais même un modèle. Les attentes sont majoritairement les même à mon sens : être dans le respect des valeurs et principes de la République en terme d’égalité, neutralité… J’attends d’un AED qu’il soit un minimum investi et intéressé par ses missions. Si pour lui, ce n’est qu’un « job alimentaire » alors ses semaines vont être subies. Nous devons lutter encore quotidiennement contre l’image du « pion ». Les quelques petites différences dans la posture éducative d’un établissement à un autre peuvent se ressentir selon les règles de vie de l’établissement, le règlement intérieur.

Quelles sont les difficultés rencontrées par les AED et quelles hypothèses d’explications pouvez-vous émettre ?

Il n’est pas simple pour eux de se positionner et c’est normal. Je disais qu’ils étaient un modèle pour les élèves et il y a en ce sens un certain revers de la médaille. Il s’agit en permanence de doser proximité et distanciation avec les élèves. Un AED bien installé dans son établissement, en connait parfois beaucoup sur la vie de certains élèves : ses conditions de vie, ses passions, ses peines de cœur etc… Je dis toujours à la réunion d’équipe de prérentrée « vous êtes nos yeux et nos oreilles ». Ils en connaissent plus que nous parfois et que les enseignants. Ils ont un rôle de « coach en vie sociale » presque. Cette proximité peut engendrer des risques de dérives, lorsqu’un élève ne voit plus l’AED comme un adulte dans une situation de tension. Si l’AED se doit de toujours travailler son positionnement, sa posture et a donc ses responsabilités dans les relations construites avec les élèves, on ne peut pour autant le blâmer en cas de petites erreurs. Il faut être exigeant mais aussi bienveillant en tant que CPE vis-à-vis de ses AED. N’oublions pas qu’ils sont recrutés dès 18 ans, avec le diplôme du baccalauréat. Ils n’ont pas reçu notre formation de CPE ou d’enseignant. Ils sont toujours en première ligne, présents jusqu’à 41h/semaine en établissement, ils sont humains et ont donc tout comme nous, leurs moments de fatigue.

Dans le cadre de vos missions, que mettez vous en place pour développer les compétences des AED dans ce domaine ?

C’est là que la casquette de chef de service de la vie scolaire se porte. Nous nous disions récemment avec mon collègue « nous avons l’équipe que nous méritons », « à nous de permettre leur progression ». Le pack basic choisi avec mon collègue CPE est de mettre en place et stabiliser une gestion des ressources humaines. Nous programmons un entretien individuel par AED en décembre/janvier et un entretien de fin d’année dans lesquels nous abordons notamment la posture éducative avec un outil que nous avons repris à l’établissement et adapté : une grille d’évaluation. Comme les grilles d’évaluation pour enseignants ou CPE, elles sont annotées et chaque point est évalué entre « à consolider » et « excellent ». Nous faisons part de nos observations positives et de nos recommandations pour les perspectives de progression. La grille d’évaluation est reprise pour l’entretien de fin d’année et l’année suivante afin d’avoir un réel recul sur le parcours de l’AED. Nous avons instauré également une réunion d’équipe chaque premier lundi après les petites vacances scolaires. Ces deux rituels que sont les entretiens individuels et les réunions d’équipe sont des espaces de parole pour les assistants d’éducation. Ces rituels prennent du temps (de préparation, l’instant T, les comptes-rendus…) mais sont essentiels pour faire progresser les AED dans leur posture éducative et leurs missions.

Chaque AED a un potentiel, une compétence particulière que l’autre n’a pas. Il faut la repérer et tenter de l’exploiter. Des exemples sont nombreux : un AED référent TICE, un AED mobilisé dans l’ASSR, un AED mobilisé dans le dispositif devoirs faits, un AED organisant un club etc….

Enfin et pas des moindres, au delà de la simple GRH du service, il s’agit de penser la formation des AED. Elle peut être construite par les CPE eux-mêmes ou être mobilisée via des partenaires ou associations. Selon le diagnostic des CPE, les besoins en formation peuvent être différents.

Tout ce que je viens de citer sera développé dans le projet de service en cours de rédaction avec mon collègue et pour lequel les assistants d’éducations ont été sollicités pour leurs observations et idées pour faire évoluer le service.

Bien évidemment, c’est un exemple de fonctionnement de vie scolaire parmi d’autres, qui n’est pas plus valable que celui du voisin. Les stratégies varient en fonction des constats, des faisabilités et des besoins différents mais aussi pour le coup d’un CPE à l’autre peut être.

Quelles limites observez-vous des actions mises en place ? Selon vous, la politique éducative sur les fonctions d’assistants d’éducation devrait elle évoluer et pourquoi ?

Il y a un manque de temps et de moyens. C’est une horlogerie à part entière car par exemple pour réunir l’ensemble des manques de l’équipe, c’est forcément hors temps scolaires. Ces heures sont bien évidement comptées en heures travaillées et nous avons opté pour les faire intégrer dans la 3ème semaine administrative non stabilisée dans le calendrier.

Il n’est pas non plus évident de travailler la posture éducative, les compétences des AED en la matière alors que la priorité va être l’encadrement et la sécurité des élèves. J’ai une assistante d’éducation qui a par exemple un Master FLE et a donné des cours de français aux USA, elle passe d’ailleurs le CAPES et l’AGREG, mais nous ne pouvons lui donner qu’une heure par semaine de cours FLE en binôme avec une enseignante du collège. Nous avons beau avoir trituré dans tous les sens les fiches de postes, je ne peux pas lui en donner davantage sinon ce serait au détriment des postes de permanences, de la cour…

Étant dans mon établissement actuel depuis 6 mois, je n’ai pas encore le recul nécessaire pour mesurer pleinement les effets bénéfiques et les limites des actions mises en place.

Bien sûr que la politique éducative sur les missions des assistants d’éducation pourrait évoluer. Ne serait-ce qu’en termes de reconnaissance. Ils font partis des personnels les plus présents au sein de l’établissement en termes d’heures travaillées et sont pourtant les moins bien payés. En tant que CPE, j’aimerais aussi bénéficier de moyens pour leur formation. Chaque CPE ne peut s’improviser ingénieur en formation du jour en lendemain, il faut du temps, nous avons besoin de ressources, de moments de partages entre collègues…. Enfin, pour aller jusqu’au bout de la notion d’assistant d’éducation, je pense que pour tendre vers une vraie professionnalisation des agents, la création d’un corps à part entière est nécessaire. Si nous voulons rendre les agents impliqués, exemplaires, intéressés… nous avons besoin qu’ils aient un sentiment d’appartenance à l’Éducation nationale. Alors pourquoi pas les fidéliser ? Je crois aussi en la fonction « tremplin » pour certains étudiants et n’ai pas de déterminismes sur le sujet. C’est à débattre et à réfléchir concrètement…

Caroline Letot, CPE dans l’académie d’Amiens

Le parcours de Mélanie, enseignante TZR de Lettres modernes

Lors de votre année de première, vous avez participé au « Prix Goncourt » des lycéens. En quoi consistait cette opération ? Quels souvenirs en avez-vous ? Diriez-vous que votre implication dans ce projet a joué un rôle dans votre désir de devenir enseignante ? Pourquoi ?

Notre professeure avait inscrit la classe et, dès le jour de la rentrée, elle nous a indiqué que nous aurions une quinzaine de livres à lire. Il s’agissait de la sélection de l’Académie Goncourt qui se trouve à Rennes que nous devions lire en seulement deux ou trois mois. Nous avons dû choisir notre trio de tête qu’un délégué “Goncourt”, élu par la classe, est allé défendre à l’échelle régionale, puis nationale jusqu’à élection d’un lauréat.
Ce projet, mené par la classe et dirigé par notre enseignante de français, a été très enrichissant sur plusieurs plans. D’abord, sur le plan individuel puisqu’il nous a fait lire, dans un temps très limité, de nombreux ouvrages variés.
Ensuite, sur le plan de la classe car nous ne nous connaissions pas ou très peu et il a fallu, dès les premiers jours de l’année, collaborer autour de ce projet qui nous paraissait complètement fou.
Ce projet a indéniablement joué un rôle dans mon désir de devenir enseignante, notamment de Lettres, car cela a totalement changé ma façon de concevoir les cours de français. J’aimais déjà lire, mais j’avais choisi la section L dans l’intention de devenir journaliste. Me retrouver face à une enseignante investie à ce point dans ce projet, qui a été très porteur pour chacun, m’a convaincue que c’était ce que je voulais faire à mon tour. Je souhaitais désormais transmettre le goût de la lecture avec autant d’enthousiasme et de dynamisme ainsi que susciter la curiosité de mes élèves.

Vos premiers pas en pédagogie ont eu lieu dans le cadre de cours particuliers. À quel public vous êtes-vous adressé ? Diriez-vous que votre accompagnement a permis le progrès de vos élèves ? En quel sens ?

Je me suis adressée à un public de jeunes collégiens scolarisés en 6ème et 5ème. J’ai pu apporter aux élèves une aide dans la méthode de travail, leur montrant ainsi que nous pouvons tous surmonter nos difficultés, à notre rythme, et y arriver sans se sentir dévalorisé. La principale source de motivation d’un élève, c’est de savoir qu’il peut progresser et atteindre le but visé.

En tant qu’étudiante, vous avez investi plusieurs emplois saisonniers. Que vous a apporté la diversité de ces expériences dans l’exercice de votre métier d’aujourd’hui ?

Les emplois saisonniers ont jalonné mon parcours depuis l’obtention du baccalauréat jusqu’à l’obtention du CAPES. Ils ont été, à chaque moment, autant de pas qui m’ont permis de parcourir mon cursus d’études supérieures.
J’ai pu y apprendre à être responsable, rapidement autonome tout en travaillant en équipe, et j’y ai aussi développé des compétences relationnelles. J’ai pu y côtoyer des personnes très différentes avec lesquelles j’ai appris à échanger et à collaborer. Bien que cette expérience dans sa globalité ait été très éloignée du métier que je pratique actuellement, elle a été très formatrice et certaines compétences, très transversales, ont pu être réexploitées dès mon année de stage.

Durant la préparation de votre Master MEEF, vous avez travaillé pendant plusieurs mois sur la romancière belge Amélie Nothomb. Quelles étaient les grandes conclusions de votre mémoire ? Quel regard portez-vous sur la bibliographie de l’auteur ? Quel roman préférez-vous ? Pourquoi ?

J’ai étudié plusieurs œuvres d’Amélie Nothomb avant tout parce que c’est à travers ses ouvrages que j’ai développé davantage mon goût pour la lecture. J’ai lu tous ses livres.
C’est le plus naturellement du monde que j’ai décidé de porter mon sujet de mémoire sur ses œuvres, une façon pour moi d’associer travail et plaisir. J’ai voulu montrer qu’une autrice contemporaine pouvait reprendre à sa charge des grands questionnements déjà traités en littérature en y apportant un éclairage neuf sans perdre en qualité. La littérature contemporaine doit être valorisée, d’abord parce qu’il n’y a pas de raison de la laisser de côté mais aussi parce qu’elle séduit davantage nos élèves.
Enfin, il me semblait intéressant de mettre en lumière les liens qui existent entre ses œuvres, rendant bien plus riche la lecture et l’interprétation de celles-ci. J’avais à cœur de rendre compte de cette conception que j’avais de ses ouvrages, autour de laquelle j’ai pu échanger avec l’autrice elle-même. Il s’agit, une fois de plus, de tenter de transmettre une part de mon regard sur les choses aux autres.

Lors de votre année de T1, vous avez piloté un club théâtre avec des élèves du cycle central. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Le club théâtre était une demande de certains de mes élèves. J’ai décidé de les accompagner dans cette aventure qui, comme tout projet, ne pouvait qu’être épanouissant.
Après en avoir brièvement parlé à mes élèves de 5ème, nous avons créé des affiches présentant notre projet aux autres élèves du collège. Parallèlement, le B.V.S. se chargeait de tenir le registre des inscriptions à la séance de présentation.

Une fois la pièce choisie par les élèves et moi-même, nous avons donc présenté le projet aux élèves curieux de découvrir ce club qui prenait vie. Les répétitions se tenaient toutes les semaines, le mardi sur la pause méridienne. La distribution des rôles a été assez facile : les élèves choisissaient et débattaient entre eux de la répartition des rôles puis nous avons trouvé des compromis quand il le fallait. Certains élèves voulaient des rôles avec moins d’interventions par souci de timidité ou d’apprentissage du texte, tout était une question de proposition adaptée à leurs souhaits. Nous avons pu travailler autour de petits ateliers pour que chacun s’épanouisse à son rythme dans cet exercice particulier du théâtre. Ensuite, nous avons rapidement joué, reprenant les moments moins faciles à interpréter jusqu’au moment de la représentation.
Il y en a eu trois : une qui servait de répétition générale, visant à habituer les élèves à jouer devant un public, puis deux durant la journée des savoir-faire devant des classes, des professeurs et quelques parents.

Vous êtes particulièrement sensible à l’accueil des élèves à besoins éducatifs particuliers dans vos classes. Que souhaitez-vous partager sur une expérience d’inclusion scolaire dans un collège classé en éducation prioritaire ?

Dès mon stage d’observation en M1, j’ai rencontré des élèves à besoins éducatifs particuliers au sein de l’UPE2A du collège. Le contact avec ces élèves a eu une influence toute particulière sur ma vision du métier : ils étaient tous tellement demandeurs et investis. Lors de mon année de stage, j’ai eu l’occasion d’accueillir dans mes classes des élèves provenant de l’UPE2A. C’est une chance pour nous de les inclure puisque ça nous pousse à revoir notre contenu et notre approche pédagogique. Étant professeure de français, il est primordial d’apporter de l’aide aux élèves dans cette situation.
J’ai aussi enseigné à des élèves relevant de handicaps divers et c’est un enjeu majeur de parvenir à leur proposer un enseignement adapté.
Il est très gratifiant de pouvoir intervenir positivement dans le développement des élèves à besoins éducatifs particuliers.

Depuis votre titularisation, vous êtes titulaire sur zone de remplacement. Quels avantages et inconvénients voyez-vous à cette situation administrative ?

L’avantage majeur de cette situation, c’est de pouvoir découvrir des établissements très différents. En deux ans, j’ai enseigné dans trois collèges de profils différents : un établissement REP, un établissement de centre-ville et un autre, plutôt de périphérie. J’ai également enseigné en lycée, dans un très grand établissement et avec un public très particulier puisqu’il s’agit d’une classe de 1ère STI.
Tout cela a participé à enrichir considérablement mon expérience, à me pousser à diversifier mes pratiques d’enseignement, puisque j’ai exercé mon métier avec tous les niveaux du collège et deux du lycée. Il faut savoir s’adapter et la situation de TZR nous l’enseigne chaque jour.
Le principal inconvénient, c’est de ne pas toujours pouvoir se projeter sur des projets au sein des établissements puisqu’ils sont souvent préparés en amont. Il peut être plus confortable de bénéficier d’un poste fixe pour travailler davantage en équipe, sur des EPI par exemple ; mais on parvient tout de même à s’impliquer après un légitime temps d’adaptation et de découverte des collègues.

Vous réfléchissez actuellement à votre implication dans la formation initiale des collègues. Quelles sont les idées que vous avez en tête en la matière ? Quelles autres perspectives de carrière verriez-vous à moyens termes ?

J’aimerais effectivement m’inscrire dans une logique d’accompagnement des collègues dans tout ce qu’elle englobe. Il leur faut répondre à des attentes institutionnelles, tout en parvenant à s’épanouir dans le métier qu’ils découvrent.

Les années de master, durant lesquelles nous nous préparons au métier, sont intenses puisque nous devons apprendre à être en face des élèves, tout en fournissant un travail universitaire dans le même temps et ce n’est pas toujours évident de comprendre les attendus de chacun. C’est en ce sens que je souhaiterais les accompagner, en les épaulant et en facilitant leur expérience en établissement.

Il est également important pour chacun de parvenir à s’épanouir dans son métier et j’aimerais échanger autour des pratiques d’enseignement, qui varient d’une personne à une autre, afin d’apporter des éclairages différents sur la pratique des jeunes collègues. Le plus important est de se questionner, mais aussi de questionner les autres pour développer sa pratique. Sans ces temps d’observation et de réflexion, il est difficile pour les jeunes collègues, mais aussi pour l’enseignant qui les accompagne, de déployer une pratique épanouissante.

Parmi vos centres d’intérêt figurent l’environnement et les animaux. Quelles formes d’engagement recouvrent pour vous ces 2 thématiques ? Pensez-vous vous impliquer, en tant qu’enseignante, dans l’éducation au développement durable ? Comment ?

C’est un engagement au quotidien qui passe par toute sorte de petits gestes permettant d’améliorer notre positionnement sur ces thèmes.

Tout d’abord, il faut échanger et rester ouvert face à ces sujets qui sont primordiaux actuellement. D’ailleurs, l’un ne va pas sans l’autre. Il n’y a pas de conduite parfaite à reproduire, il s’agit de faire au mieux selon nos capacités à nous défaire de certaines habitudes. Le plus important, c’est la prise de conscience et la volonté de s’améliorer.

Je soutiens des associations qui œuvrent dans ce sens comme Greenpeace, la SPA et L214, et je consulte également des contenus qui permettent de s’informer sur les réseaux sociaux et internet. J’utilise d’ailleurs des moteurs de recherches qui ont un impact positif dans ce sens : Ecosia pour qui plante des arbres et Youcare qui nourrit les animaux.

Dans mon quotidien, rien n’a drastiquement changé : je limite mes déchets en passant par du fait-maison, j’ai un compost, je trie, j’essaie de consommer au maximum local, je respecte la saisonnalité des fruits et légumes, j’utilise le moins d’emballages plastiques que possible, je me lance dans un petit potager et j’essaie de trouver des alternatives réutilisables ou durables à tout le jetable qui envahit notre quotidien.

Mélanie Pernot-Salvalaio,
enseignante TZR de Lettres modernes dans l’académie de Besançon

Espagne : une continuité pédagogique qui défie les enseignants, les parents et les élèves

Guadalupe est professeure d’anglais et cheffe d’établissement adjointe dans un établissement de type collège/lycée à Madrid avec des élèves de 12 à 18 ans. Elle raconte comment elle a vécu, dans ses deux fonctions, la fermeture de son établissement.

Comment s’est passée la fermeture de l’établissement ?

Mal, la fermeture a été brutale, on a à peine pu voir les élèves une dernière fois. On a pu faire une réunion des professeurs pour s’organiser, on a décidé d’utiliser la page internet de l’établissement pour mettre le travail en ligne. Les professeurs de chaque classe devaient écrire une lettre aux parents pour expliquer comment ils allaient travailler, évaluer, corriger…C’était compliqué, mais on a fait quelque chose au moins.

Et maintenant ça se passe comment ?

C’est déjà la troisième semaine de fermeture, mais après on a les vacances, la semaine sainte, cela m’étonnerait qu’on rentre à la mi-avril comme prévu. Donc on est en train de s’adresser à nouveau aux parents pour leur dire ce qu’on va faire. Les examens ont été reportés. Les enseignants travaillent beaucoup et utilisent une plate-forme où ils accèdent à des classes virtuelles. J’ai fait ma première classe hier, c’était un peu dur, mais j’avais tous les élèves alors que justement l’accès des élèves pose problème, pour avoir un appareil, de la connexion…

Quelles difficultés vous posent la continuité pédagogique ?

Comme prof et comme chef d’établissement adjoint, ce qui a posé problème c’est la relation avec les parents qui n’avaient pas forcément d’adresse mail. Dans ce cas on est obligé d’utiliser le téléphone, la concierge du lycée prend les appels des parents d’élèves… On a 1000 élèves et 100 à 150 élèves pour lesquels on n’avait pas de mail. Les parents se sont plaints que les élèves avaient trop de travail alors qu’eux-même étaient pris par leur télétravail et les tâches quotidiennes et que… ce n’était pas possible ! Du coup on a envoyé un mel aux professeurs pour dire « relax », on ne peut pas faire la même chose en cours et à la maison, les exercices doivent être plus faciles…

Comment réagissent les enseignants ?

On regarde des sites, on découvre des manières de travailler avec les élèves, on apprend, on utilise Kahoot, on veut aider nos élèves et surtout ne pas perdre l’année. On a une responsabilité. C’est vraiment très compliqué pour nous et l’administration (régionale) ne peut pas forcément nous aider. Ils nous ont payé une application Microsoft pour mettre les cours en ligne mais on n’en avait pas forcément besoin.

Et les élèves ?

Les élèves sont stressés, mais surtout les parents qui doivent passer 24h/24 avec eux, faire de l’anglais, de la physique alors qu’ils ne peuvent pas les aider, mais je suis optimiste, on va s’en sortir. Après cette mauvaise expérience on va renaître, mais je ne sais pas quand… j’espère bientôt !

Allemagne : « Tout s’est préparé en un jour »

Katrin est professeure d’espagnol et de français à Osterburken, dans le Land de Bade-Wurtemberg, dans l’enseignement secondaire, avec des classes de niveau sixième à terminale. Comment a t-elle vécu la fermeture de son lycée et le passage à l’enseignement à distance ?

Comment as-tu appris que les écoles allaient fermer ?

Le ministre-président de Bade Wurtemberg a annoncé le vendredi 13 mars que les écoles fermeraient le mardi 17 mars. Chaque Etat a décidé le jour de fermeture, le nôtre était un des derniers. Lundi, nous étions au lycée pour pouvoir nous organiser. Petite réunion le matin, information des élèves, distribution de polycopiés d’activité en classe…

Comment s’organise le travail à distance pour les profs et pour les élèves ?

La direction du lycée nous a envoyé en début de semaine un formulaire pour élaborer un plan de travail sur la base des heures assurées normalement par les profs, pour qu’on propose des activités pour les élèves. Le professeur de classe (équivalent du professeur principal) envoie ensuite le planning aux élèves avec les pièces jointes données par les collègues. En fin de semaine, les corrections sont envoyées aux parents avec des consignes pour accompagner leurs enfants.

Est-ce que les enseignants changent leur manière de travailler, en passant par le numérique notamment ?

Il y a des établissements modèles (« Vorreiterschulen ») équipés de tablettes, habitués aux cours et aux réunions en visio-conférence, mais ce n’est pas notre cas. Nous échangeons entre profs des idées d’outils numériques, et les établissements sont souvent dôtés d’un référent protection des données (« Datenschutzbeauftragte ») qui travaille sur le choix des outils. Les enseignants utilisent parfois la plate-forme Moodle, dans certains établissements, ou des outils extérieurs (whatsApp, visioconférence…) mais je n’ai pas encore testé la classe « virtuelle ».

Comment vas-tu travailler dans les prochaines semaines ?

Je fais travailler les élèves sur le manuel avec des devoirs à me rendre, pour les terminales ils ont carrément un dossier complet à travailler en autonomie sur la Colombie, en espagnol, pour les habituer à l’enseignement supérieur, avec un test à la fin.

Le travail à distance, selon toi, c’est plutôt positif ou plutôt négatif, pour l’enseignant ?

Le travail à distance peut fonctionner avec les élèves plus âgés qui sont plus autonomes, mais il y a des aspects négatifs : on ne peut pas tout faire en langues vivantes, à distance ! Difficile pour les interactions, pour évaluer la compréhension, difficile pour s’impliquer et pour impliquer les élèves ! L’expérience, si elle est courte, peut toutefois avoir des aspects positifs : on voit bien le rôle essentiel joué par l’enseignant… comme pour tous les métiers « sociaux », quand il n’y a pas d’école !

Pays-Bas : de la difficulté de suivre les élèves à distance

Kim est professeure de français dans l’enseignement secondaire aux Pays-Bas. Elle a accepté de répondre aux questions du SE-Unsa sur la mise en œuvre de la continuité pédagogique dans son pays.

Bonjour Kim, peux-tu nous dire où tu enseignes ?

J’enseigne au collège Pieter Groen à Katwijk, c’est un village au bord de la mer (entre la Haye et Amsterdam).

Depuis quand les écoles sont-elles fermées dans ton pays, et avec quelles conséquences ?

Les écoles aux Pays-Bas sont fermées depuis le 16 mars. Notre ministre vient d’annoncer que les examens finaux (les bacs) n’auront pas lieu cette année.

Comment s’organise concrètement la continuité pédagogique ?

Tous les profs dans notre pays essaient de donner des cours en ligne. C’était dur la semaine dernière, car on n’en a pas l’habitude. On utilise beaucoup Microsoft Teams et Zoom. Pour les élèves les plus fragiles, notre gouvernement a annoncé qu’on va les aider, mais on ne sait pas encore de quelle manière. On a beaucoup de contacts avec des élèves par téléphone, par WhatsApp, par Skype…

Est-ce que la continuité pédagogique pose problème pour certains élèves ?

Oui, tous les élèves n’ont pas le wifi qui fonctionne bien ou ils n’ont pas d’ordinateur ou d’iPad. Pour eux c’est difficile de suivre tous les cours. Et pour moi, c’est difficile parce que je ne peux pas bien aider mes élèves. Je ne suis pas sûre qu’ils font tout le travail, je n’ai pas assez de contrôle sur ce travail.

Comment se met en place le travail collectif des enseignants dans ton établissement ?

La plupart des profs ont dû tout découvrir en quelques jours. À mon école on a commencé les cours à distance mercredi dernier, après que le gouvernement a décidé de fermer les écoles le dimanche. C’était très étrange ! Tout le monde a travaillé beaucoup pour qu’on puisse commencer les cours. Avec mes collègues on parle beaucoup sur WhatsApp, Microsoft Teams et par e-mail. Notre directrice envoie un e-mail à tous les profs chaque jour pour donner des nouvelles.

Turquie : de nombreux outils pour garder le contact avec les élèves

Alper est professeur d’anglais dans l’Ouest de la Turquie, à Manisa, ses élèves ont entre 11 et 14 ans. Il a accepté de répondre aux questions du SE-Unsa sur la mise en œuvre de la continuité pédagogique depuis la fermeture des établissements dans son pays.

Quelle est la situation des écoles en Turquie ?

Les écoles ont fermé le 13 mars, la communication avec les familles passent par WhatsApp et je prépare et fais passer mes cours sur l’ordinateur. J’utilise les applications Zoom et Teamlink (visioconférence).

Que fait le ministère de l’éducation en Turquie face à cette situation ?

Le ministère a mis en place une application moodle qui s’appelle EBA. Elle permet aux élèves de regarder des vidéos de leçons, de faire des exercices et de communiquer avec les professeurs. Les profs peuvent aussi mettre en ligne des vidéos, des exercices et des contrôles sur cette plate-forme. Le ministère a aussi mis en place 3 chaînes de télévision pour les élèves qui permettent aussi de visionner des leçons. Toutes ces mesures permettent sans doute de s’adapter à tous les élèves, notamment ceux qui viennent de milieux moins favorisés.

Comment travaillent les professeurs entre eux ?

Pour l’instant on n’est pas dans une phase de coopération active entre enseignants mais on communique fréquemment par le biais de WhatsApp.

Agrégée et conseillère en formation continue

Anne Françoise, agrégée d’EPS, est conseillère en formation continue dans l’académie de Poitiers depuis 2003 au sein d’un GRETA où elle développe et commercialise les accompagnements VAE et des dispositifs de formation. Quel a été son parcours ? Le SE-Unsa lui a posé des questions sur cette mobilité professionnelle.

Bonjour Anne Françoise, quel a été ton parcours professionnel ?

Je suis professeur d’EPS depuis 1986, aujourd’hui agrégée.
J’ai d’abord enseigné en collège, avant de diversifier mon parcours professionnel : détachement dans un établissement national du Ministère des Sports puis affectation en IUT.
Au cours de ma carrière, à travers ces différents postes, mes missions initiales d’enseignante se sont ainsi progressivement élargies à la formation, à l’organisation et au développement de dispositifs sportifs et de formation.
En 2003, je suis devenue CFC (Conseillère en Formation Continue) dans l’académie de Poitiers.
Depuis, j’exerce mes missions dans une agence du GRETA Poitou-Charentes, en développant et en commercialisant des accompagnements VAE et des dispositifs de formations (domaines tertiaire et industriel) à l’attention des demandeurs d’emploi et des salariés.

Comment fait-on, concrètement, pour devenir conseiller en formation continue ?

Il faut candidater dans chaque académie, généralement en début d’année civile pour la rentrée de septembre. Les procédures de recrutement s’appuient généralement sur un dossier complet et un ou des entretiens.
À l’issue de cette campagne de recrutement une liste d’aptitude est établie. Les CFC sont recrutés dans cette liste en fonction des postes à pourvoir. Ils font d’abord une année probatoire avant de pouvoir être confirmés dans ces missions.
Les informations sur le recrutement sont publiées sur les sites des Académies.

En quoi le métier de CFC est-il spécifique ?

Les conseillers en formation continue (CFC) exercent un métier original qui se structure autour des grandes fonctions d’un référentiel de compétences spécifique.

Ils participent à l’organisation et au développement de l’offre de formation continue de l’Éducation nationale et du réseau, notamment par :
• négociation de projets avec des partenaires publics et privés, commercialisation de l’offre
• conception d’actions et de dispositifs de formation, l’animation d’équipes de formateurs et de coordonnateurs
• pilotage, suivi et l’évaluation des actions
• conseil aux équipes de direction des GRETA (Groupements d’établissements) et auprès des acteurs de la formation continue

Ces missions demandent une bonne réactivité face aux évolutions du contexte -économique, social, réglementaire, législatif- mais également une bonne connaissance de l’institution scolaire, son fonctionnement, ses ressources humaines et matérielles et les possibilités de certification.

L’activité d’un CFC et l’organisation de son travail au quotidien ne sont pas comparables à celles d’un enseignant : nombreux déplacements, pas d’emploi du temps fixe ni d’activité pédagogique. Les CFC ont une lettre de mission. Les congés ne correspondent pas nécessairement aux congés scolaires.

Le métier de CFC s’exerce en relation avec de multiples interlocuteurs. Il nécessite donc des qualités relationnelles, d’écoute et de négociation ainsi qu’une grande disponibilité.

Du point de vue administratif, les CFC sont nommés auprès du recteur, sous l’autorité du délégué académique à la formation continue. S’ils sont titulaires, ils conservent leur statut d’origine (et la progression de carrière correspondante), assorti d’une prime forfaitaire exclusive.

Pour plus d’informations :

D’AED vers CPE, le parcours de Justine…

Après un parcours universitaire en sciences du langage, vous préparez dans un premier temps le concours du professorat des écoles. Quelles sont les raisons profondes qui vous ont poussé à choisir cette orientation ?

J’ai toujours souhaité travailler dans l’enseignement, partager et transmettre des connaissances. Je me suis donc naturellement dirigée vers le professorat. J’ai passé le concours de professeur des écoles mais je ne l’ai malheureusement pas obtenu. Puis, j’ai été recrutée en tant qu’AED dans un lycée où j’ai compris ce que je voulais transmettre : ce n’était pas un savoir mais un savoir vivre, une compétence sociale. C’est à ce moment-là que j’ai découvert le métier de CPE.

Assistante d’Education pendant 3 ans et demi dans un lycée bisontin, vous devenez une étroite collaboratrice des CPE. Quelles sont les responsabilités qui vous ont été confiées ? Que vous-ont-elles apportées ?

Je suis arrivée en cours d’année scolaire sur le poste de « bureau de vie scolaire ». Il a fallu s’adapter très vite. J’étais chargée, par délégation du CPE, du suivi des élèves absentéistes avec deux autres de mes collègues. Selon la légitimité des motifs et la régularité des absences, nous opérions une pré-sélection des élèves que le CPE convoquait ensuite. La préparation du baccalauréat était également une lourde responsabilité. J’organisais avec deux AED de confiance la mise en place des salles et je préparais aussi tous les documents officiels. Nous nous assurions de la présence de chacun et du bon déroulement des épreuves. L’anonymisation des copies et l’envoi de chaque paquet au rectorat ou dans les autres établissements était un moment déterminant. Grâce à ce poste d’AED j’ai découvert le contact avec les élèves, une proximité essentielle pour les aider à grandir. L’écoute m’a permis de soulever certains problèmes d’élèves. Il y a eu des moments difficiles où il a fallu prendre une décision, pour le bien de l’élève, en accord avec le CPE et le chef d’établissement.

Depuis cette rentrée, vous êtes en poste dans un collège rural à gros effectif. Quels points communs et quelles différences voyez-vous entre les missions d’un AED en collège et en lycée ?

Il y a moins de responsabilités administratives en collège. Le nombre d’absences étant moindre, c’est le CPE qui gère les absences directement. En revanche, la surveillance est plus importante en collège qu’elle ne l’était au lycée. En effet, les élèves, plus jeunes sont plus dissipés. Leur comportement vis-à-vis de l’adulte est également plus immature. Je me rends compte qu’être devenue mère de famille m’a permis de mieux comprendre les élèves et de les accompagner au plus près de leurs besoins.

Au sein de votre village de Haute-Saône, vous êtes membre active du comité des fêtes et vous mettez en place plusieurs actions dont certaines bénéficient aux écoliers et aux collégiens. Lesquelles ? Quelle est votre place au sein de l’équipe organisatrice ?

Je suis membre du comité des fêtes, au même titre que les 19 autres personnes qui le constituent. Nous organisons plusieurs manifestations durant l’année qui profitent aux jeunes du village, dont certains font partie du collège dans lequel je travaille. Lors de la fête patronale, nous offrons une boisson et un tour de manège à chacun des enfants et adolescents du village. La « marche gourmande » est également un moment convivial où petits et grands se promènent et mangent ensemble, dans une ambiance festive. Les bénéfices de l’association nous permettent d’offrir des fournitures de bureau aux enfants du village tels que des sacs ou des feutres. Nous organisons également, plusieurs fois par an, des soirées “jeux de société” où tous sont invités. J’ai bien évidemment un contact privilégié avec les élèves de mon village et j’ai pu constater qu’ils me respectaient plus.

Vous avez représenté votre CPE à un stage de formation continue destiné aux référents citoyenneté. Quel a été le programme de cette journée et quels sont les points saillants que vous avez retenus ? Quels sont les projets d’animation que vous avez en tête dans votre établissement ?

Lors de cette journée, j’ai pu constater les différents fonctionnements propres à chacun des établissements représentés. Nous avons d’abord construit collectivement un récapitulatif du rôle du référent citoyenneté, du CVL et du CVC. Nous avons comparé ce qui se faisait dans chacun des établissements en prenant en compte les différences de publics et de locaux. Cette journée fut très intéressante car elle m’a confortée dans l’idée que nous pouvons atteindre les mêmes objectifs en prenant divers chemins. J’ai pu, grâce aux personnes rencontrées ce jour mettre en place une journée de Noël : élèves et surveillants sont venus avec un pull de Noël ou un bonnet. J’aimerais également organiser un carnaval, chaque élève viendrait déguisé, le thème changerait chaque année. Nous pourrions organiser un concours de déguisements sur le temps de pause méridienne.

Vous envisagez de candidater à la prochaine rentrée sur la fonction de CPE contractuel et de préparer le concours. Quels sont les aspects du métier qui vous intéressent le plus ? Pourquoi ?

Le métier de CPE est très complexe et très complet. J’ai exercé dans deux types d’établissement et j’ai mesuré la diversité des fonctionnements. Le CPE a des missions inscrites dans une circulaire nationale. Pour autant, dans chaque établissement il effectue des taches propres au fonctionnement interne et au contexte local. De nature sociable, je sais pouvoir faire le lien entre un élève et un enseignant qui est un passage obligé pour le CPE. Nous savons que sans le lien entre la famille et l’école il n’y a pas de réussite possible. C’est donc un gros défi que de réussir à combiner les envies et besoins de chacune des parties pour en retirer le meilleur. La gestion de la vie scolaire est également un point qui me tient à cœur. Il faut savoir repérer les compétences particulières à chaque AED, leur permettre de faire leur travail dans les meilleures conditions possibles afin qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Mais ce qui m’intéresse le plus dans le métier de CPE, c’est la capacité d’évolution de l’élève, le principe d’éducabilité. Donner à chacun, selon son profil et ses spécificités, l’envie de réussir et révéler à chacun ses potentialités. Garder en tête l’objectif de permettre à chaque élève de devenir un citoyen adulte responsable.

Déjà formatrice de vos collègues dans l’établissement, vous souhaiteriez étendre votre champ d’action aux AED du bassin en lien avec les CPE du secteur. Qu’est-ce qui vous semblerait prioritaire à faire figurer dans un module de formation de nouveaux AED ?

Il y a bien évidemment le point primordial qui consiste à comprendre qu’une surveillance est d’autant plus efficace qu’elle est active et permanente. La mobilité des AED renvoie une image dynamique aux élèves et les rend imprévisibles. Les AED doivent montrer leur capacité à faire confiance aux élèves sans jamais les sous-estimer. Il faudrait, à mon sens, responsabiliser les AED sur l’aide aux devoirs et leur donner des outils pédagogiques. En étude, il arrive souvent que les élèves ne travaillent pas car ils ne savent pas comment s’y prendre et rencontrent des soucis méthodologiques. C’est d’autant plus vrai pour les élèves à besoins éducatifs particuliers. Un AED doit être capable également de repérer un élève en difficulté et de le diriger vers les personnes compétentes. Les AED sont souvent mal perçus par les élèves et associés spontanément à la police qui ne fait que brimer. Je crois que nous sommes aussi « les oreilles » des CPE ou de l’infirmier(e) en cas de problème plus grave. Personnellement, il m’arrive d’échanger avec les élèves sur des plans plus personnels de ma vie afin de créer une proximité et une relation de confiance. Je crois qu’un élève qui se sent bien dans son établissement aura plus envie de s’investir dans son travail. Ce côté humain n’est souvent pas assez présent dans les formations AED actuelles alors que nous sommes les personnes qu’ils côtoient le plus dans la journée. Utiliser la méthode d’analyse de pratiques professionnelles me semble utile car elle permet de traiter de cas concrets et de les distancier.

Justine Kvartskhava, AED au collège Rioz de l’académie de Besançon

Olivier, prof doc dans un établissement français à l’étranger, témoigne…

Olivier, de l’académie de Nantes, a été affecté au sein de l’Agence des Etablissements Francais à l’Etranger (AEFE), pendant 2 ans, au lycée français de Marrakech, au Maroc. Il nous raconte son expérience, et fait le point sur les conditions de travail, d’exercice et sur ce qu’il retient de cette expérience de prof-doc à l’étranger.

Peux-tu me dire à quoi ressemblait ton CDI à Marrakech ?

L’établissement se situait dans le centre-ville de Marrakech, dans le quartier du Gueliz. Ancienne caserne militaire dans les années 50, Le CDI était un bâtiment à part en plein milieu du lycée. Quand je suis arrivé en 2017, le CDI sortait de 2 mois de travaux (clim, isolation, peinture, etc…), j’ai donc pu l’investir totalement et m’impliquer dans les choix de couleurs et de réaménagement. C’était donc un très bel endroit, très clair, très spacieux avec une superbe signalétique. On m’a laissé une grande liberté et j’ai eu un beau budget pour décorer le lieu. Et enfin grand privilège, nous étions à Marrakech avec des températures douces 10 mois de l’année, on a donc pu créer, en plus du coin lecture du CDI, un jardin de lecture avec des chaises longues et des tables de travail qu’on a fait faire par des artisans marocains avec de chouettes carreaux de ciment. Ce jardin a d’ailleurs été agrandi depuis mon départ, grâce à la documentaliste qui m’a succédé qui a monté un projet avec des élèves de seconde et qui a fait appel à une paysagiste locale. Bref un lieu magnifique qui me manque beaucoup aujourd’hui.

Est-ce difficile d’obtenir un poste prof doc à l’étranger ?

J’avais des rapports d’inspection plutôt positifs, je pense que ça aide. Outre la constitution du dossier que j’ai trouvée complexe, ça a été assez facile pour moi puisque j’ai eu des nouvelles du SCAC (Service de coopération et d’action culturelle), à qui j’avais envoyé mon dossier, rapidement, et obtenu le poste trois mois après avoir fait ma demande. Le SCAC de Rabat est très réactif et très présent au moment du recrutement, par mail : on t’informe que ton dossier est bien arrivé, que tout est complet, on répond à tes questions quand tu as besoin de connaître le protocole de recrutement…bref je me suis senti épaulé. Le proviseur du lycée n’a pris contact avec moi qu’une fois que mon dossier de demande de détachement et de mise en disponibilité avait été validé.

En quoi l’exercice du métier prof doc était différent à l’étranger?

Le métier reste le même, la reconnaissance est peut être plus grande à l’étranger (élèves et hiérarchie) et on a une plus grande marge d’action avec des budgets de fonctionnement plus importants. C’est surtout une question de personne : j’ai eu affaire à une équipe de direction qui te fait confiance, qui vient te voir quotidiennement pour prendre des nouvelles, qui t’implique dans la vie de l’établissement, un adjoint qui te dit merci et bravo pour ton travail, c’est rare en France !

Ton meilleur et ton pire souvenir de l’expérience prof doc à l’étranger ?

Mon meilleur souvenir : Les élèves du lycée français sont pour la grande majorité d’entre eux extrêmement travailleurs, volontaires et brillants. Les élèves peuvent parfois applaudir à la fin d’une séance et vous dire merci, j’avoue que ça ne m’est jamais arrivé en France.

Pire souvenir : Quand la Wilaya (équivalent de la préfecture) qui fournissait les cartes de résidents m’a demandé un certificat de vie. Être devant l’agent en chair et en os n’était pas suffisant, il leur fallait un papier qui prouvait que j’étais bien vivant. Ça m’a fait rire !

« Je viens de finir ma politique documentaire » : une collègue témoigne

Élisabeth est T2, elle a 23 ans et, comme une majorité des jeunes professeurs, a « atterri » en région parisienne après son stage. Elle est titulaire de son poste à Créteil, dans un collège de centre ville dépassant à peine les 500 élèves. Le public est extrêmement hétérogène (en termes sociaux et de réussite), ce qui n’est pas toujours évident à gérer notamment avec les parents. Il reste tout de même un établissement dit « tranquille ».

Pour toi c’est quoi être professeur documentaliste aujourd’hui ?

Le métier de rêve. J’ai la chance de jouir d’une assez grande liberté de mouvements. Je peux m’insérer dans les projets pédagogiques que je veux ou les monter. Je trouve néanmoins difficile de jongler avec nos trois casquettes (pédagogie, gestion du fonds, ouverture culturelle) et j’ai tout le temps l’impression d’en sacrifier une. Pour moi, aujourd’hui, notre rôle consiste à éveiller au maximum les élèves, leur curiosité, leur ouverture d’esprit. Tout ce que je fais dans mon métier va dans ce sens.

Tu as mis récemment en place une Politique Documentaire, quel est l’intérêt d’un tel dispositif ?

Il y a plusieurs intérêts à instaurer une politique documentaire. Déjà, au moment de sa réflexion et de sa conception, cela permet de prendre du recul sur sa pratique et sur son terrain, de déterminer les urgences, les choses à modifier ou à mettre en place, en évitant d’avancer au flair ou à l’aveuglette. C’est intellectuellement reposant de « lister » les choses non ? De plus, si quelqu’un nous remplace ou prend notre suite, cela permet d’instaurer une continuité. Cette personne pourra voir ce qui avait été décidé, ce qui a été fait, pourquoi… Cela permet une meilleure prise en main du poste je pense. Et enfin (surtout), elle inscrit ce qui va être mis en place dans la politique d’établissement, qui est conduite au CA. C’est un bon moyen de défense (en cas de changement de direction, d’opposition de collègues, etc.) et ça permet aux projets d’avancer.

Peux tu nous donner quelques exemples concrets du contenu de ta poldoc ?

Sur le plan général, je parle de la fréquentation, des ressources (accès, gestion, utilisation), de la formation des élèves… en me basant au maximum sur des indicateurs comme des statistiques. C’est ce qui appuie tous nos objectifs. Comme exemples, je peux parler du désherbage. Il faut alors analyser le fonds, et les besoins. Ou encore pour la formation des élèves, il m’a semblé important de mentionner Pix (le service public en ligne pour évaluer, développer et certifier les compétences numériques), et notamment le fait de réfléchir rapidement autour de cet outil, car c’est pour le moment un inconnu pour l’ensemble de l’équipe pédagogique.

Est-ce que c’est long à mettre en place  ? Est-ce que ça te demande un gros travail de suivi ?

J’en suis seulement au début du processus. Analyser le terrain, choisir les objectifs et rédiger tout cela m’a demandé un certain temps en effet (une bonne semaine de « vacances »). Mais j’ai tout fait seule, et j’espère avoir des troupes pour la prochaine fois ! Le tout est maintenant de la faire lire par certains collègues, l’administration, et d’y apporter les modifications nécessaires, afin qu’elle nous convienne à tous. Il faudra ensuite la faire accepter en CA, alors que le projet d’établissement, déjà… fait débat !
Après, pour sa mise en place, je pense que cela s’apparente à un travail de fond, à adapter selon les conditions. Peut-être que je réfléchirai à un calendrier sur les 3 ans à venir afin d’étaler les objectifs et de me motiver.

Comment penses-tu la faire vivre et évoluer ?

J’avoue compter sur l’acceptation des collègues. Mais je sais que la communication autour de ce que je ferai sera un bon moyen de la faire vivre (voire d’amener l’implication des collègues). Pour son évolution, il faudrait que je pense à faire un document parallèle pour noter ce qui est fait, modifié, comment, pourquoi… mais c’est encore à dessiner.

Est-ce que l’objectif caché d’un tel dispositif ne serait pas d’impliquer tes collègues dans le fonctionnement du CDI ?

Dans le fonctionnement du CDI et au-delà pour toutes les ressources, et surtout dans la formation des élèves. Je pense qu’un établissement fonctionne avec une réelle plus-value pour les collègues et les élèves si tout le monde s’empare des outils, et du terrain. Si je fais seule ma gestion dans mon coin, je vais râler parce que telle ou telle chose n’est pas faite comme ça, idem pour les collègues. Alors que si nous communiquons avant sur comment tout mettre en place, c’est beaucoup d’énergie et de temps économisés !
Pour la formation des élèves, l’EMI (Education aux Médias et à l’Information) est très importante et transdisciplinaire. Et pourtant, nous avançons un peu dans le flou car chacun fait quelques points dans son programme mais personne ne sait qui fait quoi, et c’est sans heures dédiées… On ne peut donc pas savoir avec quelle formation les élèves sortent en troisième.
Je pense que mon idée principale est qu’il faut avancer en équipe. C’est ce que je vais essayer d’instaurer.

Est-ce que ta politique documentaire pourrait se transférer dans un autre établissement ou est-ce qu’elle s’inscrit vraiment dans un contexte particulier ?

Pour la mienne, je me suis aidée d’un document partagé sur la DropBox du groupe Facebook « Profs docs et licornes : entraides entre profs docs« , et d’autres disponibles en ligne. Cela aide beaucoup pour se lancer je trouve, mais l’on s’aperçoit très vite qu’au final il restera très peu de choses en commun. Parce que le fait est que la politique documentaire est intrinsèque au terrain. Je pense que le ministère pourrait quand même mettre à disposition un squelette à modifier.

La Politique Documentaire fait débat dans la profession des Profs docs car certains la considèrent comme une charge de travail supplémentaire inutile et trop contraignante, visiblement ça n’est pas ton avis, pourquoi ?

Je pense être favorisée par le fait de ne pas avoir connu le métier sans politique documentaire à établir… Je n’ai pas la sensation de « avant on n’avait pas à faire ça ». Clairement c’est une masse de travail, mais je la trouve absolument en accord avec notre métier et ça permet d’avancer de manière structurée. Au final je trouve que c’est agréable à faire, car il y a un réel sentiment d’accomplissement, et aussi de reconnaissance.

Sur le statut des Profs docs tu as des choses à nous dire ?

Je pense sincèrement qu’il faudrait, à défaut de diviser le métier, mettre deux personnes en poste minimum par établissement. Si on passe notre temps à faire de la gestion, adapter au mieux le fonds et son accès, chercher les projets intéressants, etc. Comment mettre en place en même temps un parcours d’éducation aux médias et à l’information ? (dont les heures sont souvent données sans décompte d’ailleurs !) C’est ce que je disais plus haut sur le fait de sacrifier une part du métier. Pour essayer de pallier ce problème, je me retrouve comme plein de collègues à enchaîner les heures sup’. Ces dernières sont soit bénévoles, soit le chef d’établissement concède leur rattrapage ou leur paiement avec d’autres enveloppes. Au final, nous sommes tout de même lésés, donc soit il faut des HSA possibles, soit une enveloppe HSE plus grande ne serait pas de refus… Même les heures de devoirs faits, que l’on fait en plus de nos 30h de présence, sont payées moins que quand elles sont assurées par nos collègues de discipline. Pour conclure je dirais que c’est un métier où si l’on réfléchit, on se sent très facilement en manque de reconnaissance et de rémunération par rapport au travail fourni (et je n’ai même pas mentionné les IMP). Heureusement, c’est un métier humainement et intellectuellement très riche, ce qui suffit, pour le moment, à me faire lever le matin avec le sourire.

Photo de Nicole Berro provenant de Pexels

D’AED à directrice à la MGEN, le parcours de Stéphanie

Stéphanie, quel a été ton parcours universitaire ?

J’ai fait une fac de sociologie et anthropologie à l’Université de Tours. Après 3 années, j’ai obtenu une licence de sociologie.

As-tu exercé des fonctions d’AED, dans quels types d’établissement ?

J’ai été AED, mais avant cela, surveillante d’externat dans un collège rural avec SEGPA . En tant qu’AED, j’ai travaillé dans 3 types d’établissement : collège dit « classique », lycée général, technologique et professionnel en centre-ville et collège classé « ZEP ».

Combien d’années as-tu été CPE, qu’est-ce qui te plaisait ?

J’ai été 10 ans CPE dont 6 années comme contractuelle. Ce qui me plaisait c’était l’accompagnement des élèves, le relationnel avec les élèves et leur famille. J’aimais aussi organiser le service de vie scolaire, c’est à dire le management des équipes d’AED. J’appréciais d’être autonome et la confiance qu’on m’accordait dans la gestion de mes missions. La mise en place de projets avec les enseignant·es, pour les élèves et au-delà, la participation au Groupe technique académique des CPE, l’accompagnement des stagiaires CPE, la formation des pairs sont aussi des missions qui me plaisaient.

Comment en es-tu venue à t’orienter vers un poste de directrice départementale de la MGEN ? Penses-tu que ton expérience de CPE t’a aidée à être retenue sur ce poste ?

J’étais correspondante MGEN en établissement scolaire et par ce biais, j’ai eu connaissance du poste de directrice qui se libérait. Je n’avais pas particulièrement réfléchi à changer de voie, c’est une opportunité que j’ai saisie. Je pense que mon expérience en tant que CPE a été appréciée, notamment la mission de cheffe de service, mais aussi celle d’être en capacité de monter des projets. Mon réseau professionnel a aussi du séduire car si je suis directrice de la section MGEN du Mans, je le suis au titre de « détachée de l’Éducation nationale », et il est important d’avoir connaissance de ses pairs car la MGEN gère le régime obligatoire des fonctionnaires de l’Éducation nationale. Cela me permet aussi de mieux comprendre et de mieux répondre à leurs problématiques lorsqu’elles existent.

En quoi consiste ton poste de directrice de la MGEN 72 ?

Mon poste consiste à manager opérationnellement l’équipe de la section à partir des orientations régionales. Je veille à la qualité de service en déclinant les plans d’actions régionaux. Je pilote l’activité de la responsable d’équipe. Je développe les compétences de l’ensemble de l’équipe en dynamisant les activités et en proposant des formations, si nécessaire. Je dois veiller au respect du dialogue social et enfin je contribue et/ou je mets en œuvre des projets régionaux autour des valeurs de la MGEN.

Quel type de partenariat y a t-il entre la MGEN et l ‘Éducation nationale ?

Plus qu’un partenariat, un accord cadre a été renouvelé le 1er janvier 2019 pour une période de 5 ans. Il est désormais accessible aux enseignants en formation et il intègre un dispositif d’accompagnement social d’urgence. Le groupe MGEN est partenaire de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur pour le déploiement cofinancé d’un dispositif santé au travail pour tous les agents de ces ministères, actifs ou retraités, ayants droits, adhérents ou non au groupe MGEN.

Depuis 2014 avec la signature du précédent accord-cadre, ce sont 126 espaces d’accueil et d’écoute qui ont été créés. Ils sont accessibles et gratuits jusqu’à trois fois par an. De nombreuses académies couvertes par des antennes du Centre national de réadaptation ont été créés. Plus de 750 actions militantes de promotion de la qualité de vie au travail ont été réalisées sur le terrain avec l’appui de la direction générale des ressources humaines communes aux deux ministères, ainsi qu’un dispositif d’accompagnement social d’urgence après le passage de l’ouragan Irma dans les Antilles françaises.

Mutuelle professionnelle, le groupe MGEN répond aux enjeux de santé au travail aux côtés des employeurs publics, et en particulier du ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, avec un dispositif spécifique, les réseaux PAS.

En 2017, 15 549 personnes ont bénéficié de ce réseau via trois grands types d’actions :

  • Les 126 Espaces d’Accueil et d’Ecoute (EAE) sont accessibles à tout agent de l’Education nationale actif qui souhaite s’entretenir avec un psychologue du travail ou un psychologue clinicien.
  • Les centres de réadaptation, présents sur les académies de Paris, Créteil, Versailles, Bordeaux, Aix-Marseille et Nantes), s’adressent aux personnels de l’Education nationale qui, suite à un congé de maladie, doivent préparer un retour sur leurs fonctions ou envisager une réorientation professionnelle. 237 personnes ont été accompagnées via ce dispositif en 2017.
  • Dans les 30 académies, plus de 750 actions collectives ont été réalisées : 60% de ces actions sur l’accompagnement à la prévention des risques psychosociaux (RPS), 25% de ces actions sur la prévention des troubles de la voix (premier outil de travail des enseignants) et enfin, 15% de ces actions ont porté sur la prévention des troubles musculo squelettiques (TMS).

Le groupe MGEN est également partenaire de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (ANACT) et son réseau régional (ARACT).

Retrouves-tu des réflexes/tâches de CPE dans ta nouvelle fonction ?

Je retrouve mes missions de CPE lorsque je pilote l’activité des salariées, avec toutes les tâches que cela incombe : animation de réunion, compte rendu de réunion, gestion des difficultés professionnelles, accompagnement professionnel. Le parallèle que j’observe souvent c’est aussi, la gestion des situations délicates des adhérent·es, similaires à celles des élèves lorsqu’ils/elles pouvaient être en difficulté. C’est aussi le soutien de l’équipe lorsqu’un·e adhérent·e exprime un mécontentement de façon trop véhémente j’utilise alors, les mêmes compétences psychosociales que lorsque je devais gérer le mécontentement d’une famille, par exemple.

On dit souvent que prendre du recul sur son métier permet de la redécouvrir. Qu’as-tu observé ?

J’ai observé le fait qu’être CPE demande une grande capacité de prise de recul face aux situations personnelles des élèves qui nous sont confiées, c’est pourquoi, il me semble important de se construire un réseau de pairs, d’avoir des collègues ressources qui soient en capacité d’écoute et de compréhension lorsqu’une situation professionnelle parait difficile à gérer. Cela demande de développer une intelligence émotionnelle, de savoir être empathique, de combiner exigence et bienveillance. La gestion de conflits et de tensions interpersonnelles est aussi une compétence à avoir. Le métier de CPE est un métier d’urgence, il faut être en capacité d’être réactive tout en ayant l’exactitude de la réponse. CPE est un métier d’engagement pour le bien-être de chacun·e dans l’établissement et avant tout, des élèves. C’est un métier que j’adorais, ma plus belle victoire était la reconnaissance des élèves.

Stéphanie Lechat, directrice, section départementale MGEN de la Sarthe