Bérénice CPE, a commencé par des études de psycho…

Après l’obtention d’un Baccalauréat ES mention allemand européen, vous prenez la direction de la faculté des lettres et sciences humaines afin d’y préparer une licence de psychologie. Qu’est ce qui a présidé, selon vous, au choix de cette discipline universitaire ?

Au lycée, je n’avais pas de projet précis d’avenir. Une faculté me paraissait être un choix judicieux car cela restait assez général et dans mes capacités. Plusieurs métiers m’intéressaient, je m’imaginais volontiers journaliste spécialisée dans le domaine du cinéma, psychologue, avocate ou dans l’enseignement avec déjà le métier de conseiller principal d’éducation en tête. J’hésitais surtout entre faculté de psychologie et faculté de droit à l’époque. Mon entourage me qualifiait de personne à l’écoute, empathique. Je pense honnêtement m’être dirigée vers la psychologie plus parce que la famille et les amis m’y voyaient plutôt que par réel engouement. Finalement c’était bien vu de leur part, j’ai beaucoup apprécié ces années en psychologie.

Dans le cadre de votre master de psychologie, vous avez suivi un stage auprès d’une CPE dans un collège de centre-ville puis auprès d’une psychologue clinicienne exerçant en centre hospitalier. Quelle analyse comparative de ces deux expériences pourriez-vous nous présenter ?

Après une licence de psychologie au sens large il faut se spécialiser, je me suis orientée dans un Master de psychologie sociale. Au premier semestre, nous avions le droit de réaliser notre stage dans le domaine que nous voulions. Je ne me sentais plus spécialement à ma place dans cette spécialisation, j’ai donc voulu apprendre à mieux connaître un métier qui m’attirait depuis longtemps : CPE.

Au second semestre, il fallait avoir obligatoirement un psychologue comme tuteur. Je suis allée dans une unité de soins palliatifs en hôpital. Étrangement, ces deux stages avaient des similitudes : l’hôpital et l’école sont deux institutions où différents personnels travaillent ensemble dans le but d’accompagner au mieux des patients ou des élèves.

Vous prenez la décision ensuite de préparer le concours CPE à l’Espé alors que le projet de devenir PsyEN semblait tout aussi cohérent. Qu’est ce qui, selon vous, a fait pencher la balance ? Diriez-vous que votre « héritage » familial a joué un rôle dans cette orientation ?

Plus je découvrais la psychologie sociale du travail moins j’avais d’appétence pour cette spécialisation. Devenir PsyEN supposait que je reste dans ce master et que je le termine. Ce métier ne m’attirait pas assez pour continuer dans des études que je n’aimais plus. CPE m’avait toujours parlé et la formation en psychologie était plus que cohérente pour ce métier où l’empathie est primordiale. J’avais peur de ne pas être assez âgée pour réussir le concours. Le stage en unité de soins palliatifs m’a ouvert les yeux. J’ai compris que la maturité et l’âge étaient différents et que j’avais la maturité requise pour pouvoir prétendre au métier de CPE.

Il est certain que le fait d’avoir des parents dans l’éducation nationale a été le principal moteur de cette motivation pour devenir CPE. J’ai grandi dans l’univers de l’éducation c’était familier et ce monde me plaisait.

CPE stagiaire en lycée cette année, vous êtes profondément attachée à la dimension pédagogique du métier de CPE. Sur quelles thématiques citoyennes ressentez-vous aujourd’hui des besoins de formation ?

J’apprécierais d’être formée pour pouvoir réaliser des interventions autour de la question de l’égalité filles-garçons mais aussi sur la sexualité. Il s’agit de concepts transversaux vus dans différents enseignements mais je pense que réaliser une intervention en classe sur ces thèmes précisément est aussi très important. Et effectivement, je conçois mon métier comme éducatif et pédagogique, le CPE est donc légitime dans ce genre d’activité.

L’animation socio-éducative est aussi au cœur de vos motivations. Si vous deviez proposer un club dans un de vos futurs établissements, quelle en serait l’activité-phare ? Pourquoi ?

Je pense que tous les CPE exercent différemment leur métier et que les goûts et passions ressortent dans la pratique et ce notamment lorsqu’il s’agit de proposer des clubs. Personnellement, ma grande passion restera toujours le cinéma, son analyse, sa critique et la façon qu’il a de refléter nos sociétés. J’adorerais proposer aux élèves un club cinéma. Je suis convaincue que l’analyse de film peut éclairer certains éléments ou évènements de notre société et ce de façon ludique. De plus, l’avis des enseignants sur les films choisis serait très important car ils pourraient étayer ou approfondir des choses vues en classe.

La vie professionnelle réserve parfois de belles surprises, des opportunités à saisir. Comment imaginez-vous l’évolution de votre carrière ? Dans quelle peau professionnelle vous voyez-vous dans une quinzaine d’années ?

Avoir réussi le concours de CPE et être aujourd’hui CPE est quelque chose qui me comble professionnellement parlant ! Je m’imagine déjà faire ce métier à fond : collège, lycée, varier les villes, varier les contextes… Cela me plairait d’intervenir à l’Espé aussi, pas comme formateur mais pour aider les futurs CPE à la préparation du concours par exemple. Et si un jour j’ai le sentiment d’avoir fait le tour de mes capacités ou de mes projets en tant que CPE, pourquoi pas se lancer dans le concours de personnel de direction ! Mais ça, ce n’est pas pour tout de suite !

Bérénice GURGEY, CPE stagiaire dans l’académie de Besançon

Des études de droit à CPE, le parcours de Chloé

Durant votre scolarité secondaire, vous avez rencontré divers visages de CPE au collège et au lycée. Quels souvenirs gardez-vous des personnels d’éducation en poste dans les établissements que vous fréquentiez ?

J’ai effectivement rencontré plusieurs CPE durant ma scolarité. Compte tenu de la diversité des CPE que j’ai pu rencontrer à la fois au collège et au lycée, je me suis rendu compte que finalement, la fonction de CPE peut en fait s’incarner de manière très différente en fonction de la personne qui l’exerce, et de la personnalité de chacun. Bien que chacun a les mêmes missions à conduire, chaque personne incarne le métier à sa manière, en fonction de sa personnalité. Finalement, je pense qu’il existe autant de CPE que de manières d’incarner la fonction. Cela est à mon sens une richesse dans ce métier.

Après un bac ES, vous vous dirigez vers des études universitaires de droit. Pourquoi ce choix ? Avec le recul, quels ont été les apports d’une telle discipline ? Avez-vous envisagé à un moment donné de devenir avocate ?

Je me suis dirigée vers des études de droit, car je ne savais pas encore vraiment à la fin du lycée quel métier je voulais exercer, une fois dans la vie active. Mais, le droit était un domaine qui m’intéressait. Les matières, en licence, sont assez diverses et variées, et permettent de se construire une culture et de comprendre le monde qui nous entoure. C’est d’ailleurs dans cette optique que j’ai choisi l’option droit public, car cela permettait vraiment d’étudier le fonctionnement des institutions, le sens des lois qui ont cours dans notre société… Avec le recul, avoir effectué une licence de droit m’a permis d’acquérir un certain sens critique, de la réflexion, et une certaine rigueur, ce qui m’est réellement utile aujourd’hui en tant que CPE stagiaire.

Parallèlement à vos études à la FAC, vous découvrez la fonction d’AED dans un lycée pendant 2 ans. Vous-êtes-vous vu confier par vos CPE des responsabilités supplémentaires, des dossiers particuliers ? Lesquels ? Quel regard portez-vous sur l’animation à l’internat ?

Ce sont en fait ces deux années en tant qu’AED au sein d’un lycée qui m’ont réellement donné envie de devenir CPE. Lorsque l’on est AED, nous avons une posture encore différente par rapport aux élèves, et ce encore plus dans le cadre d’un internat, qui est en quelque sorte la seconde maison des élèves. Notre rôle est alors de faire en sorte que les élèves se sentent bien au sein de l’établissement, tout en y faisant respecter les règles. Lorsque j’étais AED, j’ai pu dans ce cadre animer un atelier « gym », à destination des élèves internes. Cela m’a permis en outre de développer une relation particulière avec les élèves que j’encadrais, puisque ces séances étaient en fait des moments importants d’échange avec les élèves, et de dialogue. En cela, l’animation dans un internat doit à mon sens faire l’objet d’un réel projet éducatif, partant des besoins des élèves tout en leur permettant de réussir scolairement.

Vous préparez ensuite un Master MEEF et, dans le même élan, le concours externe de CPE. Quelles ont été vos motivations pour envisager d’épouser une telle fonction ? Comment avez-vous vécu les épreuves du concours, en particulier les épreuves orales à Bordeaux ?

J’ai souhaité passer ce concours car je me sens réellement en accord avec les valeurs que véhicule l’école. Ces valeurs permettent de donner un sens à notre travail. De plus, le métier de CPE est relativement riche, il permet de travailler en équipe et d’accompagner tous les élèves durant leur scolarité, ce qui est une mission qui me touche particulièrement. Il s’agit vraiment d’un des seuls métiers dans lequel je me suis projetée. Lorsque j’ai passé le concours externe, je savais que c’était un concours assez compliqué à avoir. J’ai beaucoup travaillé, et cela n’a pas toujours été facile lorsque l’on sait le niveau de sélectivité et d’exigence de ce concours. Concernant les épreuves orales à Bordeaux, même si cela était très stressant, l’entrainement dans le cadre du master m’a permis de mieux gérer ce genre d’épreuves, qui peuvent être par ailleurs très déstabilisantes. J’ai donc pu aborder ces épreuves sereinement, du moins je pense avoir été bien préparée à ce type d’épreuve.

Depuis la rentrée de septembre, vous avez été nommée fonctionnaire-stagiaire CPE dans un lycée de Besançon. Quelles sont vos premières impressions après quelques mois d’exercice ? Quel est le domaine dans lequel vous vous sentez le plus à l’aise ?

Mes premières impressions après quelques mois d’exercice sont positives. J’appréhendais un peu le fait d’être dans un grand établissement, mais finalement, je me sens bien et pense m’être bien installée et adaptée au fonctionnement. On se rend compte durant les premiers mois d’exercice que le métier de CPE est un métier très enrichissant, mais qu’il convient également de savoir absolument prioriser les choses afin de gérer au mieux son temps. Il n’y a pas vraiment de domaines dans lesquels je me sens moins à l’aise.

Vous encadrez régulièrement des enfants et des adolescents à travers une activité sportive. Laquelle ? En quoi ce coaching contribue à votre épanouissement ? Envisagez-vous de proposer cette activité en établissement en lien avec les professeurs d’EPS ?

En effet, même si le temps ne me le permet plus aujourd’hui, j’ai pendant longtemps encadré des jeunes adolescents dans un club de gymnastique artistique féminine, sport que j’ai pratiqué pendant des années. Cela m’a beaucoup appris, car en tant qu’entraineur, nous sommes également dans l’accompagnement, le conseil de jeunes adolescents, qui ont également parfois besoin d’être rassurés. Le sport permet de vivre des émotions bien particulières, qui m’ont également permis de trouver un équilibre. Même si je ne pratique plus cette activité à l’heure actuelle, j’exerce toujours d’autres sports (course, sports collectifs…), je ne m’imagine pas sans. Le fait de s’associer avec des professeurs d’EPS pourrait s’avérer intéressant, notamment afin de développer la coopération entre élèves, ce que rend possible la pratique du sport.

Avez-vous une idée d’un chantier professionnel à investir à moyens termes ?

Pour l’instant, en tant que CPE stagiaire, je souhaite me consacrer entièrement au fait de découvrir toutes les facettes du métier, et de me former au mieux pour l’année prochaine si je suis titularisée cette année. Pourquoi pas plus tard former et accompagner les futurs AED…

Chloé Thomas, CPE stagiaire dans l’académie de Besançon

Le cheminement de Caroline, CPE

Lors de la préparation du MASTER MEEF, sur quel domaine a porté votre mémoire ? Quelles grandes conclusions en avez-vous tirées ?

« En quoi les pratiques du Conseiller Principal d’Education au sein de l’instance du Conseil de la Vie Collégienne en éducation à la citoyenneté des élèves contribuent au déploiement de la démocratie scolaire ? » était la question de départ de mon mémoire de recherche.

Essais de la pédagogie institutionnelle de René Laffitte trouve une résonance particulière avec le sujet. Il y a 3 caractéristiques communes entre le courant et les mots-clés de la problématique :

  • « des activités qui accrochent le désir » car les CPE engagés dans le CVC (Conseil de Vie Collégienne) et la citoyenneté y croient, sont motivés.
  • « Des institutions variées » : diversité des établissements eux même et diversités des CVC (modalités élections des membres, thèmes des projets…)
  • et la dernière caractéristique « institution instituante, le conseil, qui permet de verbaliser les vécus divers des situations et de modifier ces situations qui influeront à leur tour sur les comportements, de faire bouger les choses sans que tout s’écroule »

En conclusion, j’émets l’hypothèse que si l’instance CVC est considérée en amont par le CPE et la communauté éducative comme une « institution instituante » au sens de René Laffitte, où les trois champs de réflexion et de pratique de l’éducation à la citoyenneté : droits et devoirs/vivre ensemble/démocratie sont mis en œuvre, alors le déploiement d’une démocratie collégienne serait réelle et permettrait de pallier à la diversité des contextes, surcharge du quotidien, conceptions protéiformes de la citoyenneté…. À vérifier par la suite.

Vous semblez attachée à la dimension pédagogique du CPE. Dans quel sens peut-on dire que le CPE est un pédagogue ?

La dimension pédagogique du CPE, de l’ancien CE ou Surgé était déjà présente, peut être de façon moins officielle, plus enfouie… les professionnels éducatifs n’ont pas attendu d’avoir des convictions et pratiques pédagogiques. Avant de passer par les premières formations collectives des délégués, par les séances de formation au vivre ensemble en vie de classe, le dispositif devoirs faits… la dimension pédagogique du CPE s’exprime dans une situation quotidienne. Par exemple, le CPE reçoit un élève exclu de cours. L’élève arrive en colère dans le bureau et a un langage verbal aux résonances vulgaires… Au delà de la mission qui est d’apaiser la situation sur le moment, travailler la reconnaissance des torts, la remise en question… En tant que CPE , à mon petit niveau, je vais aussi reprendre l’élève sur les mots qu’il emploie, parler un peu de français sans m’en rendre compte, aborder sa façon de parler, travailler son argumentation, son analyse… Tout cela pour dire, que la dimension pédagogique du CPE est partout et au même titre que la dimension éducative de l’enseignant est aussi présente. Sans nous en rendre compte bien souvent, nous sommes dans des situations pédagogiques et éducatives à la fois.

Diriez-vous que vos expériences d’assistante d’éducation ont confirmé votre motivation pour devenir CPE ? Dans quelle mesure ?

Bien sûr, mon expérience d’assistante d’éducation a complètement confirmé mon ambition. Je dirais que c’est une histoire « humaine », faite de rencontres. Je dirais que c’est l’intérêt que je portais pour la vie des élèves qui a été tout de suite le principal leitmotiv. Les tâches n’étaient pas toujours glorieuses mais ce n’était pas grave parce que je savais que c’était important pour l’élève. En second lieu : le climat entre tous les personnels y était pour quelque chose. Une équipe ouverte et en soutien de la vie scolaire lorsqu’elle en avait besoin, une amicale du personnel hyper active…. Enfin, j’ai été un peu moins de trois ans assistante d’éducation. Pendant ce temps, j’ai côtoyé 6 CPE. Si le turn-over des chefs de service avait un impact négatif pour la stabilité, ça a eu le mérite de me permettre d’observer différentes manières de faire, d’être ; ce qui m’a permis de « piocher » chez les uns et les autres.

Si vous deviez identifier les points forts de votre année de stage en 3 mots-clés, quels seraient-ils ? Pourquoi sont-ils si révélateurs selon vous ?

Je distingue les points-forts en mots-clés mais aussi en terme de périodes :

  • la première période de l’année entre la pré-rentrée et les Vacances de la Toussaint : temps de diagnostic de terrain en tant que Fonctionnaire stagiaire et d’affirmation du changement de statut d’AED à CPE. L’enjeu était de me servir de mon expérience qui était certes un atout, tout en marquant une rupture rapidement car j’étais attendue sur ce changement. Ce sont les premières réflexions sur le « moi professionnel », qui suis-je, avec quelles valeurs… Grâce aux échanges avec les tuteurs ESPE et de terrain, le Chef d’établissement
  • le deuxième temps fort se déroule tout au long de l’année à mon sens. C’est le processus d’apprendre à connaître ses faiblesses et de les travailler. Les miennes sont de ne pas trop savoir dire non aux collègues, une tendance à faire à la place de l’autre ce que je devrais simplement conseiller de faire, ne pas assez me protéger, avoir du mal à partir à l’heure, manquer de confiance en moi, apprendre à me sentir légitime à ma place. C’est la poursuite de la réflexion sur le « moi professionnel ».
  • Enfin, la fin d’année scolaire avec l’inspection pour la titularisation et le temps des vœux de mutation. Il faut prendre l’inspection comme le moment où on vient voir ce que j’ai accompli, c’est un espace de reconnaissance. Enfin, il a fallu prendre la décision entre : j’ai une possibilité de rester dans le même établissement, puisqu’un poste de CPE titulaire est au mouvement, ou couper le cordon. La première possibilité ne m’aurait rendue aucunement malheureuse mais, j’ai écouté ma soif de découvrir un autre établissement, d’autres problématiques… Pour mieux grandir professionnellement, je pense m’émanciper pour mieux m’affirmer.

 

Quels projets pédagogiques en tête dans ce nouvel établissement ? Comment avez-vous défini vos priorités d’action ?

Depuis 1 mois, je suis CPE dans un Lycée Professionnel des métiers du bâtiment et de l’hôtellerie, restauration. Je suis heureuse de développer mes connaissances et compétences en matière de lutte contre le décrochage scolaire, sur l’orientation des élèves, dans le service de l’internat et ce sont mes priorités d’actions. La gestion du quotidien c’est la priorité, il ne faut pas se leurrer, pour autant, l’éducation à la citoyenneté des élèves fait partie aussi de nos missions fondamentales. Actuellement, c’est le temps des élections au CVL. Le projet pédagogique à venir cette année scolaire ? L’idée viendra avant tout des élèves et de leurs envies. Le CVL c’est leur instance, et non la boite à projets du CPE. Je vous confie une toute première idée qui vient des élèves candidats : décorer les murs du Lycée qui leur semblent bien tristes. Ça ne parait pas extraordinaire comme cela, mais en développant cette idée, ce projet permettrait de faire en sorte, que les élèves se sentent un peu mieux dans leur établissement, que ça leur donne un peu plus envie d’y venir et d’y rester. L’idée venant des élèves, leur participation active à cet éventuel projet au sein ferait que le processus démocratique en route serve les causes premières de l’établissement : le climat scolaire, la lutte contre le décrochage.

C’est une belle carrière qui s’ouvre pour vous… Vous vous voyez où et dans quel peau professionnelle en 2033 ?

En 2033, je serais toujours dans l’Académie d’Amiens ou pas. Avant de penser à 2033 d’abord, je veux asseoir mon expérience professionnelle en tant que CPE tout simplement. Je débute dans ma carrière et il faut rester humble. Si j’ai passé le concours de CPE, c’est parce que je voulais être CPE et veux continuer à l’être. Ensuite, un jour plus ou moins proche, je serais peut être frustrée d’être CPE « tout court ». Si je dois évoluer, je pense à poursuivre mon mémoire de recherche au-delà du Master si le sujet intéresse d’autres personnes. Le plus grand intérêt de la recherche est qu’elle serve l’institution. La recherche-action serait une hypothèse plausible. Transformer la première enquête exploratoire qualitative en la faisant évoluer vers une recherche quantitative aussi, pour tenter de répondre à mon hypothèse, vérifier ma conclusion actuelle me boosterait oui ! À court terme et pour m’aider à cheminer par exemples, cela me brancherait carrément d’être de nouveau dans le circuit du concours CPE, mais de l’autre côté de la barrière, en étant jury, ou encore construire une séance de formation par exemple sur thème de « la démocratie scolaire et ses espaces de possibilités » ou « l’entrée dans le métier, l’analyse de pratiques »pour les étudiants de l’ESPE, les fonctionnaires stagiaires. Ce serait aussi un beau défi mais là encore on ne s’improvise pas formateur qui veut, ça s’apprend…

Caroline Letot, CPE dans l’Académie d’Amiens

Le parcours de Lisa, CPE stagiaire

Quels liens voyez-vous entre votre propre scolarité et votre désir de devenir CPE ? Quels souvenirs avez-vous des CPE rencontrés dans votre parcours d’élève ?

Durant le collège, j’étais une élève ayant de grandes difficultés scolaires. Je m’opposais complètement à l’École, aussi bien dans mon attitude qu’au niveau de mon travail scolaire. J’ai redoublé ma troisième et je suis partie en BEP carrières sanitaires et sociales. Mais je n’étais pas plus épanouie. C’est lors de cette année en BEP que j’ai rencontré une CPE qui a cru en mes capacités et m’a aidée à rejoindre un cursus ordinaire, en seconde. Je suis intimement convaincue que mon désir de devenir CPE provient de cette rencontre et de mon passé scolaire plutôt chaotique. Aujourd’hui, j’ai le désir d’aider les élèves éprouvant de grandes difficultés à l’École, subissant leur orientation, à l’image de cette CPE qui m’a accompagnée dans mon processus de réorientation.

Titulaire d’une licence SLIC, vous avez approfondi les problématiques relatives à la transmission de l’information et à la communication. Dans quelle mesure les connaissances acquises à ce moment-là viennent-elles percuter l’exercice du métier de CPE ?

La communication, dans le métier de CPE, est primordiale. Ma licence en sciences du langage, information et communication m’a appris à comprendre la communication explicite mais également implicite. À travers certains mots, certaines phrases, certains gestes, certains regards, se cachent des émotions qui doivent être pris en compte.
De prime abord, il serait difficile d’allier cette licence au master que j’ai acquis ensuite (master encadrement éducatif), mais finalement, cela va de pair. La communication fonde le métier de CPE et je suis heureuse, aujourd’hui, d’avoir pu apprendre à comprendre ce qu’est la communication et les sciences du langage. Cela me permet de choisir mes mots lors des entretiens avec les élèves et de comprendre l’implicite, ce qu’ils n’arrivent pas à dire, à formuler…

Attachée à la notion d’accompagnement, vous vous êtes investie dans des métiers d’aide à la personne. Quels enseignements avez-vous retiré de cet engagement professionnel ? En tant que personne ? En tant que CPE ?

En effet, durant les vacances scolaires, j’ai travaillé avec des personnes âgées et/ou en situation de handicap. Ces expériences m’ont permis de développer une grande empathie, une capacité d’écoute et d’accompagnement. Ces qualités me paraissent primordiales et importantes dans le métier de CPE, mais également personnellement, au quotidien.

Ces expériences m’ont aussi appris que la solidarité et la fraternité sont des principes fondamentaux de notre société. De nombreuses personnes vivent seules, sans aucune compagnie. Écouter notre prochain, tendre la main, permet souvent de briser certains quotidiens difficiles. Ces principes doivent être enseignés aux élèves et le métier de CPE le permet.

Durant votre cursus universitaire, vous avez été recrutée comme assistante d’éducation dans plusieurs lycées de Besançon. En quoi ces expériences sont venues confirmer votre projet de devenir personnel d’éducation ? Quel regard portez-vous sur le fonctionnement de l’internat et sur ses enjeux pédagogiques et éducatifs ?

Être assistant d’éducation m’a permis de connaître véritablement le métier de CPE. Petit à petit, ce métier s’est imposé à moi : c’était lui et pas un autre. J’avais envie de pouvoir, moi aussi, faire ce métier qui se situe au plus près des élèves et des familles, d’évoluer au sein de la communauté éducative et, surtout, d’être force de propositions pour accompagner au mieux les jeunes.

Selon moi, l’internat est un lieu alliant éducation et pédagogie. C’est dans ce lieu-même que les adultes peuvent permettre aux élèves de travailler en toute sérénité, leur proposer des activités qu’ils ne pourraient pas forcément faire chez eux. C’est également un lieu permettant aux élèves de partager, de travailler ensemble, de se construire, d’apprendre à vivre en communauté… Ce lieu incarne les valeurs de la république et permet aux élèves de pouvoir s’investir dans une citoyenneté participative, grâce aux élections des délégués par exemple.

Inscrite à l’ESPE de Franche-Comté en Master MEEF, l’objet de votre mémoire portait sur les interactions verbales et para-verbales entre les CPE et les élèves. Pouvez-vous nous faire partager les grandes conclusions de votre recherche ?

Grâce à ce mémoire, alliant les connaissances acquises lors de ma licence et mon master, je me suis principalement intéressée aux « parlers-jeune » et aux malentendus qu’ils peuvent générer entre les adultes (ici les CPE) et les élèves. J’ai remarqué que ces malentendus étaient omniprésents dans les divers entretiens. La portée des mots, leur sens, n’est pas le même pour le jeune adolescent et l’adulte.

J’ai également remarqué que le statut « élève-adulte », pouvait engendrer un certain repli de la part des élèves, pouvant se fermer au dialogue.

Enfin, et surtout, je me suis intéressée au dialogue bienveillant et aux répercussions que celui-ci peut avoir sur la communication CPE-élève. Ce dialogue, dans tous les entretiens réalisés, a permis de créer une ambiance propice à la conversation, à l’échange, et à la confiance réciproque.

Lauréate du concours externe CPE 2018, vous venez d’être nommée dans un lycée professionnel du bâtiment. Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous en ce début d’année ? Quels sont vos objectifs 2019 ?

Je suis plutôt positive concernant ce début d’année. Petit à petit, je trouve ma place au sein de l’établissement et prends mes marques. J’ai été mutée dans un petit établissement, avec un effectif plutôt réduit, ce qui n’est absolument pas pour me déplaire.

Cette année, j’aimerais principalement apprendre sur le métier, sur les relations humaines au sein d’un établissement et adopter certains réflexes. J’ai envie de me préparer au mieux, pour être à l’aise l’année prochaine, si je suis titularisée.

Enfin, on ne pourrait vous définir objectivement sans parler de la place du sport dans votre vie. Quelle est votre activité préférée et en quoi vous ressource-t-elle ? Envisagez-vous des « ponts » entre cette passion et votre métier de CPE ? Sous quelles formes ?

Je pratique le sport depuis plusieurs années, particulièrement la course en haute montagne (trail). Cette activité me permet de m’évader et de « recharger les batteries » pour pouvoir affronter les tracas de la vie. C’est une vrai bouffée d’air frais.

Je pense qu’il est possible d’envisager des liens entre cette passion et mon métier, notamment à travers un travail collaboratif avec les professeurs d’EPS. Le sport est également un moyen de transmettre des valeurs fondamentales dans l’éducation des élèves : solidarité, persévérance, dépassement de soi… La semaine du « sport scolaire » peut être un moyen de réunir adultes et élèves autour de ces différentes valeurs, quelque soit le sport pratiqué.

Lisa Girard, CPE stagiaire dans l’académie de Besançon

Le parcours d’Arnaud, autiste Asperger élève de terminale STMG

La maman d’Arnaud, jeune autiste de 17 ans actuellement en terminale STMG, nous raconte son parcours scolaire. Une inclusion qui ne relevait pas de l’évidence mais qui s’est révélée tout à fait réalisable et profitable malgré les nombreuses réticences et obstacles rencontrés…

À chaque rentrée, c’est la même chose : on parle des réformes, des effectifs, et aussi, parfois, de l’inclusion scolaire des élèves porteurs de handicap. Une inclusion qui ne coule pas encore de source, treize ans après la loi handicap, notamment du fait du manque d’accompagnants pour ces enfants et adolescents à besoins particuliers.

Pourtant, l’inclusion, ça peut marcher même si c’est compliqué, même si ça demande des efforts. Ça a marché pour mon fils Arnaud, 17 ans, atteint du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme sans retard intellectuel.

Arnaud vient de faire son entrée en terminale STMG dans le lycée de secteur. Il part avec un bon matelas de 34 points d’avance pour le bac, après les épreuves anticipées de première pour lesquelles il a bénéficié d’un tiers temps et de la présence d’un AESH pour reformulation des consignes. Il n’a jamais redoublé, n’a jamais eu d’heure de colle ou de sanction, n’a jamais eu un seul retard. Et pourtant, tout n’a pas été simple et il a fallu sans cesse qu’il fasse ses preuves, année après année. Et l’école, il a bien failli ne jamais la connaître…

En maternelle, c’était la catastrophe : il ne restait pas en place, se levait pendant la classe pour sortir et restait en marge de ses camarades. Il refusait de suivre la moindre consigne. Ses cahiers restaient désespérément vides. Pour l’entrée en CP, nous avons constitué un dossier MDPH pour obtenir une AVS. Première difficulté pour nous : encaisser le « H » de l’acronyme, ce H qui veut dire handicapé…

C’est pendant les années de maternelle que nous avons débuté une prise en charge en CMPP, qui allait durer plusieurs années et s’avérer catastrophique, à l’image de cette première séance où le psychiatre nous a abruptement annoncé que notre fils serait incapable de suivre une scolarité ordinaire et que sa place était en IME (Institut Médico Educatif).

Nous avons été très chanceux car dès l’entrée en CP, Arnaud a bénéficié de l’aide de deux AVS, qui se relayaient au cours de la semaine, sur 18 heures. L’un comme l’autre étaient pleins de bonne volonté, mais sans formation, ils en étaient réduits à « naviguer à vue ».

Arnaud a aussi été suivi par un enseignant rééducateur dans le cadre du RASED1 pendant quelques séances.

L’AVS a été reconduite d’année en année, ce qui a permis à Arnaud de faire de très gros progrès sur le plan comportemental et scolaire. Le rôle de l’AVS consistait principalement à le rassurer et à reformuler certaines consignes trop abstraites.

La bienveillance des enseignants de l’école a par ailleurs joué un grand rôle dans cette évolution positive : ils ont souvent été désarmés, mais ils ont su trouver les mots et l’approche pédagogique pour lui permettre d’évoluer à son rythme, en tenant compte au maximum de ses particularités. Je leur en serai éternellement reconnaissante.

À l’école, chaque année a été rythmée par les réunions de l’équipe de suivi, une véritable épreuve pour nous : à chaque fois, on nous disait que si, jusqu’à présent, il avait réussi à s’en sortir à force de persévérance et de volonté, il en irait autrement l’année suivante, où de nouvelles compétences, plus compliquées, allaient être mobilisées. L’impression d’être constamment en sursis, alors pourtant qu’il ne déméritait pas.

Au moment de l’entrée au collège, un bilan réalisé dans un hôpital psychiatrique bien connu a conclu à la nécessité d’une prise en charge psychanalytique au long cours et à une orientation en hôpital de jour. Je dois préciser qu’à cette époque, alors qu’Arnaud avait 10 ans, le diagnostic n’était toujours pas posé par le CMPP, pour ne pas, nous disait-on, « figer les choses ».

Nous avons radicalement changé de prise en charge pour nous orienter vers les thérapies cognitivo-comportementales et refusé cette orientation en hôpital de jour. Nous avons opté pour le collège de secteur. Un choix qui s’est révélé payant, puisqu’il y a poursuivi une scolarité normale, en se situant toujours dans la moyenne de sa classe, et sans autre aménagement que la présence d’une AVS, 18 heures par semaine, puis 12 heures. On nous avait dit qu’il serait perdu dans un grand collège : il s’y est pourtant senti comme un poisson dans l’eau, mettant ses facultés de mémorisation au service de ses camarades pour leur indiquer leurs salles de cours et leurs emplois du temps !

Chaque année, j’ai conçu et distribué à l’équipe enseignante un petit fascicule de quatre pages expliquant simplement ce qu’est le syndrome d’Asperger et quelles en sont les manifestations chez Arnaud. Tous les enseignants m’ont dit s’en être beaucoup servi pour trouver comment aborder mon fils.

Tout n’a pas toujours été rose : il y a eu quelques moqueries, quelques incompréhensions, quelques difficultés d’intégration avec ses pairs, davantage d’ailleurs avec les élèves « têtes de classe » qu’avec les camarades moins scolaires. La scolarité en milieu ordinaire a exigé de nous, ses parents, certains sacrifices : nous avons mis en place une « machine de guerre » pour l’aider au maximum dans ses apprentissages. L’investissement a été immense, à coup de week-ends et de vacances sacrifiés pour réviser tout le programme, mais le jeu en valait la chandelle.

Après le collège, Arnaud a poursuivi sa scolarité au lycée de secteur, en seconde générale, malgré les doutes de l’équipe pédagogique – je serais tentée de dire « comme d’habitude » – sur ses capacités à investir les apprentissages au lycée. Comble de l’ironie : il a tellement bien investi ces apprentissages qu’en fin de seconde, quand nous avons opté pour une première technologique (STMG), qui correspond mieux à son profil, nous nous sommes entendu dire que nous manquions d’ambition !

L’ambition, nous en avons pourtant toujours eu pour lui, convaincus qu’il pouvait largement être à la hauteur. Même s’il a fallu parfois batailler pour le faire admettre aux autres. Le fait d’avoir été constamment en sursis et sommé de faire ses preuves lui a donné une motivation et une volonté que beaucoup d’élèves neurotypiques (non autistes) pourraient lui envier.

Tous les Aspies (autistes Asperger) n’en sont peut-être pas capables. Ce n’est que notre expérience, et je ne prétendrai jamais parler au nom de tous les parents, tant l’autisme a des visages divers, et tant les atteintes sont variables d’un individu à un autre. Mais je suis convaincue que la plupart de ces enfants ont les capacités d’évoluer, pour peu qu’on les aide, qu’on leur fasse confiance et surtout, qu’on ne les exclut pas par principe, du seul fait de leur différence.

Les Aspies ont souvent d’immenses ressources, des surcapacités qui peuvent être exploitées, mais cela suppose de s’adapter un peu à eux et d’être attentif à leurs rapports avec les autres. J’ai l’espoir que ce type de témoignage ne sera un jour plus nécessaire, parce que la scolarisation et la réussite de ces enfants seront devenus tellement naturelles qu’il n’y aura même plus besoin d’en témoigner. Ce jour-là, c’est la société tout entière, et pas seulement l’école, qui sera devenue inclusive.

1 Réseau d’aide spécialisée aux élèves en difficulté

Crédit image : Pixabay CCO Public Domain

Le parcours de Julie qui prépare le CAPES d’anglais

Quels sont les meilleurs souvenirs des professeurs d’anglais rencontrés dans votre scolarité ? Quel est le visage marquant qui vous remonte le plus ? Pourquoi ?

Pour moi, chaque professeur d’anglais que j’ai rencontré m’a apporté quelque chose. Chaque professeur d’anglais a une méthode d’enseignement différente, ce qui fait que chaque personne est marquante, à sa manière. Toutefois, le visage marquant de mon parcours est celui de mon enseignante au lycée, c’est également elle qui m’a donné l’envie d’enseigner, de par sa personnalité, toujours très posée.

J’ai eu cette enseignante tout le long de ma période lycéenne. J’ai eu l’occasion lors de mon année de première littéraire de choisir l’option Anglais en spécialité. Nous avons travaillé sur un livre, ce qui m’a donné l’envie de lire en langue étrangère, mais également d’enseigner l’anglais.

Lors de la préparation de votre Master MEEF, vous avez acquis des compétences lors des différents stages vécus en établissement. Lesquelles ?

La principale compétence que j’ai acquise est celle de la pédagogie. Durant ces différents stages, un en lycée et l’autre en collège, j’ai pu, d’une part observer, et d’autre part pratiquer le métier d’enseignant. Je me suis sentie très à l’aise devant une classe, malgré un peu d’appréhension au début.

Je me souviens d’une séquence que j’ai préparé de A à Z dont un des objectifs principaux était l’obligation et l’interdiction. Après avoir eu des retours sur ma préparation, j’ai donc pu me lancer ! Cette séquence m’a permis de faire travailler les élèves par groupe, mais également d’inclure les TICE : le collège étant doté de tablettes, j’ai fait travailler les élèves sur des exercices interactifs.

Cependant, le travail en groupes crée quelques débordements, notamment les bavardages, ou encore un seul élève qui travaille pour le groupe : je mettais donc en place un système de bonus/malus par groupe.

L’autre compétence acquise est celle de la bienveillance à l’égard des élèves et celle de la responsabilité, remarquée par plusieurs collègues : responsabilité de tenir une classe mais également la responsabilité de l’apprentissage.

Toutefois, j’ai pu remarquer une nette différence pédagogique entre le collège et le lycée : au collège, il faut absolument guider les élèves afin de veiller au bon apprentissage, contrairement au lycée où les élèves sont davantage autonomes.

Dans la cadre de la formation à l’ESPE, vous avez rédigé un mémoire sur le thème « la 2nde guerre mondiale dans la littérature et l’art américain ». Quelles grandes conclusions en sont ressorties ?

De par ce travail de recherche sur ce thème, grâce auquel j’ai acquis certaines capacités d’organisation, quelques conclusions en sont ressorties. La principale étant que ce sujet – la Seconde Guerre Mondiale – a touché beaucoup de personnes, et sur une durée de temps bien plus longue que la période de guerre. Elle se retrouve dans différents supports, notamment des supports iconographiques.

La seconde grande conclusion tirée de ce travail de recherche est que, en fonction de l’angle choisi par l’auteur, le photographe, le peintre ou toute autre personne traitant de ce sujet, le message à tirer est important et souvent lourd de sens.

Je n’ai pas d’exemple particulier pour illustrer ces propos : il y en a tellement ! Mais je me suis concentrée sur une photographe de l’époque en particulier, Lee Miller : ses clichés parlent d’eux-mêmes. De plus, elle porte les valeurs d’une femme forte dans un milieu essentiellement masculin, notamment avec le cliché où elle porte elle même un uniforme de soldat.

Après votre échec à l’oral du CAPES en 2017, vous avez décidé de rebondir en sollicitant un poste d’enseignante contractuelle. Quels sont les points forts de votre première année d’enseignement ?

Cette année en tant que contractuelle m’a beaucoup aidée : il n’y a rien de plus formateur que la confrontation au métier, devant des élèves, en enseignant en les préparant pour leur futur, mais aussi en découvrant la vie d’un établissement (les projets, les conseils de classe etc…)

Il est vrai qu’il faut être ferme dès le début afin que tout se déroule pour le mieux. J’avais des petits effectifs, ce n’était donc pas très compliqué d’avoir une bonne ambiance de classe et de travail.

De plus, cette année d’enseignement m’a apporté beaucoup, tant du point de vue personnel que professionnel.

En effet, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes qui m’ont beaucoup aidée, et notamment ma collègue d’anglais qui m’a traité d’égale à égale et qui m’a donnée sa confiance dès le début.

Nous avons monté un projet en équipe de voyage en Angleterre que j’ai piloté. Ce projet m’a permis de développer une de mes compétences : la responsabilité des élèves.

Vous vous présenterez à nouveau aux épreuves du CAPES en 2019. Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous pour faire face à ce défi ?

En effet, je veux croire que cette année sera la bonne. Je suis plus déterminée que jamais à décrocher ce concours. Grâce à mes deux années d’enseignement et aux nombreuses compétences que j’ai acquises, notamment la pédagogie, la bienveillance, la capacité à gérer une classe, l’organisation dans le travail, cela me met en confiance pour affronter les épreuves du CAPES 2019.

Je compte préparer le CAPES 2019 à l’aide des cours du CNED et me prépare aux épreuves orales avec des amies qui le passent également.

Comment imaginez-vous votre parcours dans l’Éducation Nationale ? Quelles perspectives de carrière avez-vous en tête ?

Pour l’avenir, j’aimerais pouvoir organiser des voyages scolaires, comme j’ai pu le faire durant mon année de contractuelle afin de partager avec les élèves la culture anglo-saxonne.

J’aimerais pouvoir également me spécialiser dans l’enseignement, et ainsi diversifier le public : accueillir des élèves des élèves de SEGPA, d’enseignement spécialisé tels que l’ULIS etc…. Ces élèves à besoins éducatifs particuliers sont souvent attachants et requièrent toute notre attention.

Et pourquoi pas envisager, pour un futur plus éloigné, la formation, pour adultes, devenir tutrice d’étudiants ou de stagiaires ?

Julie BERGEROT
Enseignante contractuelle d’anglais
Académie de BESANÇON

Céline, CPE contractuelle, a déjà beaucoup d’expérience…

Vous avez obtenu un doctorat en sociologie et démographie. En quoi la transversalité de cette discipline rejoint la polyvalence du métier de CPE ? Votre thèse porte sur la place et le rôle du théâtre politique dans la société d’aujourd’hui. Quels grands enseignements en avez-vous tirés ?

Les méthodes de la sociologie se rapprochent énormément du métier de CPE, notamment au niveau du travail d’observation et de l’approche analytique. Comme le CPE, le sociologue a pour dynamique le mouvement et aussi la remise en question perpétuelle. À mon sens, une bonne connaissance et maîtrise de la sociologie des organisations sont nécessaires au bon fonctionnement d’un établissement et notamment pour être en mesure de coordonner un groupe. Collecter, analyser et coordonner pour être en mesure de faire bouger les lignes, c’est ainsi que je résume le lien entre le CPE et le sociologue.

Je ne vais pas parler des grands enseignements que j’ai pu tirer de ma propre thèse. Pour moi, il est plus important de se pencher sur la complexité de l’exercice sur le global. La thèse est à mon sens l’une des meilleures écoles de la persévérance. Quel thésard n’a jamais eu envie de tout arrêter ? Pour moi, le plus grand enseignement, c’est de toujours aller au bout des choses.

Dans le cadre d’un emploi auprès d’une mutuelle étudiante, vous avez animé des campagnes de prévention en direction d’un public étudiant. Sur quels thèmes portaient les formations ? Quelles compétences avez-vous acquises dans ce cadre ?

Les thématiques des campagnes de prévention étaient uniquement en relation avec les problématiques majeures de la population étudiante. Elles portaient par exemple sur les addictions (tabac, alcool, cannabis) ; la sexualité et notamment les infections sexuellement transmissibles, avec comme point d’orgue la journée d’action du 1er décembre ; la nutrition avec notamment un gros travail sur l’importance du petit-déjeuner ; les risques liés au son avec notamment la distribution de bouchons d’oreilles dans des salles de concert et festivals et enfin tout simplement l’accès aux soins.

Plus que des compétences, j’ai pu acquérir une meilleure connaissance des problématiques étudiantes en matière de santé et me rendre compte aussi de la nécessité de mettre en place une véritable éducation à la santé.

En tant qu’AED dans un lycée polyvalent, vous avez travaillé sur un projet intitulé « les cordées de la réussite ». En quoi consistait-il ? Quels étaient ces principaux objectifs ?

Ce projet permettait de mettre en lien un élève de BTS avec un collégien sous la forme d’un tutorat de deux ans. Le but était de choisir un collégien qui en règle générale avait de bons résultats scolaires, mais pas forcément la volonté (ou un entourage social favorable) de faire des études plus tard dans le supérieur.

Le but étant aussi de faire en quelque sorte une « éducation » à l’orientation afin de lever certains freins. Il reste parfois compliqué pour un élève (mais aussi pour la famille) de se projeter dans la perspective de faire des études alors qu’aucun membre de sa famille ne possède le bac. Il est aussi essentiel de confronter un élève de BTS à la possibilité de poursuivre ses études.

« Les cordées de la réussite », c’est aussi organiser concrètement des sorties, comme par exemple participer à un forum sur l’orientation ou (et) la visite d’une grande école, découvrir la vie étudiante (comme par exemple le logement, mais aussi restaurant universitaire, etc.). Ce projet, c’est aussi l’occasion d’ouvrir les élèves à des visites culturelles, mais aussi prendre le temps de « juste profiter » avec par exemple une journée dans un parc d’attractions. Concrètement, c’est un moyen de donner une ouverture sur le monde à des jeunes qui, souvent pour des raisons sociales, n’ont pas cette chance.

Candidate à un poste de CPE contractuelle, vous vous êtes vu confier au fur et à mesure des collèges de taille de plus en plus importante en effectifs. Quelles conséquences ces effets de taille ont-ils eu sur le fonctionnement même des vies scolaires ?

Chaque type d’établissement a ses avantages et ses inconvénients. Plus la structure est grande, plus il est nécessaire de déléguer et de faire confiance à son équipe d’assistants d’éducation. D’où la nécessité d’un bon travail de communication et d’un rapport de confiance. L’un des points très positif, c’est la présence plus fréquente d’infirmière scolaire, d’assistante sociale, de PsyEN, c’est-à-dire d’acteurs qui permettent au mieux d’accompagner des élèves en prenant plus en compte la complexité des problématiques.

Dans une structure plus petite avec moins de personnel nous pouvons nous rendre compte que chaque absence d’enseignant, mais aussi d’AED, est souvent très difficile à combler. Il est plus compliqué de faire face à des imprévus au sein d’une structure plus petite. Néanmoins, cette structure est souvent plus rassurante pour les élèves, une sorte de second cocon familial.

Vous êtes affectée dans un collège du Haut-Doubs dans lequel est mis en place un projet pédagogique relatif au soutien au comportement positif. Comment décririez-vous les points fort de ce dispositif ?

« Le soutien au comportement positif », c’est une manière un peu différente d’aborder les élèves et surtout une autre approche des notions « sanction » « punition ».

Ce dispositif apporte aussi des outils pour « mieux » comprendre et se faire comprendre. Il place la communication au cœur de notre travail. Ce type de projet nous met face à l’urgente nécessité de se réapproprier un vocabulaire adapté.

Le comportement positif, c’est aussi remettre la notion de « bienveillance » au cœur de notre travail et redonner du sens et de la valeur à ce terme si souvent moqué.

Comment imaginez-vous votre carrière dans l’Éducation Nationale ? Quelles perspectives à moyens termes avez-vous en tête ?

Actuellement, je suis contractuelle CPE et j’accumule des expériences afin de me préparer au mieux à cette profession. Cette pluralité d’expérience est, à mon sens, très bénéfique, c’est un excellent exercice d’adaptation.

Cette année, je souhaite passer le concours de CPE en externe. Si je réussis le concours, j’espère obtenir un poste dans un établissement où mes expériences apporteront réellement un plus. Si au contraire, j’ai cette douloureuse impression de ne pas être utile, je ferai tout simplement autre chose.

Céline Lachaud

CPE… en passant par A jusqu’à Z

« CPE… ça consiste en quoi au juste ?»

Quinze ans de métier et toujours cette difficulté à expliquer mon travail aussi bien à d’autres professionnels, à des amis, à la famille, à mes enfants. Et la réponse est constamment horriblement réductrice.
Alors par quoi je commence ? J’ai combien de temps ? On va au plus rapide et au plus compréhensible par tous : les absences, les punitions, les permanences, les surveillants, mais du coup je ne parle pas des projets, de la course contre le temps et du coup j,ai cette frustration constante de ne pas avoir su parler de moi, de ce qui fait mon quotidien, donc le sentiment d’avoir complètement raté un oral.
En même temps, la question est presque un sujet de philosophie, non ?

« Qu’est-ce-qu’« Être CPE » ?

Et comme si le sujet n’était pas assez flou, le CPE est associé à un autre concept tout aussi flou « la vie scolaire ». Mais au moins il y a le mot « vie » et là j’ai un début de réponse à mon sujet de philosophie : le CPE est la personne qui s’occupe de tout ce qui touche à la vie des élèves dans l’établissement. C’est joliment dit mais je ne suis pas sûre d’expliciter mon quotidien.

Je vais essayer avec le sigle. On pourrait croire qu’il n’y a pas de quoi philosopher et pourtant : les universitaires et chercheurs voient (naturellement ?) dans le P de CPE de la… pédagogie​. Dans un article du Centre Alain Savary de septembre 2017 on lit qu’une « conseillère pédagogique d’éducation (CPE) » est membre d’une équipe en projet.

Je choisis la facilité et je vais vers le consensus : CPE = Conseiller Principal d’Education.

Oui mais en quoi ce sigle reflète-t-il mon activité, mes activités au quotidien ? Ma principale activité n’est pas de conseiller et du coup cela me gêne parce que j’ai le sentiment d’usurper une identité qui n’est pas la mienne. Et puis, si on confronte le prescrit au réel, il apparaît que :

  1.  Pour être… un conseiller, il faut être… consulté. Or, dans bien des situations (sanctions posées…) le CPE ne l’est pas pour différentes raisons (temps, organisation…).
  2. Pour être… force de propositions, il faut être reconnue dans sa professionnalité. Cela suppose en amont que l’expertise du CPE soit admise : si on se sait écouté, on est plus enclin à proposer ses idées (avec bien sûr l’assurance de ne pas en être dépossédé).

Par ailleurs, le principal conseiller du chef d’établissement varie en fonction de la problématique d’un élève : s’il est question d’une pathologie, le principal conseiller devient l’infirmier ; s’il est question de précarité, le principal conseiller devient l’assistant social. Et ce n’est pas que du médical ou du social c’est aussi de l’éducatif.

CPE : Le sigle serait donc trompeur ?

Ah les élèves ont finalement raison, il y a toujours des pièges dans un sujet de philo !

Mais j’ai été prévenue : c’est à moi qu’il revient de construire mon identité de CPE.

Donc, pour ma rédaction, inutile de rechercher sur internet les missions du CPE. Je construis moi-même : pas uniquement avec trois lettres : le C le P et le E.

Je vais prendre les vingt-six lettres de l’alphabet et je rends ma copie :

La/le CPE est ce Professionnel qui se veut au Quotidien Bienveillant avec les Elèves et leurs Familles. Soucieux de l’Inclusion de Tous, il veille Habilement au bien-être de chacun afin qu’aucun.e de ces futur·e·s Grand·e·s Citoyen·nes- (Y compris ces Wistitis qui s’amusent à faire les Zigotos) –Jamais ne Décroche des Apprentissages et que tous et toutes Réussissent. Ultra Vigilant, il tire le Klaxon dès que Nécessaire. En tout cas, c’est certain, ce n’est pas une Madame Ou un Monsieur X !

Et malgré tout l’alphabet, j’imagine ce que serait l’appréciation sur ma copie :
« Vous n’avez traité qu’une TOUTE PETITE partie du sujet ! »

Hanène Stambouli, C.P.E de l’académie de Créteil

CPE et doctorant, Edmond nous raconte…

Quel est le sujet de votre thèse et sous quelle direction écrivez-vous ?

J’étudie l’identité professionnelle des Conseillers Principaux d’Education sous la direction de Patrick Rayou (Professeur émérite en sciences de l’éducation, Université Paris 8) au laboratoire Circefet-Escol. J’analyse le processus de professionnalisation des CPE à travers leurs activités afin d’identifier et de comprendre leurs logiques d’engagement, dans l’objectif d’engendrer une théorie enracinée. Ce qui m’intéresse ce sont les grammaires ou les rhétoriques que véhiculent les CPE.

Pourquoi avoir choisi ce sujet ? En quoi est-il pertinent ?

Ce choix, avant tout, permet d’observer le CPE, comme une figure marginale du monde de l’enseignement. Au sens où, il incarne à lui seul la préoccupation éducative du système scolaire français, tout en se trouvant bien souvent défini par la négation des autres : métier flou, sale boulot. La perspective adoptée permet d’aller voir l’arrière-cour du groupe social formé par les CPE sous un prisme non déterministe. Autrement dit, comprendre les jeux et enjeux qu’ils déploient et développent afin de faire tenir leur fonction leur permettant de s’inscrire dans une démarche professionnalisante.

Quelle est votre méthodologie ?

La recherche qualitative menée, sollicite un modèle d’analyse inspiré de la clinique des activités pour restituer du « pouvoir d’agir » par la « transformation des situations de travail ». À l’aide d’interrogations portant sur le genre et le style (Clot et Faïta, 2000), elle ne vise pas à poser un regard d’expertise. Elle s’appuie sur trois types de matériaux recueillis auprès de CPE : des entretiens semi-directifs, des agendas et une enquête monographique d’un an dans un lycée. Tout ceci, complété par le travail de confrontation d’un collectif de CPE formé de neuf membres, réalise un dispositif d’intervention conçu pour élaborer « un modèle compréhensif » (Wittorski, 2010) de la dynamique de professionnalisation des CPE par l’expérience professionnelle. Il s’agit concrètement d’identifier et de comprendre ce qu’ils font quand ils travaillent, pour révéler les logiques d’engagements qui sont en jeu dans leurs activités réelles.

Quels sont les observables les plus récurrents ? Et que traduisent t-ils ?

Le collectif : le groupe de CPE présente des phénomènes d’économie (négociations) comme dans tout groupe social. C’est en étudiant les mouvements de ces négociations que l’on peut identifier les logiques d’actions.
Les CPE, fragilisés par leur statut peu connu, leurs missions très peu définies (malgré l’affichage institutionnel) ainsi qu’un mode d’association qui ne les rend pas visible ni lisible s’emparent des miroirs (ici le chercheur) qui leur sont tendus pour trouver une voie d’accès à un processus de professionnalisation qui leur permettrait de construire leur identité professionnelle. Ceci traduit la difficulté rencontrée par une profession qui ne sait pas trouver une voie propre pour construire une identité.

En quoi votre thèse permet-elle d’actualiser le regard porté sur le métier de CPE. Autrement dit, apporte-t-elle de nouvelles perspectives ?

Mes réflexions proposent de penser le CPE comme un acteur singulier des collèges et lycées et non comme un élément exogène dont la légitimité peut être sans cesse remis en cause ; tant sur le champ éducatif que sur le champ pédagogique. Je pose dans cette perspective un regard qui consiste à voir le CPE comme un professionnel doté de savoirs et de savoirs faire propres qui lui permettent d’être le metteur en scène de la Vie scolaire.

Edmond Houkpatin, CPE dans l’académie de Créteil

CPE détaché en préfecture, Morgan nous raconte son parcours…

Après votre réussite au concours de CPE en 2002, vous exercez le métier d’abord dans un lycée professionnel de l’académie de Rennes puis dans un collège de l’académie de Versailles. Quels points communs et quelles différences voyez-vous dans ces deux expériences professionnelles ?

Ces deux expériences se sont finalement révélées assez proches l’une de l’autre. Exigeantes en terme d’adaptation et de réactivité, impactées par la précarité de l’environnement social et résolument construites sur un principe d’échange et de partage pédagogique. Il nous fallait comprendre (vite !), expérimenter, innover tout en plaçant l’humain au cœur du système… L’essentiel à mon sens. La première de ces expériences s’est faite en lycée professionnel maritime avec internat sur les bords de l’agitée mer d’Iroise, la seconde à quelques mètres de l’A86 et des lignes ferroviaires menant à Paris dans un collège classé PEP 4 et regroupant quarante-deux nationalités différentes. Absentéisme, décrochage, échec scolaire, mal-être, violence verbale et physique, addictions pavaient le quotidien de ma fonction ; je retiens principalement la qualité des liens tissés avec les élèves et leurs familles, la confiance mutuelle gagnée, le respect que nous avons entretenu malgré les épreuves et notre volonté d’avancer, coûte que coûte, ensemble.

Au cours d’une année de disponibilité, vous militez au sein de la Ligue de l’enseignement et devenez formateur au sein du mouvement. Quelles ont été vos motivations pour accepter un tel engagement ?

J’ai découvert le milieu de l’éducation populaire très jeune et ai grandi à l’ombre du militantisme familial et des mouvements laïcs Bretons. BAFA puis BAFD en poche, j’ai poursuivi mon adhésion aux valeurs des Francas, puis des CEMEA durant plus de dix ans avant de m’intéresser à l’existence des Maisons des Jeunes et de la Culture. Vraie révélation puisque je consacre mon année de maîtrise, en fac, à la rédaction d’un mémoire sur l’histoire de la FFMJC (Fédération Française des Maisons des Jeunes et de la Culture). La quasi-absence de bibliographie dédiée et/ou d’archives m’amène à devoir créer les sources par la recherche et la constitution d’entretiens avec les acteurs initiaux (responsables syndicaux, militants, cadres des mouvements, directeurs de structures, administrateurs, adhérents, universitaires…). C’est là que je rencontre les principes actifs de la Ligue de l’enseignement et que je me passionne pour le mouvement. Les identités se fondent, les réseaux se créent. Huit années plus tard, durant mon année de disponibilité et de retour en Bretagne, je fais la connaissance d’André Jouquand , alors secrétaire général de la fédération d’Ille-et-Vilaine : une figure tutélaire de la section que je n’avais pu interviewer auparavant. Au terme de notre échange, il m’invite à candidater. Un poste se libère dans sa structure suite à un congé maternité. Deux semaines plus tard, j’intègre la Ligue 35. Nouveau départ !

Entre 2008 et 2012, vous obtenez un poste de détaché à la Ligue de l’enseignement et vous devenez responsable du service Éducation Culture Jeunesse. Plus concrètement, quels sont les projets éducatifs que vous avez suivis ? Que vous ont-ils apportés ?

Détaché à Montpellier, je prends en charge une mission composée d’une quinzaine d’actions. J’anime (du moins j’essaie dans un premier temps…) le programme départemental qui s’étend de la maternelle au lycée : lutte contre l’illettrisme, programme d’apprentissage de la langue et de la lecture, ouverture culturelle par le cinéma et le théâtre, mise en place du service civil volontaire puis du service civique, lutte contre les discriminations, contre l’homophobie, lutte contre les inégalités : vaste entreprise ! Je me familiarise alors avec le Programme de Réussite Éducative, le Plan Éducatif Local de la municipalité, explore en profondeur le fonctionnement des collectivités territoriales et l’organisation des subventions, me rassure avec celui des collèges et des lycées partenaires avant d’aborder la question des fonds européens. J’ai appris, beaucoup, et me suis nourri, énormément.

Dans le même esprit, vous poursuivez votre activité professionnelle auprès de la ville de Rennes en tant que chargé des projets relatifs à la vie étudiante. Quels sont les axes prioritaires que vous avez développés ? Avez-vous le sentiment d’avoir atteint vos objectifs ?

J’intègre en 2012 un poste d’attaché territorial au sein de la DVAJ (Direction Vie Associative et Jeunesse) de la ville de Rennes. La mission principale que j’accompagne concerne la vie étudiante et l’occupation festive de l’espace public en milieu nocturne. L’objectif était d’assurer la prévention des risques et des addictions par la responsabilisation et la redéfinition des enjeux du vivre ensemble (selon les derniers recensements, un habitant sur deux a moins de 30 ans à Rennes et un habitant sur quatre est étudiant…). Nous avons mis ainsi en place une programmation annuelle festive et culturelle (la ND4J pour Nuit des 4 Jeudis) basée sur la co-construction, dont le portage est assuré par les associations et les collectifs étudiants en partenariat avec les acteurs locaux. Il s’agissait de créer des évènements réguliers favorisant l’appropriation des « sanctuaires » locaux par les jeunes (soirées électro dans les piscines municipales, battles hip hop à l’opéra, concerts rock en prison, courses de solex sur les campus, parcours street art et graff en centre-ville, etc)

L’autre dimension du poste consistait à suivre le fonctionnement des structures dédiées à la Jeunesse et la Vie Etudiante : Le CRIJ (Centre Régional Information et Jeunesse), l’AFEV (Association pour la Fondation Etudiante de la Ville) ou Animafac principalement.

Je travaillais enfin en lien étroit avec les universités (Rennes 1 et Rennes 2) pour l’accompagnement des dossiers de subvention et la réalisation des projets portés par les élèves (voyages linguistiques, création de revues, création de festivals, échanges culturels, …)

Au-delà de la question des objectifs, je pense que nous avons collectivement jeté les bases d’un véritable échange intergénérationnel, permis l’expression citoyenne, appuyé la question de la mixité culturelle et sociale et approché les questions, en termes éducatifs, du pré-politique, autrement dit du « faire société »

Délégué du Préfet de Rennes depuis 2015, vous vous trouvez en charge de la politique de la ville dans le cadre d’une coordination interministérielle. Quels sont les principaux domaines sur lesquels vous intervenez ? En quoi consiste votre rôle de coordinateur ?

Je m’inscris ici dans le cadre de la réforme des nouveaux « Contrats de Ville », succédant au CUCS (Contrat Urbain de Cohésion Sociale) qui prennent leur ancrage au sein des QPV (Quartiers Prioritaires de la Ville). Trois piliers ont été identifiés : La cohésion sociale, le développement économique et le renouvellement urbain. Trois thématiques transversales en ont été transcrites : la Jeunesse, l’égalité Femmes/Hommes et la mémoire des quartiers. C’est le fondement de ma mission : coordonner les services de l’État au plan local (Éducation Nationale, DDCSPP, DRJSCS, Direccte, Santé, DRAC, etc…) et servir d’interface aux collectivités territoriales (Ville, Métropole, Conseil Départemental, Région) pour l’accompagnement des projets et des programmes idoines. Tous concourent in fine à la lutte active contre les inégalités et la réduction des écarts sociaux, éducatifs et culturels. Si mon « rôle » signifie quelque chose, j’aimerais qu’il soit celui-là, qu’il s’en rapproche : s’engager pour plus de justice, d’égalité et d’intelligence collective. De la réussite éducative à l’amélioration du cadre de vie, de l’accès à la culture à l’insertion professionnelle, de la tranquillité publique à la santé, la politique de la ville est à la fois, pour moi, un monstre de complexité et la clé de voûte républicaine.

La succession de vos expériences montre la richesse de votre parcours professionnel et votre besoin de diversifier régulièrement vos lieux d’exercice. Comment envisagez-vous la suite de votre carrière ?

Sans plan de carrière par exemple !!! Je veux juste continuer à poser un regard curieux sur ce qui m’environne et suivre le rythme de mes pas. Je crois définitivement que je préfère le voyage à la destination.

CPE un jour, CPE toujours… Partagez-vous l’idée que l’on reste marqué, tout au long de son parcours professionnel, par l’identité professionnelle de son métier d’origine ? Si oui ou si non, pourquoi ?

Ce métier demeure ma matrice. Je me considère comme un CPE en apprentissage. En apprentissage de ses potentialités, en découverte de ses possibles. Un marqueur invisible et pourtant indélébile, inversement proportionnel : je ne sais toujours pas si c’est moi qui le porte ou l’inverse.

Morgan Chauvel, CPE détaché à la préfecture de Rennes

Animatrice, EAP, Prof, le riche parcours de Noémie

Lors de votre Licence de Lettres Modernes, vous participez au dispositif d’EAP (Emploi d’Avenir Professeur) dans l’académie de LYON et vous préparez le BAFA. En quoi ces 2 expériences ont conforté votre envie de devenir enseignante ?

J’ai toujours su que je voulais travailler avec des enfants ou des adolescents. C’est donc naturellement que j’ai décidé, à 16 ans, de passer le BAFA. Ce diplôme m’a permis de libérer toute ma créativité, m’a appris à faire preuve de patience et de souplesse. J’ai accompagné des tranches d’âges très différentes et j’ai alors ressenti le besoin de contribuer au développement de ces enfants et de leur découverte du monde.
J’ai ensuite eu l’opportunité de faire partie de la première vague de recrutement d’E.A.P. J’ai délaissé mon emploi dans l’animation pour découvrir réellement le milieu scolaire. Je voulais me confronter à cet environnement, ce public adolescent et avoir la confirmation que l’enseignement était fait pour moi. J’ai donné des cours de soutien à des petits groupes ce qui m’a permis de prendre la mesure des difficultés auxquelles sont confrontés les élèves mais aussi les professeurs dans la transmission du savoir. Malgré des moments difficiles, comme dans toute première expérience, j’ai compris que j’étais faite pour passer mes journées avec des élèves, dans des établissements scolaires. Ce genre d’expérience me semble indispensable pour tout étudiant voulant se destiner à l’enseignement. Il faut pouvoir prendre le temps d’être face à ce public, acquérir de l’expérience et bien réfléchir sur son orientation. Le dispositif E.A.P ou au moins des stages en établissement devraient selon moi être obligatoires et ouverts à tous (et pas seulement aux boursiers).

Après une licence, vous faites le choix de la préparation d’un Master de Littérature comparée. Dans ce cadre, vous bénéficier d’un programme Erasmus en Grèce. Quels ont été les points forts de votre séjour ?

Mon expérience en Grèce a été marquée par une grande ouverture culturelle. Les échanges entre nos pays m’ont permis de prendre du recul sur mon mode de vie et sur notre fonctionnement en France. J’ai eu la chance de participer à la mise en scène de l’Odyssée d’Homère entre étudiants Erasmus. Ce projet, comme ce semestre, m’ont apporté beaucoup de réponses sur la manière dont je voulais à la fois vivre avec les autres et transmettre mon goût pour l’échange culturel et la tolérance. Enfin, j’ai compris grâce à mon « Master Recherche » que je n’étais pas faite pour faire de la recherche seule en bibliothèque, loin des élèves, mais que ma place était bien dans l’enseignement à leur contact.

Vous avez également vécu, via le CIEP (Centre International d’Etudes Pédagogiques), l’expérience d’assistante à Atlanta. Quels souvenirs en gardez-vous ? Quel regard portez-vous sur le système éducatif aux Etats-Unis ?

Mon année en tant qu’assistante dans une « immersion school » (école d’immersion de langue) a été nécessaire dans ma construction personnelle et professionnelle pour me préparer au monde du travail et particulièrement à devenir professeur à part entière. En vivant aux Etats-Unis, j’ai appris à me débrouiller, à me confronter à un système éducatif très différent. En effet, l’école où je travaillais était une « charter school » c’est-à-dire qu’elle était semi-privée et dirigée par les parents d’élèves. Ce mode de fonctionnement avait ses avantages comme la possibilité de faire preuve de beaucoup de créativité en organisant des évènements grâce à un gros budget. D’un autre côté, la direction menée par les parents avait ses limites puisque ces derniers avaient une vision très subjective liée à la présence de leur enfant dans l’école. J’ai très vite perçu les limites du système éducatif américain. Tous les enfants n’ont pas accès à un enseignement correct et il faut souvent dépenser de l’argent pour avoir droit à un enseignement de qualité. J’ai compris la chance que nous avions, en France, d’avoir un enseignement public avec des moyens et des professeurs engagés et motivés pour la réussite de tous. C’est aussi pour cela que j’ai décidé d’enseigner dans le public en France et de ne pas rester vivre là-bas même si le niveau de vie des professeurs est bien supérieur aux Etats-Unis. Mais je préfère suivre mes valeurs et aider tous les élèves peu importe leur milieu.

Votre mémoire de stage de Master MEEF porte sur la déconstruction des stéréotypes de genre à travers la pratique du théâtre. Quels sont les objectifs visés et les premières conclusions ? Quels liens faites-vous avec le film « Marvin ou la belle éducation » ?

Dans mes premières expériences dans le monde du collège, j’ai été frappée par la pression que subissent les collégiens par rapport à leur identité, leur représentation auprès des autres et particulièrement leur identité sexuée. Ils se sentent obligés d’adapter un comportement adéquat avec leur sexe, garçon comme fille, et en viennent à avoir des attitudes stéréotypées. J’ai donc réfléchi à une manière d’aborder cette problématique avec mes élèves de 5ème dans le cadre du programme « Vivre avec autrui, amis, famille, réseau ». Il m’a semblé que l’étude et la pratique du théâtre pouvait être un levier intéressant pour ouvrir un véritable dialogue à la fois verbal et corporel entre eux et les aider à s’émanciper. J’ai découvert une pièce qui s’intitule « Mon frère, ma princesse » de Catherine Zambon que je vais étudier et jouer avec mes élèves. Il s’agit d’une pièce de théâtre jeunesse, un genre encore peu étudié et méconnu au collège. J’espère donc créer par ce biais des prises de conscience, une libération de mes élèves et une certaine cohésion grâce à la pratique collective du théâtre. J’ai découvert le film « Marvin ou la belle éducation » cette année qui reprend en partie la thématique du théâtre comme espace d’émancipation, de libération pour un jeune garçon qui se fait rejeter au collège parce qu’il ne correspond pas au stéréotype du jeune adolescent attendu par ses camarades.

Comment vivez-vous votre année de professeur-stagiaire ? Quels leviers d’améliorations voyez-vous dans l’organisation et le contenu de la formation offerte à l’ESPÉ et dans l’établissement ?

Cette année, je me sens parfaitement à ma place, sur une voie qui devait être la mienne depuis toujours. Évidemment c’est une année compliquée à gérer puisque nous sommes tiraillés entre notre statut d’étudiant de master 2 avec des cours à l’ESPÉ et d’un autre côté, celui d’enseignant avec les responsabilités, la posture et toutes ces choses nouvelles et ces difficultés que nous découvrons au quotidien avec nos élèves. Je m’épanouis davantage en classe, en pratiquant, en testant des choses, en apprenant de mes erreurs comme de mes réussites et en étant au contact de mes collègues et de ma tutrice. L’ESPÉ nous permet, professeurs stagiaires, de partager nos impressions, nos expériences et nos questions. Nous avons aussi la chance de recevoir des pistes pédagogiques (notamment avec l’utilisation du numérique) et des conseils de la part d’enseignants plus expérimentés. En revanche, il faudrait peut-être que notre formation nous propose des cours uniquement centrés sur notre pratique d’enseignement car les cours parfois trop théoriques et éloignés de notre pratique au quotidien ne semblent pas toujours répondre à nos besoins pour cette première année en tout cas.

Que nous diriez-vous de vos aspirations pour faire évoluer votre carrière d’enseignante ?

Je suis quelqu’un qui a besoin de sans cesse me renouveler, j’ai soif de nouvelles découvertes, d’apprendre, de me confronter à de nouvelles situations pour m’adapter et continuer à me construire. Je ne vois pas l’obtention du CAPES et l’entrée dans le monde professionnel comme une fin en soi mais plutôt comme une porte qui s’ouvre vers d’autres possibilités de formations, d’expériences et d’évolution. Je m’intéresse par exemple au dispositif relais présent dans mon collège. J’aimerais aussi partager mes idées, ma motivation et pourquoi pas en participant à des formations d’adulte. Je veux continuer à me nourrir de discussions avec d’autres collègues, d’échanges constructifs et de partage.

Derrière l’enseignante, il y a aussi une personne avec ses activités, ses passions, ses loisirs…Pourriez-vous nous parler de la dernière activité découverte et de ses atouts ?

Comme pour ma vie professionnelle, j’aime me diversifier dans ma vie personnelle et pratiquer toutes sortes d’activités. Je suis adepte des voyages, m’évader en avion mais aussi grâce au cinéma et à la lecture. Dernièrement, j’ai commencé à fréquenter une salle de sport. Je n’en avais jamais ressenti le besoin jusqu’à cette année mais il me fallait un espace de libération après les cours où je pouvais aussi me maintenir en forme. Un peu de sport pour se dépenser en fin de journée et pour se vider la tête me semble donc nécessaire.

Noémie DE SMEDT
Professeur Stagiaire de lettres modernes
Académie de BESANÇON

Charlène, professeure d’espagnol stagiaire, témoigne…

Après le baccalauréat, vous décidez de vous orienter à la faculté de lettres de Besançon pour y suivre un parcours d’études universitaires en espagnol. Pourriez-vous nous dire ce qui est l’origine du choix de cette discipline ?

Mon choix pour l’espagnol était évident après le baccalauréat. Durant toute mon enfance, je me rendais très souvent en Espagne avec ma famille. J’ai donc été très tôt en lien avec le monde hispanique et d’années en années, j’ai découvert sa richesse culturelle. Je suis tombée sous le charme de ce pays et porte désormais un réel intérêt pour cette discipline. Par la suite, j’ai pensé à approfondir mes connaissances sur l’espagnol et à l’enseigner à des adolescents.

Durant la préparation de votre licence, vous vous impliquez dans un dispositif de tutorat en direction d’autres étudiants. Comment tout cela s’organisait-il ? Qu’est-ce que cette expérience vous a apporté ?

Pendant mon cursus universitaire (L3 et master 1), j’ai pu m’investir auprès des étudiants en tant que tutrice d’espagnol plusieurs fois par semaine. Ce dispositif que j’ai géré durant deux années consécutives, consistait à apporter de l’aide aux jeunes étudiants autant au niveau méthodologique que linguistique en lien avec l’apprentissage de l’espagnol.
Cet emploi à la faculté de langue m’a permis d’être confrontée pour la première fois à un public d’étudiants qui avait choisi d’approfondir leurs connaissances sur la culture hispanique et ayant un intérêt pour la matière. Pour cela, mon expérience en tant qu’ancienne étudiante les a d’abord beaucoup aidés dans leurs apprentissages puis ce premier contact professionnel a confirmé le fait que je voulais enseigner l’espagnol à des adolescents.

Après la licence, vous manifestez le désir de préparer le CAPES et de devenir enseignante. À quels facteurs attribuez-vous cette prise de décision ?

Oui, effectivement, j’ai décidé après la validation de ma licence d’espagnol de m’inscrire dans un master MEEF d’espagnol avec pour but l’obtention du CAPES et celui de devenir professeur d’espagnol. Un des facteurs de cette décision a été celui d’apprendre aux autres ce que j’avais appris pendant toutes ces années d’études universitaires très enrichissantes. La préparation au CAPES a été une épreuve très intense et pour cela je me devais de l’obtenir rapidement pour pouvoir pratiquer l’espagnol dans le secondaire, langue pour laquelle je porte un grand intérêt.

En tant qu’étudiante, vous avez été embauchée en tant que serveuse dans un restaurent. Quels souvenirs en gardez-vous ? Quelles sont les compétences développées pendant ce travail saisonnier ?

Oui, j’ai aussi travaillé en tant que serveuse dans un restaurant de Besançon à la fin de mes années d’études car il fallait bien gagner un peu d’argent !! Je garde en mémoire une expérience enrichissante dans un domaine qui était pour moi inconnu. En tant que serveuse, j’ai particulièrement apprécié le contact avec les clients, un contact qui me rappelle celui du professeur avec ses élèves c’est-à-dire une relation de bienveillance et de partage principalement. C’est un métier où l’on doit s’occuper de plusieurs choses à la fois comme le professeur qui doit gérer sa classe. Il s’agit de deux métiers complètement différents mais qui se rejoignent dans certaines compétences.

Fonctionnaire-stagiaire cette année, quel regard portez-vous sur la formation suivie à l’ESPÉ ? Quelles sont, selon vous, les points d’amélioration prioritaires à envisager ?

Exactement, je suis fonctionnaire-stagiaire depuis la rentrée 2017 dans un lycée polyvalent, ce qui signifie que je suis mi-enseignante et mi-étudiante, un rôle compliqué à endosser puisqu’il faut concilier travail à l’ESPÉ et préparation des cours pour le lycée. Une double fonction dans laquelle il me semble difficile de se donner à 100% puisqu’il faut sans cesse s’organiser pour gérer au mieux les obligations des deux parties. Mais, si les conseils de l’ESPÉ sont très précieux lors de cette première année d’enseignement, ce que nous apprenons lors des nombreuses formations n’est pas si facile à appliquer sur le terrain et un écart peut apparaître entre la théorie et la pratique.
L’ESPÉ est aussi le lieu où nous nous retrouvons pour échanger avec les collègues sur des questions diverses auxquelles nous pouvons apporter des réponses. C’est donc un espace d’échange et d’accompagnement dont un professeur stagiaire a particulièrement besoin lorsqu’il débute dans l’enseignement, c’est une grande aide.
Si je devais évoquer une amélioration, ce serait celle des nombreuses formations communes transversales que suivent les fonctionnaires stagiaires et qui sont difficiles à appliquer en réalité en classe d’espagnol (comme le parcours artistique et culturel).

Votre exercez à mi-temps dans un lycée polyvalent depuis le mois de septembre. Quels points communs et quelles différences imaginez-vous entre l’exercice du métier en lycée et en collège ?

J’enseigne à mi-temps dans un lycée général et technologique cette année mais durant mon année de master 1, j’ai découvert l’enseignement au collège à travers des stages d’observation et de pratique. J’ai constaté certaines différences. La première est celle de l’accompagnement des élèves qui est plus important au collège car nous devons préparer les élèves à devenir des êtres autonomes, l’autonomie étant une compétence nécessaire au lycée. De plus, la préparation des cours au collège doit être plus ludique pour intéresser davantage les élèves, ce qui demande en amont plus de temps pour préparer les activités adéquates. En ce qui concerne le lycée, ce qui est de plus en plus demandé en langue vivante est l’argumentation des élèves et l’approfondissement des connaissances puisqu’au collège, nous insistons davantage sur la mémorisation.
Mais que ce soit au collège ou au lycée, il est important d’intéresser les élèves et de toujours les surprendre lorsque nous faisons cours en variant les activités. Enfin, être face à un public d’adolescents nécessite d’être très attentif et de guider au mieux les élèves.

Parmi vos centres d’intérêt, il y a…la zumba ! Le choix de cette activité est-il lié à votre passion pour la langue hispanique ? Envisagez-vous un jour d’animer un club zumba dans l’un de vos futurs établissements ?

Depuis plusieurs années, je pratique une activité sportive qui est la zumba. La décision de ce sport est surtout un moyen de se détendre et de se défouler une fois par semaine après le travail au lycée ou à l’ESPÉ. Il s’agit aussi d’un moment d’épanouissement personnel dans lequel je peux oublier mes obligations quotidiennes et ainsi penser à autre chose.
Concernant un possible projet d’animation d’un cours de zumba dans mon parcours à venir est une excellente idée puisqu’il s’agira d’une activité mêlant culture latine et pratique sportive. Un travail interdisciplinaire pourrait être alors effectué par exemple au collège.

Charlène Bourgeois
Fonctionnaire-Stagiaire d’espagnol
Académie de Besançon

La vie trépidante d’une Enseignante Référente !

J’assume depuis plus de 10 ans les fonctions d’Enseignante Référente pour les Elèves en Situation de Handicap. J’ai vu les missions évoluer, la charge de travail augmenter, les incompréhensions accroître … et je souhaite contribuer à mieux faire connaître cet être étrange qu’on nomme ER.

Décrire une « journée type » … Exercice Refusé … ça n’existe pas !

Enseignant Référent, ER, rime au quotidien avec :

  • Engagement Reconduit chaque jour … au service des élèves en situation de handicap, de leurs parents, de leurs enseignants.
  • Echanges Rencontres, Ecoute Réflexion … avec les équipes pédagogiques, les partenaires, les familles, la direction académique, la MDPH.
  • Enthousiasme Renouvelé … chaque fois qu’une situation se « débloque », qu’un élève voit son parcours scolaire adapté à ses besoins spécifiques, qu’une famille se trouve soulagée, que des collègues se sentent soutenus et que notre société avance en matière de prise en compte du handicap.
  • Emploi du temps Remanié … au hasard des sollicitations, imprévus, urgences qui supposent chamboulement, ajout, report.
  • Energie Ressources … indispensable pour anticiper les attentes, programmer, préparer, mener les réunions d’ESS, répondre aux questions, rédiger les comptes-rendus, rassembler les éléments des professionnels pour transmettre à la MDPH … faire face.
  • Ethique Respectée … dans toutes les actions et interventions.
  • Excellente Routière … se déplace d’école en collège, de collège en lycée, de lycée en établissement spécialisé souvent contrainte à des Ecarts Rocambolesques d’une situation à l’autre : à 9h00 en collège pour un jeune dyslexique, à 11h00 en école maternelle pour un petit autiste, l’après-midi en lycée pour une autre problématique … Evacuer toute Routine.
  • Equilibre du Régime … sandwich dans la voiture entre deux établissements, salade vite faite pendant une synthèse avec les psychologues, fruit devant l’ordinateur et parfois, quand-même, repas complet au self du collège.

L’ER a un bureau ou plutôt une salle de transit. Il n’use pas son fauteuil … pas le temps de s’éterniser. Il y passe, de bonne heure le matin, écoute les messages téléphoniques, lit les mails, établit la liste des choses à faire qui en découlent, prépare la pile de dossiers du jour, commence un compte-rendu, s’aperçoit qu’il est en retard pour sa tournée d’ESS … laisse tout en plan, court, roule … revient, reprend où il en était … mais doit repartir … finit par y revenir, en fin de journée, souvent tard, dépose les dossiers du jour, prépare ceux du lendemain … et prend un peu de boulot pour la maison, histoire de ne pas perdre l’Entrainement et le Rythme.

Quand l’ER peut se poser dans son bureau, c’est le champion de la multitâche ! 2 choses à la fois …. Même pas peur ! … au risque d’Entraver le Résultat.

L’ER partage avec ses collègues une Envie Refoulée : celle de pouvoir travailler sereinement, effectuer une tâche après l’autre, prendre le temps de se rendre plus disponible … sans être Envahi de Remords parce qu’il ne peut pas tout faire.

Si bien que l’ER c’est aussi l’Epuisement Récurrent … physique, moral…. S’arrêter ? … difficile. Toute absence potentielle est synonyme d’Enervement au Retour car pendant qu’il se repose, tout s’accumule !

Malgré tout, l’ER reste un Enseignant Rassuré par la confiance qu’on lui accorde et la reconnaissance qu’on lui montre.

Alors l’ER, en Eternelle Recherche de perspectives meilleures – charge de travail supportable permettant la satisfaction professionnelle du devoir accompli pour chacun des élèves dont il est en charge du suivi de la scolarité et auprès de chacun des collègues concernés – montre son Entêtement Réaffirmé à faire entendre l’urgence de la prise en compte de ses conditions de travail par l’administration.

Je garde mes Espoirs et mes Rêves … même si je semble parfois Enragée et en Révolution.

Sandrine HURPIN, Côtes d’Armor

 

Collègues référents, n’hésitez plus ! Vous aussi témoignez de votre quotidien.
À envoyer à cette adresse, votre témoignage sera publié après acceptation de la rédaction. 

Pour Laurent ce qui est essentiel c’est la question du travail personnel

Laurent Fillion est prof d’histoire géographie EMC en collège dans le Pas de Calais, il pratique l’évaluation sans notes et encadre une mini entreprise dans le cadre de la DP3 puis des EPI.
Il co-anime le site de partage de tâches complexes « Les tacos de Thucydide » et tient le blog « Peut mieux faire« . Adhérent au CRAP – Cahiers Pédagogiques il a coordonné plusieurs numéros “ et le livre “Éduquer à la citoyenneté : construire des compétences sociales et civiques”. Il est également coauteur des manuels lelivrescolaire.

La question des devoirs est elle une problématique professionnelle importante pour vous ? Pourquoi ?

Oui et non.

  • Oui parce que donner des devoirs reste une pratique largement répandue et c’est donc difficile de ne pas s’y intéresser.
  • Oui parce que ces devoirs à la maison créent de profondes inégalités entre les élèves et créent aussi assez souvent (et on a tendance à l’oublier) des tensions entre les élèves et les parents.
  • Non parce que la problématique essentielle à mes yeux est celle du travail personnel des élèves qui ne se cantonne pas aux seuls devoirs à la maison, bien au contraire.

Quelles réponses apportez-vous aux questions qu’elle suscite ?

Limiter le travail à la maison à la mémorisation des leçons, aux exercices d’application et à quelques recherches complémentaires.

Votre regard sur les devoirs a-t-il évolué au cours de votre carrière ?

Oui. Quand on débute, on est formaté à ce qui nous paraît être des incontournables du métier. Donner des devoirs, comme mettre des notes et des moyennes, en fait partie. Dans mes premières années d’enseignement, j’ai donc donné des exercices de préparation aux leçons comme je l’avais connu moi-même en temps qu’élève et comme on me l’avait appris à l’IUFM.
Assez vite, je me suis aperçu de l’inutilité voire la nocivité de ces devoirs pour plusieurs raisons :

  •  certains élèves ne les faisaient pas ou mal et étaient donc grandement pénalisés
  • la perte de temps pour vérifier voire corriger
  • et surtout l’activité essentielle de l’apprentissage était renvoyée à la maison sans l’accompagnement du professeur.

J’ai donc décidé assez vite que ces exercices d’apprentissage seraient faits en classe, avec mon aide et avec une différenciation bien plus facile à mettre en oeuvre que quand on les externalise.
Ce qui était devoir est devenu travail personnel, réalisé en classe, avec mon aide, en cooppérant, parfois différencié, parfois intégré à un plan de travail.

Ce temps ainsi dégagé à la maison, les élèves peuvent le consacrer à la mémorisation, à des exercices d’entraînements, d’application. (qui peuvent d’ailleurs être effectués ou commencés aussi dans la classe)

Le nouveau ministre a fait des annonces sur le dispositif « Devoirs faits ». Quelle mise en œuvre vous paraîtrait la plus pertinente dans votre établissement ?

Il faudrait réunir plusieurs conditions pour que cette mesure qui vise juste ne fasse pas au final pire que mieux :

  • ne pas nécessairement placer ces heures en fin de journée
  • placer ces heures dans l’emploi du temps de la classe et les rendre obligatoires à tous. Si c’est aux professeurs de désigner les élèves, ils risquent de prendre cela comme une sanction et rendre la mesure contre productive. Si c’est sur la base du volontariat ( cela semble être le choix retenu par le ministre) les élèves présents risquent de ne pas être ceux qui en ont le plus besoin (ce qui au final continuer à creuser les inégalités). De plus, on risque alors de faire reposer la faute de l’échec sur les seuls élèves dans des discours du type « et il ne va même pas aux heures devoirs faits ».
  • penser au cadre : comment permettre les travaux de groupe, les échanges entre élèves …
  • veiller à ce que ce dispositif ne traduise pas par une inflation du nombre des devoirs et une diminution des travaux personnels réalisés en classe. Ce serait vraiment dommage au regard des progrès réalisés ces derniers temps dans ce domaine, notamment dans le cadre de l’AP.
  • et surtout être accompagnée d’une véritable réflexion sur le bien fondé et la nature des devoirs

Pour Céline les devoirs sont utiles

La question des devoirs est elle une problématique professionnelle importante pour toi ? Pourquoi ?

Oui parce que les devoirs écrits sont interdits et à mon sens ce n’est pas une « faute » de donner des devoirs. Nous n’avons pas de liberté de ce côté là (les parents disent c’est interdit) mais si les devoirs sont réfléchis de la part de l’enseignant, je les trouve utiles.

Quelles réponses apportes-tu aux questions qu’elle suscite ?

Les mots clés :

  • Temps court
  • Entrainement
  • Devoirs individualisés (selon le niveau et la possibilité des parents à suivre leur enfant)
  • Lien avec les parents qui peuvent suivre les progrès de leur enfant

Votre regard sur les devoirs a-t-il évolué au cours de votre carrière ?

Oui au départ je donnais des devoirs avec moins de réflexion (sur le temps, la différenciation…) mais dans l’idée globale non. J’ai toujours considéré les devoirs comme des entrainements et une continuité de l’école à la maison. L’élève ne doit pas être en difficulté face aux devoirs et doit pouvoir les faire seul (ex: lire un peu chaque soir, réviser des tables de multiplications, poser des additions, réviser différentes leçons vues en classe, apprendre les mots de la dictée…)

Au fur et à mesure je me suis aperçue que les élèves étaient demandeurs et j’ai testé plusieurs supports pour le soir à la maison: cahier de leçon, porte-vue avec fiches, cahier de révision, de devoirs… À creuser encore !

Le nouveau ministre a fait des annonces sur le dispositif « Devoirs faits ». Quelle mise en œuvre te paraîtrait la plus pertinente dans ton établissement ?

Proposer un lieu (étude) pour faire ses devoirs.

Dernière remarque !!

Les assistants de vie scolaire peuvent aider et la question de la formation se pose « ils ne sont pas enseignants ils peuvent expliquer mal » mais c’est la même chose pour les parents ! C’est pour cela qu’à mon sens les devoirs ne doivent être que de l’entrainement/révision/mémorisation. Si le parent doit expliquer c’est qu’il y a un problème dans l’enseignement au départ.

Céline enseignante en ULIS collège

Photo en Une : Pixabay CCO Public Domain

Comment Frédéric a changé de regard à propos des devoirs

Frédéric Davignon, professeur d’anglais en internat, a raconté sur son excellent blog « J’adore mon job » comment il a changé de regard à propos des devoirs et ce qu’il a mis en place pour accompagner ses élèves dans leur travail personnel. Il nous a semblé que ces réflexions éclairent bien le sujet de notre dossier « Les devoirs, une question professionnelle » et c’est avec son autorisation que nous republions ici ces 2 billets : 

J’adore… l’aide aux devoirs (publié le 3 décembre 2011 sur le blog « J’adore mon job »)

Et je suis même fan de la chose.

Il y a plus d’un an et demi, j’ai découvert l’aide aux devoirs. Un peu par hasard, il est vrai. Au départ, je faisais déjà des heures supplémentaires, j’avais beaucoup de trajets, donc en faire plus et finir encore plus tard, non merci.

Et puis un jour, j’ai eu l’occasion d’en faire. Et j’ai découvert à quel point cela, si bien mené, avec les moyens nécessaires, pouvait être utile à l’élève et à sa réussite.

Comme beaucoup de professeurs, je ne me suis que peu intéressé à la partie non visible mais essentielle de l’élève: l’élève en dehors du cours, face à ses devoirs. J’ai tenté d’ignorer ce que nous savons pour la plupart tous: faute de temps, de lieu adapté parfois, faute de soutien à la maison disponible pour diverses raisons, une grande partie des élèves des établissements que j’ai fréquentés, ne font pas leurs devoirs, tout simplement. Ils ne travaillent que pour les évaluations, et encore. J’ai tenté d’ignorer que les élèves n’avaient pas les méthodes pour apprendre, même si on en parlait parfois en classe, que c’est au moment de travailler qu’il faut être là avec eux. J’ai tenté d’ignorer que l’école publique républicaine que j’aime tant et à laquelle je suis si attaché, celle qui fait réussir tout le monde, y compris les plus fragiles, les plus pauvres et qui les aide à grimper l’échelle sociale ou tout simplement à atteindre leur plein potentiel, ne le fait finalement que très mal. Je faisais mon job, en classe, avec enthousiasme, essayant de leur faire aimer la matière, après à eux de faire le leur chez eux, apprendre, comprendre.

Sauf que ça ne marche pas.

Apprendre, ce n’est pas un jeu d’enfant.

Apprendre, comprendre, ce n’est pas la chose simple et rapide que je pensais que c’était.

Et c’est lors de l’aide aux devoirs que je l’ai découvert. J’ai découvert à quel point je pouvais être vraiment utile là aussi. Rien qu’en étant là. En donnant des conseils pour mémoriser, et aider à répéter et réciter une leçon, et travaillant l’accent (bah oui, enfin, si vu en classe le mot était su et mémorisé et bien prononcé…). J’ai découvert à quel point cela changeait mes relations aux élèves, y compris ceux avec qui il y avait des tensions en classe. J’ai découvert à quel point ils appréciaient qu’on les aide, même si certains n’étant là que contraints et forcés car inscrits par les parents. Ne serait-ce qu’un instant, être là et les aider. J’ai découvert aussi le temps qu’il faut à certains élèves pour apprendre et mémoriser. J’ai découvert à quel point cela était synonyme de travail dur. J’ai découvert qu’en fait moi, j’étais à l’époque un bon élève et que je ne savais pas du tout ce qu’être un élève moyen ou en difficulté voulait dire. J’ai découvert que je pensais que tous les élèves étaient comme moi, moi élève… Et je n’en suis pas fier de cette découverte.

Je suis pleinement leur professeur depuis l’aide aux devoirs, à mon sens. Je les accompagne sur tout le processus, suivant les besoins, en classe mais aussi après, quand ils apprennent et travaillent.

Alors oui, il y a sans doute à améliorer là dedans, il faudrait pérenniser les moyens, faire que ça ne soit pas encore en plus dans l’emploi du temps des professeurs mais dedans mais il faut vraiment que l’aide aux devoirs demeure dans l’école.

J’ai la chance que cela soit inclus dans mon emploi du temps et dans celui des élèves (internes). En échange, je reste souvent tard, jusqu’à 19h, pour les aider. Mais je me sens utile. Et ils progressent.

Ca ne donne pas une solution à tout, mais on avance dans le bon sens.

Donc oui, j’adore l’aide aux devoirs. Les élèves aussi !

J’adore…réussir ma rentrée (ou l’aide aux devoirs) (Publié le 1er novembre 2014 sur le blog « J’adore mon job »)

Les prochains billets vont vous parler de ma rentrée. Tout n’a pas été rose, mais c’est une des (la ?) plus belles et plus intéressantes que j’ai vécues, j’ai beaucoup à partager.

Mon établissement est un internat. Les élèves ont donc du temps pour travailler dans l’établissement puisqu’ils ne le font pas chez eux.

Plutôt que de mettre ce temps de façon classique de 5 à 6 voire 7, le parti-pris a toujours été de l’intégrer à l’emploi du temps, qui du coup s’élargit au-delà de 5h de l’après-midi.

Cette année, notre Proviseur a décidé d’intégrer une demi-heure de « travail », permanence, étude dirigée – peu importe le nom – à l’horaire de certaines matières dont la mienne, l’anglais.

Je me retrouve donc avec mes 3h classiques, plus une demi-heure. J’ai concrètement 2 fois une heure, et une fois une heure et demie. L’engagement pris par les enseignants était d’utiliser au moins une demi-heure de ces 3h30 pour faire de « l’aide aux devoirs ». J’ai choisi pour ma part de diviser cet horaire en 2, 45 minutes de cours, 45 minutes « autres ».

Au départ, cela m’inquiétait un peu d’avoir une heure trente. Est-ce que cela n’allait pas être trop long ? Nos élèves en difficulté allaient-ils adhérer ?

J’ai choisi de faire cours sur la première partie, et d’accompagner leur apprentissage du cours (en anglais, il faut pratiquer, mais aussi apprendre). Tout le monde doit apprendre, puis chacun utilise le temps comme il le souhaite : pour pratiquer, pour finir quelque chose, recopier un cours manquant, lire en anglais, écouter des ressources, créer des ressources, créer des fiches mémos. Les élèves ont d’emblée adhéré. J’ai pu travailler avec eux sur ce que ça veut dire « d’apprendre son cours ». J’ai donné diverses méthodes pour mémoriser. Certains, les plus petits, ont beaucoup aimé aussi venir me réciter ce qui était à apprendre, ou me montrer leur cahier.

En seconde, après une première interrogation de cours, une élève m’a dit : « Mais en fait, c’est facile d’apprendre ! Ca marche votre truc ! Pendant des années, je m’y suis mal prise ! » Cet aveu m’a beaucoup touché, et en même temps énormément chagriné. N’avons-nous là pas raté l’essentiel si une élève de 2nde découvre seulement cette année-là comment apprendre ? L’arrivée dans le projet de socle commun d’une section là-dessus me fait très plaisir, je dois dire.

Mes petits 6e, mais aussi les 4e ont bien peu d’idées sur ce que veut dire apprendre un cours, et surtout comment on fait. Ils pensent aussi qu’ils sont « nuls », pas adaptés à l’école et ont une très médiocre image d’eux-mêmes. S’ils n’arrivent pas à apprendre alors que d’autres savent faire, c’est forcément que quelque chose ne va pas chez eux. Ce sont bien souvent des élèves qui pour diverses raisons ne sont pas aidés à la maison. On touche là pour moi un point essentiel. En donnant des devoirs à la maison, des exercices, on favorise certains élèves : ceux qui réussissent déjà à l’école, ceux qui peuvent être aidés par leurs parents, et on laisse de côté ceux qui n’y arrivent pas et pour qui on devrait être là. Ceux-là mêmes pour qui l’école telle que je la conçois doit être là.

Attention, je ne dis pas que les élèves ne doivent rien faire en dehors du cours. Mais à mon sens ce qui est donné en dehors du cours doit être très réfléchi et ne doit pas placer les élèves dans une situation qui amène de l’inégalité et qui les met en difficulté si personne n’est là pour les aider.

La classe inversée m’a aussi beaucoup apporté, je donne à faire hors du cours des choses simples, regarder une vidéo portant sur un point dont ils auront besoin, quelque chose à lire, puis on fait le point en classe et on utilise ces connaissances pour pratiquer la règle. Je donne à faire quelque chose qui aidera l’élève pendant le cours, qui lui permettra d’avancer. Parfois, mes 45 minutes servent aussi à cela pour ceux qui ne peuvent pas le faire hors de la classe (pas d’accès à Internet par exemple). Mais je reviendrai dans un autre billet sur la classe inversée.

Je perdrai sans doute un jour cette demi-heure en plus, mais je pense que je militerai alors pour 2 créneaux de 1h30 durant lesquels j’aiderais les élèves à faire le travail que l’on donne à faire normalement « à la maison ».

On a donc beaucoup travaillé sur comment apprendre et quoi. Qu’est-ce que ça veut dire savoir un cours ? Savoir un mot, c’est savoir ce qu’il veut dire, savoir le dire, savoir l’écrire ? Les 3 ? Ah bon, Monsieur ? Les évaluations orale ou écrites de cours sont vécues différemment depuis aussi. Ce moment commun de « travail » est devenu un vrai moment de plaisir. On fait cours, et après on apprend. Est-ce que je perds du temps? Je ne crois pas. Et puis cela pacifie énormément le déroulement du cours. Les élèves savent que je serai là, pour aider, pour expliquer à nouveau, pour clarifier, même après le cours classique. Bref, que je serai leur professeur. Pleinement.

Céline ne donne pas de « devoirs » mais propose des activités

Tout d’abord peux-tu te présenter en quelques mots ainsi que ton contexte de travail ?

J’ai commencé ma carrière en 2002. Je suis depuis 7 ans directrice d’une école de 6 classes en région parisienne et j’enseigne en classe de cycle 3. Le public est dit « socialement mixte », la grande majorité des parents travaille, souvent jusque tard le soir.

Concrètement que donnes-tu en devoirs à tes élèves ? (type, quantité, fréquence, organisation…)

Je ne donne à mes élèves aucun devoir : quel mot péjoratif, je trouve… un devoir, après 8h voire 11h de collectivité dont 6h d’apprentissage… dans ce cadre, ce mot s’apparente à corvée, non ?
En revanche je leur propose des activités, celles-ci pouvant se faire sur le temps de classe (sur les 15 premières et 15 dernières minutes de la journée).
Proposer est un terme choisi : si les activités ne sont pas faites, les élèves savent que je ne les blâmerais pas.
Je leur exprime mon souhait en début d’année :
– lire tous les jours 20 minutes, le choix du support étant libre : roman, album, bande-dessinée, etc. Je les aide si besoin dans le choix, je leur prête les livres s’ils n’ont pas la possibilité d’aller à la médiathèque, etc.
– je leur propose aussi une liste de sites et/ou d’applications gratuites via notre Espace Numérique de Travail permettant de travailler en calcul mental de manière ludique.
– régulièrement, ils relisent les leçons apprises en classe, et peuvent visionner les capsules vidéos associées.

Quels moyens mets-tu en œuvre pour que ces devoirs soient faisables par tous ? Comment gères-tu ceux qui ne les font pas ?

Ces activités sont accessibles à tous : il serait paradoxal pour moi de différencier ma pédagogie sur le temps scolaire et de proposer à tous la même chose alors que je ne suis plus aux côtés des élèves pour les aider. La différenciation en lecture se fait en variant le support, et les différents jeux de calcul mental prennent en compte les progrès de l’élève pour les faire évoluer à leur rythme.

Si tous, dans un premier temps, ne font pas les activités, le moment de mise en commun les y incite : nous prenons 5 minutes le matin pour partager nos progrès, notre avancée dans l’intrigue du livre en cours, ou notre avis sur la capsule vue la veille au soir. C’est ce temps qui est aussi formateur, si ce n’est plus, que celui de l’activité.

Comment présentes-tu cela à tes élèves ? À leurs parents ?

Je ne rencontre aucune difficulté à partager cette vision avec les élèves, c’est en revanche beaucoup plus délicat avec les parents : ne pas donner de devoir est un acte de résistance ! J’expose mon fonctionnement lors de ma réunion de rentrée en tentant de convaincre les irréductibles mais je ne me fais pas trop d’illusions : certains investissent sans doute dans de célèbres cahiers de révisions quotidiennes… peu importe, je propose aux parents qui voient les devoirs comme un « moment de partage » (déjà entendu !) de profiter de ces 15 ou 30 minutes gagnées pour faire un jeu de société en famille. Autant dire, s’il fallait le préciser, que peu de mes élèves ont eu la chance de jouer en famille…
Pour beaucoup les devoirs sont synonymes d’efficacité et de réussite en classe. Une enseignante ne donnant pas de devoir est vue comme laxiste, peu exigeante voire cataloguée « mauvaise maitresse ».

Quels effets observes-tu sur les élèves (et éventuellement sur les parents) dans ta façon de gérer les devoirs ?

Le rythme scolaire est perpétuellement source de débat. En l’occurrence ma gestion des devoirs fait que l’élève retrouve après l’école un temps à la maison calme et sans tension. Il se réapproprie ses loisirs sans avoir la contrainte d’un travail attendu par l’enseignante pour le lendemain.
Les devoirs sont devenus le lien entre l’école et les familles. Ce lien ne peut-il donc pas se créer autrement ?
En début d’année j’invite tous les parents qui le souhaitent à passer avec nous 1h, 2h voire une demi-journée pour ceux qui le peuvent. Depuis 4 ans que je propose cela, environ 1 ou 2 familles/an seulement sont venues en classe, et ce n’est malheureusement pas mes irréductibles qui estiment que « je couve trop les élèves ».

Tes collègues font-ils comme toi ? Quel est leur regard sur ta façon de faire ?

Il a fallu plusieurs années pour que la quantité de devoirs des collègues diminuent. Nous n’avons pas la même manière de fonctionner. Des pratiques perdurent , et pour certaines collègues, l’association « devoirs = maîtresse sérieuse » est tout aussi ancrée que pour certaines familles.

Comment ta vision des devoirs à la maison a-t-elle évoluée au cours de ta carrière ?

Au début de ma carrière, je reproduisais ce que j’avais pu voir lors de mes stages. Je donnais à mes élèves quelques opérations, de la lecture avec questionnaire à l’appui, voire (« halte-là, malheureuse ! » ) un exercice de grammaire.
Puis, comme tout le monde, je me suis construite en tant qu’enseignante, je fais évoluer mes pratiques.
Le plus difficile est d’assumer ce choix vis-à-vis des parents.

Qu’est-ce-que tu souhaiterais encore améliorer dans ton dispositif ?

Je me nourris des échanges de pratiques et des témoignages de collègues, il me reste énormément à apprendre, rien n’est figé !

Qu’est-ce-que tu conseillerais à un jeune collègue débutant pour aborder cette question ?

Ne pas confondre « devoirs à la maison » et apprentissages, c’est la clé !

Céline Martinage, École Pablo Picasso à St Michel sur orge

Pas de devoirs en lycée pro, Marie Anne nous explique son choix

Enseignante en économie gestion en lycée professionnel au Lycée des Métiers Jean Caillaud à Ruelle sur Touvre depuis 10 ans, j’ai débuté ma carrière (14 ans à ce jour) en MFR (Maisons Familiales et Rurales) puis suis passée par un centre de formation des apprentis. J’ai aussi enseigné l’anglais en collège pendant deux ans avant de choisir d’enseigner l’économie gestion.

Je n’ai jamais donné de devoirs à la maison à mes élèves, qu’il s’agisse des apprentis, des collégiens ou bien maintenant de mes lycéens. Ne pas donner de devoirs à mes apprentis me semblait une évidence car leur semaine de travail est déjà assez chargée. Même si leur temps de formation est moins conséquent qu’en lycée, je ne voyais pas vraiment comment ils auraient pu s’organiser pour travailler en plus à la maison !

Quand j’ai commencé à enseigner en collège, je n’ai pas non plus voulu donner de devoirs à la maison. Surprenant peut-être ! En fait, j’ai le souvenir ému du premier professeur pendant ma scolarité qui nous avait dit : « vous n’aurez pas de devoir à la maison ! » Non seulement ça avait été une énorme surprise mais en plus une vraie libération ! Je suis la première bachelière de ma famille. Faire les devoirs à la maison relevait parfois du cauchemar car il n’était pas facile de trouver quelqu’un pour m’aider. Dans certaines matières, je sentais un peu la détresse de mes parents qui ne savaient comment m’aider, n’en avaient d’ailleurs pas toujours le temps ou bien exprimaient le regret de ne pas avoir pu poursuivre des études car, à l’époque… (un certificat d’études pour mon père et un apprentissage de couturière pour ma mère). Cela m’a-t-il marqué au point que je me dise qu’il y avait quelque chose d’un peu injuste dans le fait de donner des devoirs à la maison ? Très certainement !

Au-delà de cette injustice (qui peut aider l’enfant, l’adolescent quand il a des devoirs parfois un peu complexes à faire ?), il me semble que nos adolescents ont des semaines chargées. J’enseigne dans un lycée avec une population défavorisée. Il n’est pas rare qu’à la sortie des cours, les premières préoccupations soient d’aller chercher petits frères ou sœurs, de faire les courses, d’aider à la maison, etc. et qu’à tout ceci s’ajoute le fait de gérer le manque d’espace dans la maison ou l’appartement familial. Dans ces conditions et compte tenu du fait que nos lycéens en voie professionnelle cumulent parfois jusqu’à 32 heures de cours par semaine (grand choc quand ils débutent en seconde), il est, pour moi, impensable de leur rajouter une charge de travail.

Qui plus est, j’ai en face de moi des élèves qui arrivent avec un sentiment d’échec (le discours : « tu ne travailles pas assez, tu n’as pas assez de capacités… donc tu iras en lycée professionnel » a la vie dure). De ce fait, mon premier travail est de leur redonner confiance mais aussi de leur redonner de l’envie, du goût, du plaisir même à aller à l’école ! Cela ne passe certainement pas par un travail à la maison, souvent peu ludique, voire rébarbatif, mais plutôt par des activités en classe qui leur redonneront confiance en eux et les valoriseront.

Alors effectivement, je suis souvent pour ne pas dire toujours en porte-à-faux avec de nombreux collègues pour ne pas dire tous !

Mais qu’il m’est pénible de voir sur un bulletin : « la moyenne est mauvaise car plusieurs devoirs maison n’ont pas été remis » ou encore pire : « zéro car devoir non rendu » ! Mais le problème des appréciations sur le bulletin est aussi un vaste et autre sujet ! Pour moi, ce genre de comportement relève de la double peine ! Le jeune a un devoir à faire à la maison, ce qui, bien sûr, ne l’enchante guère dès le départ (je le comprends !) mais en plus il se voit attribuer un beau zéro en guise de notation pour un trimestre voire un semestre ! Concrètement, j’ai du mal à voir le bénéfice !

J’avoue m’être battue un peu au début pour tenter de faire comprendre à des collègues que je trouvais ça particulièrement injuste. Mais j’ai honte d’avouer que j’ai baissé les bras au nom de la sacro-sainte liberté pédagogique ! En même temps, je peux aussi comprendre que, pour certains collègues qui ont une heure seulement par semaine les élèves, il n’est pas toujours évident de gérer un programme, des évaluations en classe et donc très certainement existe-t-il une quasi obligation d’avoir recours aux devoirs à la maison. Mais, à ce moment-là, pourquoi ne pas essayer d’y apporter un peu plus de souplesse ou du moins un peu plus de « fun » ?

Il existe maintenant des solutions plus « sympathiques » pour évaluer non ? J’utilise plutôt Plickers par exemple pour une petite évaluation ponctuelle plutôt que de leur donner quelque chose à la maison.

Depuis presque deux ans, je me suis lancée dans l’aventure de la classe inversée, ce qui sous-entend de travailler un peu à la maison. Mais, comme le dit si justement Marcel Lebrun (notre référence à tous) il existe plusieurs classes inversées !

Me lancer dans la classe inversée remettait donc en cause tout ce que j’avais mis en place depuis que j’enseigne puisque pour moi c’était zéro travail à la maison. Mais la réaction de mes élèves a été absolument géniale et très encourageante ! En effet, le travail en amont dans ma classe inversée consiste à visionner une capsule puis à répondre à un quiz réalisé sur Google form. Ce qui, au pire, leur prendra une dizaine de minutes (3 à 5 minutes pour visualiser la capsule, 3 à 5 minutes pour répondre au quiz). Mais là encore, pas d’obligation de faire ça à la maison (puisque tout le monde ne dispose pas de moyen d’accès à Internet chez lui) et donc on peut prendre 10 minutes en début de cours pour que tout le monde en soit au même point. En fait, les élèves trouvent ça plus sympathique à faire qu’un devoir maison « classique » et ont vite pris le pli de visionner la capsule et de compléter le quiz. C’est même moi qui avais plus de réticence qu’eux au début. Ce à quoi, l’un d’entre eux a répondu : « mais Madame, vous rigolez, 10 minutes, on peut quand même faire ça pour vous ! ». Mais c’est surtout qu’ils peuvent le faire avec leur smartphone, avec leur tablette, dans le bus, à la maison, dans la cour… Il y a un côté « pratique » à ce type de devoirs à faire à la maison. Mais non ! Rien que le nom « devoirs » me gêne toujours autant ! On crée l’obligation alors que moi je recherche le fait que le travail à faire se fasse par choix. C’est aussi cela que m’apporte la classe inversée.

Donc, si je devais démarrer ma carrière aujourd’hui, j’essaierais d’abord de voir ce qui se fait, ce que le numérique peut m’apporter comme avantage. Je testerais, je tenterais mais surtout, surtout, je ferais en fonction du ressenti de mes élèves et de l’envie que je décèlerais chez eux.

Car, oui, cette année, et pour la première fois depuis que j’enseigne en lycée professionnel, j’ai eu une petite Laurine, élève de seconde, qui me demandait et me redemandait du travail. Heureusement, elle avait accès à des missions que j’avais préparées dans le cadre de ma classe inversée en économie droit. Elle a réalisé beaucoup plus de missions que la plupart de ses camarades de classe mais en tout cas, elle les a réalisées parce qu’elle en avait envie et que cela lui faisait plaisir. Après, la question de la notation se pose mais en l’occurrence j’ai valorisé son travail.

Donc concrètement, le travail en dehors de la classe, cela passe par une véritable envie de l’élève et aussi une possibilité de le valoriser plutôt que de le rabaisser. Cela reste ma ligne de conduite et ce que j’ai envie d’améliorer encore et encore : voir mes élèves arriver avec de l’envie en cours d’économie gestion et pas avec la peur au ventre parce que les devoirs maison n’ont pas pu être faits. Enfin, tel est mon sentiment mais compte tenu du retour que je peux observer chez mes élèves, je pense être dans le vrai !

Marie Anne Dupuis, Professeur Economie Gestion, Académie de Poitiers

Delphine ne donne pas de devoirs à ses élèves d’ULIS, témoignage

­Tout d’abord peux-tu te présenter en quelques mots ainsi que ton contexte de travail ?

Je suis coordonnatrice d’ULIS en collège depuis cinq ans. Auparavant j’étais en CLIS dans une école très hétérogène où je m’occupais aussi de la cantine et de l’étude du soir. Enfin, j’ai commencé en IME (Institut Médico Éducatif) auprès d’élèves souffrant de troubles cognitifs importants avec souvent des troubles associés.
Dans ce contexte particulier, je suis au plus près les besoins et le rythme des élèves en m’appuyant sur une évaluation diagnostique en début d’année scolaire et une observation fine. Et je ne donne pas de devoirs : parce que mes élèves et leurs parents ont souvent un vécu difficile avec l’école et entre eux à cause de l’école, parce que j’aime voir comment ils entrent dans la tâche, comment ils se débrouillent devant l’exercice pour utiliser aussi ce levier là afin de leur permettre d’avancer dans leurs apprentissages.

­Concrètement que donnes-tu en devoirs à tes élèves ?

Donc : pas de devoirs du tout ! Juste la consigne de lire un peu et de participer à la vie de leur famille pendant les vacances.

Apprendre et progresser sans avoir de devoirs à faire, est-ce possible selon toi ?

Et bien, malgré toutes leurs difficultés et malgré le fait de ne pas avoir de devoirs, ils progressent plutôt bien ! À leur rythme !

Comment présentes-tu cela à tes élèves ? À leurs parents ?

Je leur évite les conflits qu’ils connaissent par cœur et qu’ils appréhendent (et je permets même à mes élèves de ne pas ramener leur cahier à la maison )! Ils ont besoin qu’on leur « foute la paix » et qu’on leur fasse confiance, je leur permet de cloisonner. Les parents savent qu’ils peuvent me joindre facilement pour discuter s’ils en ont besoin.
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Quels effets observes-tu sur les élèves (et éventuellement sur les parents) avec ton choix de ne pas donner de devoirs ? Quels autres liens école-famille proposes-tu ?

Le problème des devoirs avec mes élèves, c’est que cela confronte les parents à tout ce que leur enfant ne sait pas faire. Par contre, c’est assez simple en fait de transférer les compétences que je vise dans le quotidien familial et d’en faire des « devoirs » (prise d’initiative, autonomie, être attentif à une consigne, la garder en mémoire, planifier les tâches). Pour les connaissances pures, nous avons les affichages, les aides mémoire et les applis pour palier aux difficultés. Mais encore une fois, je travaille dans un contexte particulier.
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Tes collègues font-ils comme toi ? Quel est leur regard sur ta façon de faire ?

Mes collègues connaissent mon fonctionnement et le respectent notamment lors des inclusions : je leur explique les difficultés de mémoire de mes élèves et surtout mes objectifs : l’important n’est pas de connaître la leçon par cœur mais de comprendre les questions et de trouver la bonne réponse dans le cours. Du coup, ils travaillent de plus en plus de cette manière là avec les élèves en difficulté. Surtout, il faut d’abord proposer ce fonctionnement aux parents qui en général sont plutôt contents que l’on prenne en compte les difficultés de leur enfant. Pour le travail écrit, la plupart du temps, mes collègues le débutent en classe, pour aider les élèves les plus en difficulté.
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Comment ta vision des devoirs à la maison a-t-elle évoluée au cours de ta carrière ?

Au début, ces devoirs ne servaient que de rituels afin de faire du lien avec le « hors-école », notamment les éducateurs. Mais j’ai vite vu les problèmes auxquels chaque enseignant est confronté : Quelle aide apportée ? Combien de temps ? Quelle « ambiance » ? Et puis l’observation de mes élèves est très importante pour moi, et les remédiations que je leur propose sont souvent transposables dans le quotidien (attention, planification, gestion de la mémoire court et moyen terme, accompagnement pour l’entrée dans la tâche). C’est alors ça que je donne comme « devoirs » !
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Qu’est-ce-que tu souhaiterais encore améliorer dans ton dispositif ?

À la rentrée, je souhaite développer l’utilisation des outils numériques pour palier aux difficultés afin que mes élèves acquièrent le plus d’autonomie possible. J’aimerais qu’ils transfèrent cette utilisation sur leurs téléphones portables afin de les utiliser au quotidien. Le but étant qu’ils puissent vraiment se concentrer sur le plus important : comprendre, analyser, développer leur esprit critique, prendre des initiatives, avoir confiance en eux.
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­Qu’est-ce-que tu conseillerais à un jeune collègue débutant pour aborder cette question ?

Les premières questions à se poser sont : À quoi ça sert ? Quel est l’objectif de ces devoirs ? Les conditions nécessaires pour atteindre cet objectif sont-elles remplies ?

 

Delphine SAULNIER, coordonnatrice de l’ULIS du collège Ledoux à Dole

Le numérique au service de l’accompagnement des devoirs par Julien

Tout d’abord peux-tu te présenter en quelques mots ainsi que ton contexte de travail ?

Je suis Julien Crémoux, enseignant en CM1-CM2 depuis 2 ans, ayant essentiellement fait du cycle 3 depuis mon arrivée dans le métier en 2005. Je suis aussi directeur de l’école H Challand de Nuits-Saint-Georges en Côte d’Or qui compte 6 classes. Depuis mon arrivée dans le métier, j’ai toujours essayé de faire évoluer mes pratiques pour aider au mieux tous les élèves et notamment ceux en difficulté. Ainsi, depuis 2011, j’ai conçu des outils numériques sur notre site d’école. Puis grâce aux discussions sur internet je me suis lancé il y a 5 ans dans les ceintures de compétences. Je me suis mis dès lors à partager mon travail en créant un blog supermaitre.eklablog.fr. De fil en aiguille, je me suis aussi lancé dans une pédagogie plus coopérative, avec aussi un système de classe inversée. Enfin depuis 1 an, j’ai aussi lancé mes élèves dans l’aventure d’une twittclasse.

Concrètement que donnes-tu en devoirs à tes élèves ? (type, quantité, fréquence, organisation…)

Je donne concrètement quasiment les mêmes devoirs tous les soirs. Il y a systématiquement 2 à 3 fois par semaine une nouvelle leçon à apprendre (français maths + histoire ou sciences…) et aussi une vidéo de classe inversée à visionner. Je donne aussi tous les jours à revoir les leçons faites depuis une dizaine de jours et les mots du cahier de mots à revoir (ce cahier complété par l’élève recense tous les mots à connaitre mais aussi tous les mots mal orthographiés par l’élève au cours de ses travaux). Ensuite, il y a pour la semaine la ou les ceintures à passer qui impliquent que les élèves revoient une leçon connue (et au programme du plan de travail individuel de l’élève). Enfin, et ce sera la nouveauté de cette année, je ferai noter la lecture de 5 pages d’un livre tous les soirs (le livre sera choisi par l’élève dans le cadre d’un rallye lecture sur un semestre).
Sinon occasionnellement, les élèves pourront avoir à préparer des travaux à l’oral qui auront été travaillés en classe (exposé, rituel en histoire des arts).

Quels moyens mets-tu en œuvre pour que ces devoirs soient faisables par tous ? Comment gères-tu ceux qui ne les font pas ?

Pour que ces devoirs soient faisables et faits, j’ai choisi de :
– noter sur le site de la classe les devoirs chaque jour afin que tous, élèves et parents, puissent savoir ce qui est prévu. Cela implique que je ne vérifie pas les agendas des élèves (sauf gros souci) et que les parents savent qu’ils peuvent trouver les devoirs à un endroit.
– proposer pour chaque leçon à apprendre des outils sur le site internet de classe qui doivent permettre aux élèves de savoir ce qu’ils doivent retenir et de vérifier s’ils ont bien compris. Pour ce faire, chaque leçon donnée renvoie vers ce site (généralement 100% des élèves de ma classe ont les moyens de se connecter).
– informer en début d’année les familles de mon fonctionnement, de mes exigences mais aussi des moyens d’aider ou d’accompagner leur enfant (je fais de même avec l’accompagnement à la scolarité de la ville).
– me tenir à disposition des familles qui peuvent avoir besoin d’aide en répondant à leurs questions au sujet des devoirs.
– d’informer les parents par un petit mot à signer quand un travail n’est pas fait.

Comment présentes-tu cela à tes élèves ? À leurs parents ?

C’est expliqué au-dessus mais j’essaie surtout d’expliciter aux élèves et parents le pourquoi de mes demandes. Concernant les leçons, je leur explique qu’il est important que les élèves puissent expliquer en quelques mots (les leurs) le contenu de la leçon, puissent répondre à 2 ou 3 questions ou faire un exemple. Pour les aider, je mets sur le site de la classe ces différents éléments.

Quels effets observes-tu sur les élèves (et éventuellement sur les parents) dans ta façon de gérer les devoirs ?

Je n’ai pas de retour particulier des familles sur ce fonctionnement. Par contre, les, élèves ont l’impression qu’ils n’ont pas grand chose à faire mais se rendent vite compte que si des choses ne sont pas faites, cela crée un décalage sur ce qu’ils maitrisent et ils ont tendance à se rattraper. Par contre, c’est compliqué pour des élèves qui fonctionnent seuls à la maison car ceux qui sont en difficulté ont l’impression de connaitre leur leçon mais ne savent pas au retour en classe faire une seule phrase ou même donner le titre de la leçon.

Tes collègues font-ils comme toi ? Quel est leur regard sur ta façon de faire ?

Mes collègues de cycle 3 ne fonctionnent pas toujours comme moi, notamment en ne donnant la leçon à apprendre qu’une fois ou en donnant des exercices à faire à la maison qui seront corrigés en classe. Nos pratiques sont variées, nous n’avons pas su ou pu harmoniser nos pratiques mais il n’y a pas de regard négatif les uns envers les autres.

Comment ta vision des devoirs à la maison a-t-elle évoluée au cours de ta carrière ?

Au début je donnais les leçons à apprendre une fois et je donnais des travaux écrits régulièrement. Et puis, je me suis rendu compte que je perdais déjà 5 minutes le matin à savoir qui avait ou n’avait pas fait pour telle ou telle raison. En outre, je ne pensais pas à informer les familles de mon fonctionnement et de mes exigences. Quand j’ai commencé à évoluer, je me suis dit qu’il fallait aussi permettre à tous de faire ce qui est demandé comme si j’étais là.

Qu’est-ce-que tu souhaiterais encore améliorer dans ton dispositif ?

Les améliorations sont en cours pour cette rentrée avec la volonté de faire lire plus les élèves en instaurant une lecture de 5 pages à la maison mais aussi 10 minutes en classe chaque jour.

Qu’est-ce-que tu conseillerais à un jeune collègue débutant pour aborder cette question ?

Je conseillerais de se mettre à la place d’un élève en difficultés qui doit faire seul son travail à la maison. S’il ne peut pas faire une des choses demandées, ce n’est pas la peine de l’inscrire sur l’agenda mais cela demande de réfléchir à ce qu’on fait en classe pour s’assurer de la présence d’un certain nombre d’éléments quant aux travaux des élèves.

 

Julien Crémoux, directeur de l’école H Challand de Nuits-Saint-Georges en Côte d’Or