CPE… en passant par A jusqu’à Z

« CPE… ça consiste en quoi au juste ?»

Quinze ans de métier et toujours cette difficulté à expliquer mon travail aussi bien à d’autres professionnels, à des amis, à la famille, à mes enfants. Et la réponse est constamment horriblement réductrice.
Alors par quoi je commence ? J’ai combien de temps ? On va au plus rapide et au plus compréhensible par tous : les absences, les punitions, les permanences, les surveillants, mais du coup je ne parle pas des projets, de la course contre le temps et du coup j,ai cette frustration constante de ne pas avoir su parler de moi, de ce qui fait mon quotidien, donc le sentiment d’avoir complètement raté un oral.
En même temps, la question est presque un sujet de philosophie, non ?

« Qu’est-ce-qu’« Être CPE » ?

Et comme si le sujet n’était pas assez flou, le CPE est associé à un autre concept tout aussi flou « la vie scolaire ». Mais au moins il y a le mot « vie » et là j’ai un début de réponse à mon sujet de philosophie : le CPE est la personne qui s’occupe de tout ce qui touche à la vie des élèves dans l’établissement. C’est joliment dit mais je ne suis pas sûre d’expliciter mon quotidien.

Je vais essayer avec le sigle. On pourrait croire qu’il n’y a pas de quoi philosopher et pourtant : les universitaires et chercheurs voient (naturellement ?) dans le P de CPE de la… pédagogie​. Dans un article du Centre Alain Savary de septembre 2017 on lit qu’une « conseillère pédagogique d’éducation (CPE) » est membre d’une équipe en projet.

Je choisis la facilité et je vais vers le consensus : CPE = Conseiller Principal d’Education.

Oui mais en quoi ce sigle reflète-t-il mon activité, mes activités au quotidien ? Ma principale activité n’est pas de conseiller et du coup cela me gêne parce que j’ai le sentiment d’usurper une identité qui n’est pas la mienne. Et puis, si on confronte le prescrit au réel, il apparaît que :

  1.  Pour être… un conseiller, il faut être… consulté. Or, dans bien des situations (sanctions posées…) le CPE ne l’est pas pour différentes raisons (temps, organisation…).
  2. Pour être… force de propositions, il faut être reconnue dans sa professionnalité. Cela suppose en amont que l’expertise du CPE soit admise : si on se sait écouté, on est plus enclin à proposer ses idées (avec bien sûr l’assurance de ne pas en être dépossédé).

Par ailleurs, le principal conseiller du chef d’établissement varie en fonction de la problématique d’un élève : s’il est question d’une pathologie, le principal conseiller devient l’infirmier ; s’il est question de précarité, le principal conseiller devient l’assistant social. Et ce n’est pas que du médical ou du social c’est aussi de l’éducatif.

CPE : Le sigle serait donc trompeur ?

Ah les élèves ont finalement raison, il y a toujours des pièges dans un sujet de philo !

Mais j’ai été prévenue : c’est à moi qu’il revient de construire mon identité de CPE.

Donc, pour ma rédaction, inutile de rechercher sur internet les missions du CPE. Je construis moi-même : pas uniquement avec trois lettres : le C le P et le E.

Je vais prendre les vingt-six lettres de l’alphabet et je rends ma copie :

La/le CPE est ce Professionnel qui se veut au Quotidien Bienveillant avec les Elèves et leurs Familles. Soucieux de l’Inclusion de Tous, il veille Habilement au bien-être de chacun afin qu’aucun.e de ces futur·e·s Grand·e·s Citoyen·nes- (Y compris ces Wistitis qui s’amusent à faire les Zigotos) –Jamais ne Décroche des Apprentissages et que tous et toutes Réussissent. Ultra Vigilant, il tire le Klaxon dès que Nécessaire. En tout cas, c’est certain, ce n’est pas une Madame Ou un Monsieur X !

Et malgré tout l’alphabet, j’imagine ce que serait l’appréciation sur ma copie :
« Vous n’avez traité qu’une TOUTE PETITE partie du sujet ! »

Hanène Stambouli, C.P.E de l’académie de Créteil

CPE et doctorant, Edmond nous raconte…

Quel est le sujet de votre thèse et sous quelle direction écrivez-vous ?

J’étudie l’identité professionnelle des Conseillers Principaux d’Education sous la direction de Patrick Rayou (Professeur émérite en sciences de l’éducation, Université Paris 8) au laboratoire Circefet-Escol. J’analyse le processus de professionnalisation des CPE à travers leurs activités afin d’identifier et de comprendre leurs logiques d’engagement, dans l’objectif d’engendrer une théorie enracinée. Ce qui m’intéresse ce sont les grammaires ou les rhétoriques que véhiculent les CPE.

Pourquoi avoir choisi ce sujet ? En quoi est-il pertinent ?

Ce choix, avant tout, permet d’observer le CPE, comme une figure marginale du monde de l’enseignement. Au sens où, il incarne à lui seul la préoccupation éducative du système scolaire français, tout en se trouvant bien souvent défini par la négation des autres : métier flou, sale boulot. La perspective adoptée permet d’aller voir l’arrière-cour du groupe social formé par les CPE sous un prisme non déterministe. Autrement dit, comprendre les jeux et enjeux qu’ils déploient et développent afin de faire tenir leur fonction leur permettant de s’inscrire dans une démarche professionnalisante.

Quelle est votre méthodologie ?

La recherche qualitative menée, sollicite un modèle d’analyse inspiré de la clinique des activités pour restituer du « pouvoir d’agir » par la « transformation des situations de travail ». À l’aide d’interrogations portant sur le genre et le style (Clot et Faïta, 2000), elle ne vise pas à poser un regard d’expertise. Elle s’appuie sur trois types de matériaux recueillis auprès de CPE : des entretiens semi-directifs, des agendas et une enquête monographique d’un an dans un lycée. Tout ceci, complété par le travail de confrontation d’un collectif de CPE formé de neuf membres, réalise un dispositif d’intervention conçu pour élaborer « un modèle compréhensif » (Wittorski, 2010) de la dynamique de professionnalisation des CPE par l’expérience professionnelle. Il s’agit concrètement d’identifier et de comprendre ce qu’ils font quand ils travaillent, pour révéler les logiques d’engagements qui sont en jeu dans leurs activités réelles.

Quels sont les observables les plus récurrents ? Et que traduisent t-ils ?

Le collectif : le groupe de CPE présente des phénomènes d’économie (négociations) comme dans tout groupe social. C’est en étudiant les mouvements de ces négociations que l’on peut identifier les logiques d’actions.
Les CPE, fragilisés par leur statut peu connu, leurs missions très peu définies (malgré l’affichage institutionnel) ainsi qu’un mode d’association qui ne les rend pas visible ni lisible s’emparent des miroirs (ici le chercheur) qui leur sont tendus pour trouver une voie d’accès à un processus de professionnalisation qui leur permettrait de construire leur identité professionnelle. Ceci traduit la difficulté rencontrée par une profession qui ne sait pas trouver une voie propre pour construire une identité.

En quoi votre thèse permet-elle d’actualiser le regard porté sur le métier de CPE. Autrement dit, apporte-t-elle de nouvelles perspectives ?

Mes réflexions proposent de penser le CPE comme un acteur singulier des collèges et lycées et non comme un élément exogène dont la légitimité peut être sans cesse remis en cause ; tant sur le champ éducatif que sur le champ pédagogique. Je pose dans cette perspective un regard qui consiste à voir le CPE comme un professionnel doté de savoirs et de savoirs faire propres qui lui permettent d’être le metteur en scène de la Vie scolaire.

Edmond Houkpatin, CPE dans l’académie de Créteil

Le CPE et le développement du sentiment de justice en milieu scolaire

Qu’est-ce que la justice en milieu scolaire ?

La justice en milieu scolaire comprend l’ensemble des situations au travers desquelles un ou des membres de la communauté scolaire vont vivre ou faire vivre à autrui un sentiment de justice ou d’injustice¹. Il est nécessaire de bien comprendre qu’elle dépasse très largement la simple question des sanctions et punitions.
Cette question des punitions, au sens large, peut-être dénommée, elle, sous le vocable plus restreint de « justice scolaire » et ne recouvre donc pas totalement les mêmes domaines.
Enfin afin d’éviter les confusions, Il faut garder en tête que l’appellation de « justice », ici, ne doit en rien être prise dans le sens légal de « judiciaire ». La progressive pénétration du droit commun dans les règlements et circulaires peut parfois générer des malentendus.
La justice en milieu scolaire relève autant d’une éthique professionnelle que d’une réglementation.
La notion de « justice en milieu scolaire » se situe à chaque instant et chaque endroit de la vie de l’élève (en premier lieu là où il, elle, passe le plus de temps c’est-à-dire en classe).

Comment le CPE peut participer à développer ce sentiment de justice ou, a minima, réduire celui d’injustice ?

En théorie, tous les collègues doivent, selon les prescriptions institutionnelles², s’emparer de cette question de justice en milieu scolaire dans le cadre de sa participation à l’instauration du meilleur climat scolaire possible.
Par sa formation, le CPE est un des membres de la communauté éducative le mieux placé pour faire entendre que le sentiment d’injustice ressenti par les élèves est un des principaux facteurs dégradant le climat scolaire d’un établissement.
Il n’est plus nécessaire de souligner la corrélation entre ce climat et la réussite scolaire, indépendamment des facteurs socio-économiques initiaux. Il n’est plus nécessaire, non plus, de souligner les liens entre un climat positif et les différentes formes d’incivisme connues dans les établissements qui font la violence en milieu scolaire³.
Toutefois un certain nombre d’obstacles contribuent à freiner la mise en place des pratiques efficientes en ce domaine.
C’est bien en premier lieu la charge de travail qui ne permet pas toujours d’adopter une démarche réflexive suffisante. De même que la force des habitudes, l’attente de certaines familles voire l’attente des élèves eux-mêmes…

Quels sont donc les leviers à la disposition des CPE ?

Le premier des leviers sur lequel peut jouer le CPE est, bien sûr, le projet de vie scolaire. S’il a ses limites, il est aussi ce qui va lui permettre de fédérer l’équipe éducative autour de ces thématiques.
Au moins à la prérentrée, le CPE peut exposer ce projet, définir cette forme de « justice », amener les collègues à repérer les situations multiples où elle se manifeste.
Citons, par exemple, les sanctions diffuses (encouragements ou dévalorisations de l’élève) mais aussi l’évaluation ou l’attitude des adultes… C’est aussi l’occasion de souligner les bénéfices communs (enseignants/enseignés) qui surviennent dès lors que tous travaillent dans cette direction.
Un second levier est l’application pleine et entière des textes officiels, la modération dans les usages des sanctions les plus sévères, la lutte contre l’impunité, la vérification de la légalité des procédures dont les interprétations peuvent parfois laisser place au doute.
Ou encore la mise en place de dispositifs variés, la désormais célèbre médiation par les pairs, le travail autour de la communication non violente voire, certainement plus efficacement, l’introduction de l’acquisition des compétences psycho-sociales en la plaçant dans l’emploi du temps des élèves au même titre que toute autre discipline.

En quoi le développement de ces dispositifs ou l’instauration d’heures dédiées aux compétences psycho-sociales jouent sur le sentiment de justice ressenti par les élèves ?

Ce sont différentes manières de poursuivre la prise en compte réelle de la parole de l’élève. Cette écoute effective joue un rôle primordial pour favoriser le sentiment de justice. Les élèves ressentent souvent (notamment dans l’éducation prioritaire) que leur parole, aux conseils de classe par exemple, est écoutée sans être entendue. Certains dispositifs, l’évaluation par contrat de confiance pour n’en citer qu’un, les rendent mieux acteurs de leur scolarité.
Le respect et surtout l’explicitation des textes (aux parents comme aux élèves) qui régissent le droit à l’école permettent la transmission de grandes valeurs dont celle de justice. Les valeurs se transmettent par des paroles, par des actes mais aussi par des institutions explicites, précises. Les « institutions parlent » dit Jean-Pierre Obin.
Enfin la prise en compte par l’ensemble de la communauté éducative de ces différents aspects de la justice en milieu scolaire contribue à la construction d’un climat globalement positif dans l’établissement et dépasse donc le cadre du seul « bien-être » qui reste essentiellement individuel.

Gautier Scheifler
Collège d’éducation prioritaire de Clichy-sous-Bois
Académie de Créteil

 

 

 

  1. Pour une justice en milieu scolaire préventive et restaurative dans les collèges et lycée, MMCPLMS, 2013
  2.  Circulaire n° 2015-139 du 10-8-201
  3. Debarbieux, E., Anton, N. , Astor, R.A., Benbenishty, R., Bisson-Vaivre, C., Cohen, J., Giordan, A., Hugonnier, B., Neulat, N., Ortega Ruiz, R., Saltet, J., Veltcheff, C., Vrand, R. (2012). Le « Climat scolaire » : définition, effets et conditions d’amélioration. Rapport au Comité scientifique de la Direction de l’enseignement scolaire, Ministère de l’éducation nationale. MEN-DGESCO/Observatoire International de la Violence à l’École. 25 pages.
  4. Moignard B., Le collège fantôme. Une mesure de l’exclusion temporaire des collégiens, Diversité,n°175,
  5. Évaluer par contrat de confiance. Quels effets sur les acquis des élèves ?
  6. En particulier dans le cadre de la justice scolaire la circulaire n° 2014-059 du 27-5-2014
  7. Liberté, égalité, fraternité, laïcité, justice sociale : comment transmettre les valeurs de la République ?

 

Réflexion d’un CPE sur l’Autorité

Autorité et valeurs républicaines

En étudiant le concept d’autorité, nous apprenons à faire la différence entre différentes formes d’autorité. En effet, tout le monde n’y met pas la même idée, et donc n’y met pas les mêmes moyens pour l’imposer. Pour reprendre les travaux d’Eirick Prairat, on doit faire une grande distinction entre L’Auctoritas et la Potestas. L’une passe par la confiance et l’adhésion morale, alors que l’autre passe par la coercition et la violence. Évidemment, aujourd’hui, même sans utiliser ces notions, nous faisons bien la distinction. Et tout l’effort actuel de l’éducation est de passer par cette première forme qui provoque cette adhésion pleine et entière de l’individu. Mais pour bien les comprendre l’une et l’autre, il faut bien se rendre compte malgré tout qu’il y a une forme de confiance dans les deux : dans les deux cas, l’individu est convaincu qu’une cause produira le même effet. Si dans le premier cas, la personne pense que l’autorité dit la vérité et que de se fier à elle permet d’obtenir les meilleurs effets, ceux qui sont souhaitables pour soi et pour autrui, dans la deuxième elle sait que si elle n’adhère pas à son discours elle en payera les frais par une compensation désagréable. Le métier de CPE, qui semble fortement lié à l’autorité, fait sens ! Nous avons l’opportunité d’être utiles, de servir les idéaux humanistes des Lumières par l’entremise des valeurs républicaines, de les transmettre, et d’aider quelques élèves à s’agripper à l’École et à ce qu’elle a offrir : pour la part très pragmatique, un métier et la possibilité de le choisir, ainsi qu’une place dans cette société ; mais surtout, ce qui importe peut-être encore plus pour cette génération désenchantée, de se construire comme un individu éclairé et autonome.

Idéologie de la réussite contre l’autorité de l’École

Mais aujourd’hui ce qui désole justement le plus, c’est de constater que tout, et surtout l’École et ses apprentissages, ne sont réduits qu’à cette première partie très terre-à-terre. Fait-elle vraiment sens pour les jeunes ? On leur dit qu’ils doivent être présents en classe, apprendre et se tenir correctement pour réussir leur avenir. Ils doivent canaliser une énorme énergie, se discipliner pour obtenir un métier, de la reconnaissance et de l’estime. Est-ce si sûr ? Pour l’ambitieux, qui se fie à la profusion de messages médiatiques et politiques, la réussite ne passe pas par l’école, mais par les réseaux. Comment leur faire donc croire en ce discours quand on impose une rigueur contraignante qui passe plus pour une injustice et une perte de temps que pour un moyen ? Comment leur donner confiance en nous, en l’école, avoir de l’autorité en somme quand on diminue l’école à ce quasi-mensonge, ou en tout cas à ce qu’une toute petite voix leur dit d’inverse à ce que cet assourdissant vacarme médiatique proclame ? Fort heureusement, ce n’est pas tant un constant d’échec pour l’école que pour un modèle de société. Le souci pour l’école, c’est quand elle se fait le relais de ce paradigme idéologique et qu’en plus elle croit s’en faire une force. Elle ne dupe qu’elle-même ! À vrai dire, dans son effet, elle réussit toujours à transmettre savoirs, connaissances et compétences et à former ces « ouvriers qualifiés ». On a d’ailleurs oublié que l’école de Jules Ferry avait plus insidieusement cette vocation que celle d’ouvrir tout un chacun aux Lettres et à la Culture. Le cynisme se donne bonne figure, et même si l’école avait su tirer son épingle du jeu un temps, il revient au galop. Ce qui est inquiétant, c’est qu’en revanche elle semble du coup de plus en plus passer à côté de cette vocation bien plus noble : celle de rempart contre ce cynisme. Ce rempart qui permet de protéger ce qui est inscrit au fronton de tous nos établissements publics : Liberté, Égalité, Fraternité !

La violence du pragmatisme : l’absence de sens et de lien

Pour revenir à l’idée du sens, le monde est interactions. Il est un enchevêtrement de relations qui le rendent beau, qui lui donnent tout son intérêt, toute sa profondeur. Quand tout est ramené au « vital », tout devient plat et insipide. Tout comme le discours qui le porte. À ce titre, même si du coup l’on pense travailler et agir par l’emploi de cette autorité douce, on secoue cet épouvantail de l’avenir : travaille, ou tu échoueras, tu seras marginalisé(e) ! En somme, on essaye de faire peur. Est-ce vraiment ça, l’Auctoritas ? Est ce qu’on a vraiment tiré les bonnes leçons ? La vie se résume-t-elle à la nutrition, à la sécurité ? Ces disciplines qu’on enseigne à l’école n’ont-elles vocation qu’à satisfaire ces besoins ? Évidemment que non. Elles nourrissent en premier lieu cette conscience humaine. Alors pourquoi, si nous perdons tant de temps, d’énergie et d’argent à transmettre ces savoirs, croyons-nous que les élèves ne puissent pas être touchés par autre chose ? Pourquoi pour les motiver ne leur parlons-nous pas de ce qui émerveille dans ce monde ?
J’entends trop souvent ces propos cyniques où l’on me dit que « tous les élèves ne sont pas fait pour l’école », qu’ils sont justement eux-mêmes très « premier degré », très matérialistes » … En même temps, l’école participe aussi à la transmission de cette vision. Mais de plus, c’est bel et bien de cette idée d’une école à vocation pratique dont on parle à cette occasion : cette école qui ne voit son savoir que comme un bagage à vendre et à exploiter.

Pessimisme du discours institutionnel ou joie d’apprendre ?

Pourtant l’émerveillement ouvre à l’admiration et donc à la curiosité, à la recherche de la compréhension. L’individu qui se crée dans ce rapport à l’autre creuse encore et encore pour comprendre toujours plus ce qui n’est pas lui. Pourquoi d’ailleurs les enfants sont-ils toujours aussi avides d’apprendre jusqu’à la fin de l’école primaire ? La curiosité est pourtant si naturelle. Qu’est ce qui casse cet enchantement par la suite ? Ne serait-ce pas l’angoisse de l’échec et de l’avenir ?
En somme, si l’autorité est la confiance en la parole de celui qui la détient, la confiance est déjà dans l’émotion que provoque le contenu de son discours. Il faut cultiver cet optimisme dans la découverte justement, cette joie d’apprendre. Peu importe la destination (même si elle n’est pas ignorée) quand il y a déjà ce plaisir à arpenter le chemin. Et pour ça, il faut que nous la vivions nous-même dans nos pratiques et nos discours. Encore une fois, je ne pense pas que le plaisir d’apprendre se situe dans le pragmatisme et le désespoir, ni dans une sclérose.
Bien sûr, il ne s’agit pas d’une solution miracle, et encore moins d’enfermer l’autorité dans un concept. Mais mes réflexions m’ont amené à me demander si en tant que professionnel nous ne la perdons pas déjà à cause de cette vision très pessimiste du Monde, de la société et de l’Homme, qui nourrit le discours institutionnel. Même si pour nos élèves en difficulté le résultat n’est pas immédiat, je ne vois pas ce que nous perdrions à arrêter d’être ces rabat-joie en leur rappelant que la connaissance n’a pas qu’une fonction bassement vitale. Pour les autres, ça s’ajoutera à ce qui fait déjà sens. La connaissance fait l’Homme, en particulier la connaissance de soi. Et pour apprendre à se connaître, il faut, comme dans un miroir, chercher à comprendre l’Autre.

Aurélien Brulois
CPE dans un collège du Territoire de Belfort
Académie de BESANCON

L’article complet est disponible ici : article Aurélien Brulois

CPE détaché en préfecture, Morgan nous raconte son parcours…

Après votre réussite au concours de CPE en 2002, vous exercez le métier d’abord dans un lycée professionnel de l’académie de Rennes puis dans un collège de l’académie de Versailles. Quels points communs et quelles différences voyez-vous dans ces deux expériences professionnelles ?

Ces deux expériences se sont finalement révélées assez proches l’une de l’autre. Exigeantes en terme d’adaptation et de réactivité, impactées par la précarité de l’environnement social et résolument construites sur un principe d’échange et de partage pédagogique. Il nous fallait comprendre (vite !), expérimenter, innover tout en plaçant l’humain au cœur du système… L’essentiel à mon sens. La première de ces expériences s’est faite en lycée professionnel maritime avec internat sur les bords de l’agitée mer d’Iroise, la seconde à quelques mètres de l’A86 et des lignes ferroviaires menant à Paris dans un collège classé PEP 4 et regroupant quarante-deux nationalités différentes. Absentéisme, décrochage, échec scolaire, mal-être, violence verbale et physique, addictions pavaient le quotidien de ma fonction ; je retiens principalement la qualité des liens tissés avec les élèves et leurs familles, la confiance mutuelle gagnée, le respect que nous avons entretenu malgré les épreuves et notre volonté d’avancer, coûte que coûte, ensemble.

Au cours d’une année de disponibilité, vous militez au sein de la Ligue de l’enseignement et devenez formateur au sein du mouvement. Quelles ont été vos motivations pour accepter un tel engagement ?

J’ai découvert le milieu de l’éducation populaire très jeune et ai grandi à l’ombre du militantisme familial et des mouvements laïcs Bretons. BAFA puis BAFD en poche, j’ai poursuivi mon adhésion aux valeurs des Francas, puis des CEMEA durant plus de dix ans avant de m’intéresser à l’existence des Maisons des Jeunes et de la Culture. Vraie révélation puisque je consacre mon année de maîtrise, en fac, à la rédaction d’un mémoire sur l’histoire de la FFMJC (Fédération Française des Maisons des Jeunes et de la Culture). La quasi-absence de bibliographie dédiée et/ou d’archives m’amène à devoir créer les sources par la recherche et la constitution d’entretiens avec les acteurs initiaux (responsables syndicaux, militants, cadres des mouvements, directeurs de structures, administrateurs, adhérents, universitaires…). C’est là que je rencontre les principes actifs de la Ligue de l’enseignement et que je me passionne pour le mouvement. Les identités se fondent, les réseaux se créent. Huit années plus tard, durant mon année de disponibilité et de retour en Bretagne, je fais la connaissance d’André Jouquand , alors secrétaire général de la fédération d’Ille-et-Vilaine : une figure tutélaire de la section que je n’avais pu interviewer auparavant. Au terme de notre échange, il m’invite à candidater. Un poste se libère dans sa structure suite à un congé maternité. Deux semaines plus tard, j’intègre la Ligue 35. Nouveau départ !

Entre 2008 et 2012, vous obtenez un poste de détaché à la Ligue de l’enseignement et vous devenez responsable du service Éducation Culture Jeunesse. Plus concrètement, quels sont les projets éducatifs que vous avez suivis ? Que vous ont-ils apportés ?

Détaché à Montpellier, je prends en charge une mission composée d’une quinzaine d’actions. J’anime (du moins j’essaie dans un premier temps…) le programme départemental qui s’étend de la maternelle au lycée : lutte contre l’illettrisme, programme d’apprentissage de la langue et de la lecture, ouverture culturelle par le cinéma et le théâtre, mise en place du service civil volontaire puis du service civique, lutte contre les discriminations, contre l’homophobie, lutte contre les inégalités : vaste entreprise ! Je me familiarise alors avec le Programme de Réussite Éducative, le Plan Éducatif Local de la municipalité, explore en profondeur le fonctionnement des collectivités territoriales et l’organisation des subventions, me rassure avec celui des collèges et des lycées partenaires avant d’aborder la question des fonds européens. J’ai appris, beaucoup, et me suis nourri, énormément.

Dans le même esprit, vous poursuivez votre activité professionnelle auprès de la ville de Rennes en tant que chargé des projets relatifs à la vie étudiante. Quels sont les axes prioritaires que vous avez développés ? Avez-vous le sentiment d’avoir atteint vos objectifs ?

J’intègre en 2012 un poste d’attaché territorial au sein de la DVAJ (Direction Vie Associative et Jeunesse) de la ville de Rennes. La mission principale que j’accompagne concerne la vie étudiante et l’occupation festive de l’espace public en milieu nocturne. L’objectif était d’assurer la prévention des risques et des addictions par la responsabilisation et la redéfinition des enjeux du vivre ensemble (selon les derniers recensements, un habitant sur deux a moins de 30 ans à Rennes et un habitant sur quatre est étudiant…). Nous avons mis ainsi en place une programmation annuelle festive et culturelle (la ND4J pour Nuit des 4 Jeudis) basée sur la co-construction, dont le portage est assuré par les associations et les collectifs étudiants en partenariat avec les acteurs locaux. Il s’agissait de créer des évènements réguliers favorisant l’appropriation des « sanctuaires » locaux par les jeunes (soirées électro dans les piscines municipales, battles hip hop à l’opéra, concerts rock en prison, courses de solex sur les campus, parcours street art et graff en centre-ville, etc)

L’autre dimension du poste consistait à suivre le fonctionnement des structures dédiées à la Jeunesse et la Vie Etudiante : Le CRIJ (Centre Régional Information et Jeunesse), l’AFEV (Association pour la Fondation Etudiante de la Ville) ou Animafac principalement.

Je travaillais enfin en lien étroit avec les universités (Rennes 1 et Rennes 2) pour l’accompagnement des dossiers de subvention et la réalisation des projets portés par les élèves (voyages linguistiques, création de revues, création de festivals, échanges culturels, …)

Au-delà de la question des objectifs, je pense que nous avons collectivement jeté les bases d’un véritable échange intergénérationnel, permis l’expression citoyenne, appuyé la question de la mixité culturelle et sociale et approché les questions, en termes éducatifs, du pré-politique, autrement dit du « faire société »

Délégué du Préfet de Rennes depuis 2015, vous vous trouvez en charge de la politique de la ville dans le cadre d’une coordination interministérielle. Quels sont les principaux domaines sur lesquels vous intervenez ? En quoi consiste votre rôle de coordinateur ?

Je m’inscris ici dans le cadre de la réforme des nouveaux « Contrats de Ville », succédant au CUCS (Contrat Urbain de Cohésion Sociale) qui prennent leur ancrage au sein des QPV (Quartiers Prioritaires de la Ville). Trois piliers ont été identifiés : La cohésion sociale, le développement économique et le renouvellement urbain. Trois thématiques transversales en ont été transcrites : la Jeunesse, l’égalité Femmes/Hommes et la mémoire des quartiers. C’est le fondement de ma mission : coordonner les services de l’État au plan local (Éducation Nationale, DDCSPP, DRJSCS, Direccte, Santé, DRAC, etc…) et servir d’interface aux collectivités territoriales (Ville, Métropole, Conseil Départemental, Région) pour l’accompagnement des projets et des programmes idoines. Tous concourent in fine à la lutte active contre les inégalités et la réduction des écarts sociaux, éducatifs et culturels. Si mon « rôle » signifie quelque chose, j’aimerais qu’il soit celui-là, qu’il s’en rapproche : s’engager pour plus de justice, d’égalité et d’intelligence collective. De la réussite éducative à l’amélioration du cadre de vie, de l’accès à la culture à l’insertion professionnelle, de la tranquillité publique à la santé, la politique de la ville est à la fois, pour moi, un monstre de complexité et la clé de voûte républicaine.

La succession de vos expériences montre la richesse de votre parcours professionnel et votre besoin de diversifier régulièrement vos lieux d’exercice. Comment envisagez-vous la suite de votre carrière ?

Sans plan de carrière par exemple !!! Je veux juste continuer à poser un regard curieux sur ce qui m’environne et suivre le rythme de mes pas. Je crois définitivement que je préfère le voyage à la destination.

CPE un jour, CPE toujours… Partagez-vous l’idée que l’on reste marqué, tout au long de son parcours professionnel, par l’identité professionnelle de son métier d’origine ? Si oui ou si non, pourquoi ?

Ce métier demeure ma matrice. Je me considère comme un CPE en apprentissage. En apprentissage de ses potentialités, en découverte de ses possibles. Un marqueur invisible et pourtant indélébile, inversement proportionnel : je ne sais toujours pas si c’est moi qui le porte ou l’inverse.

Morgan Chauvel, CPE détaché à la préfecture de Rennes

Animatrice, EAP, Prof, le riche parcours de Noémie

Lors de votre Licence de Lettres Modernes, vous participez au dispositif d’EAP (Emploi d’Avenir Professeur) dans l’académie de LYON et vous préparez le BAFA. En quoi ces 2 expériences ont conforté votre envie de devenir enseignante ?

J’ai toujours su que je voulais travailler avec des enfants ou des adolescents. C’est donc naturellement que j’ai décidé, à 16 ans, de passer le BAFA. Ce diplôme m’a permis de libérer toute ma créativité, m’a appris à faire preuve de patience et de souplesse. J’ai accompagné des tranches d’âges très différentes et j’ai alors ressenti le besoin de contribuer au développement de ces enfants et de leur découverte du monde.
J’ai ensuite eu l’opportunité de faire partie de la première vague de recrutement d’E.A.P. J’ai délaissé mon emploi dans l’animation pour découvrir réellement le milieu scolaire. Je voulais me confronter à cet environnement, ce public adolescent et avoir la confirmation que l’enseignement était fait pour moi. J’ai donné des cours de soutien à des petits groupes ce qui m’a permis de prendre la mesure des difficultés auxquelles sont confrontés les élèves mais aussi les professeurs dans la transmission du savoir. Malgré des moments difficiles, comme dans toute première expérience, j’ai compris que j’étais faite pour passer mes journées avec des élèves, dans des établissements scolaires. Ce genre d’expérience me semble indispensable pour tout étudiant voulant se destiner à l’enseignement. Il faut pouvoir prendre le temps d’être face à ce public, acquérir de l’expérience et bien réfléchir sur son orientation. Le dispositif E.A.P ou au moins des stages en établissement devraient selon moi être obligatoires et ouverts à tous (et pas seulement aux boursiers).

Après une licence, vous faites le choix de la préparation d’un Master de Littérature comparée. Dans ce cadre, vous bénéficier d’un programme Erasmus en Grèce. Quels ont été les points forts de votre séjour ?

Mon expérience en Grèce a été marquée par une grande ouverture culturelle. Les échanges entre nos pays m’ont permis de prendre du recul sur mon mode de vie et sur notre fonctionnement en France. J’ai eu la chance de participer à la mise en scène de l’Odyssée d’Homère entre étudiants Erasmus. Ce projet, comme ce semestre, m’ont apporté beaucoup de réponses sur la manière dont je voulais à la fois vivre avec les autres et transmettre mon goût pour l’échange culturel et la tolérance. Enfin, j’ai compris grâce à mon « Master Recherche » que je n’étais pas faite pour faire de la recherche seule en bibliothèque, loin des élèves, mais que ma place était bien dans l’enseignement à leur contact.

Vous avez également vécu, via le CIEP (Centre International d’Etudes Pédagogiques), l’expérience d’assistante à Atlanta. Quels souvenirs en gardez-vous ? Quel regard portez-vous sur le système éducatif aux Etats-Unis ?

Mon année en tant qu’assistante dans une « immersion school » (école d’immersion de langue) a été nécessaire dans ma construction personnelle et professionnelle pour me préparer au monde du travail et particulièrement à devenir professeur à part entière. En vivant aux Etats-Unis, j’ai appris à me débrouiller, à me confronter à un système éducatif très différent. En effet, l’école où je travaillais était une « charter school » c’est-à-dire qu’elle était semi-privée et dirigée par les parents d’élèves. Ce mode de fonctionnement avait ses avantages comme la possibilité de faire preuve de beaucoup de créativité en organisant des évènements grâce à un gros budget. D’un autre côté, la direction menée par les parents avait ses limites puisque ces derniers avaient une vision très subjective liée à la présence de leur enfant dans l’école. J’ai très vite perçu les limites du système éducatif américain. Tous les enfants n’ont pas accès à un enseignement correct et il faut souvent dépenser de l’argent pour avoir droit à un enseignement de qualité. J’ai compris la chance que nous avions, en France, d’avoir un enseignement public avec des moyens et des professeurs engagés et motivés pour la réussite de tous. C’est aussi pour cela que j’ai décidé d’enseigner dans le public en France et de ne pas rester vivre là-bas même si le niveau de vie des professeurs est bien supérieur aux Etats-Unis. Mais je préfère suivre mes valeurs et aider tous les élèves peu importe leur milieu.

Votre mémoire de stage de Master MEEF porte sur la déconstruction des stéréotypes de genre à travers la pratique du théâtre. Quels sont les objectifs visés et les premières conclusions ? Quels liens faites-vous avec le film « Marvin ou la belle éducation » ?

Dans mes premières expériences dans le monde du collège, j’ai été frappée par la pression que subissent les collégiens par rapport à leur identité, leur représentation auprès des autres et particulièrement leur identité sexuée. Ils se sentent obligés d’adapter un comportement adéquat avec leur sexe, garçon comme fille, et en viennent à avoir des attitudes stéréotypées. J’ai donc réfléchi à une manière d’aborder cette problématique avec mes élèves de 5ème dans le cadre du programme « Vivre avec autrui, amis, famille, réseau ». Il m’a semblé que l’étude et la pratique du théâtre pouvait être un levier intéressant pour ouvrir un véritable dialogue à la fois verbal et corporel entre eux et les aider à s’émanciper. J’ai découvert une pièce qui s’intitule « Mon frère, ma princesse » de Catherine Zambon que je vais étudier et jouer avec mes élèves. Il s’agit d’une pièce de théâtre jeunesse, un genre encore peu étudié et méconnu au collège. J’espère donc créer par ce biais des prises de conscience, une libération de mes élèves et une certaine cohésion grâce à la pratique collective du théâtre. J’ai découvert le film « Marvin ou la belle éducation » cette année qui reprend en partie la thématique du théâtre comme espace d’émancipation, de libération pour un jeune garçon qui se fait rejeter au collège parce qu’il ne correspond pas au stéréotype du jeune adolescent attendu par ses camarades.

Comment vivez-vous votre année de professeur-stagiaire ? Quels leviers d’améliorations voyez-vous dans l’organisation et le contenu de la formation offerte à l’ESPÉ et dans l’établissement ?

Cette année, je me sens parfaitement à ma place, sur une voie qui devait être la mienne depuis toujours. Évidemment c’est une année compliquée à gérer puisque nous sommes tiraillés entre notre statut d’étudiant de master 2 avec des cours à l’ESPÉ et d’un autre côté, celui d’enseignant avec les responsabilités, la posture et toutes ces choses nouvelles et ces difficultés que nous découvrons au quotidien avec nos élèves. Je m’épanouis davantage en classe, en pratiquant, en testant des choses, en apprenant de mes erreurs comme de mes réussites et en étant au contact de mes collègues et de ma tutrice. L’ESPÉ nous permet, professeurs stagiaires, de partager nos impressions, nos expériences et nos questions. Nous avons aussi la chance de recevoir des pistes pédagogiques (notamment avec l’utilisation du numérique) et des conseils de la part d’enseignants plus expérimentés. En revanche, il faudrait peut-être que notre formation nous propose des cours uniquement centrés sur notre pratique d’enseignement car les cours parfois trop théoriques et éloignés de notre pratique au quotidien ne semblent pas toujours répondre à nos besoins pour cette première année en tout cas.

Que nous diriez-vous de vos aspirations pour faire évoluer votre carrière d’enseignante ?

Je suis quelqu’un qui a besoin de sans cesse me renouveler, j’ai soif de nouvelles découvertes, d’apprendre, de me confronter à de nouvelles situations pour m’adapter et continuer à me construire. Je ne vois pas l’obtention du CAPES et l’entrée dans le monde professionnel comme une fin en soi mais plutôt comme une porte qui s’ouvre vers d’autres possibilités de formations, d’expériences et d’évolution. Je m’intéresse par exemple au dispositif relais présent dans mon collège. J’aimerais aussi partager mes idées, ma motivation et pourquoi pas en participant à des formations d’adulte. Je veux continuer à me nourrir de discussions avec d’autres collègues, d’échanges constructifs et de partage.

Derrière l’enseignante, il y a aussi une personne avec ses activités, ses passions, ses loisirs…Pourriez-vous nous parler de la dernière activité découverte et de ses atouts ?

Comme pour ma vie professionnelle, j’aime me diversifier dans ma vie personnelle et pratiquer toutes sortes d’activités. Je suis adepte des voyages, m’évader en avion mais aussi grâce au cinéma et à la lecture. Dernièrement, j’ai commencé à fréquenter une salle de sport. Je n’en avais jamais ressenti le besoin jusqu’à cette année mais il me fallait un espace de libération après les cours où je pouvais aussi me maintenir en forme. Un peu de sport pour se dépenser en fin de journée et pour se vider la tête me semble donc nécessaire.

Noémie DE SMEDT
Professeur Stagiaire de lettres modernes
Académie de BESANÇON

Le CPE et l’animation socio-éducative

Définie par la circulaire du 10/08/2015 comme l’une des responsabilités du CPE, l’animation socio-éducative au sein des établissements scolaires reste encore aujourd’hui reléguée au second plan. Pourquoi pouvons-nous faire ce constat ? Pourquoi est-il nécessaire que le CPE impulse des actions en matière d’animation socio-éducative dans les collèges et les lycées ?

Qu’est-ce que l’animation socio-éducative ?

Nous pouvons définir l’animation socio-éducative comme des temps de loisirs, des moments de vie collective qui permettent aux élèves d’échanger et de se socialiser. Elle encourage ces derniers à s’inscrire dans des projets favorisant l’autonomie et la prise d’initiatives […]

Quel est le rôle du CPE dans la mise en place d’animations socio-éducatives au sein des établissements scolaires ?

Si l’organisation des temps de loisirs doit mobiliser toute la communauté éducative, le conseiller principal d’éducation (CPE) reste un pilier indispensable dans cette action.
En effet, l’animation socio-éducative est une des responsabilités du CPE. Celle-ci doit le conduire à envisager des actions pour un « vivre ensemble démocratique » au sein de la vie scolaire. Pour cela, il doit tout mettre en œuvre afin d’entretenir des relations et des contacts directs avec les élèves sur le plan collectif et sur le plan individuel […]

Quels sont les effets bénéfiques de l’animation socio-éducative ?

Ils sont divers. Tout d’abord, l’animation socio-éducative favorise un climat scolaire plus serein et propice au travail car les élèves sont associés à la vie de l’établissement par l’intermédiaire, par exemple, de la prise en charge du foyer socio-éducatif ou de la maison des lycéens.
De plus, les actions éducatives renforcent la socialisation des individus en permettant de créer des contacts privilégiés entre élèves et personnels de la communauté éducative.
Par ailleurs, le système de représentation des élèves au sein des établissements initie les jeunes à la vie civique et démocratique, au sens des responsabilités et de la coopération.
Sur un plan pédagogique, les temps consacrés à l’animation éducative viennent en prolongement de la mission des professeurs et permettent de donner du sens aux enseignements.
Enfin, l’investissement des jeunes dans les actions éducatives permet un apprentissage différent de celui dans lequel ils sont parfois en échec et une valorisation des savoir-faire autres que purement disciplinaires […]

Pour terminer, quels peuvent être les obstacles à la mise en place d’animations socio-éducatives au collège et au lycée ?

Le premier obstacle concerne le manque de légitimité de l’animation socio-éducative au sein du système scolaire.
Celle-ci reste peu valorisée et entre en concurrence avec les temps d’enseignement.
Le second obstacle émane de l’investissement des acteurs de l’École, élèves comme adultes.
Pour terminer, le dernier obstacle fait référence au cadre spatial et temporel. L’absence d’espace et de salle, la journée continue et le fait de dépendre des transports scolaires pour certains élèves se révèlent être des freins à la mise en place d’actions éducatives […]

Pour aller plus loin, vous trouverez ici l’article détaillé. Bonne lecture !

Yoan DUFRENNE
Conseiller Principal d’Education
au collège Monsigny de Fauquembergues

Charlène, professeure d’espagnol stagiaire, témoigne…

Après le baccalauréat, vous décidez de vous orienter à la faculté de lettres de Besançon pour y suivre un parcours d’études universitaires en espagnol. Pourriez-vous nous dire ce qui est l’origine du choix de cette discipline ?

Mon choix pour l’espagnol était évident après le baccalauréat. Durant toute mon enfance, je me rendais très souvent en Espagne avec ma famille. J’ai donc été très tôt en lien avec le monde hispanique et d’années en années, j’ai découvert sa richesse culturelle. Je suis tombée sous le charme de ce pays et porte désormais un réel intérêt pour cette discipline. Par la suite, j’ai pensé à approfondir mes connaissances sur l’espagnol et à l’enseigner à des adolescents.

Durant la préparation de votre licence, vous vous impliquez dans un dispositif de tutorat en direction d’autres étudiants. Comment tout cela s’organisait-il ? Qu’est-ce que cette expérience vous a apporté ?

Pendant mon cursus universitaire (L3 et master 1), j’ai pu m’investir auprès des étudiants en tant que tutrice d’espagnol plusieurs fois par semaine. Ce dispositif que j’ai géré durant deux années consécutives, consistait à apporter de l’aide aux jeunes étudiants autant au niveau méthodologique que linguistique en lien avec l’apprentissage de l’espagnol.
Cet emploi à la faculté de langue m’a permis d’être confrontée pour la première fois à un public d’étudiants qui avait choisi d’approfondir leurs connaissances sur la culture hispanique et ayant un intérêt pour la matière. Pour cela, mon expérience en tant qu’ancienne étudiante les a d’abord beaucoup aidés dans leurs apprentissages puis ce premier contact professionnel a confirmé le fait que je voulais enseigner l’espagnol à des adolescents.

Après la licence, vous manifestez le désir de préparer le CAPES et de devenir enseignante. À quels facteurs attribuez-vous cette prise de décision ?

Oui, effectivement, j’ai décidé après la validation de ma licence d’espagnol de m’inscrire dans un master MEEF d’espagnol avec pour but l’obtention du CAPES et celui de devenir professeur d’espagnol. Un des facteurs de cette décision a été celui d’apprendre aux autres ce que j’avais appris pendant toutes ces années d’études universitaires très enrichissantes. La préparation au CAPES a été une épreuve très intense et pour cela je me devais de l’obtenir rapidement pour pouvoir pratiquer l’espagnol dans le secondaire, langue pour laquelle je porte un grand intérêt.

En tant qu’étudiante, vous avez été embauchée en tant que serveuse dans un restaurent. Quels souvenirs en gardez-vous ? Quelles sont les compétences développées pendant ce travail saisonnier ?

Oui, j’ai aussi travaillé en tant que serveuse dans un restaurant de Besançon à la fin de mes années d’études car il fallait bien gagner un peu d’argent !! Je garde en mémoire une expérience enrichissante dans un domaine qui était pour moi inconnu. En tant que serveuse, j’ai particulièrement apprécié le contact avec les clients, un contact qui me rappelle celui du professeur avec ses élèves c’est-à-dire une relation de bienveillance et de partage principalement. C’est un métier où l’on doit s’occuper de plusieurs choses à la fois comme le professeur qui doit gérer sa classe. Il s’agit de deux métiers complètement différents mais qui se rejoignent dans certaines compétences.

Fonctionnaire-stagiaire cette année, quel regard portez-vous sur la formation suivie à l’ESPÉ ? Quelles sont, selon vous, les points d’amélioration prioritaires à envisager ?

Exactement, je suis fonctionnaire-stagiaire depuis la rentrée 2017 dans un lycée polyvalent, ce qui signifie que je suis mi-enseignante et mi-étudiante, un rôle compliqué à endosser puisqu’il faut concilier travail à l’ESPÉ et préparation des cours pour le lycée. Une double fonction dans laquelle il me semble difficile de se donner à 100% puisqu’il faut sans cesse s’organiser pour gérer au mieux les obligations des deux parties. Mais, si les conseils de l’ESPÉ sont très précieux lors de cette première année d’enseignement, ce que nous apprenons lors des nombreuses formations n’est pas si facile à appliquer sur le terrain et un écart peut apparaître entre la théorie et la pratique.
L’ESPÉ est aussi le lieu où nous nous retrouvons pour échanger avec les collègues sur des questions diverses auxquelles nous pouvons apporter des réponses. C’est donc un espace d’échange et d’accompagnement dont un professeur stagiaire a particulièrement besoin lorsqu’il débute dans l’enseignement, c’est une grande aide.
Si je devais évoquer une amélioration, ce serait celle des nombreuses formations communes transversales que suivent les fonctionnaires stagiaires et qui sont difficiles à appliquer en réalité en classe d’espagnol (comme le parcours artistique et culturel).

Votre exercez à mi-temps dans un lycée polyvalent depuis le mois de septembre. Quels points communs et quelles différences imaginez-vous entre l’exercice du métier en lycée et en collège ?

J’enseigne à mi-temps dans un lycée général et technologique cette année mais durant mon année de master 1, j’ai découvert l’enseignement au collège à travers des stages d’observation et de pratique. J’ai constaté certaines différences. La première est celle de l’accompagnement des élèves qui est plus important au collège car nous devons préparer les élèves à devenir des êtres autonomes, l’autonomie étant une compétence nécessaire au lycée. De plus, la préparation des cours au collège doit être plus ludique pour intéresser davantage les élèves, ce qui demande en amont plus de temps pour préparer les activités adéquates. En ce qui concerne le lycée, ce qui est de plus en plus demandé en langue vivante est l’argumentation des élèves et l’approfondissement des connaissances puisqu’au collège, nous insistons davantage sur la mémorisation.
Mais que ce soit au collège ou au lycée, il est important d’intéresser les élèves et de toujours les surprendre lorsque nous faisons cours en variant les activités. Enfin, être face à un public d’adolescents nécessite d’être très attentif et de guider au mieux les élèves.

Parmi vos centres d’intérêt, il y a…la zumba ! Le choix de cette activité est-il lié à votre passion pour la langue hispanique ? Envisagez-vous un jour d’animer un club zumba dans l’un de vos futurs établissements ?

Depuis plusieurs années, je pratique une activité sportive qui est la zumba. La décision de ce sport est surtout un moyen de se détendre et de se défouler une fois par semaine après le travail au lycée ou à l’ESPÉ. Il s’agit aussi d’un moment d’épanouissement personnel dans lequel je peux oublier mes obligations quotidiennes et ainsi penser à autre chose.
Concernant un possible projet d’animation d’un cours de zumba dans mon parcours à venir est une excellente idée puisqu’il s’agira d’une activité mêlant culture latine et pratique sportive. Un travail interdisciplinaire pourrait être alors effectué par exemple au collège.

Charlène Bourgeois
Fonctionnaire-Stagiaire d’espagnol
Académie de Besançon

CPE et propriétaire d’une galerie d’art, Lisa nous raconte…

Parlez-nous de ce projet original qui a consisté à ouvrir une galerie d’art dans une commune de Haute-Saône : comment est-il né ? Depuis combien de temps ? Comment le nom de votre galerie a-t-il été trouvé ?

Je suis passionnée par l’art et en particulier par la photographie. J’ai pratiqué cette activité et fait fonctionner des ateliers de pratiques artistiques avec des élèves afin de les amener à réfléchir sur l’art en visitant des expositions et des musées.

J’ai acheté une maison, un ancien relais de poste. Il y avait une ancienne pharmacie que j’ai transformé en galerie ART CADUCÉE en 2014. Le nom vient du caducée qui est inclu dans le carrelage de la devanture. Pour moi, l’art est un remède et l’idée d’utiliser la symbolique d’Hermès vers la concorde me plait.

Quelles sont vos motivations principales pour vous investir dans un tel projet ?

L’art en milieu rural est un challenge : il faut le proposer dans nos villages car les habitants ne se déplacent pas toujours vers les lieux de culture urbains par manque d’habitude ou par réserve. Je tenais à participer à cet accès à la culture pour tous dans le monde rural.

Comment choisissez-vous les œuvres d’art que vous exposez ? Suivez-vous une thématique particulière, des critères définis ou fonctionnez-vous plutôt « au fil des rencontres d’artistes  » ?

Les artistes qui souhaitent exposer proposent leurs créations, expliquent leur travail et leur passion. C’est une rencontre artistique, qui prend ou pas, et ainsi une aventure qui commence, un partenariat, un défi. Nous sommes partenaires avec l’artiste et décidons du projet à mener, pour une période donnée, ensemble. La convention-bail pour le dépôt des œuvres est peu chère pour une période de 6 semaines et l’esprit de la galerie est plus solidaire que lucratif. Ma démarche s’inscrit dans une volonté de démocratisation culturelle.

Votre projet s’inscrit-il dans un dispositif culturel en lien avec d’autres partenaires ou associations ou bien s’agit-il davantage d’une initiative individuelle ?

Mon initiative individuelle est soutenue par la commune, l’office de tourisme et la presse locale. Je m’associe à d’autres espaces culturels locaux ou extérieurs. Internet est également un moyen très performant pour développer mon activité.

Comment articulez-vous votre passion et votre vie de CPE ? Est-ce 2 domaines bien distincts ou faites-vous des ponts entre les deux ? lesquels ?

Je m’occupe de ma galerie sur mes temps libres et suis CPE dans ma vie professionnelle, les deux sont indissociables car ils sont en moi. « L’art-chéologie », mon jeu de mots, signifie que c’est ma formation et la photographie qui m’ont amenée à appréhender l’homme à travers ses témoignages. Parallèlement, mon métier de CPE me fait entrevoir dans la jeunesse une promesse d’avenir et la possibilité de partager mon regard sur l’environnement.

Éveiller, avec l’Art, la curiosité pour susciter l’intérêt est mon cheminement éducatif et culturel. Notre métier y participe, notamment dans les projets d’établissements et l’animation socio-culturelle.

Qu’est-ce que l’art vous apporte et peut apporter dans un métier relationnel comme le vôtre ? Diriez-vous que l’approche artistique vous a ouvert à d’autres dimensions dans la relation à vos élèves ? aux autres adultes de l’établissement ?

L’art apporte un dépaysement, un autre regard, une capacité d’analyse et de tolérance. La relation aux autres est fatalement développée par des confrontations. L’art permet de regarder le monde au-delà des apparences et des idées reçues, de s’ouvrir à l’autre et d’accepter les différences.

Lisa Boussakhane,
CPE dans un Lycée Professionnel Hôtelier de Haute-Saône

Jeanne prof de lettres-anglais en lycée pro est devenue coordonnatrice de classe-relais

Vous avez débuté votre carrière en tant qu’enseignante de la discipline lettres-anglais en lycée professionnel. Comment avez-vous réussi, pendant une douzaine d’années, à susciter l’intérêt et la participation des élèves et à lutter contre le décrochage scolaire ?

Je n’ai pas toujours réussi à susciter l’intérêt des élèves, loin de là ! J’ai parfois réussi, d’autres fois, pas du tout. Je pense qu’il faut rester humble à ce sujet. Il a fallu aussi que j’apprenne à connaître mon propre mode de fonctionnement en tant qu’enseignante : tous les enseignants n’enseignent pas de la même manière, n’ont pas la même posture, et ne sont pas « touchés » par les mêmes choses. Il est important d’en prendre conscience. J’ai beaucoup appris tout au long de ces années passées dans l’Éducation Nationale. Par contre, malgré certains moments de doutes ou de fatigue, j’ai fait de mon mieux pour encourager les élèves à se remettre dans une dynamique de travail, à avoir confiance en leurs capacités, et surtout à repenser leur futur d’un œil plus optimiste et bienveillant. J’ai également essayé de leur faire comprendre que si la réussite pouvait être à portée de main, il fallait se démener un peu pour atteindre certains objectifs.
Il est vrai que les élèves qui nous arrivent en Lycée Professionnel ont trop souvent une opinion très négative d’eux-mêmes et rencontrent parfois des problématiques personnelles difficiles et palpables ; il me semble que l’enseignant qui se trouve devant eux se doit de les encourager de manière à la fois positive et réaliste : si on veut réussir, on s’en donne la peine, au risque de se tromper ou d’échouer, mais pas toujours ! Donc mon enseignement de l’anglais et du français a eu pour objectif de remobiliser les élèves sur leurs apprentissages, sur les programmes officiels (en variant les supports et en proposant des outils de remédiation afin de ne pas les noyer dans de nouvelles difficultés et de les faire progresser) ; il s’est en parallèle appuyé sur un travail autour de l’estime de soi. Mais il me semble que beaucoup de mes collègues de LP (ou travaillant en éducation prioritaire) travaillent dans ce sens.
Il a également été nécessaire d’instaurer un climat de confiance entre les élèves et moi, d’instaurer un respect mutuel. Pour que les élèves ne « bloquent » pas sur mes matières, il a fallu leur faire comprendre que je n’étais pas là pour les juger de manière hautaine. Que j’étais là pour les aider à apprendre et à progresser. Qu’aucune question n’était idiote. Cela peut paraitre évident pour certains, mais sur le terrain, on se rend vite compte qu’à un moment donné de leur vie « d’élève », la confiance en l’adulte a été quelque peu remise en question.
Dès le début de ma carrière, j’ai repensé à ce que mon grand-père disait parfois : « Entreprends sans crainte, tu réussiras. » C’est peut-être une chance.

Recrutée ensuite sur un poste à profil, vous vous lancez le défi d’exercer dans un collège de l’éducation prioritaire. Vous faites le choix d’adapter votre enseignement à la diversité des élèves et de concevoir les outils pédagogiques innovants. Quelles ont été vos motivations pour postuler sur ce poste ? Pouvez-vous nous en dire plus sur l’approche pédagogique que vous défendez ?

J’ai été TZR plus d’une dizaine d’années, et bien qu’aimant énormément mon travail, je me suis rendu compte qu’obtenir un poste fixe non loin de chez moi relevait un peu du rêve lointain et inaccessible… et c’est difficile de proposer des projets lorsque l’on ne sait pas dans quel établissement l’on sera l’année suivante. J’ai également ressenti le besoin de changer de public, de changer tout simplement. J’ai donc rencontré à deux reprises un conseiller mobilité carrière qui m’a parlé de ces fameux postes ECLAIR. Et j’ai postulé. Nouveau challenge : un collège ECLAIR (devenu REP+), avec des élèves plus jeunes, et peut-être plus remuants. La première année a été une année de test : donc assez difficile, je ne le cache pas. Et comme je l’ai dit précédemment, j’ai une manière d’enseigner qui m’est propre (beaucoup d’oral notamment, et j’ai, par exemple, besoin de dynamisme dès le matin à 8h00, je n’y peux rien !). Il a donc fallu que les élèves s’adaptent à moi, retravailler sur ce climat de confiance et de respect mutuel dont je vous parlais tout à l’heure, et montrer à ces élèves ce qu’ils pouvaient accomplir avec un peu de travail et de sérieux… et d’envie.
En ce qui concerne les outils pédagogiques utilisés, n’arrivant absolument pas à travailler en anglais avec un manuel et un workbook tout au long de l’année (si l’on doit stimuler les élèves, il faut se stimuler soi-même ! ), j’ai expérimenté diverses choses : projets eTwinning avec des collèges d’Italie, de Norvège, d’Angleterre et ouverture de twin spaces pour les échanges. Là aussi, il y a eu quelques couacs mais aussi de belles réussites : et finalement, les élèves ont à ces moments-là su faire preuve de bienveillance envers leur professeur !
J’ai également proposé à tous mes élèves, quelles que soient leurs compétences en anglais (donc même à mes élèves de SEGPA que j’aimais particulièrement) d’écrire à des correspondants en Europe. Quand les collègues partenaires parvenaient à jouer le jeu, cela motivait mes élèves doublement. Ils ont de plus compris que l’anglais leur permettrait d’échanger avec des personnes provenant de toute l’Europe.
Avec mes collègues enseignants de SEGPA, nous avons proposé un voyage scolaire de quelques jours en Écosse à nos élèves de 3è générale de REP + et aux élèves de 3è SEGPA : ce projet « inclusif » a été, à mes yeux, une merveille. Pas grâce à nous, enseignants, mais grâce à l’implication et la maturité dont ont fait preuve nos élèves. Chacun a su trouver sa place dans le groupe, même les plus timides, les moins débrouillards, les moins impliqués lors des cours « en classe ».
L’ouverture sur l’extérieur et l’inclusion de tous les élèves me semblent être indispensables : cela permet de donner un sens à certains apprentissages, cela permet de vivre ensemble, dans le respect. Il me semble que ce sont des valeurs défendues par la République, et je crois en ces valeurs, même si je sais qu’elles sont trop souvent bafouées ou méprisées.
Le dynamisme et l’expérimentation me paraissent également primordiaux dans notre métier, même lorsque l’on se trompe : si cela est bénéfique pour les élèves, ça l’est pour l’enseignant.

La richesse de votre parcours témoigne de votre attachement à une conception transversale de l’enseignement et à une vision systémique de l’École. Quel regard portez-vous sur la réforme du collège qui a accouché de la loi de refondation ? En quoi le travail au sein d’équipes pluridisciplinaires vous semble-t-il aller dans le bon sens ?

L’École doit avoir un sens pour les élèves, pour les parents et les enseignants (et CPE, etc) aussi. Si les apprentissages sont systématiquement cloisonnés, quel sens peuvent-ils réellement avoir ? La pédagogie de projet, le socle commun de compétences vont dans ce sens : il est bon d’expliquer aux élèves quelles compétences sont mobilisées selon les objectifs visés, afin qu’ils puissent réellement visualiser ce qu’ils savent faire et qu’ils puissent remobiliser toutes ces compétences par la suite, pour de nouvelles tâches. Le travail au sein d’équipes pluridisciplinaires peut tout à fait être enrichissant, à la fois pour les adultes et les élèves. Il me semble cependant que ce travail ne peut fonctionner que si chaque intervenant est convaincu des bienfaits et de la pertinence de tels projets. Pour ma part, et notamment au sein du dispositif relais, je pense que l’échange entre les différents intervenants permet de mettre en place des projets stimulants, et permet davantage de dynamisme.

Depuis la rentrée 2017, vous êtes coordinatrice d’une classe-relais qui accueille des élèves en phase de décrochage. Quels sont les principaux partenaires avec lesquels vous êtes en contact au quotidien ? Quelles sont vos impressions après deux mois dans cette nouvelle « peau » professionnelle ?

Nous avons un partenariat avec la PJJ. L’intervention en dispositif relais de l’éducatrice et de L’AS PJJ consiste notamment à :
assurer le lien avec les familles (par des visites à domicile, des rencontres avec les parents au collège d’origine du jeune) afin de les (re)mobiliser autour de la scolarité de leur enfant, dans un climat de bienveillance ; rencontrer le jeune sur des temps individuels, ce qui n’exclut pas ponctuellement des interventions en petits groupes ou autre, afin d’identifier et évaluer les éléments relatifs à sa personnalité, à sa situation familiale, scolaire et environnementale. Leur champ de compétence est l’accompagnement éducatif auprès du jeune et de sa famille.

Ce partenariat permet un échange d’informations des plus intéressants. Nous pouvons croiser les regards des membres de l’équipe du DR (une équipe pluridisciplinaire !) afin d’élaborer des stratégies éducatives adaptées à la situation de chaque jeune pour lui permettre de reprendre goût à sa scolarité et d’éviter le décrochage.

Avec votre personnalité positive et inventive, tout porte à croire que le poste que vous occupez actuellement ne sera pas le dernier de votre carrière. Quelles sont vos envies, vos projets, vos aspirations à moyens termes ?

Mes projets ? Je souhaiterais me former à la médiation par l’animal afin de pouvoir aborder certaines problématiques de manière différente. Ce projet correspond tout à fait à ma vision de ce que peut offrir le système éducatif : une approche différente, mais toujours bienveillante. Et aller travailler avec son animal, quel bonheur, n’est-ce pas ?
Les problèmes présentés par les élèves concernés par le dispositif relais sont les suivants : absentéisme non justifié, problèmes de comportement, refus de travail, non respect des règles de vie de l’école, extrême passivité dans les apprentissages instaurant un processus d’échec et d’abandon ; les dispositifs relais contribuent donc à la prévention et à la lutte contre le décrochage scolaire.
Les objectifs du dispositif sont notamment d’aider les élèves inscrits à reprendre confiance en eux ; recréer des liens positifs avec le système scolaire (à la fois pour le jeune et pour sa famille); apprendre à mieux vivre en société. La médiation par l’animal pourrait nous être d’une aide précieuse. J’en suis convaincue.

Je souhaiterais également me rendre dans différents pays afin d’apprendre de nouvelles approches éducatives. Échanger, se questionner quand on fait un tel métier : cela me semble important, et stimulant !

Jeanne Antczak – Coordonnatrice de classe-relais

Manon, ex AED maintenant prof stagiaire en éco-gestion, nous raconte son parcours…

Trois ans avant de réussir le concours, vous avez exercé la fonction d’assistante d’éducation dans un lycée de Metz. Comment définiriez-vous les compétences acquises au sein du service de vie scolaire ?

Cette première expérience au sein de l’Éducation Nationale m’a permis d’acquérir de nombreuses compétences.
J’ai pu apprendre comment assurer l’encadrement des élèves, et particulièrement des élèves en difficulté, pendant les heures d’études proposées le soir en chambre ou en salle d’étude. J’ai pu accompagner les élèves dans leur comportement scolaire et personnel. En effet, de nombreux élèves avaient besoin de s’exprimer, et bien évidemment qu’on les aide et qu’on les écoute. J’ai également appris à utiliser le logiciel Pronote et à veiller aux absences de certains élèves.
J’ai également pu donner de nombreux conseils aux différents élèves de l’internat, notamment au niveau scolaire mais aussi personnel. Apprendre à se maitriser (niveau comportemental et émotionnel), apprendre à être organisé, apprendre à parler en public, apprendre à s’exprimer dans un langage adapté.
C’est le métier d’assistante d’éducation pendant mon master de droit qui m’a poussé vers la voie du professorat. C’est pendant notamment les heures d’études que j’ai pu aider de nombreux élèves en section STMG, ES et c’est ce qui m’a conforté dans ce choix de métier. Les élèves me disaient « vous arrivez à bien nous expliquer et vous prenez le temps, et surtout vous trouvez des mots simples pour expliquer des choses difficiles qu’on n’arrive pas forcément comprendre en cours ». C’est donc grâce à ces interventions en étude mais également au BVS par le biais des différents échanges avec les professeurs et les élèves que je me suis dirigée vers cette profession.

Les débouchés après des études de droit sont particulièrement nombreux (magistrat, greffier, avocat, huissier…). Pouvez-vous nous dire quelles ont été vos profondes motivations pour avoir choisi la discipline d’éco-gestion en particulier ?

C’est vrai qu’après des études de droit de nombreuses voies et possibilités sont offertes. Cependant, mon choix s’est tourné vers le professorat puisque dans le passé j’ai eu la chance d’avoir des professeurs qui m’ont apporté beaucoup d’aide et de soutien et qui m’ont poussée vers la réussite et le dépassement de moi-même. Notamment une de mes professeurs d’économie-droit que j’ai eu l’occasion de revoir durant mon stage de M1 MEEF au sein du lycée Robert Schuman à Metz qui m’a fait apprécier tout particulièrement cette matière. Pour moi, être professeur d’économie-gestion ne signifie pas seulement la maîtrise d’une seule matière comme la plupart des autres professeurs. Notre discipline est large, c’est pour cette raison que je l’ai choisie. Nous pouvons enseigner diverses matières, c’est pour moi un privilège que seuls les professeurs de cette discipline possèdent. Enseigner l’économie, le droit, la gestion, l’accueil, la vente, le commerce, le marketing et le management sont pour moi des disciplines essentielles que tous les citoyens français devraient connaitre a minima pour avancer dans leur carrière professionnelle. Toutes ces matières reprennent des choses essentielles que le citoyen français, et même étranger, est amené à rencontrer.

Fonctionnaire stagiaire depuis quelques semaines, vous êtes déjà largement investie dans la vie de l’établissement mais également dans le dispositif national « les cordées de la réussite ». Quels sont les objectifs de ce dispositif ? Quelles actions concrètes envisagez-vous localement ?

Pour mon projet universitaire en DU cette année, je dois mettre en place un projet tutoré. Pour ma part, lors de l’intervention de présentation « les cordées de la réussite », mon choix a tout de suite été celui d’y entrer. Aider ces élèves de REP et REP+ est l’un de mes objectifs. En effet, lors de mon parcours scolaire de nombreux camarades de classe étaient issus de quartiers défavorisés, ils n’étaient pas toujours tous motivés à travailler pourtant tous les professeurs leur disaient « vous avez du potentiel ne le gâchez pas ! ». Et c’est pour cette raison que je me suis inscrite pour intégrer cette cordée. En tant que professeur, je souhaite que les élèves qui ont le moins de chances de réussir puissent réussir comme les autres. Comme en témoigne mon parcours scolaire, je suis énormément attachée à l’égalité des chances et la justice.

Vous avez impliqué une classe de première à la remise des trophées sportifs de la ville de Vesoul. Quelles sont les raisons qui vous ont amenée à faire ce choix ? Quelles ont été les missions confiées aux élèves ? Quels effets a eu cette participation dans le fonctionnement du groupe-classe ?

Une prof en économie gestion m’a signalée qu’elle organiserait comme chaque année avec ses classes de premières et terminales l’accueil de nombreux évènements tout au long de l’année. C’est avec beaucoup de volonté et de plaisir que je lui ai demandé de pouvoir y participer avec elle. Mettre en pratique les enseignements faits en classe me semble important, et aussi de pouvoir partager des moments « professionnels » avec les élèves afin de les découvrir d’une autre manière et de pouvoir me rendre compte que ce que j’enseigne leur sert dans la vie de tous les jours.
Les élèves ont dû accueillir 350 personnes conviées à la cérémonie en surlignant sur une liste d’émargement les personnes entrant au sein de la salle Parisot à Vesoul. Ensuite les élèves ont préparé, avec mon aide les verrines, brochettes, mauricettes et mignardises et les ont amenés en salle en les plaçant sur les assiettes des invités.
Le métier d’hôtesse d’accueil et les enseignements ont pu être mis en œuvre lors de cette cérémonie.

Comment voyez-vous la suite de votre carrière ? Quelles sont vos aspirations à moyens termes ?

Je souhaiterais réellement m’investir dans l’Éducation Nationale. Je vous fais partager mes aspirations à moyen et long termes :  intervenir auprès de jeunes adultes, au sein de la faculté avec des élèves en poursuite d’études supérieures (BTS et DUT) et également  former de futurs professeurs en leur apportant tous les conseils et aides que je pourrais leur fournir. J’aimerais également intervenir auprès de l’inspecteur pour lui apporter mon aide notamment au niveau des stages des élèves en lycée professionnel.

Manon Konieczny – Professeur stagiaire d’Eco-Gestion
LP Pontarcher – VESOUL (70)

La vie trépidante d’une Enseignante Référente !

J’assume depuis plus de 10 ans les fonctions d’Enseignante Référente pour les Elèves en Situation de Handicap. J’ai vu les missions évoluer, la charge de travail augmenter, les incompréhensions accroître … et je souhaite contribuer à mieux faire connaître cet être étrange qu’on nomme ER.

Décrire une « journée type » … Exercice Refusé … ça n’existe pas !

Enseignant Référent, ER, rime au quotidien avec :

  • Engagement Reconduit chaque jour … au service des élèves en situation de handicap, de leurs parents, de leurs enseignants.
  • Echanges Rencontres, Ecoute Réflexion … avec les équipes pédagogiques, les partenaires, les familles, la direction académique, la MDPH.
  • Enthousiasme Renouvelé … chaque fois qu’une situation se « débloque », qu’un élève voit son parcours scolaire adapté à ses besoins spécifiques, qu’une famille se trouve soulagée, que des collègues se sentent soutenus et que notre société avance en matière de prise en compte du handicap.
  • Emploi du temps Remanié … au hasard des sollicitations, imprévus, urgences qui supposent chamboulement, ajout, report.
  • Energie Ressources … indispensable pour anticiper les attentes, programmer, préparer, mener les réunions d’ESS, répondre aux questions, rédiger les comptes-rendus, rassembler les éléments des professionnels pour transmettre à la MDPH … faire face.
  • Ethique Respectée … dans toutes les actions et interventions.
  • Excellente Routière … se déplace d’école en collège, de collège en lycée, de lycée en établissement spécialisé souvent contrainte à des Ecarts Rocambolesques d’une situation à l’autre : à 9h00 en collège pour un jeune dyslexique, à 11h00 en école maternelle pour un petit autiste, l’après-midi en lycée pour une autre problématique … Evacuer toute Routine.
  • Equilibre du Régime … sandwich dans la voiture entre deux établissements, salade vite faite pendant une synthèse avec les psychologues, fruit devant l’ordinateur et parfois, quand-même, repas complet au self du collège.

L’ER a un bureau ou plutôt une salle de transit. Il n’use pas son fauteuil … pas le temps de s’éterniser. Il y passe, de bonne heure le matin, écoute les messages téléphoniques, lit les mails, établit la liste des choses à faire qui en découlent, prépare la pile de dossiers du jour, commence un compte-rendu, s’aperçoit qu’il est en retard pour sa tournée d’ESS … laisse tout en plan, court, roule … revient, reprend où il en était … mais doit repartir … finit par y revenir, en fin de journée, souvent tard, dépose les dossiers du jour, prépare ceux du lendemain … et prend un peu de boulot pour la maison, histoire de ne pas perdre l’Entrainement et le Rythme.

Quand l’ER peut se poser dans son bureau, c’est le champion de la multitâche ! 2 choses à la fois …. Même pas peur ! … au risque d’Entraver le Résultat.

L’ER partage avec ses collègues une Envie Refoulée : celle de pouvoir travailler sereinement, effectuer une tâche après l’autre, prendre le temps de se rendre plus disponible … sans être Envahi de Remords parce qu’il ne peut pas tout faire.

Si bien que l’ER c’est aussi l’Epuisement Récurrent … physique, moral…. S’arrêter ? … difficile. Toute absence potentielle est synonyme d’Enervement au Retour car pendant qu’il se repose, tout s’accumule !

Malgré tout, l’ER reste un Enseignant Rassuré par la confiance qu’on lui accorde et la reconnaissance qu’on lui montre.

Alors l’ER, en Eternelle Recherche de perspectives meilleures – charge de travail supportable permettant la satisfaction professionnelle du devoir accompli pour chacun des élèves dont il est en charge du suivi de la scolarité et auprès de chacun des collègues concernés – montre son Entêtement Réaffirmé à faire entendre l’urgence de la prise en compte de ses conditions de travail par l’administration.

Je garde mes Espoirs et mes Rêves … même si je semble parfois Enragée et en Révolution.

Sandrine HURPIN, Côtes d’Armor

 

Collègues référents, n’hésitez plus ! Vous aussi témoignez de votre quotidien.
À envoyer à cette adresse, votre témoignage sera publié après acceptation de la rédaction. 

Transformer des collégiens « décrocheurs » en « raccrocheurs » c’est le défi relevé par Alexandra

Alexandra Piton-Ducher, CPE dans l’académie de Rouen est en charge des élèves décrocheurs dans son collège, elle témoigne…

On estime à environ 10% le nombre d’élèves en situation de décrochage scolaire avéré dans notre pays. Quelle est votre définition de l’élève décrocheur ? Quelles sont les causes majeures qui sont à l’origine du décrochage ?

L’élève décrocheur est un élève en rupture avec le système scolaire et qui n’y trouve plus sa place ; cela peut se traduire par de l’absentéisme, de multiples exclusions de cours, allant jusqu’à un ou plusieurs conseils de disciplines. Il y a aussi l’élève décrocheur passif, présent physiquement en classe mais absent des apprentissages.

Quant aux causes du décrochage, elles sont multiples ; elles peuvent être liées au jeune lui-même, au contexte familial et social, à la précarité, aux difficultés scolaires accumulées. Le décrochage est un phénomène complexe qui appelle une diversité de réponses.

Considérez-vous que ce soit à l’élève de s’adapter à l’École ou bien à l’institution scolaire de s’adapter aux besoins des jeunes en difficultés ?

S’agissant des jeunes en situation de décrochage, il me paraît primordial de construire avec chaque jeune un parcours, un projet personnalisé. L’institution ne peut plus apporter la même réponse à tous les élèves. Des aménagements sont indispensables et des partenariats sont à développer.

Quels sont les leviers mis en œuvre dans votre établissement pour prévenir et remédier aux situations de décrochage ? Comment transformer un décrocheur en « raccrocheur » ?

Nous avons renforcé le maillage pour repérer les premiers signes de décrochage (absentéisme perlé, nombreux passages à l’infirmerie, exclusions de cours, passivité en classe) ; les enseignants et les assistants d’éducation sont bien sûr associés à tout ce repérage.
De plus, la commission de suivi des élèves réunit chaque semaine la CPE, l’APS (assistant prévention sécurité), l’infirmière scolaire, l’assistante sociale, la psychologue de l’éducation nationale, le directeur de SEGPA, les chefs d’établissement et un éducateur de prévention. Elle permet de croiser les informations et d’améliorer la réactivité des différents professionnels.
Nous avons ainsi pu proposer, l’année dernière, aux familles de certains élèves de 6ème et de 5ème un dispositif expérimental pour leur permettre de reprendre de l’assurance, de travailler sur l’estime de soi.

Pour remédier aux situations de décrochage, il ne suffit pas de signaler aux autorités académiques les élèves absentéistes. Le travail entrepris avec le jeune, sa famille, les éducateurs est essentiel pour restaurer la confiance et l’envie de revenir au collège. Les parents eux-mêmes peuvent avoir eu un passé difficile avec l’école. Aussi, il importe de bien les accueillir, de prendre le temps de travailler ensemble le projet du jeune. Nous devons tous travailler dans le même sens ; cela peut prendre du temps, beaucoup d’énergie, mais cela en vaut la peine. Lorsqu’un élève décrocheur nous fait confiance, reprend confiance en lui, réussit à se remotiver, à revenir dans les apprentissages, à préparer un diplôme et à investir un projet d’orientation, cela constitue une vraie réussite non seulement pour le jeune et sa famille mais aussi pour l’institution.

Avez-vous été confrontée à des obstacles ? Lesquels ? Comment les avez-vous dépassés ?

Le jeune lui-même, son contexte familial peut être un obstacle.
Pour un élève décrocheur, il est très difficile de respecter un emploi du temps, de se lever le matin, d’être confronté à ses difficultés scolaires. Les éducateurs sont des alliés essentiels pour accompagner le jeune dans ce processus ; ils peuvent se rendre au domicile et le ramener au collège par exemple.

S’agissant de la remédiation scolaire, nous avons eu la chance de recruter une assistant pédagogique, qui a travaillé au SISP (service d’insertion socio professionnelle) ; elle a un contact facile avec les jeunes, et ce, toujours dans la bienveillance. Elle les réconcilie avec les apprentissages, le français notamment et leur permet de préparer le CFG (certificat de formation générale).

Rien n’est jamais gagné d’avance, l’important n’est pas l’objectif mais davantage le chemin parcouru pour y arriver.

Le Ministère a mis en place en 2010 un système d’informations partagées entre les acteurs de la formation initiale et de l’insertion sociale et professionnelle des jeunes en situation de décrochage. Qu’en pensez-vous ? Comment pourrait-on l’améliorer ?

Les outils mis à disposition pour faciliter les échanges d’informations concernant les élèves décrocheurs voire décrochés me paraissent essentiels pour améliorer la réactivité et optimiser l’accompagnement de ces jeunes.

Malheureusement dans notre BEF (bassin éducation formation), les référents FOQUALE (Réseaux Formation Qualification Emploi) de collège (majoritairement des CPE) ne sont plus réunis. Ils n’ont plus accès à la liste des élèves décrochés et n’ont donc plus à la renseigner. L’accent est désormais mis sur les référents FOQUALE de lycée. Je trouve cela regrettable de se priver des informations en provenance des collèges, surtout lorsque que l’on connaît tout le travail effectué par les équipes dans le cadre de la liaison école/collège.

En quoi l’identité professionnelle du CPE le rend légitime pour occuper la fonction de « référent décrochage » ?

Véritable interface au sein des établissements scolaires, le CPE apparaît plus que légitime pour assurer la mission particulière de référent décrochage. Il est effectivement le plus à même de coordonner l’action des différents professionnels, dispositifs, partenaires qui contribuent à cette mission. Cela a cependant un effet pervers : le manque de reconnaissance de cette mission particulière lorsqu’elle est assurée par un CPE. L’IMP correspondante est très régulièrement source de négociations dans les établissements scolaires, la dite indemnité servant de variable d’ajustement à la répartition.

Lutter contre le harcèlement, un CPE s’empare de la question et témoigne…

Bertrand Gardette, CPE au lycée La Fayette de Clermont-Ferrand, s’est attelé à la lutte contre le harcèlement scolaire, jusqu’à créer une association, écrire des ouvrages et mener des formations sur le sujet. Il nous raconte pourquoi et comment…

Quelles sont les principales caractéristiques du harcèlement en milieu scolaire ?

Le harcèlement, ce sont ces mille et une façons qu’utilise un élève pour tourmenter un camarade en ayant l’illusion que cette attitude peut lui apporter un bénéfice de notoriété au niveau de la classe (ou de tout autre groupe). Les caractéristiques fondamentales du harcèlement sont la répétition, sur la durée, de micro-agressions physiques ou psychologiques, l’incapacité de la victime à se défendre dans ce contexte précis et pour l’agresseur de mettre un terme, de lui-même, à cet engrenage. La particularité du harcèlement scolaire est d’être structurée en une relation triangulaire victime-agresseur(s)-pairs dans laquelle chacune des composantes joue un rôle dans la dynamique d’ensemble, mais également, porte potentiellement en elle la solution au problème.

 

Les études montrent qu’un collégien sur 10 est victime de harcèlement. Comment expliquer le développement de ce phénomène durant ces dernières années ? Quels liens faites-vous avec la notion de climat scolaire ?

En ce qui concerne le harcèlement « conventionnel » qui n’inclut pas le cyberharcèlement, 10% d’élèves victimes de harcèlement au cours de leur scolarité est plus un seuil-repère qu’une proportion objective. Les taux mesurés dans les différents pays gravitent autour de ce seuil. Cette proportion symbolique, mais consensuelle, permet de dresser un constat sur l’ampleur du phénomène. En France, Jean-Pierre Bellon et moi-même avions avancé dès 2007 le chiffre de 8.4% d’élèves victimes de harcèlement. En 2014, cette proportion, calculée selon les mêmes méthodes, est passée à 7.3%. Les raisons de cette baisse sont à chercher dans la prise de conscience et le travail de prévention des acteurs de terrain du système éducatif, dans l’instauration progressive d’une politique ministérielle spécifique et dans les interférences, ponctuelles mais retentissantes, du traitement médiatique. La bonne nouvelle est que la baisse du taux de harcèlement conventionnel est effective. La mauvaise est que nous sommes probablement entrés dans l’ère du cyberharcèlement dont certaines formes sont particulièrement ravageuses. Charge à nous d’inventer les réponses éducatives appropriées.

Harcèlement et climat solaire sont des notions interdépendantes, la prévention du premier étant une condition d’amélioration du second. Mais d’autres composantes du climat scolaire influent directement sur l’efficacité des actions de prévention. La cohérence de la justice scolaire, la qualité de vie à l’école, mais, avant toute autre chose, la capacité des professionnels à travailler en équipe sont des facteurs qui induisent une baisse significative du taux de harcèlement. S’il est illusoire de penser pouvoir éradiquer cette forme de violence parce qu’elle est un dysfonctionnement malheureusement indissociable de l’apprentissage de la relation de sociabilité, il est tout à fait envisageable d’en ramener le taux à 4%-5% ce qui permettrait de détecter et de traiter rapidement –donc efficacement- les cas restants.

 

La lutte contre le harcèlement a été inscrite dans la loi de Refondation de l’École de 2013. Quel regard portez-vous sur les mesures ministérielles qui en ont découlé ? Diriez-vous que la prise de conscience de la communauté éducative pour endiguer cette forme de maltraitance est en bonne voie ?

Même si elle ne tient pas lieu d’engagement inaltérable, l’inscription de la lutte contre le harcèlement qui figure, me semble-t-il, en toute fin de la loi de Refondation de 2013 engage le système éducatif pour plusieurs années. C’est heureux car depuis 2011, les avancées ont été irrégulières. La cause paraissait entendue en 2011-2012 avant de subir un trou d’air en 2012-2013. Les textes officiels publiés fin 2013 sur la prévention du harcèlement et du cyberharcèlement constituent les fondements de l’engagement actuel des établissements, mais c’est l’implication massive des élèves et des personnels autour du premier concours « mobilisons-nous contre le harcèlement » en janvier 2014 qui nous a convaincus que le retour en arrière n’était plus possible.

La prise de conscience de la communauté éducative est réelle. Pour intervenir dans de nombreux établissements en France comme à l’étranger, Jean-Pierre Bellon et moi sommes surpris de l’engagement des équipes dans des projets ambitieux et innovants. Équipe de direction, CPE, enseignants, personnels du secteur médico-social œuvrent en la matière parfois depuis des années. Sans vouloir réécrire l’histoire de la lutte contre le harcèlement en France, nous avons été marqués, tout au long de nos années de travail, par le déficit de valorisation des projets pédagogiques innovants et le poids d’un système hiérarchique très dépendant des titres et des statuts. Nos préoccupations actuelles portent sur le contenu de formation initiale, en matière de sensibilisation au harcèlement, des personnels néo-recrutés. En outre, la prévention du sexting (diffusion d’images d’élèves à caractère implicitement ou explicitement sexuel) doit faire l’objet d’une campagne de prévention nationale. Depuis 2013, nous demandons la mise en place d’une action de sensibilisation spécifique, en vain. Nous sommes obligés d’utiliser des films de prévention Suisse ou Australien pour travailler avec les élèves.

 

Comment devient-on un spécialiste de la prévention du harcèlement en milieu scolaire ? Comment concrètement décrire votre implication ?

Méfions-nous du terme de «spécialiste». Depuis que la prévention du harcèlement est devenue un sujet médiatiquement et financièrement rentable, des «spécialistes» auto-désignés ou portés à l’écran sans investigations journalistiques rigoureuses sortent du bois. Je prendrai donc la distance nécessaire avec ce qualificatif.

Mon engagement dans la lutte contre le harcèlement est indissociable de celui de Jean-Pierre Bellon, professeur de philosophie. Notre rencontre en 2001 a marqué le début de notre collaboration que nous poursuivons encore aujourd’hui. Entre 2001 et 2008, nous avons mené des investigations théoriques que nous transposions en expérimentations dans nos établissements. Nous intervenions également dans d’autres écoles en soutien aux équipes, actions que nous menions en dehors de nos temps de travail puisque nous ne bénéficiions pas de cadre légal. Nous avons créé notre association en 2006 pour avoir une existence statutaire et poursuivre nos recherches. A partir de 2011, années de reconnaissance des phénomènes de harcèlement, les demandes de formation se sont multipliées, mais pas nos disponibilités. Nous avons donc privilégié les formations des personnels tout en continuant à travailler avec les élèves dans nos établissements respectifs. Notre travail en équipe explique la pérennité de notre implication. Cette solidarité sans faille nous a permis de surmonter les difficultés et les blocages. Nos approches pédagogiques et éducatives respectives nous ont permis d’être complémentaires, j’espère que cela se ressent dans les ouvrages que nous avons co-écrits.

Actuellement, nous élaborons une plateforme Internet collaborative autour de la méthode de la préoccupation partagée, stratégie de traitement du harcèlement qui conduit le harceleur à trouver, de sa propre initiative, une issue au problème. Cet outil est opérationnel. Il s’adresse aux professionnels français, Suisses, Belges et Luxembourgeois que nous avons formés.

En quoi la responsabilisation des adultes et des élèves est une réponse efficace pour lutter contre ce fléau ? Quelles actions ou quels projets vous semblent prioritaires à mettre en œuvre dans les établissements ?

 

Plus que la responsabilisation, ce sont l’implication et la force de conviction des adultes qui sont déterminantes. Lutter contre le harcèlement revient à constituer un front commun des adultes, professionnels et parents d’élèves. Cette posture éducative qui allie fermeté et détermination face aux agresseurs n’empêche en rien la bienveillance. J’ai la chance de travailler dans un lycée où l’ensemble des collègues a totalement intégré ce positionnement. Nous sommes, bien entendu, confrontés à des cas de harcèlement, mais notre capacité à détecter rapidement les situations et à apporter une réponse d’équipe cohérente améliore significativement les chances de résolution des problèmes. Quant aux élèves, ils sont à la fois le public prioritaire des actions de sensibilisation et des partenaires incontournables désireux de s’impliquer dans cette prévention comme le montrent les 750 projets présentés au concours «mobilisons-nous contre le harcèlement» de 2014.

Dans les établissements scolaires français, écoles, collèges ou lycées, la priorité doit être la formation des personnels. Sous l’impulsion du ministère des efforts ont été faits depuis 2013, mais le contenu des stages proposés aux enseignants est bien souvent plus informatif que didactique. La remarque d’un professeur de collège à l’issue d’une formation de ce type : «maintenant le harcèlement, on sait ce que c’est, mais qu’est qu’on peut faire ?» illustre le désarroi des collègues.

L’autre priorité, toujours pour les personnels, est d’intégrer un principe de vigilance active à notre culture professionnelle et de partager l’information selon un protocole préalablement défini. Par exemple, l’isolement d’un élève dans une classe doit activer ce principe de vigilance (40% des élèves à faible sociabilité sont victimes de harcèlement). L’information est ensuite partagée avec l’ensemble de l’équipe pédagogique, des stratégies concertées visant à favoriser l’intégration sont décidées, un suivi individuel préventif peut être envisagé et bien sûr, les moqueries ou remarques désobligeantes à l’encontre de cet élève sont immédiatement corrigées. Le simple fait, pour les élèves, de constater que l’information circule au sein de l’équipe pédagogique et que la réponse éducative est cohérente suffit à dissuader une majorité d’agresseurs potentiels.

 

Quelle place particulière le CPE prend-il dans la gestion et la prévention des situations de harcèlement ?

La circulaire de 2015 souligne que les CPE «participent à la prévention et à la lutte contre toutes les formes de discrimination, d’incivilité, de violence et de harcèlement», mais nous n’avons pas attendu ce texte pour nous engager. Si les CPE se sont emparés spontanément de la problématique du harcèlement à l’école, c’est peut-être parce qu’elle trouve immédiatement sa place au sein de notre identité professionnelle. Notre formation initiale, pluridisciplinaire et polyvalente, nous donne des compétences dans le suivi individuel et collectif des élèves. En matière de traitement des situations de harcèlement, cette double entrée est un atout. Nos relations avec les professeurs, les personnels du secteur médico-social et les parents d’élèves pourraient nous amener, assez naturellement, à endosser le rôle de référent harcèlement à la condition que nous y soyons identifié pour notre expertise et nos compétences, c’est-à-dire comme personne ressource, et non comme celui ou celle qui va décharger l’équipe d’un colis embarrassant.

Le CPE peut également intégrer un module sur la prévention à sa formation des délégués. L’enjeu prioritaire de la lutte contre le harcèlement est la détection précoce des cas. Plus une situation est repérée rapidement, plus la probabilité de neutralisation du phénomène est importante. Or les élèves, de surcroît formés, sont les mieux placés pour repérer l’émergence d’une situation de harcèlement, pour la signaler à un adulte de l’établissement ou pour la réguler d’eux-mêmes.

La formation des assistants d’éducations obéit à la même stratégie. Leur proximité avec les élèves favorise le recueil d’observations. Ces informations, transmises au CPE nous permettront de gagner un temps précieux. La formation doit également inciter les AED à éviter les postures éducatives préjudiciables. Je pense, par exemple, aux surveillants d’internat qui peuvent parfois se faire berner par des harceleurs qui parviennent à détourner leur vigilance en se montrant soit trop conviviaux soit menaçants.

En matière de prévention du harcèlement, la plus-value que les CPE peuvent apporter à nos écoles est évidente. Notre engagement professionnel en la matière bénéficie à l’ensemble de la communauté éducative à la condition que la politique d’établissement ne fasse pas de la relation à l’élève une variable d’ajustement.

Bertrand Gardette – CPE au lycée La Fayette de Clermont-Ferrand
Vice-président de l’APHEE (Association pour la Prévention des phénomènes de Harcèlement Entre Élèves)

 

Co-auteur (avec Jean-Pierre Bellon) de 4 ouvrages sur le harcèlement à l’école :

 

Les devoirs, une question professionnelle

Donner des devoirs ou non, de quelle nature, avec quelle organisation et pour quelle efficacité ?

Voilà une question professionnelle majeure qui préoccupe tous les enseignants…

Dans l’Enseignant de septembre 2017 vous trouverez un dossier sur cette thématique complété ici par une série de témoignages de collègues qui seront publié fin août…

Crédit photo : Pixabay CCO Public Domain

Pour Laurent ce qui est essentiel c’est la question du travail personnel

Laurent Fillion est prof d’histoire géographie EMC en collège dans le Pas de Calais, il pratique l’évaluation sans notes et encadre une mini entreprise dans le cadre de la DP3 puis des EPI.
Il co-anime le site de partage de tâches complexes « Les tacos de Thucydide » et tient le blog « Peut mieux faire« . Adhérent au CRAP – Cahiers Pédagogiques il a coordonné plusieurs numéros “ et le livre “Éduquer à la citoyenneté : construire des compétences sociales et civiques”. Il est également coauteur des manuels lelivrescolaire.

La question des devoirs est elle une problématique professionnelle importante pour vous ? Pourquoi ?

Oui et non.

  • Oui parce que donner des devoirs reste une pratique largement répandue et c’est donc difficile de ne pas s’y intéresser.
  • Oui parce que ces devoirs à la maison créent de profondes inégalités entre les élèves et créent aussi assez souvent (et on a tendance à l’oublier) des tensions entre les élèves et les parents.
  • Non parce que la problématique essentielle à mes yeux est celle du travail personnel des élèves qui ne se cantonne pas aux seuls devoirs à la maison, bien au contraire.

Quelles réponses apportez-vous aux questions qu’elle suscite ?

Limiter le travail à la maison à la mémorisation des leçons, aux exercices d’application et à quelques recherches complémentaires.

Votre regard sur les devoirs a-t-il évolué au cours de votre carrière ?

Oui. Quand on débute, on est formaté à ce qui nous paraît être des incontournables du métier. Donner des devoirs, comme mettre des notes et des moyennes, en fait partie. Dans mes premières années d’enseignement, j’ai donc donné des exercices de préparation aux leçons comme je l’avais connu moi-même en temps qu’élève et comme on me l’avait appris à l’IUFM.
Assez vite, je me suis aperçu de l’inutilité voire la nocivité de ces devoirs pour plusieurs raisons :

  •  certains élèves ne les faisaient pas ou mal et étaient donc grandement pénalisés
  • la perte de temps pour vérifier voire corriger
  • et surtout l’activité essentielle de l’apprentissage était renvoyée à la maison sans l’accompagnement du professeur.

J’ai donc décidé assez vite que ces exercices d’apprentissage seraient faits en classe, avec mon aide et avec une différenciation bien plus facile à mettre en oeuvre que quand on les externalise.
Ce qui était devoir est devenu travail personnel, réalisé en classe, avec mon aide, en cooppérant, parfois différencié, parfois intégré à un plan de travail.

Ce temps ainsi dégagé à la maison, les élèves peuvent le consacrer à la mémorisation, à des exercices d’entraînements, d’application. (qui peuvent d’ailleurs être effectués ou commencés aussi dans la classe)

Le nouveau ministre a fait des annonces sur le dispositif « Devoirs faits ». Quelle mise en œuvre vous paraîtrait la plus pertinente dans votre établissement ?

Il faudrait réunir plusieurs conditions pour que cette mesure qui vise juste ne fasse pas au final pire que mieux :

  • ne pas nécessairement placer ces heures en fin de journée
  • placer ces heures dans l’emploi du temps de la classe et les rendre obligatoires à tous. Si c’est aux professeurs de désigner les élèves, ils risquent de prendre cela comme une sanction et rendre la mesure contre productive. Si c’est sur la base du volontariat ( cela semble être le choix retenu par le ministre) les élèves présents risquent de ne pas être ceux qui en ont le plus besoin (ce qui au final continuer à creuser les inégalités). De plus, on risque alors de faire reposer la faute de l’échec sur les seuls élèves dans des discours du type « et il ne va même pas aux heures devoirs faits ».
  • penser au cadre : comment permettre les travaux de groupe, les échanges entre élèves …
  • veiller à ce que ce dispositif ne traduise pas par une inflation du nombre des devoirs et une diminution des travaux personnels réalisés en classe. Ce serait vraiment dommage au regard des progrès réalisés ces derniers temps dans ce domaine, notamment dans le cadre de l’AP.
  • et surtout être accompagnée d’une véritable réflexion sur le bien fondé et la nature des devoirs

Pour Céline les devoirs sont utiles

La question des devoirs est elle une problématique professionnelle importante pour toi ? Pourquoi ?

Oui parce que les devoirs écrits sont interdits et à mon sens ce n’est pas une « faute » de donner des devoirs. Nous n’avons pas de liberté de ce côté là (les parents disent c’est interdit) mais si les devoirs sont réfléchis de la part de l’enseignant, je les trouve utiles.

Quelles réponses apportes-tu aux questions qu’elle suscite ?

Les mots clés :

  • Temps court
  • Entrainement
  • Devoirs individualisés (selon le niveau et la possibilité des parents à suivre leur enfant)
  • Lien avec les parents qui peuvent suivre les progrès de leur enfant

Votre regard sur les devoirs a-t-il évolué au cours de votre carrière ?

Oui au départ je donnais des devoirs avec moins de réflexion (sur le temps, la différenciation…) mais dans l’idée globale non. J’ai toujours considéré les devoirs comme des entrainements et une continuité de l’école à la maison. L’élève ne doit pas être en difficulté face aux devoirs et doit pouvoir les faire seul (ex: lire un peu chaque soir, réviser des tables de multiplications, poser des additions, réviser différentes leçons vues en classe, apprendre les mots de la dictée…)

Au fur et à mesure je me suis aperçue que les élèves étaient demandeurs et j’ai testé plusieurs supports pour le soir à la maison: cahier de leçon, porte-vue avec fiches, cahier de révision, de devoirs… À creuser encore !

Le nouveau ministre a fait des annonces sur le dispositif « Devoirs faits ». Quelle mise en œuvre te paraîtrait la plus pertinente dans ton établissement ?

Proposer un lieu (étude) pour faire ses devoirs.

Dernière remarque !!

Les assistants de vie scolaire peuvent aider et la question de la formation se pose « ils ne sont pas enseignants ils peuvent expliquer mal » mais c’est la même chose pour les parents ! C’est pour cela qu’à mon sens les devoirs ne doivent être que de l’entrainement/révision/mémorisation. Si le parent doit expliquer c’est qu’il y a un problème dans l’enseignement au départ.

Céline enseignante en ULIS collège

Photo en Une : Pixabay CCO Public Domain

Comment Frédéric a changé de regard à propos des devoirs

Frédéric Davignon, professeur d’anglais en internat, a raconté sur son excellent blog « J’adore mon job » comment il a changé de regard à propos des devoirs et ce qu’il a mis en place pour accompagner ses élèves dans leur travail personnel. Il nous a semblé que ces réflexions éclairent bien le sujet de notre dossier « Les devoirs, une question professionnelle » et c’est avec son autorisation que nous republions ici ces 2 billets : 

J’adore… l’aide aux devoirs (publié le 3 décembre 2011 sur le blog « J’adore mon job »)

Et je suis même fan de la chose.

Il y a plus d’un an et demi, j’ai découvert l’aide aux devoirs. Un peu par hasard, il est vrai. Au départ, je faisais déjà des heures supplémentaires, j’avais beaucoup de trajets, donc en faire plus et finir encore plus tard, non merci.

Et puis un jour, j’ai eu l’occasion d’en faire. Et j’ai découvert à quel point cela, si bien mené, avec les moyens nécessaires, pouvait être utile à l’élève et à sa réussite.

Comme beaucoup de professeurs, je ne me suis que peu intéressé à la partie non visible mais essentielle de l’élève: l’élève en dehors du cours, face à ses devoirs. J’ai tenté d’ignorer ce que nous savons pour la plupart tous: faute de temps, de lieu adapté parfois, faute de soutien à la maison disponible pour diverses raisons, une grande partie des élèves des établissements que j’ai fréquentés, ne font pas leurs devoirs, tout simplement. Ils ne travaillent que pour les évaluations, et encore. J’ai tenté d’ignorer que les élèves n’avaient pas les méthodes pour apprendre, même si on en parlait parfois en classe, que c’est au moment de travailler qu’il faut être là avec eux. J’ai tenté d’ignorer que l’école publique républicaine que j’aime tant et à laquelle je suis si attaché, celle qui fait réussir tout le monde, y compris les plus fragiles, les plus pauvres et qui les aide à grimper l’échelle sociale ou tout simplement à atteindre leur plein potentiel, ne le fait finalement que très mal. Je faisais mon job, en classe, avec enthousiasme, essayant de leur faire aimer la matière, après à eux de faire le leur chez eux, apprendre, comprendre.

Sauf que ça ne marche pas.

Apprendre, ce n’est pas un jeu d’enfant.

Apprendre, comprendre, ce n’est pas la chose simple et rapide que je pensais que c’était.

Et c’est lors de l’aide aux devoirs que je l’ai découvert. J’ai découvert à quel point je pouvais être vraiment utile là aussi. Rien qu’en étant là. En donnant des conseils pour mémoriser, et aider à répéter et réciter une leçon, et travaillant l’accent (bah oui, enfin, si vu en classe le mot était su et mémorisé et bien prononcé…). J’ai découvert à quel point cela changeait mes relations aux élèves, y compris ceux avec qui il y avait des tensions en classe. J’ai découvert à quel point ils appréciaient qu’on les aide, même si certains n’étant là que contraints et forcés car inscrits par les parents. Ne serait-ce qu’un instant, être là et les aider. J’ai découvert aussi le temps qu’il faut à certains élèves pour apprendre et mémoriser. J’ai découvert à quel point cela était synonyme de travail dur. J’ai découvert qu’en fait moi, j’étais à l’époque un bon élève et que je ne savais pas du tout ce qu’être un élève moyen ou en difficulté voulait dire. J’ai découvert que je pensais que tous les élèves étaient comme moi, moi élève… Et je n’en suis pas fier de cette découverte.

Je suis pleinement leur professeur depuis l’aide aux devoirs, à mon sens. Je les accompagne sur tout le processus, suivant les besoins, en classe mais aussi après, quand ils apprennent et travaillent.

Alors oui, il y a sans doute à améliorer là dedans, il faudrait pérenniser les moyens, faire que ça ne soit pas encore en plus dans l’emploi du temps des professeurs mais dedans mais il faut vraiment que l’aide aux devoirs demeure dans l’école.

J’ai la chance que cela soit inclus dans mon emploi du temps et dans celui des élèves (internes). En échange, je reste souvent tard, jusqu’à 19h, pour les aider. Mais je me sens utile. Et ils progressent.

Ca ne donne pas une solution à tout, mais on avance dans le bon sens.

Donc oui, j’adore l’aide aux devoirs. Les élèves aussi !

J’adore…réussir ma rentrée (ou l’aide aux devoirs) (Publié le 1er novembre 2014 sur le blog « J’adore mon job »)

Les prochains billets vont vous parler de ma rentrée. Tout n’a pas été rose, mais c’est une des (la ?) plus belles et plus intéressantes que j’ai vécues, j’ai beaucoup à partager.

Mon établissement est un internat. Les élèves ont donc du temps pour travailler dans l’établissement puisqu’ils ne le font pas chez eux.

Plutôt que de mettre ce temps de façon classique de 5 à 6 voire 7, le parti-pris a toujours été de l’intégrer à l’emploi du temps, qui du coup s’élargit au-delà de 5h de l’après-midi.

Cette année, notre Proviseur a décidé d’intégrer une demi-heure de « travail », permanence, étude dirigée – peu importe le nom – à l’horaire de certaines matières dont la mienne, l’anglais.

Je me retrouve donc avec mes 3h classiques, plus une demi-heure. J’ai concrètement 2 fois une heure, et une fois une heure et demie. L’engagement pris par les enseignants était d’utiliser au moins une demi-heure de ces 3h30 pour faire de « l’aide aux devoirs ». J’ai choisi pour ma part de diviser cet horaire en 2, 45 minutes de cours, 45 minutes « autres ».

Au départ, cela m’inquiétait un peu d’avoir une heure trente. Est-ce que cela n’allait pas être trop long ? Nos élèves en difficulté allaient-ils adhérer ?

J’ai choisi de faire cours sur la première partie, et d’accompagner leur apprentissage du cours (en anglais, il faut pratiquer, mais aussi apprendre). Tout le monde doit apprendre, puis chacun utilise le temps comme il le souhaite : pour pratiquer, pour finir quelque chose, recopier un cours manquant, lire en anglais, écouter des ressources, créer des ressources, créer des fiches mémos. Les élèves ont d’emblée adhéré. J’ai pu travailler avec eux sur ce que ça veut dire « d’apprendre son cours ». J’ai donné diverses méthodes pour mémoriser. Certains, les plus petits, ont beaucoup aimé aussi venir me réciter ce qui était à apprendre, ou me montrer leur cahier.

En seconde, après une première interrogation de cours, une élève m’a dit : « Mais en fait, c’est facile d’apprendre ! Ca marche votre truc ! Pendant des années, je m’y suis mal prise ! » Cet aveu m’a beaucoup touché, et en même temps énormément chagriné. N’avons-nous là pas raté l’essentiel si une élève de 2nde découvre seulement cette année-là comment apprendre ? L’arrivée dans le projet de socle commun d’une section là-dessus me fait très plaisir, je dois dire.

Mes petits 6e, mais aussi les 4e ont bien peu d’idées sur ce que veut dire apprendre un cours, et surtout comment on fait. Ils pensent aussi qu’ils sont « nuls », pas adaptés à l’école et ont une très médiocre image d’eux-mêmes. S’ils n’arrivent pas à apprendre alors que d’autres savent faire, c’est forcément que quelque chose ne va pas chez eux. Ce sont bien souvent des élèves qui pour diverses raisons ne sont pas aidés à la maison. On touche là pour moi un point essentiel. En donnant des devoirs à la maison, des exercices, on favorise certains élèves : ceux qui réussissent déjà à l’école, ceux qui peuvent être aidés par leurs parents, et on laisse de côté ceux qui n’y arrivent pas et pour qui on devrait être là. Ceux-là mêmes pour qui l’école telle que je la conçois doit être là.

Attention, je ne dis pas que les élèves ne doivent rien faire en dehors du cours. Mais à mon sens ce qui est donné en dehors du cours doit être très réfléchi et ne doit pas placer les élèves dans une situation qui amène de l’inégalité et qui les met en difficulté si personne n’est là pour les aider.

La classe inversée m’a aussi beaucoup apporté, je donne à faire hors du cours des choses simples, regarder une vidéo portant sur un point dont ils auront besoin, quelque chose à lire, puis on fait le point en classe et on utilise ces connaissances pour pratiquer la règle. Je donne à faire quelque chose qui aidera l’élève pendant le cours, qui lui permettra d’avancer. Parfois, mes 45 minutes servent aussi à cela pour ceux qui ne peuvent pas le faire hors de la classe (pas d’accès à Internet par exemple). Mais je reviendrai dans un autre billet sur la classe inversée.

Je perdrai sans doute un jour cette demi-heure en plus, mais je pense que je militerai alors pour 2 créneaux de 1h30 durant lesquels j’aiderais les élèves à faire le travail que l’on donne à faire normalement « à la maison ».

On a donc beaucoup travaillé sur comment apprendre et quoi. Qu’est-ce que ça veut dire savoir un cours ? Savoir un mot, c’est savoir ce qu’il veut dire, savoir le dire, savoir l’écrire ? Les 3 ? Ah bon, Monsieur ? Les évaluations orale ou écrites de cours sont vécues différemment depuis aussi. Ce moment commun de « travail » est devenu un vrai moment de plaisir. On fait cours, et après on apprend. Est-ce que je perds du temps? Je ne crois pas. Et puis cela pacifie énormément le déroulement du cours. Les élèves savent que je serai là, pour aider, pour expliquer à nouveau, pour clarifier, même après le cours classique. Bref, que je serai leur professeur. Pleinement.

Céline ne donne pas de « devoirs » mais propose des activités

Tout d’abord peux-tu te présenter en quelques mots ainsi que ton contexte de travail ?

J’ai commencé ma carrière en 2002. Je suis depuis 7 ans directrice d’une école de 6 classes en région parisienne et j’enseigne en classe de cycle 3. Le public est dit « socialement mixte », la grande majorité des parents travaille, souvent jusque tard le soir.

Concrètement que donnes-tu en devoirs à tes élèves ? (type, quantité, fréquence, organisation…)

Je ne donne à mes élèves aucun devoir : quel mot péjoratif, je trouve… un devoir, après 8h voire 11h de collectivité dont 6h d’apprentissage… dans ce cadre, ce mot s’apparente à corvée, non ?
En revanche je leur propose des activités, celles-ci pouvant se faire sur le temps de classe (sur les 15 premières et 15 dernières minutes de la journée).
Proposer est un terme choisi : si les activités ne sont pas faites, les élèves savent que je ne les blâmerais pas.
Je leur exprime mon souhait en début d’année :
– lire tous les jours 20 minutes, le choix du support étant libre : roman, album, bande-dessinée, etc. Je les aide si besoin dans le choix, je leur prête les livres s’ils n’ont pas la possibilité d’aller à la médiathèque, etc.
– je leur propose aussi une liste de sites et/ou d’applications gratuites via notre Espace Numérique de Travail permettant de travailler en calcul mental de manière ludique.
– régulièrement, ils relisent les leçons apprises en classe, et peuvent visionner les capsules vidéos associées.

Quels moyens mets-tu en œuvre pour que ces devoirs soient faisables par tous ? Comment gères-tu ceux qui ne les font pas ?

Ces activités sont accessibles à tous : il serait paradoxal pour moi de différencier ma pédagogie sur le temps scolaire et de proposer à tous la même chose alors que je ne suis plus aux côtés des élèves pour les aider. La différenciation en lecture se fait en variant le support, et les différents jeux de calcul mental prennent en compte les progrès de l’élève pour les faire évoluer à leur rythme.

Si tous, dans un premier temps, ne font pas les activités, le moment de mise en commun les y incite : nous prenons 5 minutes le matin pour partager nos progrès, notre avancée dans l’intrigue du livre en cours, ou notre avis sur la capsule vue la veille au soir. C’est ce temps qui est aussi formateur, si ce n’est plus, que celui de l’activité.

Comment présentes-tu cela à tes élèves ? À leurs parents ?

Je ne rencontre aucune difficulté à partager cette vision avec les élèves, c’est en revanche beaucoup plus délicat avec les parents : ne pas donner de devoir est un acte de résistance ! J’expose mon fonctionnement lors de ma réunion de rentrée en tentant de convaincre les irréductibles mais je ne me fais pas trop d’illusions : certains investissent sans doute dans de célèbres cahiers de révisions quotidiennes… peu importe, je propose aux parents qui voient les devoirs comme un « moment de partage » (déjà entendu !) de profiter de ces 15 ou 30 minutes gagnées pour faire un jeu de société en famille. Autant dire, s’il fallait le préciser, que peu de mes élèves ont eu la chance de jouer en famille…
Pour beaucoup les devoirs sont synonymes d’efficacité et de réussite en classe. Une enseignante ne donnant pas de devoir est vue comme laxiste, peu exigeante voire cataloguée « mauvaise maitresse ».

Quels effets observes-tu sur les élèves (et éventuellement sur les parents) dans ta façon de gérer les devoirs ?

Le rythme scolaire est perpétuellement source de débat. En l’occurrence ma gestion des devoirs fait que l’élève retrouve après l’école un temps à la maison calme et sans tension. Il se réapproprie ses loisirs sans avoir la contrainte d’un travail attendu par l’enseignante pour le lendemain.
Les devoirs sont devenus le lien entre l’école et les familles. Ce lien ne peut-il donc pas se créer autrement ?
En début d’année j’invite tous les parents qui le souhaitent à passer avec nous 1h, 2h voire une demi-journée pour ceux qui le peuvent. Depuis 4 ans que je propose cela, environ 1 ou 2 familles/an seulement sont venues en classe, et ce n’est malheureusement pas mes irréductibles qui estiment que « je couve trop les élèves ».

Tes collègues font-ils comme toi ? Quel est leur regard sur ta façon de faire ?

Il a fallu plusieurs années pour que la quantité de devoirs des collègues diminuent. Nous n’avons pas la même manière de fonctionner. Des pratiques perdurent , et pour certaines collègues, l’association « devoirs = maîtresse sérieuse » est tout aussi ancrée que pour certaines familles.

Comment ta vision des devoirs à la maison a-t-elle évoluée au cours de ta carrière ?

Au début de ma carrière, je reproduisais ce que j’avais pu voir lors de mes stages. Je donnais à mes élèves quelques opérations, de la lecture avec questionnaire à l’appui, voire (« halte-là, malheureuse ! » ) un exercice de grammaire.
Puis, comme tout le monde, je me suis construite en tant qu’enseignante, je fais évoluer mes pratiques.
Le plus difficile est d’assumer ce choix vis-à-vis des parents.

Qu’est-ce-que tu souhaiterais encore améliorer dans ton dispositif ?

Je me nourris des échanges de pratiques et des témoignages de collègues, il me reste énormément à apprendre, rien n’est figé !

Qu’est-ce-que tu conseillerais à un jeune collègue débutant pour aborder cette question ?

Ne pas confondre « devoirs à la maison » et apprentissages, c’est la clé !

Céline Martinage, École Pablo Picasso à St Michel sur orge

Pas de devoirs en lycée pro, Marie Anne nous explique son choix

Enseignante en économie gestion en lycée professionnel au Lycée des Métiers Jean Caillaud à Ruelle sur Touvre depuis 10 ans, j’ai débuté ma carrière (14 ans à ce jour) en MFR (Maisons Familiales et Rurales) puis suis passée par un centre de formation des apprentis. J’ai aussi enseigné l’anglais en collège pendant deux ans avant de choisir d’enseigner l’économie gestion.

Je n’ai jamais donné de devoirs à la maison à mes élèves, qu’il s’agisse des apprentis, des collégiens ou bien maintenant de mes lycéens. Ne pas donner de devoirs à mes apprentis me semblait une évidence car leur semaine de travail est déjà assez chargée. Même si leur temps de formation est moins conséquent qu’en lycée, je ne voyais pas vraiment comment ils auraient pu s’organiser pour travailler en plus à la maison !

Quand j’ai commencé à enseigner en collège, je n’ai pas non plus voulu donner de devoirs à la maison. Surprenant peut-être ! En fait, j’ai le souvenir ému du premier professeur pendant ma scolarité qui nous avait dit : « vous n’aurez pas de devoir à la maison ! » Non seulement ça avait été une énorme surprise mais en plus une vraie libération ! Je suis la première bachelière de ma famille. Faire les devoirs à la maison relevait parfois du cauchemar car il n’était pas facile de trouver quelqu’un pour m’aider. Dans certaines matières, je sentais un peu la détresse de mes parents qui ne savaient comment m’aider, n’en avaient d’ailleurs pas toujours le temps ou bien exprimaient le regret de ne pas avoir pu poursuivre des études car, à l’époque… (un certificat d’études pour mon père et un apprentissage de couturière pour ma mère). Cela m’a-t-il marqué au point que je me dise qu’il y avait quelque chose d’un peu injuste dans le fait de donner des devoirs à la maison ? Très certainement !

Au-delà de cette injustice (qui peut aider l’enfant, l’adolescent quand il a des devoirs parfois un peu complexes à faire ?), il me semble que nos adolescents ont des semaines chargées. J’enseigne dans un lycée avec une population défavorisée. Il n’est pas rare qu’à la sortie des cours, les premières préoccupations soient d’aller chercher petits frères ou sœurs, de faire les courses, d’aider à la maison, etc. et qu’à tout ceci s’ajoute le fait de gérer le manque d’espace dans la maison ou l’appartement familial. Dans ces conditions et compte tenu du fait que nos lycéens en voie professionnelle cumulent parfois jusqu’à 32 heures de cours par semaine (grand choc quand ils débutent en seconde), il est, pour moi, impensable de leur rajouter une charge de travail.

Qui plus est, j’ai en face de moi des élèves qui arrivent avec un sentiment d’échec (le discours : « tu ne travailles pas assez, tu n’as pas assez de capacités… donc tu iras en lycée professionnel » a la vie dure). De ce fait, mon premier travail est de leur redonner confiance mais aussi de leur redonner de l’envie, du goût, du plaisir même à aller à l’école ! Cela ne passe certainement pas par un travail à la maison, souvent peu ludique, voire rébarbatif, mais plutôt par des activités en classe qui leur redonneront confiance en eux et les valoriseront.

Alors effectivement, je suis souvent pour ne pas dire toujours en porte-à-faux avec de nombreux collègues pour ne pas dire tous !

Mais qu’il m’est pénible de voir sur un bulletin : « la moyenne est mauvaise car plusieurs devoirs maison n’ont pas été remis » ou encore pire : « zéro car devoir non rendu » ! Mais le problème des appréciations sur le bulletin est aussi un vaste et autre sujet ! Pour moi, ce genre de comportement relève de la double peine ! Le jeune a un devoir à faire à la maison, ce qui, bien sûr, ne l’enchante guère dès le départ (je le comprends !) mais en plus il se voit attribuer un beau zéro en guise de notation pour un trimestre voire un semestre ! Concrètement, j’ai du mal à voir le bénéfice !

J’avoue m’être battue un peu au début pour tenter de faire comprendre à des collègues que je trouvais ça particulièrement injuste. Mais j’ai honte d’avouer que j’ai baissé les bras au nom de la sacro-sainte liberté pédagogique ! En même temps, je peux aussi comprendre que, pour certains collègues qui ont une heure seulement par semaine les élèves, il n’est pas toujours évident de gérer un programme, des évaluations en classe et donc très certainement existe-t-il une quasi obligation d’avoir recours aux devoirs à la maison. Mais, à ce moment-là, pourquoi ne pas essayer d’y apporter un peu plus de souplesse ou du moins un peu plus de « fun » ?

Il existe maintenant des solutions plus « sympathiques » pour évaluer non ? J’utilise plutôt Plickers par exemple pour une petite évaluation ponctuelle plutôt que de leur donner quelque chose à la maison.

Depuis presque deux ans, je me suis lancée dans l’aventure de la classe inversée, ce qui sous-entend de travailler un peu à la maison. Mais, comme le dit si justement Marcel Lebrun (notre référence à tous) il existe plusieurs classes inversées !

Me lancer dans la classe inversée remettait donc en cause tout ce que j’avais mis en place depuis que j’enseigne puisque pour moi c’était zéro travail à la maison. Mais la réaction de mes élèves a été absolument géniale et très encourageante ! En effet, le travail en amont dans ma classe inversée consiste à visionner une capsule puis à répondre à un quiz réalisé sur Google form. Ce qui, au pire, leur prendra une dizaine de minutes (3 à 5 minutes pour visualiser la capsule, 3 à 5 minutes pour répondre au quiz). Mais là encore, pas d’obligation de faire ça à la maison (puisque tout le monde ne dispose pas de moyen d’accès à Internet chez lui) et donc on peut prendre 10 minutes en début de cours pour que tout le monde en soit au même point. En fait, les élèves trouvent ça plus sympathique à faire qu’un devoir maison « classique » et ont vite pris le pli de visionner la capsule et de compléter le quiz. C’est même moi qui avais plus de réticence qu’eux au début. Ce à quoi, l’un d’entre eux a répondu : « mais Madame, vous rigolez, 10 minutes, on peut quand même faire ça pour vous ! ». Mais c’est surtout qu’ils peuvent le faire avec leur smartphone, avec leur tablette, dans le bus, à la maison, dans la cour… Il y a un côté « pratique » à ce type de devoirs à faire à la maison. Mais non ! Rien que le nom « devoirs » me gêne toujours autant ! On crée l’obligation alors que moi je recherche le fait que le travail à faire se fasse par choix. C’est aussi cela que m’apporte la classe inversée.

Donc, si je devais démarrer ma carrière aujourd’hui, j’essaierais d’abord de voir ce qui se fait, ce que le numérique peut m’apporter comme avantage. Je testerais, je tenterais mais surtout, surtout, je ferais en fonction du ressenti de mes élèves et de l’envie que je décèlerais chez eux.

Car, oui, cette année, et pour la première fois depuis que j’enseigne en lycée professionnel, j’ai eu une petite Laurine, élève de seconde, qui me demandait et me redemandait du travail. Heureusement, elle avait accès à des missions que j’avais préparées dans le cadre de ma classe inversée en économie droit. Elle a réalisé beaucoup plus de missions que la plupart de ses camarades de classe mais en tout cas, elle les a réalisées parce qu’elle en avait envie et que cela lui faisait plaisir. Après, la question de la notation se pose mais en l’occurrence j’ai valorisé son travail.

Donc concrètement, le travail en dehors de la classe, cela passe par une véritable envie de l’élève et aussi une possibilité de le valoriser plutôt que de le rabaisser. Cela reste ma ligne de conduite et ce que j’ai envie d’améliorer encore et encore : voir mes élèves arriver avec de l’envie en cours d’économie gestion et pas avec la peur au ventre parce que les devoirs maison n’ont pas pu être faits. Enfin, tel est mon sentiment mais compte tenu du retour que je peux observer chez mes élèves, je pense être dans le vrai !

Marie Anne Dupuis, Professeur Economie Gestion, Académie de Poitiers