Une articulation présentiel / distanciel qui va poser question

Philippe est professeur d’histoire géographie EMC et a une vingtaine d’années d’ancienneté dans l’Éducation nationale ainsi qu’au SE-Unsa (c’était encore la FEN quand il a commencé!). Il travaille au collège Irène et Frédéric Joliot-Curie de Saint Hilaire des Loges en Vendée depuis cette année. C’est un petit collège rural (à peu près 250 élèves).

Comment avez-vous été associés à l’organisation de la reprise, comment se passera la rentrée des personnels ?

L’ensemble des enseignants et de l’équipe vie scolaire a été associé à la rentrée par le chef d’établissement avec l’envoi d’un projet de protocole de réouverture et deux réunions en distanciel pour l’amender et l’améliorer. Il a été voté au final et sera envoyé aux parents d’élèves. Globalement, ce protocole est bien et l’équipe semble prête à reprendre. Le principal est strict sur les conditions : pas de masque, pas de reprise par exemple.

Quelles sont vos difficultés pour mettre en oeuvre le protocole sanitaire ?

Pour l’instant, ça a l’air d’aller mais il n’a pas été encore appliqué car peu d’élèves s’annoncent, pas plus de 10-15 par classe et que peu de collègues sont maintenus en distanciel. Ensuite, il semble clair qu’il sera très difficile de l’appliquer avec des quatrièmes / troisièmes aussi ou alors avec une seule journée par niveau de classe au lieu de deux. De plus, la question de l’articulation et du cumul présentiel / distanciel reste latente pour les collègues.

Retrouver les élèves, pour quoi faire ? Sur le plan psychologique, pédagogique, quelles sont vos appréhensions ?

C’est la question. N’ayant pas de 6ème / 5ème, je n’y ai pas réfléchi vraiment et les collègues n’en ont pas vraiment parlé. En HGEMC, je dirais qu’on reprendra là où on en était arrivé dans le cours en distanciel et qu’on essaiera de faire un ou deux chapitres mais cela a moins de sens en maths ou en anglais.

Une dernière question : c’est quoi le défi de la rentrée de septembre pour vous ?

Espérons que le taux de contamination aura nettement baissé pour une rentrée « normale » avec tous les élèves ensemble. Sinon, s’il faut continuer à travailler par demi-groupes présentiel-distanciel, ce sera difficile à appréhender. Les élèves ne viendraient en fait au collège que pour caler le travail fait en distanciel et avoir un contact avec leurs professeurs. L’essentiel du travail devrait rester en distanciel mais j’ai déjà perdu beaucoup de gens, particulièrement en 3ème… Comment maintenir un travail de loin ?

Un Padlet pour noter les questions qui se posent pour la reprise

Evelyne Faugerolle est professeure de Lettres Modernes au collège Les Lesques de Lesparre en Gironde, un collège classé education prioritaire. Elue au CA et au CHS de l’établissement, Evelyne est la secrétaire de la section académique du SE-Unsa dans l’académie de Bordeaux et secrétaire régionale adjointe de l’Unsa éducation.

Comment avez-vous été associés à l’organisation de la reprise, comment se passera la rentrée des personnels ?

Nous avons été informés très régulièrement à chaque fois que les circulaires arrivaient à l’établissement par mail et message Pronote. Nous avons eu un premier mail le 4 mai avec ce que les chefs d’établissement imaginaient pour la reprise. En tant qu’élue du personnel, j’ai demandé un délai pour produire les certificats médicaux et la réunion d’une instance en visioconférence avant de communiquer l’organisation retenue.

Beaucoup de choses restaient encore floues pour nous alors que les délais étaient courts, mais évidemment on s’est basé sur le protocole sanitaire.

De nombreux collègues m’ont sollicitée par rapport au côté pédagogique de la reprise, pour ne pas se limiter à une aide aux devoirs. J’en ai parlé à la chef d’établissement et on a élaboré un Padlet (outil de collaboration en ligne) pour garder la trace des questions et des réponses sur la gestion du CDI, les protocoles, la vie scolaire, la restauration, l’évaluation, les instances, les circulations, l’administration…

Retrouver les élèves, pour quoi faire ? Sur le plan psychologique, pédagogique, quelles sont vos appréhensions ?

Mes appréhensions sont de ne pas savoir recevoir les émotions des élèves, d’être submergée par les miennes. Mais c’est comme le trac, une fois dans la salle de classe, je sais que ça ne sera que du bonheur. Techniquement, comme je suis bavarde, je me demande comment ça va se passer sous le masque !

Quel est pour toi le défi de la rentrée de septembre ?

Un défi d’ordre vestimentaire : casque intégral ou chapeaux visières à adapter selon les saisons ? Humour ! L’autre, plus sérieusement, comment élaguer dans le programme pour rattraper le temps… est-ce possible?

Réouverture des écoles, quand le réel écrase la com’

Hélène est une enseignante qui participe à l’accueil des enfants de soignants, elle nous a envoyé ce témoignage où elle nous fait part de son incompréhension et de sa colère devant l’impossibilité d’appliquer le protocole sanitaire de réouverture des écoles.

Je participe actuellement et depuis le début du confinement à l’accueil des enfants de soignants.
Nous sommes 2 adultes pour 2 enfants et 3 adultes dès qu’on dépasse les 10 élèves et même avec ces effectifs et ce taux d’encadrement les distances de sécurité sont difficiles voire impossibles à mettre en oeuvre : les enfants de maternelle ne sont pas habitués à rester assis à leur place (et c’est normal ce n’est pas naturel pour eux) les plus grands n’arrivent pas à garder leurs distances notamment aux moments des nombreux déplacements qui jalonnent les journées de classe (arrivées, départs, passages aux toilettes, déshabillages, installations en classes, sur les bancs pour une histoire …)

Les conditions qui nous concernent sont idéales par rapport à ce qui est proposé (nous sommes 1 adulte pour 5 enfants, nous intervenons 1 demi-journée par semaine (et après nous sommes fatigués, vraiment, car chaque minute de la journée est à animer et à encadrer au sens strict du terme) et il n’y a qu’un groupe classe dans notre école donc pas de choses à régler pour ne pas croiser les autres groupes.

Lorsque j’ai informé mon entourage que je m’étais engagée dans l’encadrement des enfants de soignants, il était très inquiet mais il a compris. J’ai expliqué à ma directrice que je serai volontaire pour encadrer des enfants de l’école dans des petits groupes, avec un encadrement suffisant, mais uniquement pour des enfants qui en auraient besoin (familles dont les deux parents travaillent, enfants en foyer, problèmes dans les familles, …) Je refuse de faire garderie pour des enfants dont les parents veulent souffler un peu !!!

On nous demande d’assurer du présentiel, de continuer la continuité pédagogique et de seconder les périscolaires dans la mise en place des 2S 2C (Sport, Santé, Civisme et Culture).

J’ai passé la journée d’hier à répondre aux mails de mes élèves de maternelle, à alimenter mon blog, à gérer mes trois classes virtuelles pour mes PS, mes MS, mes GS. Hier soir j’ai assisté à une réunion du SIVOS (syndicat intercommunal à vocation scolaire) pendant laquelle j’ai témoigné des difficultés rencontrées lors de l’accueil des enfants de soignants. Rien n’a été décidé. Aujourd’hui je rattrape le travail scolaire de mes enfants à moi. J’ai passé des coups de fil à des collègues inquiètes qui avaient besoin de parler (je suis apparemment une « bonne oreille » et je suis réputée pour mon optimisme à rude épreuve).

Mais à midi, à table, j’ai craqué. Notre pression actuelle est terrible. Les parents de notre école sont unanimes. Avec le travail de continuité pédagogique, certains sont réconciliés avec l’école, nous prenons des nouvelles de nos élèves, répondons aux mails, nous avons mis en place un suivi individualisé lorsque c’était nécessaire pour nos élèves les plus fragiles et pour les parents les plus perdus.
Comment poursuivre ceci, être en présentiel, assurer l’accueil des enfants de soignants, aider les périscolaires et nous occuper de nos enfants dans de telles conditions.

Aujourd’hui je suis triste, fatiguée et en colère. Lundi, je retournerai à l’accueil des enfants de soignants avec le sourire avec mon kit (dérogation, gel hydroalcoolique…), mes histoires, mes activités de rupture, mon travail pour les élèves de maternelle, mes consignes en tête (lavage de mains, distanciation…) et en rentrant je me déshabillerai dans le garage, je monterai prendre ma douche de la tête aux pieds (la semaine dernière j’ai hurlé après mon petit bout de 9 ans qui accourait pour me faire un câlin), je désinfecterai mes clés, les poignées de porte et je rejoindrai ma famille à table, avec le sourire.

Je pensais vraiment avoir le temps d’organiser la rentrée de septembre avec mes collègues, en réfléchissant ensemble, en prenant le temps d’acheter du matériel, de repenser notre pédagogie, nos déplacements, l’utilisation du matériel. Je pensais avoir le temps d’être prête pour la rentrée, tout simplement.

Je m’arrêterai là sans évoquer ma situation de maman d’un enfant de CM1 et d’un enfant de 6ème qui ne retourneront pas à l’école avant septembre mais que je ne peux laisser seuls à la maison pendant que mon mari facteur travaille 4 jours par semaine, sans doute 6 à nouveau dès le déconfinement.

Merci pour les combats que vous menez au SE-Unsa depuis le début de cette bataille contre cet ennemi invisible qu’est le coronavirus.
J’espère que nos gouvernants prendront la mesure de l’impossibilité d’appliquer le protocole sanitaire en si peu de temps et en attendant je poursuis ma mission d’enseignante à distance auprès de mes incroyables élèves de PS-MS-GS qui me manquent énormément mais que je ne suis pas prête à accueillir en présentiel.

Hélène, passionnée mais déroutée

Image par sandid de Pixabay

De l’ENS à l’Université de technologie, portrait d’un agrégé

Yacine est PRAG, agrégé de sciences industrielles, en détachement depuis 4 ans à l’Université de technologie de Compiègne, à la fois école d’ingénieurs et université. Il nous présente la palette de ses missions, en tant qu’enseignant du second degré détaché dans l’enseignement supérieur.

Comment as-tu obtenu ce poste à l’UTC ?

Je suis sorti de l’ENS Cachan en 2012 après avoir obtenu mon agrégation de mécanique. J’ai ensuite poursuivi mes études avec une thèse à l’université de Grenoble, et exercé un an la fonction d’ATER (attaché temporaire d’enseignement et de recherche). J’ai été recruté il y a 4 ans sur un poste de PRAG (professeur agrégé affecté dans l’enseignement supétieur) à l’Université de technologie de Compiègne. Pour candidater, je suis passé par l’application Galaxie qui diffuse des offres de postes de détachement dans l’enseignement supérieur. Chaque entité y précise le profil des enseignants recherchés. On dépose ensuite un dossier et on est convoqué pour un entretien.

En quoi consiste ton service d’enseignement ?

À l’UTC, les étudiants choisissent leurs cours, on a affaire à des gens motivés. J’assure principalement des cours d’ingénierie mécanique : conception assistée par ordinateur, résistance des matériaux, technologie, fabrication… Mais j’ai une part de plus en plus importante d’enseignement dédié à l’éco-conception. Il s’agit d’intégrer la dimension environnementale en conception de produit. C’est passionnant, cela permet de repenser de façon plus globale le rôle de l’ingénieur face aux défis climatiques et aux enjeux de soutenabilité actuels.

De nombreuses d’activités se déroulent sous forme de projet. Les étudiants sont très autonomes et le suivi est enrichissant. Je pense qu’on apprend autant qu’on leur enseigne. Les cours se déroulent de septembre à janvier et de février à juin avec une pause inter-semestrielle de 5 semaines.

Dans cette période de confinement (mars/avril 2020), je travaille sous forme de capsules vidéos, des espaces ont été créés pour centraliser les questions, des visios sont organisées pour les échanges… Tout prend plus de temps, on a donc ouvert des créneaux supplémentaires pour éviter que des étudiants décrochent. Il faut surtout prendre en compte qu’ils n’ont pas tous les mêmes possibilités de connexion, la fracture numérique touche aussi l’enseignement supérieur.

Assures-tu d’autres missions, à part l’enseignement ?

L’accompagnement des étudiants est une tâche importante, le format de cours à la carte impose d’en suivre un certain nombre pour les guider au mieux dans la construction de leur cursus. En plus des activités d’évaluation classiques (examens, contrôle continu compte rendu de TP, rapport et visite de stage…), j’assure aussi des suivis de projet, qui sont intégrés dans mon temps de service. Pour donner un exemple, nous avons eu un partenariat avec Decathlon qui nous a proposé de travailler sur l’éco-conception d’un de leur produit, cela représente en moyenne une demi-journée avec 3 étudiants par semaine.

J’ai aussi des tâches administratives, je dois ainsi gérer les intervenants extérieurs, les accompagner dans les démarches en lien avec les services de l’université, acheter les logiciels, le matériel pour mes cours… Par ailleurs, je réussis à mener des projets en lien avec d’autres structures. Je participe à un projet de plateforme de ressource pédagogique avec l’Université de Grenoble Alpes ou au co-encadrement d’une thèse sur l’enseignement de l’éco-conception.

Comment se déroule ta carrière en tant qu’agrégé détaché comme PRAG ?

Je viens de faire mon premier rendez-vous de carrière il y a 3 mois. C’est la responsable du département dans lequel je travaille qui m’a reçu en entretien mais la grille d’évaluation n’est pas forcément adaptée aux missions que j’assure. Les relations avec les parents d’élèves, par exemple… J’ai produit un bilan d’activité pour ce rendez-vous, et maintenant, j’attends les résultats.

En conclusion, avec le recul de ces 4 années, comment juges-tu cette expérience dans l’enseignement supérieur ?

La manière dont on gère notre carrière est curieuse, on a l’impression d’être « invisibles » pour le rectorat. Mais dans le monde universitaire, les enseignants du second degré sont aussi un peu à part. Si je prends encore une fois l’exemple de l’éco-conception, c’est un thème en constante construction, il est impératif de suivre l’avancée des recherches sur le sujet. Mais les conférences ont un coût non négligeable (environs 650 euros sans l’hébergement ni les transports). Les enseignants-chercheurs bénéficient de contrat de recherche mais un PRAG n’entre pas dans les cases habituelles… Cela dit les départements d’enseignement peuvent parfois prendre à leurs charges ses dépenses. Ainsi, je participe ainsi régulièrement au colloque du réseau S.mart (ex AIP Priméca). Cela me permet de rencontrer d’autres enseignants du supérieur et de partager nos expériences.

Je suis très satisfait de mon travail, en revanche un agrégé doit bien être conscient que côté rémunération, son traitement est bien inférieur à ce qu’il peut percevoir en CPGE. Néanmoins, la liberté pédagogique dont on dispose est formidable.

Dispositif pour décrocheurs : comment s’organise la continuité ?

Le ministre de l’éducation nationale communique sur les 5 à 8 % d’élèves qui auraient décroché du fait de la situation de confinement. Qu’en est-il des jeunes déjà identifiés avant le confinement comme décrocheurs ou présentant un risque de le devenir ?
Une Enseignante Coordonnatrice de la MLDS (Mission de lutte contre le décrochage scolaire) témoigne.

La MLDS vise à prévenir le décrochage scolaire, faciliter l’accès au diplôme et à la qualification des jeunes en situation de décrochage, sécuriser les parcours de formation.

D’une part, «  les jeunes décrocheurs avec lesquels, suite à un travail sur la définition du projet professionnel, nous étions en train de chercher à confirmer et/ou valider un projet de réorientation avec des stages ». Ceux-ci sont  déçus et frustrés que ces stages soient suspendus ou reportés et un lien téléphonique est maintenu avec eux.

D’autre part, « les jeunes allophones (Non Scolarisés Antérieurement) » pour lesquels la continuité pédagogique avec les enseignants est très difficile à réaliser : « sur 15 élèves seulement 3 ont un accès occasionnel aux outils numériques avec lesquels ils ne sont pas encore totalement autonomes ». Difficile pour ces jeunes de garder un rythme scolaire, tristesse de ne plus pouvoir aller à l’école (opportunité que certains ont pour la première fois de leur vie), inquiétudes quant à la possibilité de passer cette année l’examen du DELF (diplôme d’études en langue française) et à leur poursuite d’études l’année prochaine en CAP.

Il a fallu trouver des solutions : « je leur demande de regarder tous les matins l’émission Lumni niveau primaire sur France 4 proposant des séances en français et en mathématiques. Chaque jour, par roulement, je les appelle afin de travailler et échanger avec eux sur ces cours : compréhension du vocabulaire, lecture à voix haute (si besoin envoi par MMS du texte que j’ai pris en photo lors de la diffusion), entraînement aux calculs mathématiques… Les jeunes qui ont un crédit téléphonique envoient par MMS des photos de leur cahier d’exercices. « J’ai aussi proposé aux autres enseignants qui interviennent de me faire parvenir des exercices imprimables que je transmets aux référents des jeunes afin qu’ils les leur distribuent.»

Les échanges téléphoniques permettent un travail totalement individualisé, en fonction des difficultés et des points forts de chacun : « de 30 minutes au début, avec une durée record de 2 heures 30 », ils sont aussi l’occasion d’aborder des thématiques extra-scolaires,  renforçant ainsi le lien déjà établi.

Propos recueillis par Giaretti Sophie

Photo de David Waschbüsch provenant de Pexels

Gestion des AED, Caroline CPE témoigne

Caroline exerce dans une équipe composée de 2 CPE et 10 assistants d’éducation (à temps plein ou mi-temps) pour 750 élèves dans un collège de l’académie d’Amiens avec SEGPA et ULIS.

En qualité de CPE, comment définissez-vous la posture éducative des assistants d’éducation ? Comment s’observe-t-elle ?

Sans trop réfléchir et concrètement, il me vient tout de suite à l’esprit de préciser au sein de la posture éducative : posture morale, posture langagière et posture physique. Il s’agit concrètement des paroles, des gestes du quotidien. Ces postures sont développées sur les missions de surveillance, par exemple dans la cour de récréation, les abords de l’établissement, aux entrées et sorties des élèves, pendant le service en restauration scolaire… au gré des situations qui se présentent et des interventions de l’AED en conséquence. Il s’agit aussi du savoir-être et savoir-faire dans des situations sociales davantage construites : prise en charge de la permanence, animation du foyer, développement et participation à des projets en externat ou internat, participation éventuelle au dispositif devoirs faits, tutorat…

Quelles sont vos attentes ? Pensez-vous que les attentes peuvent être différentes d’un établissement à un autre et/ou d’un professionnel à un autre ?

La toute première attente me semble être l’exemplarité. Afin d’apprendre aux élèves la courtoisie, la ponctualité, l’assiduité, le vivre ensemble… Tout ce qui compose la vie collégienne/lycéenne et donc la préparation de la vie en société, tout adulte du collège qu’il soit AED, CPE, enseignant… se doit de montrer le chemin. L’enjeu est d’être crédible face à un public adolescent pour qui la justice est essentielle. L’assistant d’éducation est un adulte référent pour l’élève, je dirais même un modèle. Les attentes sont majoritairement les même à mon sens : être dans le respect des valeurs et principes de la République en terme d’égalité, neutralité… J’attends d’un AED qu’il soit un minimum investi et intéressé par ses missions. Si pour lui, ce n’est qu’un « job alimentaire » alors ses semaines vont être subies. Nous devons lutter encore quotidiennement contre l’image du « pion ». Les quelques petites différences dans la posture éducative d’un établissement à un autre peuvent se ressentir selon les règles de vie de l’établissement, le règlement intérieur.

Quelles sont les difficultés rencontrées par les AED et quelles hypothèses d’explications pouvez-vous émettre ?

Il n’est pas simple pour eux de se positionner et c’est normal. Je disais qu’ils étaient un modèle pour les élèves et il y a en ce sens un certain revers de la médaille. Il s’agit en permanence de doser proximité et distanciation avec les élèves. Un AED bien installé dans son établissement, en connait parfois beaucoup sur la vie de certains élèves : ses conditions de vie, ses passions, ses peines de cœur etc… Je dis toujours à la réunion d’équipe de prérentrée « vous êtes nos yeux et nos oreilles ». Ils en connaissent plus que nous parfois et que les enseignants. Ils ont un rôle de « coach en vie sociale » presque. Cette proximité peut engendrer des risques de dérives, lorsqu’un élève ne voit plus l’AED comme un adulte dans une situation de tension. Si l’AED se doit de toujours travailler son positionnement, sa posture et a donc ses responsabilités dans les relations construites avec les élèves, on ne peut pour autant le blâmer en cas de petites erreurs. Il faut être exigeant mais aussi bienveillant en tant que CPE vis-à-vis de ses AED. N’oublions pas qu’ils sont recrutés dès 18 ans, avec le diplôme du baccalauréat. Ils n’ont pas reçu notre formation de CPE ou d’enseignant. Ils sont toujours en première ligne, présents jusqu’à 41h/semaine en établissement, ils sont humains et ont donc tout comme nous, leurs moments de fatigue.

Dans le cadre de vos missions, que mettez vous en place pour développer les compétences des AED dans ce domaine ?

C’est là que la casquette de chef de service de la vie scolaire se porte. Nous nous disions récemment avec mon collègue « nous avons l’équipe que nous méritons », « à nous de permettre leur progression ». Le pack basic choisi avec mon collègue CPE est de mettre en place et stabiliser une gestion des ressources humaines. Nous programmons un entretien individuel par AED en décembre/janvier et un entretien de fin d’année dans lesquels nous abordons notamment la posture éducative avec un outil que nous avons repris à l’établissement et adapté : une grille d’évaluation. Comme les grilles d’évaluation pour enseignants ou CPE, elles sont annotées et chaque point est évalué entre « à consolider » et « excellent ». Nous faisons part de nos observations positives et de nos recommandations pour les perspectives de progression. La grille d’évaluation est reprise pour l’entretien de fin d’année et l’année suivante afin d’avoir un réel recul sur le parcours de l’AED. Nous avons instauré également une réunion d’équipe chaque premier lundi après les petites vacances scolaires. Ces deux rituels que sont les entretiens individuels et les réunions d’équipe sont des espaces de parole pour les assistants d’éducation. Ces rituels prennent du temps (de préparation, l’instant T, les comptes-rendus…) mais sont essentiels pour faire progresser les AED dans leur posture éducative et leurs missions.

Chaque AED a un potentiel, une compétence particulière que l’autre n’a pas. Il faut la repérer et tenter de l’exploiter. Des exemples sont nombreux : un AED référent TICE, un AED mobilisé dans l’ASSR, un AED mobilisé dans le dispositif devoirs faits, un AED organisant un club etc….

Enfin et pas des moindres, au delà de la simple GRH du service, il s’agit de penser la formation des AED. Elle peut être construite par les CPE eux-mêmes ou être mobilisée via des partenaires ou associations. Selon le diagnostic des CPE, les besoins en formation peuvent être différents.

Tout ce que je viens de citer sera développé dans le projet de service en cours de rédaction avec mon collègue et pour lequel les assistants d’éducations ont été sollicités pour leurs observations et idées pour faire évoluer le service.

Bien évidemment, c’est un exemple de fonctionnement de vie scolaire parmi d’autres, qui n’est pas plus valable que celui du voisin. Les stratégies varient en fonction des constats, des faisabilités et des besoins différents mais aussi pour le coup d’un CPE à l’autre peut être.

Quelles limites observez-vous des actions mises en place ? Selon vous, la politique éducative sur les fonctions d’assistants d’éducation devrait elle évoluer et pourquoi ?

Il y a un manque de temps et de moyens. C’est une horlogerie à part entière car par exemple pour réunir l’ensemble des manques de l’équipe, c’est forcément hors temps scolaires. Ces heures sont bien évidement comptées en heures travaillées et nous avons opté pour les faire intégrer dans la 3ème semaine administrative non stabilisée dans le calendrier.

Il n’est pas non plus évident de travailler la posture éducative, les compétences des AED en la matière alors que la priorité va être l’encadrement et la sécurité des élèves. J’ai une assistante d’éducation qui a par exemple un Master FLE et a donné des cours de français aux USA, elle passe d’ailleurs le CAPES et l’AGREG, mais nous ne pouvons lui donner qu’une heure par semaine de cours FLE en binôme avec une enseignante du collège. Nous avons beau avoir trituré dans tous les sens les fiches de postes, je ne peux pas lui en donner davantage sinon ce serait au détriment des postes de permanences, de la cour…

Étant dans mon établissement actuel depuis 6 mois, je n’ai pas encore le recul nécessaire pour mesurer pleinement les effets bénéfiques et les limites des actions mises en place.

Bien sûr que la politique éducative sur les missions des assistants d’éducation pourrait évoluer. Ne serait-ce qu’en termes de reconnaissance. Ils font partis des personnels les plus présents au sein de l’établissement en termes d’heures travaillées et sont pourtant les moins bien payés. En tant que CPE, j’aimerais aussi bénéficier de moyens pour leur formation. Chaque CPE ne peut s’improviser ingénieur en formation du jour en lendemain, il faut du temps, nous avons besoin de ressources, de moments de partages entre collègues…. Enfin, pour aller jusqu’au bout de la notion d’assistant d’éducation, je pense que pour tendre vers une vraie professionnalisation des agents, la création d’un corps à part entière est nécessaire. Si nous voulons rendre les agents impliqués, exemplaires, intéressés… nous avons besoin qu’ils aient un sentiment d’appartenance à l’Éducation nationale. Alors pourquoi pas les fidéliser ? Je crois aussi en la fonction « tremplin » pour certains étudiants et n’ai pas de déterminismes sur le sujet. C’est à débattre et à réfléchir concrètement…

Caroline Letot, CPE dans l’académie d’Amiens

Le parcours de Mélanie, enseignante TZR de Lettres modernes

Lors de votre année de première, vous avez participé au « Prix Goncourt » des lycéens. En quoi consistait cette opération ? Quels souvenirs en avez-vous ? Diriez-vous que votre implication dans ce projet a joué un rôle dans votre désir de devenir enseignante ? Pourquoi ?

Notre professeure avait inscrit la classe et, dès le jour de la rentrée, elle nous a indiqué que nous aurions une quinzaine de livres à lire. Il s’agissait de la sélection de l’Académie Goncourt qui se trouve à Rennes que nous devions lire en seulement deux ou trois mois. Nous avons dû choisir notre trio de tête qu’un délégué “Goncourt”, élu par la classe, est allé défendre à l’échelle régionale, puis nationale jusqu’à élection d’un lauréat.
Ce projet, mené par la classe et dirigé par notre enseignante de français, a été très enrichissant sur plusieurs plans. D’abord, sur le plan individuel puisqu’il nous a fait lire, dans un temps très limité, de nombreux ouvrages variés.
Ensuite, sur le plan de la classe car nous ne nous connaissions pas ou très peu et il a fallu, dès les premiers jours de l’année, collaborer autour de ce projet qui nous paraissait complètement fou.
Ce projet a indéniablement joué un rôle dans mon désir de devenir enseignante, notamment de Lettres, car cela a totalement changé ma façon de concevoir les cours de français. J’aimais déjà lire, mais j’avais choisi la section L dans l’intention de devenir journaliste. Me retrouver face à une enseignante investie à ce point dans ce projet, qui a été très porteur pour chacun, m’a convaincue que c’était ce que je voulais faire à mon tour. Je souhaitais désormais transmettre le goût de la lecture avec autant d’enthousiasme et de dynamisme ainsi que susciter la curiosité de mes élèves.

Vos premiers pas en pédagogie ont eu lieu dans le cadre de cours particuliers. À quel public vous êtes-vous adressé ? Diriez-vous que votre accompagnement a permis le progrès de vos élèves ? En quel sens ?

Je me suis adressée à un public de jeunes collégiens scolarisés en 6ème et 5ème. J’ai pu apporter aux élèves une aide dans la méthode de travail, leur montrant ainsi que nous pouvons tous surmonter nos difficultés, à notre rythme, et y arriver sans se sentir dévalorisé. La principale source de motivation d’un élève, c’est de savoir qu’il peut progresser et atteindre le but visé.

En tant qu’étudiante, vous avez investi plusieurs emplois saisonniers. Que vous a apporté la diversité de ces expériences dans l’exercice de votre métier d’aujourd’hui ?

Les emplois saisonniers ont jalonné mon parcours depuis l’obtention du baccalauréat jusqu’à l’obtention du CAPES. Ils ont été, à chaque moment, autant de pas qui m’ont permis de parcourir mon cursus d’études supérieures.
J’ai pu y apprendre à être responsable, rapidement autonome tout en travaillant en équipe, et j’y ai aussi développé des compétences relationnelles. J’ai pu y côtoyer des personnes très différentes avec lesquelles j’ai appris à échanger et à collaborer. Bien que cette expérience dans sa globalité ait été très éloignée du métier que je pratique actuellement, elle a été très formatrice et certaines compétences, très transversales, ont pu être réexploitées dès mon année de stage.

Durant la préparation de votre Master MEEF, vous avez travaillé pendant plusieurs mois sur la romancière belge Amélie Nothomb. Quelles étaient les grandes conclusions de votre mémoire ? Quel regard portez-vous sur la bibliographie de l’auteur ? Quel roman préférez-vous ? Pourquoi ?

J’ai étudié plusieurs œuvres d’Amélie Nothomb avant tout parce que c’est à travers ses ouvrages que j’ai développé davantage mon goût pour la lecture. J’ai lu tous ses livres.
C’est le plus naturellement du monde que j’ai décidé de porter mon sujet de mémoire sur ses œuvres, une façon pour moi d’associer travail et plaisir. J’ai voulu montrer qu’une autrice contemporaine pouvait reprendre à sa charge des grands questionnements déjà traités en littérature en y apportant un éclairage neuf sans perdre en qualité. La littérature contemporaine doit être valorisée, d’abord parce qu’il n’y a pas de raison de la laisser de côté mais aussi parce qu’elle séduit davantage nos élèves.
Enfin, il me semblait intéressant de mettre en lumière les liens qui existent entre ses œuvres, rendant bien plus riche la lecture et l’interprétation de celles-ci. J’avais à cœur de rendre compte de cette conception que j’avais de ses ouvrages, autour de laquelle j’ai pu échanger avec l’autrice elle-même. Il s’agit, une fois de plus, de tenter de transmettre une part de mon regard sur les choses aux autres.

Lors de votre année de T1, vous avez piloté un club théâtre avec des élèves du cycle central. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Le club théâtre était une demande de certains de mes élèves. J’ai décidé de les accompagner dans cette aventure qui, comme tout projet, ne pouvait qu’être épanouissant.
Après en avoir brièvement parlé à mes élèves de 5ème, nous avons créé des affiches présentant notre projet aux autres élèves du collège. Parallèlement, le B.V.S. se chargeait de tenir le registre des inscriptions à la séance de présentation.

Une fois la pièce choisie par les élèves et moi-même, nous avons donc présenté le projet aux élèves curieux de découvrir ce club qui prenait vie. Les répétitions se tenaient toutes les semaines, le mardi sur la pause méridienne. La distribution des rôles a été assez facile : les élèves choisissaient et débattaient entre eux de la répartition des rôles puis nous avons trouvé des compromis quand il le fallait. Certains élèves voulaient des rôles avec moins d’interventions par souci de timidité ou d’apprentissage du texte, tout était une question de proposition adaptée à leurs souhaits. Nous avons pu travailler autour de petits ateliers pour que chacun s’épanouisse à son rythme dans cet exercice particulier du théâtre. Ensuite, nous avons rapidement joué, reprenant les moments moins faciles à interpréter jusqu’au moment de la représentation.
Il y en a eu trois : une qui servait de répétition générale, visant à habituer les élèves à jouer devant un public, puis deux durant la journée des savoir-faire devant des classes, des professeurs et quelques parents.

Vous êtes particulièrement sensible à l’accueil des élèves à besoins éducatifs particuliers dans vos classes. Que souhaitez-vous partager sur une expérience d’inclusion scolaire dans un collège classé en éducation prioritaire ?

Dès mon stage d’observation en M1, j’ai rencontré des élèves à besoins éducatifs particuliers au sein de l’UPE2A du collège. Le contact avec ces élèves a eu une influence toute particulière sur ma vision du métier : ils étaient tous tellement demandeurs et investis. Lors de mon année de stage, j’ai eu l’occasion d’accueillir dans mes classes des élèves provenant de l’UPE2A. C’est une chance pour nous de les inclure puisque ça nous pousse à revoir notre contenu et notre approche pédagogique. Étant professeure de français, il est primordial d’apporter de l’aide aux élèves dans cette situation.
J’ai aussi enseigné à des élèves relevant de handicaps divers et c’est un enjeu majeur de parvenir à leur proposer un enseignement adapté.
Il est très gratifiant de pouvoir intervenir positivement dans le développement des élèves à besoins éducatifs particuliers.

Depuis votre titularisation, vous êtes titulaire sur zone de remplacement. Quels avantages et inconvénients voyez-vous à cette situation administrative ?

L’avantage majeur de cette situation, c’est de pouvoir découvrir des établissements très différents. En deux ans, j’ai enseigné dans trois collèges de profils différents : un établissement REP, un établissement de centre-ville et un autre, plutôt de périphérie. J’ai également enseigné en lycée, dans un très grand établissement et avec un public très particulier puisqu’il s’agit d’une classe de 1ère STI.
Tout cela a participé à enrichir considérablement mon expérience, à me pousser à diversifier mes pratiques d’enseignement, puisque j’ai exercé mon métier avec tous les niveaux du collège et deux du lycée. Il faut savoir s’adapter et la situation de TZR nous l’enseigne chaque jour.
Le principal inconvénient, c’est de ne pas toujours pouvoir se projeter sur des projets au sein des établissements puisqu’ils sont souvent préparés en amont. Il peut être plus confortable de bénéficier d’un poste fixe pour travailler davantage en équipe, sur des EPI par exemple ; mais on parvient tout de même à s’impliquer après un légitime temps d’adaptation et de découverte des collègues.

Vous réfléchissez actuellement à votre implication dans la formation initiale des collègues. Quelles sont les idées que vous avez en tête en la matière ? Quelles autres perspectives de carrière verriez-vous à moyens termes ?

J’aimerais effectivement m’inscrire dans une logique d’accompagnement des collègues dans tout ce qu’elle englobe. Il leur faut répondre à des attentes institutionnelles, tout en parvenant à s’épanouir dans le métier qu’ils découvrent.

Les années de master, durant lesquelles nous nous préparons au métier, sont intenses puisque nous devons apprendre à être en face des élèves, tout en fournissant un travail universitaire dans le même temps et ce n’est pas toujours évident de comprendre les attendus de chacun. C’est en ce sens que je souhaiterais les accompagner, en les épaulant et en facilitant leur expérience en établissement.

Il est également important pour chacun de parvenir à s’épanouir dans son métier et j’aimerais échanger autour des pratiques d’enseignement, qui varient d’une personne à une autre, afin d’apporter des éclairages différents sur la pratique des jeunes collègues. Le plus important est de se questionner, mais aussi de questionner les autres pour développer sa pratique. Sans ces temps d’observation et de réflexion, il est difficile pour les jeunes collègues, mais aussi pour l’enseignant qui les accompagne, de déployer une pratique épanouissante.

Parmi vos centres d’intérêt figurent l’environnement et les animaux. Quelles formes d’engagement recouvrent pour vous ces 2 thématiques ? Pensez-vous vous impliquer, en tant qu’enseignante, dans l’éducation au développement durable ? Comment ?

C’est un engagement au quotidien qui passe par toute sorte de petits gestes permettant d’améliorer notre positionnement sur ces thèmes.

Tout d’abord, il faut échanger et rester ouvert face à ces sujets qui sont primordiaux actuellement. D’ailleurs, l’un ne va pas sans l’autre. Il n’y a pas de conduite parfaite à reproduire, il s’agit de faire au mieux selon nos capacités à nous défaire de certaines habitudes. Le plus important, c’est la prise de conscience et la volonté de s’améliorer.

Je soutiens des associations qui œuvrent dans ce sens comme Greenpeace, la SPA et L214, et je consulte également des contenus qui permettent de s’informer sur les réseaux sociaux et internet. J’utilise d’ailleurs des moteurs de recherches qui ont un impact positif dans ce sens : Ecosia pour qui plante des arbres et Youcare qui nourrit les animaux.

Dans mon quotidien, rien n’a drastiquement changé : je limite mes déchets en passant par du fait-maison, j’ai un compost, je trie, j’essaie de consommer au maximum local, je respecte la saisonnalité des fruits et légumes, j’utilise le moins d’emballages plastiques que possible, je me lance dans un petit potager et j’essaie de trouver des alternatives réutilisables ou durables à tout le jetable qui envahit notre quotidien.

Mélanie Pernot-Salvalaio,
enseignante TZR de Lettres modernes dans l’académie de Besançon

Espagne : une continuité pédagogique qui défie les enseignants, les parents et les élèves

Guadalupe est professeure d’anglais et cheffe d’établissement adjointe dans un établissement de type collège/lycée à Madrid avec des élèves de 12 à 18 ans. Elle raconte comment elle a vécu, dans ses deux fonctions, la fermeture de son établissement.

Comment s’est passée la fermeture de l’établissement ?

Mal, la fermeture a été brutale, on a à peine pu voir les élèves une dernière fois. On a pu faire une réunion des professeurs pour s’organiser, on a décidé d’utiliser la page internet de l’établissement pour mettre le travail en ligne. Les professeurs de chaque classe devaient écrire une lettre aux parents pour expliquer comment ils allaient travailler, évaluer, corriger…C’était compliqué, mais on a fait quelque chose au moins.

Et maintenant ça se passe comment ?

C’est déjà la troisième semaine de fermeture, mais après on a les vacances, la semaine sainte, cela m’étonnerait qu’on rentre à la mi-avril comme prévu. Donc on est en train de s’adresser à nouveau aux parents pour leur dire ce qu’on va faire. Les examens ont été reportés. Les enseignants travaillent beaucoup et utilisent une plate-forme où ils accèdent à des classes virtuelles. J’ai fait ma première classe hier, c’était un peu dur, mais j’avais tous les élèves alors que justement l’accès des élèves pose problème, pour avoir un appareil, de la connexion…

Quelles difficultés vous posent la continuité pédagogique ?

Comme prof et comme chef d’établissement adjoint, ce qui a posé problème c’est la relation avec les parents qui n’avaient pas forcément d’adresse mail. Dans ce cas on est obligé d’utiliser le téléphone, la concierge du lycée prend les appels des parents d’élèves… On a 1000 élèves et 100 à 150 élèves pour lesquels on n’avait pas de mail. Les parents se sont plaints que les élèves avaient trop de travail alors qu’eux-même étaient pris par leur télétravail et les tâches quotidiennes et que… ce n’était pas possible ! Du coup on a envoyé un mel aux professeurs pour dire « relax », on ne peut pas faire la même chose en cours et à la maison, les exercices doivent être plus faciles…

Comment réagissent les enseignants ?

On regarde des sites, on découvre des manières de travailler avec les élèves, on apprend, on utilise Kahoot, on veut aider nos élèves et surtout ne pas perdre l’année. On a une responsabilité. C’est vraiment très compliqué pour nous et l’administration (régionale) ne peut pas forcément nous aider. Ils nous ont payé une application Microsoft pour mettre les cours en ligne mais on n’en avait pas forcément besoin.

Et les élèves ?

Les élèves sont stressés, mais surtout les parents qui doivent passer 24h/24 avec eux, faire de l’anglais, de la physique alors qu’ils ne peuvent pas les aider, mais je suis optimiste, on va s’en sortir. Après cette mauvaise expérience on va renaître, mais je ne sais pas quand… j’espère bientôt !

Allemagne : « Tout s’est préparé en un jour »

Katrin est professeure d’espagnol et de français à Osterburken, dans le Land de Bade-Wurtemberg, dans l’enseignement secondaire, avec des classes de niveau sixième à terminale. Comment a t-elle vécu la fermeture de son lycée et le passage à l’enseignement à distance ?

Comment as-tu appris que les écoles allaient fermer ?

Le ministre-président de Bade Wurtemberg a annoncé le vendredi 13 mars que les écoles fermeraient le mardi 17 mars. Chaque Etat a décidé le jour de fermeture, le nôtre était un des derniers. Lundi, nous étions au lycée pour pouvoir nous organiser. Petite réunion le matin, information des élèves, distribution de polycopiés d’activité en classe…

Comment s’organise le travail à distance pour les profs et pour les élèves ?

La direction du lycée nous a envoyé en début de semaine un formulaire pour élaborer un plan de travail sur la base des heures assurées normalement par les profs, pour qu’on propose des activités pour les élèves. Le professeur de classe (équivalent du professeur principal) envoie ensuite le planning aux élèves avec les pièces jointes données par les collègues. En fin de semaine, les corrections sont envoyées aux parents avec des consignes pour accompagner leurs enfants.

Est-ce que les enseignants changent leur manière de travailler, en passant par le numérique notamment ?

Il y a des établissements modèles (« Vorreiterschulen ») équipés de tablettes, habitués aux cours et aux réunions en visio-conférence, mais ce n’est pas notre cas. Nous échangeons entre profs des idées d’outils numériques, et les établissements sont souvent dôtés d’un référent protection des données (« Datenschutzbeauftragte ») qui travaille sur le choix des outils. Les enseignants utilisent parfois la plate-forme Moodle, dans certains établissements, ou des outils extérieurs (whatsApp, visioconférence…) mais je n’ai pas encore testé la classe « virtuelle ».

Comment vas-tu travailler dans les prochaines semaines ?

Je fais travailler les élèves sur le manuel avec des devoirs à me rendre, pour les terminales ils ont carrément un dossier complet à travailler en autonomie sur la Colombie, en espagnol, pour les habituer à l’enseignement supérieur, avec un test à la fin.

Le travail à distance, selon toi, c’est plutôt positif ou plutôt négatif, pour l’enseignant ?

Le travail à distance peut fonctionner avec les élèves plus âgés qui sont plus autonomes, mais il y a des aspects négatifs : on ne peut pas tout faire en langues vivantes, à distance ! Difficile pour les interactions, pour évaluer la compréhension, difficile pour s’impliquer et pour impliquer les élèves ! L’expérience, si elle est courte, peut toutefois avoir des aspects positifs : on voit bien le rôle essentiel joué par l’enseignant… comme pour tous les métiers « sociaux », quand il n’y a pas d’école !

Pays-Bas : de la difficulté de suivre les élèves à distance

Kim est professeure de français dans l’enseignement secondaire aux Pays-Bas. Elle a accepté de répondre aux questions du SE-Unsa sur la mise en œuvre de la continuité pédagogique dans son pays.

Bonjour Kim, peux-tu nous dire où tu enseignes ?

J’enseigne au collège Pieter Groen à Katwijk, c’est un village au bord de la mer (entre la Haye et Amsterdam).

Depuis quand les écoles sont-elles fermées dans ton pays, et avec quelles conséquences ?

Les écoles aux Pays-Bas sont fermées depuis le 16 mars. Notre ministre vient d’annoncer que les examens finaux (les bacs) n’auront pas lieu cette année.

Comment s’organise concrètement la continuité pédagogique ?

Tous les profs dans notre pays essaient de donner des cours en ligne. C’était dur la semaine dernière, car on n’en a pas l’habitude. On utilise beaucoup Microsoft Teams et Zoom. Pour les élèves les plus fragiles, notre gouvernement a annoncé qu’on va les aider, mais on ne sait pas encore de quelle manière. On a beaucoup de contacts avec des élèves par téléphone, par WhatsApp, par Skype…

Est-ce que la continuité pédagogique pose problème pour certains élèves ?

Oui, tous les élèves n’ont pas le wifi qui fonctionne bien ou ils n’ont pas d’ordinateur ou d’iPad. Pour eux c’est difficile de suivre tous les cours. Et pour moi, c’est difficile parce que je ne peux pas bien aider mes élèves. Je ne suis pas sûre qu’ils font tout le travail, je n’ai pas assez de contrôle sur ce travail.

Comment se met en place le travail collectif des enseignants dans ton établissement ?

La plupart des profs ont dû tout découvrir en quelques jours. À mon école on a commencé les cours à distance mercredi dernier, après que le gouvernement a décidé de fermer les écoles le dimanche. C’était très étrange ! Tout le monde a travaillé beaucoup pour qu’on puisse commencer les cours. Avec mes collègues on parle beaucoup sur WhatsApp, Microsoft Teams et par e-mail. Notre directrice envoie un e-mail à tous les profs chaque jour pour donner des nouvelles.

Turquie : de nombreux outils pour garder le contact avec les élèves

Alper est professeur d’anglais dans l’Ouest de la Turquie, à Manisa, ses élèves ont entre 11 et 14 ans. Il a accepté de répondre aux questions du SE-Unsa sur la mise en œuvre de la continuité pédagogique depuis la fermeture des établissements dans son pays.

Quelle est la situation des écoles en Turquie ?

Les écoles ont fermé le 13 mars, la communication avec les familles passent par WhatsApp et je prépare et fais passer mes cours sur l’ordinateur. J’utilise les applications Zoom et Teamlink (visioconférence).

Que fait le ministère de l’éducation en Turquie face à cette situation ?

Le ministère a mis en place une application moodle qui s’appelle EBA. Elle permet aux élèves de regarder des vidéos de leçons, de faire des exercices et de communiquer avec les professeurs. Les profs peuvent aussi mettre en ligne des vidéos, des exercices et des contrôles sur cette plate-forme. Le ministère a aussi mis en place 3 chaînes de télévision pour les élèves qui permettent aussi de visionner des leçons. Toutes ces mesures permettent sans doute de s’adapter à tous les élèves, notamment ceux qui viennent de milieux moins favorisés.

Comment travaillent les professeurs entre eux ?

Pour l’instant on n’est pas dans une phase de coopération active entre enseignants mais on communique fréquemment par le biais de WhatsApp.

Agrégée et conseillère en formation continue

Anne Françoise, agrégée d’EPS, est conseillère en formation continue dans l’académie de Poitiers depuis 2003 au sein d’un GRETA où elle développe et commercialise les accompagnements VAE et des dispositifs de formation. Quel a été son parcours ? Le SE-Unsa lui a posé des questions sur cette mobilité professionnelle.

Bonjour Anne Françoise, quel a été ton parcours professionnel ?

Je suis professeur d’EPS depuis 1986, aujourd’hui agrégée.
J’ai d’abord enseigné en collège, avant de diversifier mon parcours professionnel : détachement dans un établissement national du Ministère des Sports puis affectation en IUT.
Au cours de ma carrière, à travers ces différents postes, mes missions initiales d’enseignante se sont ainsi progressivement élargies à la formation, à l’organisation et au développement de dispositifs sportifs et de formation.
En 2003, je suis devenue CFC (Conseillère en Formation Continue) dans l’académie de Poitiers.
Depuis, j’exerce mes missions dans une agence du GRETA Poitou-Charentes, en développant et en commercialisant des accompagnements VAE et des dispositifs de formations (domaines tertiaire et industriel) à l’attention des demandeurs d’emploi et des salariés.

Comment fait-on, concrètement, pour devenir conseiller en formation continue ?

Il faut candidater dans chaque académie, généralement en début d’année civile pour la rentrée de septembre. Les procédures de recrutement s’appuient généralement sur un dossier complet et un ou des entretiens.
À l’issue de cette campagne de recrutement une liste d’aptitude est établie. Les CFC sont recrutés dans cette liste en fonction des postes à pourvoir. Ils font d’abord une année probatoire avant de pouvoir être confirmés dans ces missions.
Les informations sur le recrutement sont publiées sur les sites des Académies.

En quoi le métier de CFC est-il spécifique ?

Les conseillers en formation continue (CFC) exercent un métier original qui se structure autour des grandes fonctions d’un référentiel de compétences spécifique.

Ils participent à l’organisation et au développement de l’offre de formation continue de l’Éducation nationale et du réseau, notamment par :
• négociation de projets avec des partenaires publics et privés, commercialisation de l’offre
• conception d’actions et de dispositifs de formation, l’animation d’équipes de formateurs et de coordonnateurs
• pilotage, suivi et l’évaluation des actions
• conseil aux équipes de direction des GRETA (Groupements d’établissements) et auprès des acteurs de la formation continue

Ces missions demandent une bonne réactivité face aux évolutions du contexte -économique, social, réglementaire, législatif- mais également une bonne connaissance de l’institution scolaire, son fonctionnement, ses ressources humaines et matérielles et les possibilités de certification.

L’activité d’un CFC et l’organisation de son travail au quotidien ne sont pas comparables à celles d’un enseignant : nombreux déplacements, pas d’emploi du temps fixe ni d’activité pédagogique. Les CFC ont une lettre de mission. Les congés ne correspondent pas nécessairement aux congés scolaires.

Le métier de CFC s’exerce en relation avec de multiples interlocuteurs. Il nécessite donc des qualités relationnelles, d’écoute et de négociation ainsi qu’une grande disponibilité.

Du point de vue administratif, les CFC sont nommés auprès du recteur, sous l’autorité du délégué académique à la formation continue. S’ils sont titulaires, ils conservent leur statut d’origine (et la progression de carrière correspondante), assorti d’une prime forfaitaire exclusive.

Pour plus d’informations :

D’AED vers CPE, le parcours de Justine…

Après un parcours universitaire en sciences du langage, vous préparez dans un premier temps le concours du professorat des écoles. Quelles sont les raisons profondes qui vous ont poussé à choisir cette orientation ?

J’ai toujours souhaité travailler dans l’enseignement, partager et transmettre des connaissances. Je me suis donc naturellement dirigée vers le professorat. J’ai passé le concours de professeur des écoles mais je ne l’ai malheureusement pas obtenu. Puis, j’ai été recrutée en tant qu’AED dans un lycée où j’ai compris ce que je voulais transmettre : ce n’était pas un savoir mais un savoir vivre, une compétence sociale. C’est à ce moment-là que j’ai découvert le métier de CPE.

Assistante d’Education pendant 3 ans et demi dans un lycée bisontin, vous devenez une étroite collaboratrice des CPE. Quelles sont les responsabilités qui vous ont été confiées ? Que vous-ont-elles apportées ?

Je suis arrivée en cours d’année scolaire sur le poste de « bureau de vie scolaire ». Il a fallu s’adapter très vite. J’étais chargée, par délégation du CPE, du suivi des élèves absentéistes avec deux autres de mes collègues. Selon la légitimité des motifs et la régularité des absences, nous opérions une pré-sélection des élèves que le CPE convoquait ensuite. La préparation du baccalauréat était également une lourde responsabilité. J’organisais avec deux AED de confiance la mise en place des salles et je préparais aussi tous les documents officiels. Nous nous assurions de la présence de chacun et du bon déroulement des épreuves. L’anonymisation des copies et l’envoi de chaque paquet au rectorat ou dans les autres établissements était un moment déterminant. Grâce à ce poste d’AED j’ai découvert le contact avec les élèves, une proximité essentielle pour les aider à grandir. L’écoute m’a permis de soulever certains problèmes d’élèves. Il y a eu des moments difficiles où il a fallu prendre une décision, pour le bien de l’élève, en accord avec le CPE et le chef d’établissement.

Depuis cette rentrée, vous êtes en poste dans un collège rural à gros effectif. Quels points communs et quelles différences voyez-vous entre les missions d’un AED en collège et en lycée ?

Il y a moins de responsabilités administratives en collège. Le nombre d’absences étant moindre, c’est le CPE qui gère les absences directement. En revanche, la surveillance est plus importante en collège qu’elle ne l’était au lycée. En effet, les élèves, plus jeunes sont plus dissipés. Leur comportement vis-à-vis de l’adulte est également plus immature. Je me rends compte qu’être devenue mère de famille m’a permis de mieux comprendre les élèves et de les accompagner au plus près de leurs besoins.

Au sein de votre village de Haute-Saône, vous êtes membre active du comité des fêtes et vous mettez en place plusieurs actions dont certaines bénéficient aux écoliers et aux collégiens. Lesquelles ? Quelle est votre place au sein de l’équipe organisatrice ?

Je suis membre du comité des fêtes, au même titre que les 19 autres personnes qui le constituent. Nous organisons plusieurs manifestations durant l’année qui profitent aux jeunes du village, dont certains font partie du collège dans lequel je travaille. Lors de la fête patronale, nous offrons une boisson et un tour de manège à chacun des enfants et adolescents du village. La « marche gourmande » est également un moment convivial où petits et grands se promènent et mangent ensemble, dans une ambiance festive. Les bénéfices de l’association nous permettent d’offrir des fournitures de bureau aux enfants du village tels que des sacs ou des feutres. Nous organisons également, plusieurs fois par an, des soirées “jeux de société” où tous sont invités. J’ai bien évidemment un contact privilégié avec les élèves de mon village et j’ai pu constater qu’ils me respectaient plus.

Vous avez représenté votre CPE à un stage de formation continue destiné aux référents citoyenneté. Quel a été le programme de cette journée et quels sont les points saillants que vous avez retenus ? Quels sont les projets d’animation que vous avez en tête dans votre établissement ?

Lors de cette journée, j’ai pu constater les différents fonctionnements propres à chacun des établissements représentés. Nous avons d’abord construit collectivement un récapitulatif du rôle du référent citoyenneté, du CVL et du CVC. Nous avons comparé ce qui se faisait dans chacun des établissements en prenant en compte les différences de publics et de locaux. Cette journée fut très intéressante car elle m’a confortée dans l’idée que nous pouvons atteindre les mêmes objectifs en prenant divers chemins. J’ai pu, grâce aux personnes rencontrées ce jour mettre en place une journée de Noël : élèves et surveillants sont venus avec un pull de Noël ou un bonnet. J’aimerais également organiser un carnaval, chaque élève viendrait déguisé, le thème changerait chaque année. Nous pourrions organiser un concours de déguisements sur le temps de pause méridienne.

Vous envisagez de candidater à la prochaine rentrée sur la fonction de CPE contractuel et de préparer le concours. Quels sont les aspects du métier qui vous intéressent le plus ? Pourquoi ?

Le métier de CPE est très complexe et très complet. J’ai exercé dans deux types d’établissement et j’ai mesuré la diversité des fonctionnements. Le CPE a des missions inscrites dans une circulaire nationale. Pour autant, dans chaque établissement il effectue des taches propres au fonctionnement interne et au contexte local. De nature sociable, je sais pouvoir faire le lien entre un élève et un enseignant qui est un passage obligé pour le CPE. Nous savons que sans le lien entre la famille et l’école il n’y a pas de réussite possible. C’est donc un gros défi que de réussir à combiner les envies et besoins de chacune des parties pour en retirer le meilleur. La gestion de la vie scolaire est également un point qui me tient à cœur. Il faut savoir repérer les compétences particulières à chaque AED, leur permettre de faire leur travail dans les meilleures conditions possibles afin qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Mais ce qui m’intéresse le plus dans le métier de CPE, c’est la capacité d’évolution de l’élève, le principe d’éducabilité. Donner à chacun, selon son profil et ses spécificités, l’envie de réussir et révéler à chacun ses potentialités. Garder en tête l’objectif de permettre à chaque élève de devenir un citoyen adulte responsable.

Déjà formatrice de vos collègues dans l’établissement, vous souhaiteriez étendre votre champ d’action aux AED du bassin en lien avec les CPE du secteur. Qu’est-ce qui vous semblerait prioritaire à faire figurer dans un module de formation de nouveaux AED ?

Il y a bien évidemment le point primordial qui consiste à comprendre qu’une surveillance est d’autant plus efficace qu’elle est active et permanente. La mobilité des AED renvoie une image dynamique aux élèves et les rend imprévisibles. Les AED doivent montrer leur capacité à faire confiance aux élèves sans jamais les sous-estimer. Il faudrait, à mon sens, responsabiliser les AED sur l’aide aux devoirs et leur donner des outils pédagogiques. En étude, il arrive souvent que les élèves ne travaillent pas car ils ne savent pas comment s’y prendre et rencontrent des soucis méthodologiques. C’est d’autant plus vrai pour les élèves à besoins éducatifs particuliers. Un AED doit être capable également de repérer un élève en difficulté et de le diriger vers les personnes compétentes. Les AED sont souvent mal perçus par les élèves et associés spontanément à la police qui ne fait que brimer. Je crois que nous sommes aussi « les oreilles » des CPE ou de l’infirmier(e) en cas de problème plus grave. Personnellement, il m’arrive d’échanger avec les élèves sur des plans plus personnels de ma vie afin de créer une proximité et une relation de confiance. Je crois qu’un élève qui se sent bien dans son établissement aura plus envie de s’investir dans son travail. Ce côté humain n’est souvent pas assez présent dans les formations AED actuelles alors que nous sommes les personnes qu’ils côtoient le plus dans la journée. Utiliser la méthode d’analyse de pratiques professionnelles me semble utile car elle permet de traiter de cas concrets et de les distancier.

Justine Kvartskhava, AED au collège Rioz de l’académie de Besançon

Olivier, prof doc dans un établissement français à l’étranger, témoigne…

Olivier, de l’académie de Nantes, a été affecté au sein de l’Agence des Etablissements Francais à l’Etranger (AEFE), pendant 2 ans, au lycée français de Marrakech, au Maroc. Il nous raconte son expérience, et fait le point sur les conditions de travail, d’exercice et sur ce qu’il retient de cette expérience de prof-doc à l’étranger.

Peux-tu me dire à quoi ressemblait ton CDI à Marrakech ?

L’établissement se situait dans le centre-ville de Marrakech, dans le quartier du Gueliz. Ancienne caserne militaire dans les années 50, Le CDI était un bâtiment à part en plein milieu du lycée. Quand je suis arrivé en 2017, le CDI sortait de 2 mois de travaux (clim, isolation, peinture, etc…), j’ai donc pu l’investir totalement et m’impliquer dans les choix de couleurs et de réaménagement. C’était donc un très bel endroit, très clair, très spacieux avec une superbe signalétique. On m’a laissé une grande liberté et j’ai eu un beau budget pour décorer le lieu. Et enfin grand privilège, nous étions à Marrakech avec des températures douces 10 mois de l’année, on a donc pu créer, en plus du coin lecture du CDI, un jardin de lecture avec des chaises longues et des tables de travail qu’on a fait faire par des artisans marocains avec de chouettes carreaux de ciment. Ce jardin a d’ailleurs été agrandi depuis mon départ, grâce à la documentaliste qui m’a succédé qui a monté un projet avec des élèves de seconde et qui a fait appel à une paysagiste locale. Bref un lieu magnifique qui me manque beaucoup aujourd’hui.

Est-ce difficile d’obtenir un poste prof doc à l’étranger ?

J’avais des rapports d’inspection plutôt positifs, je pense que ça aide. Outre la constitution du dossier que j’ai trouvée complexe, ça a été assez facile pour moi puisque j’ai eu des nouvelles du SCAC (Service de coopération et d’action culturelle), à qui j’avais envoyé mon dossier, rapidement, et obtenu le poste trois mois après avoir fait ma demande. Le SCAC de Rabat est très réactif et très présent au moment du recrutement, par mail : on t’informe que ton dossier est bien arrivé, que tout est complet, on répond à tes questions quand tu as besoin de connaître le protocole de recrutement…bref je me suis senti épaulé. Le proviseur du lycée n’a pris contact avec moi qu’une fois que mon dossier de demande de détachement et de mise en disponibilité avait été validé.

En quoi l’exercice du métier prof doc était différent à l’étranger?

Le métier reste le même, la reconnaissance est peut être plus grande à l’étranger (élèves et hiérarchie) et on a une plus grande marge d’action avec des budgets de fonctionnement plus importants. C’est surtout une question de personne : j’ai eu affaire à une équipe de direction qui te fait confiance, qui vient te voir quotidiennement pour prendre des nouvelles, qui t’implique dans la vie de l’établissement, un adjoint qui te dit merci et bravo pour ton travail, c’est rare en France !

Ton meilleur et ton pire souvenir de l’expérience prof doc à l’étranger ?

Mon meilleur souvenir : Les élèves du lycée français sont pour la grande majorité d’entre eux extrêmement travailleurs, volontaires et brillants. Les élèves peuvent parfois applaudir à la fin d’une séance et vous dire merci, j’avoue que ça ne m’est jamais arrivé en France.

Pire souvenir : Quand la Wilaya (équivalent de la préfecture) qui fournissait les cartes de résidents m’a demandé un certificat de vie. Être devant l’agent en chair et en os n’était pas suffisant, il leur fallait un papier qui prouvait que j’étais bien vivant. Ça m’a fait rire !

« Je viens de finir ma politique documentaire » : une collègue témoigne

Élisabeth est T2, elle a 23 ans et, comme une majorité des jeunes professeurs, a « atterri » en région parisienne après son stage. Elle est titulaire de son poste à Créteil, dans un collège de centre ville dépassant à peine les 500 élèves. Le public est extrêmement hétérogène (en termes sociaux et de réussite), ce qui n’est pas toujours évident à gérer notamment avec les parents. Il reste tout de même un établissement dit « tranquille ».

Pour toi c’est quoi être professeur documentaliste aujourd’hui ?

Le métier de rêve. J’ai la chance de jouir d’une assez grande liberté de mouvements. Je peux m’insérer dans les projets pédagogiques que je veux ou les monter. Je trouve néanmoins difficile de jongler avec nos trois casquettes (pédagogie, gestion du fonds, ouverture culturelle) et j’ai tout le temps l’impression d’en sacrifier une. Pour moi, aujourd’hui, notre rôle consiste à éveiller au maximum les élèves, leur curiosité, leur ouverture d’esprit. Tout ce que je fais dans mon métier va dans ce sens.

Tu as mis récemment en place une Politique Documentaire, quel est l’intérêt d’un tel dispositif ?

Il y a plusieurs intérêts à instaurer une politique documentaire. Déjà, au moment de sa réflexion et de sa conception, cela permet de prendre du recul sur sa pratique et sur son terrain, de déterminer les urgences, les choses à modifier ou à mettre en place, en évitant d’avancer au flair ou à l’aveuglette. C’est intellectuellement reposant de « lister » les choses non ? De plus, si quelqu’un nous remplace ou prend notre suite, cela permet d’instaurer une continuité. Cette personne pourra voir ce qui avait été décidé, ce qui a été fait, pourquoi… Cela permet une meilleure prise en main du poste je pense. Et enfin (surtout), elle inscrit ce qui va être mis en place dans la politique d’établissement, qui est conduite au CA. C’est un bon moyen de défense (en cas de changement de direction, d’opposition de collègues, etc.) et ça permet aux projets d’avancer.

Peux tu nous donner quelques exemples concrets du contenu de ta poldoc ?

Sur le plan général, je parle de la fréquentation, des ressources (accès, gestion, utilisation), de la formation des élèves… en me basant au maximum sur des indicateurs comme des statistiques. C’est ce qui appuie tous nos objectifs. Comme exemples, je peux parler du désherbage. Il faut alors analyser le fonds, et les besoins. Ou encore pour la formation des élèves, il m’a semblé important de mentionner Pix (le service public en ligne pour évaluer, développer et certifier les compétences numériques), et notamment le fait de réfléchir rapidement autour de cet outil, car c’est pour le moment un inconnu pour l’ensemble de l’équipe pédagogique.

Est-ce que c’est long à mettre en place  ? Est-ce que ça te demande un gros travail de suivi ?

J’en suis seulement au début du processus. Analyser le terrain, choisir les objectifs et rédiger tout cela m’a demandé un certain temps en effet (une bonne semaine de « vacances »). Mais j’ai tout fait seule, et j’espère avoir des troupes pour la prochaine fois ! Le tout est maintenant de la faire lire par certains collègues, l’administration, et d’y apporter les modifications nécessaires, afin qu’elle nous convienne à tous. Il faudra ensuite la faire accepter en CA, alors que le projet d’établissement, déjà… fait débat !
Après, pour sa mise en place, je pense que cela s’apparente à un travail de fond, à adapter selon les conditions. Peut-être que je réfléchirai à un calendrier sur les 3 ans à venir afin d’étaler les objectifs et de me motiver.

Comment penses-tu la faire vivre et évoluer ?

J’avoue compter sur l’acceptation des collègues. Mais je sais que la communication autour de ce que je ferai sera un bon moyen de la faire vivre (voire d’amener l’implication des collègues). Pour son évolution, il faudrait que je pense à faire un document parallèle pour noter ce qui est fait, modifié, comment, pourquoi… mais c’est encore à dessiner.

Est-ce que l’objectif caché d’un tel dispositif ne serait pas d’impliquer tes collègues dans le fonctionnement du CDI ?

Dans le fonctionnement du CDI et au-delà pour toutes les ressources, et surtout dans la formation des élèves. Je pense qu’un établissement fonctionne avec une réelle plus-value pour les collègues et les élèves si tout le monde s’empare des outils, et du terrain. Si je fais seule ma gestion dans mon coin, je vais râler parce que telle ou telle chose n’est pas faite comme ça, idem pour les collègues. Alors que si nous communiquons avant sur comment tout mettre en place, c’est beaucoup d’énergie et de temps économisés !
Pour la formation des élèves, l’EMI (Education aux Médias et à l’Information) est très importante et transdisciplinaire. Et pourtant, nous avançons un peu dans le flou car chacun fait quelques points dans son programme mais personne ne sait qui fait quoi, et c’est sans heures dédiées… On ne peut donc pas savoir avec quelle formation les élèves sortent en troisième.
Je pense que mon idée principale est qu’il faut avancer en équipe. C’est ce que je vais essayer d’instaurer.

Est-ce que ta politique documentaire pourrait se transférer dans un autre établissement ou est-ce qu’elle s’inscrit vraiment dans un contexte particulier ?

Pour la mienne, je me suis aidée d’un document partagé sur la DropBox du groupe Facebook « Profs docs et licornes : entraides entre profs docs« , et d’autres disponibles en ligne. Cela aide beaucoup pour se lancer je trouve, mais l’on s’aperçoit très vite qu’au final il restera très peu de choses en commun. Parce que le fait est que la politique documentaire est intrinsèque au terrain. Je pense que le ministère pourrait quand même mettre à disposition un squelette à modifier.

La Politique Documentaire fait débat dans la profession des Profs docs car certains la considèrent comme une charge de travail supplémentaire inutile et trop contraignante, visiblement ça n’est pas ton avis, pourquoi ?

Je pense être favorisée par le fait de ne pas avoir connu le métier sans politique documentaire à établir… Je n’ai pas la sensation de « avant on n’avait pas à faire ça ». Clairement c’est une masse de travail, mais je la trouve absolument en accord avec notre métier et ça permet d’avancer de manière structurée. Au final je trouve que c’est agréable à faire, car il y a un réel sentiment d’accomplissement, et aussi de reconnaissance.

Sur le statut des Profs docs tu as des choses à nous dire ?

Je pense sincèrement qu’il faudrait, à défaut de diviser le métier, mettre deux personnes en poste minimum par établissement. Si on passe notre temps à faire de la gestion, adapter au mieux le fonds et son accès, chercher les projets intéressants, etc. Comment mettre en place en même temps un parcours d’éducation aux médias et à l’information ? (dont les heures sont souvent données sans décompte d’ailleurs !) C’est ce que je disais plus haut sur le fait de sacrifier une part du métier. Pour essayer de pallier ce problème, je me retrouve comme plein de collègues à enchaîner les heures sup’. Ces dernières sont soit bénévoles, soit le chef d’établissement concède leur rattrapage ou leur paiement avec d’autres enveloppes. Au final, nous sommes tout de même lésés, donc soit il faut des HSA possibles, soit une enveloppe HSE plus grande ne serait pas de refus… Même les heures de devoirs faits, que l’on fait en plus de nos 30h de présence, sont payées moins que quand elles sont assurées par nos collègues de discipline. Pour conclure je dirais que c’est un métier où si l’on réfléchit, on se sent très facilement en manque de reconnaissance et de rémunération par rapport au travail fourni (et je n’ai même pas mentionné les IMP). Heureusement, c’est un métier humainement et intellectuellement très riche, ce qui suffit, pour le moment, à me faire lever le matin avec le sourire.

Photo de Nicole Berro provenant de Pexels

D’AED à directrice à la MGEN, le parcours de Stéphanie

Stéphanie, quel a été ton parcours universitaire ?

J’ai fait une fac de sociologie et anthropologie à l’Université de Tours. Après 3 années, j’ai obtenu une licence de sociologie.

As-tu exercé des fonctions d’AED, dans quels types d’établissement ?

J’ai été AED, mais avant cela, surveillante d’externat dans un collège rural avec SEGPA . En tant qu’AED, j’ai travaillé dans 3 types d’établissement : collège dit « classique », lycée général, technologique et professionnel en centre-ville et collège classé « ZEP ».

Combien d’années as-tu été CPE, qu’est-ce qui te plaisait ?

J’ai été 10 ans CPE dont 6 années comme contractuelle. Ce qui me plaisait c’était l’accompagnement des élèves, le relationnel avec les élèves et leur famille. J’aimais aussi organiser le service de vie scolaire, c’est à dire le management des équipes d’AED. J’appréciais d’être autonome et la confiance qu’on m’accordait dans la gestion de mes missions. La mise en place de projets avec les enseignant·es, pour les élèves et au-delà, la participation au Groupe technique académique des CPE, l’accompagnement des stagiaires CPE, la formation des pairs sont aussi des missions qui me plaisaient.

Comment en es-tu venue à t’orienter vers un poste de directrice départementale de la MGEN ? Penses-tu que ton expérience de CPE t’a aidée à être retenue sur ce poste ?

J’étais correspondante MGEN en établissement scolaire et par ce biais, j’ai eu connaissance du poste de directrice qui se libérait. Je n’avais pas particulièrement réfléchi à changer de voie, c’est une opportunité que j’ai saisie. Je pense que mon expérience en tant que CPE a été appréciée, notamment la mission de cheffe de service, mais aussi celle d’être en capacité de monter des projets. Mon réseau professionnel a aussi du séduire car si je suis directrice de la section MGEN du Mans, je le suis au titre de « détachée de l’Éducation nationale », et il est important d’avoir connaissance de ses pairs car la MGEN gère le régime obligatoire des fonctionnaires de l’Éducation nationale. Cela me permet aussi de mieux comprendre et de mieux répondre à leurs problématiques lorsqu’elles existent.

En quoi consiste ton poste de directrice de la MGEN 72 ?

Mon poste consiste à manager opérationnellement l’équipe de la section à partir des orientations régionales. Je veille à la qualité de service en déclinant les plans d’actions régionaux. Je pilote l’activité de la responsable d’équipe. Je développe les compétences de l’ensemble de l’équipe en dynamisant les activités et en proposant des formations, si nécessaire. Je dois veiller au respect du dialogue social et enfin je contribue et/ou je mets en œuvre des projets régionaux autour des valeurs de la MGEN.

Quel type de partenariat y a t-il entre la MGEN et l ‘Éducation nationale ?

Plus qu’un partenariat, un accord cadre a été renouvelé le 1er janvier 2019 pour une période de 5 ans. Il est désormais accessible aux enseignants en formation et il intègre un dispositif d’accompagnement social d’urgence. Le groupe MGEN est partenaire de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur pour le déploiement cofinancé d’un dispositif santé au travail pour tous les agents de ces ministères, actifs ou retraités, ayants droits, adhérents ou non au groupe MGEN.

Depuis 2014 avec la signature du précédent accord-cadre, ce sont 126 espaces d’accueil et d’écoute qui ont été créés. Ils sont accessibles et gratuits jusqu’à trois fois par an. De nombreuses académies couvertes par des antennes du Centre national de réadaptation ont été créés. Plus de 750 actions militantes de promotion de la qualité de vie au travail ont été réalisées sur le terrain avec l’appui de la direction générale des ressources humaines communes aux deux ministères, ainsi qu’un dispositif d’accompagnement social d’urgence après le passage de l’ouragan Irma dans les Antilles françaises.

Mutuelle professionnelle, le groupe MGEN répond aux enjeux de santé au travail aux côtés des employeurs publics, et en particulier du ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, avec un dispositif spécifique, les réseaux PAS.

En 2017, 15 549 personnes ont bénéficié de ce réseau via trois grands types d’actions :

  • Les 126 Espaces d’Accueil et d’Ecoute (EAE) sont accessibles à tout agent de l’Education nationale actif qui souhaite s’entretenir avec un psychologue du travail ou un psychologue clinicien.
  • Les centres de réadaptation, présents sur les académies de Paris, Créteil, Versailles, Bordeaux, Aix-Marseille et Nantes), s’adressent aux personnels de l’Education nationale qui, suite à un congé de maladie, doivent préparer un retour sur leurs fonctions ou envisager une réorientation professionnelle. 237 personnes ont été accompagnées via ce dispositif en 2017.
  • Dans les 30 académies, plus de 750 actions collectives ont été réalisées : 60% de ces actions sur l’accompagnement à la prévention des risques psychosociaux (RPS), 25% de ces actions sur la prévention des troubles de la voix (premier outil de travail des enseignants) et enfin, 15% de ces actions ont porté sur la prévention des troubles musculo squelettiques (TMS).

Le groupe MGEN est également partenaire de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (ANACT) et son réseau régional (ARACT).

Retrouves-tu des réflexes/tâches de CPE dans ta nouvelle fonction ?

Je retrouve mes missions de CPE lorsque je pilote l’activité des salariées, avec toutes les tâches que cela incombe : animation de réunion, compte rendu de réunion, gestion des difficultés professionnelles, accompagnement professionnel. Le parallèle que j’observe souvent c’est aussi, la gestion des situations délicates des adhérent·es, similaires à celles des élèves lorsqu’ils/elles pouvaient être en difficulté. C’est aussi le soutien de l’équipe lorsqu’un·e adhérent·e exprime un mécontentement de façon trop véhémente j’utilise alors, les mêmes compétences psychosociales que lorsque je devais gérer le mécontentement d’une famille, par exemple.

On dit souvent que prendre du recul sur son métier permet de la redécouvrir. Qu’as-tu observé ?

J’ai observé le fait qu’être CPE demande une grande capacité de prise de recul face aux situations personnelles des élèves qui nous sont confiées, c’est pourquoi, il me semble important de se construire un réseau de pairs, d’avoir des collègues ressources qui soient en capacité d’écoute et de compréhension lorsqu’une situation professionnelle parait difficile à gérer. Cela demande de développer une intelligence émotionnelle, de savoir être empathique, de combiner exigence et bienveillance. La gestion de conflits et de tensions interpersonnelles est aussi une compétence à avoir. Le métier de CPE est un métier d’urgence, il faut être en capacité d’être réactive tout en ayant l’exactitude de la réponse. CPE est un métier d’engagement pour le bien-être de chacun·e dans l’établissement et avant tout, des élèves. C’est un métier que j’adorais, ma plus belle victoire était la reconnaissance des élèves.

Stéphanie Lechat, directrice, section départementale MGEN de la Sarthe

Véronique, directrice en école rurale, témoigne…

Qu’est-ce qui t’a amenée à assurer la fonction de directrice d’école rurale ? Quel est ton parcours ?

Je suis devenue PE sur le tard à 30 ans en 2001. Cela a été un choix de vie, car je souhaitais réellement me sentir utile à la société plutôt que de travailler pour grossir le portefeuille de stocks-options de mes patrons. Je travaillais en tant qu’assistante administrative au services généraux d’une société de télécom et j’ai refusé le poste d’assistante du directeur puisque j’avais réussi le concours d’entrée à l’IUFM. J’avoue que ces 5 dernières années, je me demande si j’ai fait le bon choix… Je suis en milieu rural car mon parcours post-bac ne correspondait pas à la grille de recrutement sur dossier des IUFM de Paris, Créteil et Versailles… Mon dossier a été refusé dans ces 3 académies. J’ai donc tenté celles de l’Oise et de Bordeaux sur concours où j’ai été reçue. J’ai ensuite refusé ma place sur l’académie de Bordeaux pour des raisons familiales. De plus, en tant qu’habitante de la région parisienne en Seine Saint Denis, l’Oise n’est pas très éloignée (à peine une cinquantaine de kilomètres). Les 2 années de formation sur Beauvais ont été un peu dures (200 km/jour AR) mais j’ai survécu ;-). L’Oise est un département très rural, avec encore beaucoup de RPI et/ou de classes uniques, mais qui en bordure d’IDF, accueillent beaucoup de familles qui souhaitent accéder à la propriété tout en travaillant en IDF.

Je suis devenue directrice essentiellement parce que j’avais besoin d’argent après mon divorce. Tout d’abord dans une petite école maternelle de 2 classes, mais comme j’étais seule avec deux enfants, j’ai choisi de prendre la direction d’une école élémentaire à 10 classes avec une demi-décharge. Je me suis aperçue alors que la fonction de directeur d’école était juste passionnante mais aussi très isolée. Heureusement mes premières années de direction ont été épaulées par une super association de directeurs d’école, le GDID (Groupement de Défense des Idées des Directeurs d’école). Toute l’équipe du GDID m’a été d’un grand soutien dans la gestion humaine et administrative de cette fonction. Après quelques années dans cette « grosse » école, j’ai constaté l’impossibilité pour un directeur d’assurer un fonctionnement cohérent dans une école face à une équipe parasitée par une enseignante manipulatrice… J’ai donc choisi de privilégier ma vie personnelle avant d’y laisser ma santé physique et psychique. Je suis redevenue simple PE dans une autre école, primaire cette fois, 2 fois plus petite et avec une super équipe d’enseignantes. Au bout de 2 ans, ma collègue qui assurait la direction m’a proposé de la remplacer. J’y assure toujours la direction depuis lors avec 1/4 de décharge.

Peux-tu décrire ce que tu dois faire dans une journée type ?

Mon premier réflexe en arrivant le matin est de jeter un œil à la cour pour vérifier que rien ne traine… Puis je me dépêche d’aller en classe pour préparer la classe, comme toute enseignante lambda… Parfois, je suis retenue par une collègue, le gars des services techniques, moi qui me rappelle que j’ai un truc à dire ou à faire avec une collègue… Bref, le temps passe très vite avant la sonnerie du matin. J’ai choisi de ne pas prendre le téléphone en classe pour pouvoir être tranquille. Mais c’est sans compter sur les parents en retard, les livraisons, les taxis qui emmènent les enfants au CMPP à 20 minutes de là (la plupart du temps, chaque maître.maîtresse gère ses allées et venues d’élèves… mais parfois on n’entend pas la sonnette…), donc souvent je descends les escaliers 4 à 4 après avoir laissé la porte de communication entre ma classe et celle de ma collègue ouverte, pour aller ouvrir les 2 portes d’accès à l’école (vigipirate rouge oblige…) J’ai même un élève responsable des « clés de la maîtresse », elles ont tendance parfois à être posées dans des endroits improbables… À midi, j’écoute le répondeur, j’ouvre le courrier papier et électronique, je transmets des messages si besoin… On déjeune ensemble à l’école, cela nous permet de parler de nos difficultés, de chercher des solutions, de rire et de décompresser…. de prendre un peu de recul, quand l’une d’entre nous ne va pas très bien moralement, il·elle sait qu’il·elle peut compter sur l’écoute des autres, et ça c’est rare et c’est un vrai trésor…. nous en sommes tous conscients. Pour la direction d’école, je sais que je peux compter sur l’aide de mes collègues, ils·elles savent où se trouvent les différents formulaires (absence, enfant malade, PAI, demande d’intervention du RASED, PPRE…) bref, toute la paperasse… Mon rôle à ce niveau là est plutôt de rappeler les démarches et les étapes à suivre, aider à rédiger les PPRE pour les élèves réellement atypiques. J’ai parfois des interruptions dans le déroulé de ma journée de classe, mais les élèves des écoles rurales sont habitués à travailler en autonomie, nous n’avons quasiment que des doubles niveaux, parfois même triples (mais pas pour moi, direction oblige…). Honnêtement, j’ai beaucoup de mal à me tenir à l’emploi du temps….

Quelles sont les tâches et les moments que tu préfères dans ta fonction ?

Ce que je préfère dans le rôle des directeurs d’école, c’est de faire en sorte que les élèves, les enseignantes, les ATSEM, les AESH viennent avec le sourire sur leur lieu de travail. Il est essentiel dans ce métier de veiller à instaurer un climat de confiance et de bienveillance. Du coup, les relations avec les parents d’élèves sont sereines. J’aime le côté touche à tout de cette fonction : on doit gérer les relations dans l’équipe, avec la mairie, avec les parents, avec les partenaires, la hiérarchie. J’aime accompagner les familles dans les démarches pour mettre en place toutes les aides possibles pour leur(s) enfant(s) : avant de monter un dossier MDPH ou un PAP avant l’entrée au collège, il faut aider les familles à accepter la différence de leur enfant, ils ont souvent besoin de cet accompagnement. J’aime aussi le côté intendance, penser l’organisation des projets suffisamment en amont pour que tout se passe au mieux, donner les moyens à tous les intervenants d’accomplir leur mission, le côté « j’adore quand un plan se déroule sans accrocs » de l’Agence tout risque…

Quelles sont les tâches et les moments les plus difficiles/éprouvants ?

Les tâches les plus pénibles sont les enquêtes à remplir sans qu’on nous en explique les finalités. L’administratif prend de plus en plus de place dans la fonction des directeurs d’école, au détriment de l’animation pédagogique, de la recherche de projets… Par exemple : dernièrement un proviseur de lycée pro, a demandé aux directeurs d’établir en triple exemplaire les avenants des contrats PEC de droit privé des AESH, lui qui a un adjoint et au moins une aide administrative… ou encore, demander aux familles de remplir à nouveau le CERFA de 8 pages de la MDPH, qu’ils ont déjà eu tant de mal à compléter, s’ils souhaitent une modification du PPS, alors qu’en parallèle les PIAL peinent à recruter les AESH qui ont été notifiés pour les enfants MDPH.
Garder une contenance et son calme face à des familles qui ne mesurent pas l’aide dont a besoin leur enfant, où qui n’en ont juste rien à faire, rédiger les IP (Informations Préoccupantes) en soupesant chaque mot…. Le manque de temps aussi est souvent une cause de pression : l’impression de tout faire à moitié, la classe, la direction, la vie de famille, de courir tout le temps… Ce qui est pesant aussi, c’est le poids de la responsabilité de la sécurité, à la moindre erreur de jugement ou au moindre oubli de paperasse, c’est moi qui risque de me retrouver devant les tribunaux. Certains parents sont de plus en plus dans une démarche consumériste de l’école, ils attendent un service : ils déposent leur enfant à l’école, comme on dépose sa voiture au garage, et sont prêts à se plaindre à notre hiérarchie pour des broutilles… J’ai quand même la chance d’avoir un IEN bienveillant et soutenant dans ces cas là. Ce qui reste difficile, c’est de décrocher, de débrancher le cerveau le soir, ou pendant les vacances. Je déplore aussi les grandes difficultés que nous rencontrons dans le primaire à pouvoir changer de département… à 6% de taux de mutation interdépartementale, aujourd’hui je me sens prisonnière de l’Oise…. (le taux national est de 25%).

De quelle type d’aide et de soutien aurais-tu besoin ?

En priorité un statut digne de ce nom, seuls les directeurs de primaire n’en ont pas. Ce n’est pas normal. C’est même un non sens par rapport à toutes les tâches inhérentes à cette fonction. Non, nous ne sommes pas des enseignants comme les autres, la preuve il y a de moins en moins de volontaires pour être directeur… Je ne souhaite absolument pas être la chef de mes collègues, ce n’est pas ce que je recherche, mais à partir du moment où je suis la garante de la sécurité et de la bonne marche de l’école, il me parait essentiel d’avoir la possibilité de décider (parfois d’imposer à certains collègues qui ne voient que leur intérêt personnel avant de voir l’intérêt général). En cas de problème, c’est moi qui me retrouve au mieux à rendre des comptes à ma hiérarchie, au pire devant les tribunaux, pas mes collègues. Une aide administrative ne serait pas un mal aussi, à partir du moment où il/elle est formée a minima, ou une décharge plus importante pour avoir le temps de faire les choses comme il faut : la direction et la classe. Je ne serais pas contre une rémunération plus importante, en adéquation avec le statut de cadre A de la fonction publique, et soyons fou…. un smartphone professionnel remis avec la clé OTP (pour l’instant j’utilise le mien… je sais, c’est critiquable, mais quel gain de temps au 21e siècle)… Enfin, j’aurais besoin que le ministère nous donne les moyens de faire correctement notre métier : rétablissement du RASED, recrutement de maitres E, de maitres G, de psychologues scolaires, une formation digne de ce nom en tant qu’enseignante mais aussi en tant que directrice et qu’elle soit sur le temps scolaire.

As-tu quelque chose à ajouter ?

Je suis catastrophée de voir comment certains syndicats bloquent l’avancée du statut de directeur, à chaque fois qu’une petite avancée apparait (voir le rapport de Cécile Rilhac), certains syndicats, toujours les mêmes, s’opposent à tout changement. C’est pénible cet immobilisme. Je tiens aussi à souligner le soutien et la patience de nos compagnons/compagnes, de nos enfants qui sont souvent mis à contribution… Est ce qu’on voit ça dans d’autres métiers que le nôtre? J’aimerais que le ministère se remette en question en se posant les bonnes question: pourquoi de moins en moins de personnes souhaitent devenir Prof des écoles et/ou directeur ? Pourquoi les enseignants, comme moi, qui ont fait ce choix de vie se demandent s’ils ne vont pas rebasculer dans le secteur privé ?
La Fonction publique va de plus en plus mal, il n’y a qu’à voir tous les mouvements sociaux-professionnels depuis le début de l’année (les urgentistes, les hospitaliers, les policiers, les pompiers…) et malheureusement rien, ni personne ne bougeait… jusqu’à ce que Christine Renon mette tristement fin à ses jours pour changer ça. Maintenant, j’attends avec impatience le grand questionnaire du ministère (en novembre dans nos boites pro) : c’est la première fois que les directeurs·trices sont consulté·es directement. C’est une occasion unique d’obtenir enfin un statut fonctionnel, une vraie reconnaissance des spécificités de notre métier de directeur·trice.

Véronique G

De CPE à directrice de SEGPA, le parcours de Charline

Depuis combien de temps es-tu CPE et quelles ont été tes expériences professionnelles précédentes ?

J’ai obtenu mon concours de CPE en 2004, dans l’académie de Rennes après avoir été MI/SE pendant 5 ans en Mayenne. J’ai effectué mon année de stage en lycée général, à Château Gontier puis j’ai été mutée en région parisienne… direction l’académie de Créteil ! J’y ai passé 6 ans, 6 super années nourries de rencontres.
J’ai, en effet, été nommée au sud de la Seine et Marne (77) au collège Robert Doisneau de Dammarie Les Lys. Ce collège comptait environ 450 élèves dont une centaine d’élèves d’EGPA ainsi qu’une ULIS handicap moteur. Nous étions 2 CPE. Il y avait également un directeur de SEGPA ainsi qu’un adjoint en plus du principal.
C’est là-bas que j’ai découvert l’enseignement spécialisé et l’accompagnement des élèves à besoins spécifiques. L’accompagnement proposé et les différentes prises en charge ont été très formateurs pour moi. J’ai découvert le travail en équipe ainsi que le travail en projets.
En 2011, j’ai obtenu l’académie de Nantes et ai été affectée au collège Berthelot, dans le centre de la ville du Mans. C’est un collège qui accueille 600 élèves dont une UPEAA. Ce fut une nouvelle expérience très riche puisque je me retrouvais seule à la tête de la vie scolaire. J’ai pu lors des 6 années, que j’ai passées dans cet établissement, construire le service vie scolaire tel que je l’imaginais mais aussi travailler en étroite collaboration avec les enseignants et ainsi appréhender davantage l’entrée en pédagogie de la vie scolaire.

Tu exerces depuis 2 ans la fonction de directrice de SEGPA. Comment est née chez toi l’idée de postuler sur une mission de ce type ?

L’idée n’était pas nouvelle pour moi. Lorsque j’étais en région parisienne je travaillais en étroite collaboration avec le Directeur de SEGPA (quelqu’un de formidable !) qui a été un exemple pour moi aussi bien dans son approche des élèves que des projets. Cette année (je suis toujours en contact avec lui), il est par exemple parti à Cuba avec les élèves de l’EGPA. Il m’a montré que les choses étaient possibles…
Je me suis toujours dit que cela me plairait d’autant que j’ai l’impression d’avoir toujours eu un intérêt pour les élèves « différents ». Comment travailler avec eux ? comment entrer en lien avec eux ? Comment les faire venir à l’école et faire en sorte qu’ils s’y sentent bien ?
Cela faisait 6 ans que j’étais au collège et pour beaucoup de raisons, l’année était difficile. J’avais besoin de prendre de la distance, de changer, de faire autre chose… J’ai alors postulé auprès des services de l’inspection académique. J’ai été appelée et un poste de faisant fonction de directeur adjoint chargé de la SEGPA (DACS) m’a été proposé. J’ai accepté et j’occupe donc ces fonctions pour la deuxième année.
Occuper ces fonctions était aussi l’occasion pour moi d’aller mettre en pratique mon engagement dans la lutte contre les discriminations et phénomènes de boucs émissaires. Les élèves d’EGPA sont pour moi des élèves qui restent marqués d’une étiquette… Depuis 2 ans, j’essaie de travailler avec eux (pas seule bien sûr, avec les collègues…) l’estime de soi et le fait que l’on puisse être fier d’être un élève d’EGPA. Le sigle EGPA ou SEGPA reste souvent une insulte pour les élèves ou est souvent utilisé comme tel.

Comment as-tu vécu ce « glissement » de fonction ? Quels points communs et quelles différences vois-tu avec la fonction de CPE ?

Ce changement de fonction est arrivé à point nommé. J’avais besoin prendre du recul et de réfléchir à ma professionnalité. Ce changement a donc été très bénéfique pour moi.
J’ai d’abord apprécié le fait de n’avoir que 4 classes de 16 élèves sous ma responsabilité ainsi que le travail avec les équipes de professeurs des écoles et professeurs de lycée professionnel. Leur approche des élèves et la prise en charge qu’ils proposent n’est pas la même. J’ai fait un pas de plus dans l’approche pédagogique des élèves, dans la connaissance des niveaux de maîtrise du socle ainsi que dans la connaissance des cycles. J’ai eu, contrairement à ce que je pouvais vivre en vie scolaire l’impression d’avoir du temps. Il faut dire que les heures de synthèses (1h30 par semaine de concertation en équipe) permettent de coordonner le quotidien mais aussi de chercher des solutions adaptées pour chaque élève. Le croisement des regards est extrêmement important et très riche.
Je dois aussi dire que le fait de travailler avec les services ASH de l’inspection académique était une nouveauté et j’ai beaucoup appris sur le fonctionnement de ce service.
Le rapport aux sanctions et punitions n’est pas non plus toujours le même en EGPA. La prise en charge des retenues ou le travail donné aux élèves par exemple.
En revanche la relation aux élèves est pour moi restée la même. J’ai essayé de continuer à être en relation avec eux tout en ayant une autorité qui leur permet d’avancer et de réfléchir aux actes qu’ils posent. J’ai retrouvé un rôle éducatif dans ces nouvelles fonctions.

Exercer d’autres fonctions permet de prendre du recul sur la fonction. Quels sont les premiers enseignements retirés de cette expérience qui pourront impacter ta vie de CPE ?

Oui bien sûr, j’ai d’ailleurs pu le mentionner précédemment. Changer de fonction m’a permis de me rendre compte de plusieurs choses :
Le métier de CPE est une excellente formation. On y apprend tellement. On a une très bonne connaissance du système éducatif, on a une approche des élèves différentes, nous connaissons bien les élèves et sommes capables de mobiliser énormément de ressources.
Je me suis aussi rendue compte du sentiment de responsabilité, de la charge de travail et de la charge mentale que j’avais en tant que CPE. Changer de fonction m’a permis de prendre conscience des compétences que j’avais développées et que ces dernières ont pu être utiles dans la découverte de nouvelles fonctions.

Quelle est ta vision de l’École inclusive ?

L’inclusion est une vaste question. Elle m’interroge et continuera de m’interroger longtemps je pense… Inclure n’est pas forcément lisser et faire la même chose pour tous.
L’inclusion est pour moi un concept difficile qui interroge à la fois la question du collectif et de l’individu…
Par exemple, cette année au collège les élèves d’EGPA sont répartis avec les autres élèves du collège, ils pratiquent l’EPS en groupe… Cela a été très bénéfique pour certains et assez violent pour d’autres dans la mesure où ils devaient assumer le regard des autres, le fait d’être moins performants au niveau de la psychomotricité ou de la compréhension des consignes alors que d’autres au contraire se sont épanouis.
On pense que ce sont les élèves d’EGPA qui sont inclus mais pourquoi ne serait-ce pas l’inverse ?
Une collègue a réalisé un film cette année pour faire connaître l’EGPA et sortir des préjugés qui pouvaient les concerner.
Avec la question de l’inclusion on aborde aussi la question de l’empathie et du bien être à l’école, de la norme. Beaucoup de notions que je trouve très importantes et qui, selon mon regard de CPE, ont un rôle essentiel à jouer dans la question du climat scolaire.

Quelle est ta relation avec les personnels de l’établissement dans tes nouvelles fonctions ? Quelle comparaison fais-tu avec celle d’un CPE et des AED ?

Je dirais qu’il y a moins de management à faire dans le sens où il n’y a pas de rapport hiérarchique entre le Directeur adjoint chargé de la SEGPA et les professeurs qu’ils soient PLP ou PE contrairement au CPE avec les AED. Les PE sont des personnels formés, qui ont passé leur concours et qui pour la plupart ont choisi d’être en EGPA.
On en ne peut pas comparer avec les AED. Leur rôle est profondément différent tout comme le sentiment que l’on peut avoir en tant que CPE, de responsabilité et d’organisation de service qui va avec…
Je trouve toutefois que la gestion des ressources humaines reste une chose difficile. Il faut que chacun trouve sa place dans l’équipe tout en acceptant les désaccords qui peuvent exister et faire en sorte que les choses fonctionnent pour rester au service de l’intérêt des élèves.
À mon sens, les questions d’organisation et relations humaines cohabitent… ce qui n’est pas une mince affaire.
J’ai, dans les deux fonctions, essayé de faire en sorte de fédérer les équipes et de travailler avec les collègues avec des relations de confiance. Le travail en équipe restera toujours un moteur pour moi !

À quels projets de développement professionnel ou d’évolutions de carrière as-tu réfléchi (à moyen ou long terme) ?

J’avoue ne pas trop savoir… tout est possible ! Si je ne peux pas continuer dans ces fonctions j’envisage tout à fait de reprendre celles de CPE. C’est un métier que j’aime énormément. J’ai simplement découvert que j’avais personnellement besoin de changer régulièrement de poste, qu’après un certain temps dans un établissement je m’installe dans une zone de confort qui ne me convient pas forcément… J’ai besoin de mouvement !

Charline Landemaine, CPE dans l’académie de Nantes
et faisant-fonction de directrice de SEGPA au collège la madelaine au Mans (72)

Quel rapport au temps entretiennent les CPE ?

Didier Racle, CPE dans l’académie de Besançon, a effectué un passionnant travail de recherche sur le rapport au temps des CPE. Il a accepté de répondre à nos questions.

Avec le recul, qu’identifiez-vous comme étant le point de départ de votre mémoire universitaire ?

D’abord l’envie de prendre encore davantage de recul sur l’exercice d’une fonction que j’exerce depuis 1993. Ensuite le besoin, en tant qu’intervenant à l’Espé, de m’inscrire dans une démarche de recherche qui va de pair avec la nécessité de se former. Le master « Parcours et ingénierie de la formation » que j’ai intégré pendant deux années universitaires m’a donné l’opportunité d’aller plus loin dans l’analyse de l’activité des conseillers principaux d’éducation. En analysant le rapport que les CPE entretiennent avec le temps, j’ai tenté de répondre à la question initiale qui débute tout travail de recherches, à savoir : « pourquoi les CPE qui évoquent leur activité avancent systématiquement l’idée d’un temps qui manque ou après lequel ils courent ? »

Et comment vous y êtes-vous pris pour répondre à cette question ?

Il faut d’abord définir les notions abordées en procédant à une revue de littérature. J’ai très rapidement opté pour une approche sociologique. La sociologie propose de découper le temps en une multiplicité de temps sociaux : temps de loisirs, temps de repos, temps du travail…. Mon travail se situe donc bien naturellement dans le temps du travail et plus spécifiquement celui des CPE.

Dans ce cadre, deux approches se sont proposées à moi. Une première qui consiste à appréhender la notion du temps d’un point de vue quantitatif. Il s’agit là d’un temps qui se compte et se décompte. C’est le temps de travail dont la durée est prescrite par les textes réglementaires et qui s’organise et se découpe en fonction des caractéristiques de chaque métier et des besoins de l’organisation qui l’intègre. La seconde approche est davantage qualitative dans une dimension plus subjective d’un temps qui se vit et se ressent : le temps au travail. L’activité est alors découpée en « tranches » de vie » perçues comme plus ou moins contraintes ou choisies. Ces moments se jouent dans des relations interpersonnelles. Ils ont aussi un sens et une valeur et permettent d’accéder à la reconnaissance. J’ai donc décidé d’aller confronter les CPE à cette double approche pour mieux comprendre comment s’organisent et se découpent leur temps de travail et comment ils vivent leur temps au travail.

Comment avez-vous procédé ?

Je suis allé à la rencontre des CPE sur le terrain en utilisant l’entretien semi-directif comme méthode de recueil de données. Mon panel était constitué de 13 CPE également répartis dans tous les types de structures, collèges, lycée professionnel et lycée général et technologique. Certains exercent en solo, d’autres en équipe. Les entretiens se sont déroulés d’octobre 2017 à mars 2018 sur le lieu d’exercice des acteurs concernés. Les entretiens, enregistrés, ont été intégralement retranscrits puis dépouillés et analysés par thématique. Et puisqu’il est question de temps, je peux vous dire que la retranscription et l’analyse de 13 entretiens en requièrent beaucoup !

Avez-vous rencontré des réticences à vous accueillir ?

Aucune. J’avais sollicité une vingtaine de CPE. Tous m’ont spontanément ouvert leur porte sans restriction. Le choix du moment leur avait été laissé, ce qui m’a apporté des éléments d’analyse supplémentaires. Les entretiens se sont déroulés au sein de l’’établissement d’exercice mais, la plupart du temps, il y a eu délocalisation plus ou moins lointaine du bureau des CPE ou des services vie scolaire. Avec parfois des choix de cachettes pour éviter d’être dérangés. Car c’est là l’une des premières caractéristiques du corps des CPE qui se décrivent comme des acteurs sans cesse dérangés.

C’est-à-dire ?

Il suffit demander aux CPE de raconter leur journée de travail pour constater leur incapacité à le faire. Aucun de ceux que j’ai rencontrés n’y est parvenu. Les CPE débutent la journée avec des tâches qu’ils ont prévues d’accomplir mais l’ordonnancement est très vite remis en cause par l’émergence de situations qu’ils vont devoir traiter. L’horizon temporel des CPE ne dépasse pas le quart d’heure avec une impression marquée de ne jamais parvenir à terminer ce qui est commencé d’où la sensation de course. Les CPE aspirent à « se poser ». Des temps de pauses qu’ils s’octroient généralement en prenant leur service avant l’heure et /ou en terminant plus tard. Ces temps supplémentaires relèvent très rarement d’une quelconque pression hiérarchique mais, la plupart du temps, d’une prise d’initiative individuelle des agents qui ont besoin de ces plages de travail supplémentaire pour rattraper le temps perdu dans la journée à gérer des situations souvent qualifiées d’urgence. Pour se sentir apaisés au moment de quitter leur établissement d’exercice, les CPE débordent systématiquement leur grille d’emploi du temps. Ils ont également besoin de ces temps de pause pour exercer leur fonction telle qu’ils l’envisagent idéalement.

Et comment les CPE envisagent-ils cet idéal ?

Pour les CPE, le temps à disposition doit principalement être consacré aux élèves. Ils aimeraient également l’utiliser pour échanger en équipe élargie, avec leurs collègues CPE, les enseignants et les membres de l’équipe de direction. L’idée avancée est celle de l’élaboration d’une stratégie réfléchie sur du long terme qui permettrait une action concertée, cohérente et partagée. Avec en filigrane, l’idée d’une économie de temps qui permettrait aux CPE de vivre leur métier dans un rôle d’éducateur revendiqué. « On transmet de l’éducation » me dira l’un d’eux. Les CPE se reconnaissent pleinement dans ces temps d’éducation qui les mettent en scène dans une relation individuelle ou collective avec les élèves. Ces moments correspondent au sens et à la valeur qu’ils veulent donner à leurs actions. Au cours des entretiens que j’ai menés, les CPE décrivent ces situations le sourire aux lèvres. Ils éprouvent beaucoup de plaisir à les vivre et une certaine émotion à les raconter. Mais les CPE font également état d’une grande insatisfaction et d’un fort sentiment de frustration du fait, d’une part, de la rareté de ces temps, d’autre part, de la difficulté à les vivre sereinement. Le tout est évidemment mis en lien avec la description tourbillonnante de leur quotidien. Pour reprendre l’expression de Yves Clot, « la qualité est empêchée ».

Et quelles en sont les raisons ?

C’est justement à cette question que j’ai tenté de répondre dans le cadre de ma recherche. Comment peut-on expliquer un tel décalage entre l’activité idéalisée et la réalité du métier ? D’autant plus que la circulaire de missions de 2015 avance l’idée d’un CPE concepteur de son activité. Un acteur qui agit dans une perspective éducative et pédagogique à long terme. Alors que sur le terrain, il semble davantage réagir aux aléas et aux imprévus dans des temporalités de l’immédiateté. Le CPE pompier !

Le besoin de « faire ses preuves » et « faire sa place » est prégnante dans le discours des CPE. Ce qui suggère que, 49 ans après la création du corps, cette place, et plus largement la place de la vie scolaire, n’est pas acquise d’emblée mais doit être conquise.

Ce métier ne fait pas partie des professions établies qui, comme le dit E.C Hugues, ne s’occupent que des besoins qui sont tenus pour légitimes. En d’autres termes, l’identité professionnelle des CPE demeure floue, dans un entre-deux qui rend la fonction interprétable et dérivable. À quoi sert un CPE ? Qu’elle est son utilité ? Ces deux questions amènent une multiplicité de réponses de la part des acteurs qui entourent les CPE mais aussi par les CPE eux-mêmes. Ce flou identitaire a des conséquences sur la charge de travail des CPE.

Pouvez-vous préciser ?

Les CPE font, par exemple, l’objet de tentative de délestage. Principalement en provenance des enseignants et des personnels de direction. Avec les enseignants nous sommes dans une sorte de « je t’aime moi non plus ». Il y a d’un côté ceux qui viennent chercher l’expertise du CPE dans le cadre d’un travail de coopération partagé autour des élèves. D’un autre côté, il y a ceux qui sollicitent les CPE dans une optique disciplinaire de maintien de l’ordre ou de service à l’ancienne, façon surgé ! Ils apportent leurs problèmes aux CPE, se « déchargent » sur eux en leur demandant de les régler.

Avec les personnels de direction, on passe à un « je t’aime un peu, beaucoup, passionnément… pas du tout » en fonction de la représentation que ces personnels ont de la fonction. L’importance de cette représentation est d’ailleurs prépondérante puisqu’elle fait dire aux CPE : « je change de chef, je change de métier !». Une preuve supplémentaire du caractère non établie de la fonction. Le délestage des équipes de direction sur les CPE prend la forme de dossiers transmis aux CPE dans un rapport de force plus ou moins conflictuel.

Les CPE ont donc parfois le sentiment de se « faire refiler » le sale boulot. Un des CPE interrogés me parlera d’activité résiduelle qui, faute de trouver preneur, atterrit sur les bureaux des CPE ou dans leur service. L’exécution de ces tâches supplémentaires a mécaniquement une incidence sur le temps de travail. Elle en a également une sur le temps au travail avec d’un côté ce qui est estimé légitime d’accomplir et de l’autre, ce qui ne l’est pas.

Dans votre mémoire, vous parlez également des paradoxes qui traversent l’activité du CPE. Qu’en est-il ?

Pour reprendre ce que nous venons d’évoquer juste avant, si les CPE sont des acteurs sur lesquels on se déleste, paradoxalement, ils sont aussi ce que j’ai appelé des agents compensateurs. L’obligation morale de faire « tourner la boutique » est récurrente dans leur discours. Elle amène les CPE à jouer des rôles qui ne relèvent pas de leur fonction. On se déguise d’ailleurs souvent chez les CPE : en infirmière, en standardiste, en agent technique et parfois en personnel de direction-adjoint avec parfois des conflits de frontière. Les CPE sont animés d’une grande conscience professionnelle qui les caractérisent.

Autre paradoxe : la plainte d’être sans cesse dérangés est accompagnée d’une volonté marquée d’être à tout moment accessibles et disponibles. Les CPE protègent peu leur environnement de travail et se mettent volontiers à disposition des élèves et des acteurs qui les entourent. La porte des CPE est constamment ouverte.

Cette accessibilité et cette disponibilité entraine un « tout arrive chez les CPE ». Tout et n’importe quoi. Le traitement de ce « tout » va permettre de faire les preuves de son utilité, quitte à s’éloigner de son idéal de métier. Des compromis à l’origine d’un troisième paradoxe que j’ai résumé en une phrase : les CPE accomplissent des choses dans lesquelles ils ne se reconnaissent pas mais qu’ils accomplissent pour se sentir reconnus.

Vous avez présenté votre travail à des CPE ? Comment a-t-il été accueilli ?

Je ne l’ai pas encore évoqué mais, à chaque étape de mon travail, il a fallu mettre à distance le CPE que je suis pour que les analyses de l’étudiant que je suis aussi soient les plus objectives possibles. Ce n’est pas la chose la plus simple. Ma directrice de mémoire, Emilie Saunier-Pilarski m’y a bien aidé.

J’ai particulièrement apprécié les temps de présentation qui se sont toujours prolongés par des échanges d’une grande richesse. Les CPE expriment de manière récurrente un déficit de connaissance et de reconnaissance de la fonction. La volonté d’une prise de recul et d’une réflexion sur la pratique professionnelle est également apparue. Dans l’idée encore de « se poser » pour agir et ne plus réagir. Cela, je pense, peut constituer une piste de réflexion de formation initiale ou continue. J’ai proposé l’an prochain de présenter mon travail aux chefs d’établissement ainsi qu’aux enseignants. Cela va sans dire que je suis impatient de voir comment ces groupes réagiront.

Quel regard portez-vous sur le récent rapport de l’inspection générale des finances sur le temps de travail des CPE ?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord que je mette à distance l’agacement du professionnel que je suis. L’apprenti chercheur qui s’appuie sur le recueil d’éléments de compréhension sur le terrain répondra que la méconnaissance des pratiques aboutit à des conclusions en décalage total avec la réalité. Suggérer que les CPE n’utilisent pas les 4 heures dont ils disposent librement en plus des 35 heures inscrites à leur emploi du temps, c’est, sans exagération, toucher à leur dignité professionnelle. Les CPE se sentent profondément blessés par de telles supputations qui ne s’appuient sur aucune enquête quantitative ou qualitative.

Les CPE ont les défauts de leur qualité. Ils ne comptent pas leurs heures et débordent régulièrement de leur grille d’emploi du temps sans, souvent, aucune contrepartie financière. Peut-être devraient-ils rompre avec une tradition qui, là encore, s’inscrit dans l’histoire du métier et résonne comme un signe d’appartenance au corps pour mieux faire apparaitre la réalité.

Diriez-vous que votre mémoire a changé quelque chose dans votre pratique professionnelle de CPE ?

Bien sûr ! Le métier de CPE se construit principalement dans l’action, ce qui laisse, encore une fois, peu de temps à la prise de hauteur. Le recueil d’éléments théoriques pendant la phase de revue de littérature permet notamment de se doter d’outils de décryptage des situations vécues sur le terrain, notamment dans les relations interpersonnelles avec les élèves mais aussi et surtout avec les autres acteurs de terrain, notamment les enseignants et les personnels de direction.

Une recherche est toujours susceptible d’en entraîner une autre… Avez-vous un sujet en tête qui vous tient à cœur et que vous aimeriez explorer ?

Si j’avais à l’avance connu l’ampleur de la tâche qui m’attendait, je ne sais pas si je me serais lancé dans cette aventure. Mais quand on y a goûté, on a très vite envie d’y revenir et je me redonnerai sûrement le temps d’aller plus loin. J’aimerais désormais me pencher sur le corps des enseignants et des personnels de direction et tenter de décrypter la façon dont ils appréhendent le temps dans le cadre de leur activité. Cette impression de manque ou de course est-elle partagée ? Vivent-ils au même rythme ? Et, dans une perspective plus large, j’aimerais mesurer l’influence des décalages de rythme de vie et d’appréhension du temps de chacun dans les établissements scolaires sur les relations interpersonnelles et la construction d’un réel travail d’équipe.

Les mille et une initiatives d’un collègue prof doc de Boulogne-Sur-Mer

David Guigui est professeur documentaliste au Lycée Auguste Mariette, un lycée général et technique de centre ville à Boulogne sur Mer, de taille importante puisqu’il accueille presque 1796 élèves et étudiants, pour 178 agents, avec des CPGE, des BTS et un GRETA. Le CDI, avec 2 collègues, peut accueillir 80 élèves en libre accès (rez-de-chaussée), et 60 élèves (4 salles en mezzanine), pour une amplitude d’ouverture de 48h du lundi au samedi. La construction du CDI s’est terminée il y a 3 ans, c’est un des éléments importants du dernier gros chantier de rénovation du lycée.

Vous mettez en place des ateliers dans le CDI, peux-tu expliquer comment ils fonctionnent ?

L’idée de ces « ateliers » vient du concept des bibliothèques 2.0, issu lui-même de la mutation du web 1.0 (l’usager collecte et échange des informations) en web 2.0 collaboratif et participatif (l’usager sélectionne, produit et diffuse des contenus). En effet, les bibliothèques « propriétaires de l’information » se sont d’abord transformées en bibliothèques « d’usage de l’information », puis en bibliothèques « d’usage de services de l’information », puis en bibliothèques « d’usage collaboratif et participatif de l’information ».

Historiquement, la culture et les savoirs étaient la propriété patrimoniale exclusive des bibliothèques, puis sont devenus accessibles aux universitaires, puis au grand public sous contrôle des bibliothécaires, et enfin l’apparition du service public a permis l’accès libre à l’usager. Aujourd’hui, et notamment avec internet, il a la possibilité de devenir prescripteur, producteur et diffuseur avec son niveau d’expertise dans ses champs de compétences. Wikipedia, vaste projet d’encyclopédie collaborative, en est l’exemple le plus connu. Sur ce modèle de partage transversal de l’information, nous avons souhaité créer au CDI des moments conviviaux d’apprentissage, d’enseignement et de partage ouverts à toute personne de l’établissement souhaitant partager ses connaissances.

Est-ce que ce sont les élèves et collègues qui se proposent ou est-ce vous qui repérez des intervenants potentiels ?

Les 2 sont possibles, l’idéal pour nous étant une initiative personnelle ou collective. Lors d’événements institutionnels comme la semaine de la presse, des mathématiques, du développement durable, etc. nous lançons un appel d’offre à l’ensemble de la communauté via l’ENT, en sollicitant en priorité les personnes que nous savons compétentes dans le domaine.

Quand c’est un collègue qui présente quelque chose, comment est-ce perçu par les élèves ?

C’est lorsque le sujet abordé déborde des disciplines scolaires ou les décloisonne que l’on observe un rapprochement dans la relation entre l’adulte et l’adolescent. L’élève réduit souvent l’adulte à sa seule activité professionnelle au sein de l’établissement, ouvert à rien d’autre que ce pour quoi il est rémunéré (l’enseignant, l’agent de service, de restauration, l’administratif…). Inversement, l’adolescent n’est souvent perçu qu’à travers son profil d’élève dans l’établissement qu’il fréquente… Les compétences, les goûts, les savoirs-faire, les connaissances, la culture, la curiosité permettent de révéler une part inconnue de chacun, créant des affinités et du lien avec les autres.

Est-ce qu’il y a un programme à l’année, ou par période, un rythme régulier ?

Nous balisons dans l’agenda du CDI tous les événements locaux, académiques, nationaux et internationaux :

  • journée internationale des droits des femmes, de l’homme, de l’enfant, du handicap, contre l’homophobie, etc.
  • les semaines thématiques (mathématiques, presse, développement durable, goût, langues…)
  • Puis nous ajoutons d’autres dates en fonction de l’actualité, ou des initiatives personnelles ou collectives.

Comment est organisée la participation à une séance ?

La participation est la variable la plus délicate à évaluer dans les projets, surtout dans notre lycée où les élèves ont des semaines très chargées. La meilleure configuration est de fonctionner avec des personnes volontaires sur leurs temps libres, plutôt que de l’imposer à un groupe classe sur le temps de travail. Nous essayons toujours d’anticiper la participation en prévoyant une communication suffisamment en amont pour permettre l’inscription libre des volontaires ou pour inviter un public ciblé, et puis on peut toujours compter sur la participation spontanée du public de passage au CDI. De notre point de vue, la qualité l’emporte toujours sur la quantité, et si les 2 sont satisfaites, c’est un succès !!! La pause méridienne, avant 9h et après 16h sont les moments où le CDI est le plus fréquenté (comme dans beaucoup d’établissements).

Peux-tu donner des exemples de sujets qui ont beaucoup plu ?

Un « Club Manga » : 3 fois 1 heure par semaine au CDI à la pause méridienne, à l’initiative de 2 élèves de TL et TS (de 10 à 15 élèves).

Un « Atelier LSF » (Langue des Signes Françaises) : 1h par semaine au CDI à la pause méridienne, à l’initiative de 2 élèves de seconde et première (5 à 10 élèves + 2 enseignants)

Une « Japan Week » : à mon initiative, mais organisée en grande partie par le club manga, 1 semaine d’événements autour de la culture japonaise avant les vacances de Noël (ateliers d’origami, de furoshiki, de tawashi, d’amigurumi, de langue japonaise, de haïkus et une cérémonie du thé. Une dégustation de pâtisseries japonaises, un ciné-dégustation sur les dorayakis et un cours de dessin avec une mangaka ou encore une bourse aux mangas…). Ce fut un gros succès au CDI avec une belle participation de TOUTE la communauté du lycée, les élèves et le personnel, y compris la direction.

« L’instant culture » : 2 heures par mois à la pause méridienne à l’initiative de l’équipe des rédacteurs du journal du lycée, un rendez-vous au CDI pour parler de littérature, de cinéma, de théâtre… sur un thème ou une actualité (de 10 à 20 élèves et des enseignants)

Ateliers « Zéro déchet » : plusieurs demi-journées dans l’année sur la sensibilisation et les expériences pratiques quotidiennes visant à réduire la quantité de déchets, à notre initiative, avec la participation de l’association « Zero Waste Boulogne » (très bonne participation des élèves et du personnel du lycée)

Cours et compétions de Rubik’s Cube : plusieurs heures dans l’année, à l’initiative de 2 élèves de première et terminale S (10 à 15 élèves et 2-3 adultes)

Cours et compétition d’échecs avec ciné-débat sur le film « Le prodige » : 1 après-midi en mars, à l’initiative d’1 élève de BTS, avec la participation de bénévoles du club d’échecs de Boulogne (participation d’élèves et enseignants)

« Découverte de l’impression 3D » : 1 demi journée, à notre initiative, avec la participation du CRIAC qui ont amené les imprimantes, les ordinateurs et logiciels (8 classes sont venues observer une classe en train de concevoir et réaliser). Gros succès !

Présentation de l’engagement solidaire avec des témoignages d’expérience : 4 demi-journées, à notre initiative, avec la participation de France Bénévolat (10 classes environ).

Est-ce que vous avez des demandes sur des thèmes précis ?

Oui, les plus fréquentes sont le cinéma, la littérature, la BD et les mangas, les jeux vidéo, la programmation et l’informatique, la photo et la vidéo, les arts créatifs, la cuisine et la gastronomie, le bricolage, les jeux de société, l’écologie et le développement durable.

Est-ce que vous avez remarqué une incidence sur la fréquentation, ou l’image du CDI ?

La fréquentation est devenue plus variée, avec une augmentation significative de celle des « scientifiques » (élèves et enseignants) et du personnel non-enseignant. La dynamique événementielle du lieu évite son utilisation réduite à celle d’une salle de travail pour y faire ses devoirs. Ces événements permettent d’actualiser le fonds documentaire et de le mettre en valeur. Ce sont également des occasions de renforcer la position centrale du CDI dans l’établissement, de démontrer son ouverture culturelle et pluridisciplinaire (en particulier avec les sciences dures !)

Comment concevez-vous la place du professeur documentaliste dans ce dispositif ?

Au même titre que le CDI, notre rôle ne se cantonne pas à veiller au silence et enregistrer les prêts, cela nous permet d’assurer pleinement notre rôle de médiateur culturel et pédagogique entre les différents protagonistes de ces événements.

Quels sont les autres projets que vous aimeriez développer ?

Développer plus de DIY (Do It Yourself) autour du développement durable (produits ménagers, cosmétiques…), arriver à créer des événements périodiques du genre « repair café », des ateliers scientifiques de vulgarisation pour montrer ce que l’on fait dans les labos, des ateliers de sensibilisation et de découverte sur les personnes en situation de handicap, sous la forme de jeu de rôle pour se mettre à la place de…

Qu’aimerais-tu ajouter ?

Il faut être vigilant à ce que les sujets et les thèmes abordés puissent décloisonner les connaissances des disciplines tout en y faisant sens, et ne pas les présenter comme un obstacle à surmonter. L’idée est de pouvoir toucher le plus vaste public. le côté pratique doit vraiment l’emporter sur la théorie.