D’AED à directrice à la MGEN, le parcours de Stéphanie

Stéphanie, quel a été ton parcours universitaire ?

J’ai fait une fac de sociologie et anthropologie à l’Université de Tours. Après 3 années, j’ai obtenu une licence de sociologie.

As-tu exercé des fonctions d’AED, dans quels types d’établissement ?

J’ai été AED, mais avant cela, surveillante d’externat dans un collège rural avec SEGPA . En tant qu’AED, j’ai travaillé dans 3 types d’établissement : collège dit « classique », lycée général, technologique et professionnel en centre-ville et collège classé « ZEP ».

Combien d’années as-tu été CPE, qu’est-ce qui te plaisait ?

J’ai été 10 ans CPE dont 6 années comme contractuelle. Ce qui me plaisait c’était l’accompagnement des élèves, le relationnel avec les élèves et leur famille. J’aimais aussi organiser le service de vie scolaire, c’est à dire le management des équipes d’AED. J’appréciais d’être autonome et la confiance qu’on m’accordait dans la gestion de mes missions. La mise en place de projets avec les enseignant·es, pour les élèves et au-delà, la participation au Groupe technique académique des CPE, l’accompagnement des stagiaires CPE, la formation des pairs sont aussi des missions qui me plaisaient.

Comment en es-tu venue à t’orienter vers un poste de directrice départementale de la MGEN ? Penses-tu que ton expérience de CPE t’a aidée à être retenue sur ce poste ?

J’étais correspondante MGEN en établissement scolaire et par ce biais, j’ai eu connaissance du poste de directrice qui se libérait. Je n’avais pas particulièrement réfléchi à changer de voie, c’est une opportunité que j’ai saisie. Je pense que mon expérience en tant que CPE a été appréciée, notamment la mission de cheffe de service, mais aussi celle d’être en capacité de monter des projets. Mon réseau professionnel a aussi du séduire car si je suis directrice de la section MGEN du Mans, je le suis au titre de « détachée de l’Éducation nationale », et il est important d’avoir connaissance de ses pairs car la MGEN gère le régime obligatoire des fonctionnaires de l’Éducation nationale. Cela me permet aussi de mieux comprendre et de mieux répondre à leurs problématiques lorsqu’elles existent.

En quoi consiste ton poste de directrice de la MGEN 72 ?

Mon poste consiste à manager opérationnellement l’équipe de la section à partir des orientations régionales. Je veille à la qualité de service en déclinant les plans d’actions régionaux. Je pilote l’activité de la responsable d’équipe. Je développe les compétences de l’ensemble de l’équipe en dynamisant les activités et en proposant des formations, si nécessaire. Je dois veiller au respect du dialogue social et enfin je contribue et/ou je mets en œuvre des projets régionaux autour des valeurs de la MGEN.

Quel type de partenariat y a t-il entre la MGEN et l ‘Éducation nationale ?

Plus qu’un partenariat, un accord cadre a été renouvelé le 1er janvier 2019 pour une période de 5 ans. Il est désormais accessible aux enseignants en formation et il intègre un dispositif d’accompagnement social d’urgence. Le groupe MGEN est partenaire de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur pour le déploiement cofinancé d’un dispositif santé au travail pour tous les agents de ces ministères, actifs ou retraités, ayants droits, adhérents ou non au groupe MGEN.

Depuis 2014 avec la signature du précédent accord-cadre, ce sont 126 espaces d’accueil et d’écoute qui ont été créés. Ils sont accessibles et gratuits jusqu’à trois fois par an. De nombreuses académies couvertes par des antennes du Centre national de réadaptation ont été créés. Plus de 750 actions militantes de promotion de la qualité de vie au travail ont été réalisées sur le terrain avec l’appui de la direction générale des ressources humaines communes aux deux ministères, ainsi qu’un dispositif d’accompagnement social d’urgence après le passage de l’ouragan Irma dans les Antilles françaises.

Mutuelle professionnelle, le groupe MGEN répond aux enjeux de santé au travail aux côtés des employeurs publics, et en particulier du ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, avec un dispositif spécifique, les réseaux PAS.

En 2017, 15 549 personnes ont bénéficié de ce réseau via trois grands types d’actions :

  • Les 126 Espaces d’Accueil et d’Ecoute (EAE) sont accessibles à tout agent de l’Education nationale actif qui souhaite s’entretenir avec un psychologue du travail ou un psychologue clinicien.
  • Les centres de réadaptation, présents sur les académies de Paris, Créteil, Versailles, Bordeaux, Aix-Marseille et Nantes), s’adressent aux personnels de l’Education nationale qui, suite à un congé de maladie, doivent préparer un retour sur leurs fonctions ou envisager une réorientation professionnelle. 237 personnes ont été accompagnées via ce dispositif en 2017.
  • Dans les 30 académies, plus de 750 actions collectives ont été réalisées : 60% de ces actions sur l’accompagnement à la prévention des risques psychosociaux (RPS), 25% de ces actions sur la prévention des troubles de la voix (premier outil de travail des enseignants) et enfin, 15% de ces actions ont porté sur la prévention des troubles musculo squelettiques (TMS).

Le groupe MGEN est également partenaire de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (ANACT) et son réseau régional (ARACT).

Retrouves-tu des réflexes/tâches de CPE dans ta nouvelle fonction ?

Je retrouve mes missions de CPE lorsque je pilote l’activité des salariées, avec toutes les tâches que cela incombe : animation de réunion, compte rendu de réunion, gestion des difficultés professionnelles, accompagnement professionnel. Le parallèle que j’observe souvent c’est aussi, la gestion des situations délicates des adhérent·es, similaires à celles des élèves lorsqu’ils/elles pouvaient être en difficulté. C’est aussi le soutien de l’équipe lorsqu’un·e adhérent·e exprime un mécontentement de façon trop véhémente j’utilise alors, les mêmes compétences psychosociales que lorsque je devais gérer le mécontentement d’une famille, par exemple.

On dit souvent que prendre du recul sur son métier permet de la redécouvrir. Qu’as-tu observé ?

J’ai observé le fait qu’être CPE demande une grande capacité de prise de recul face aux situations personnelles des élèves qui nous sont confiées, c’est pourquoi, il me semble important de se construire un réseau de pairs, d’avoir des collègues ressources qui soient en capacité d’écoute et de compréhension lorsqu’une situation professionnelle parait difficile à gérer. Cela demande de développer une intelligence émotionnelle, de savoir être empathique, de combiner exigence et bienveillance. La gestion de conflits et de tensions interpersonnelles est aussi une compétence à avoir. Le métier de CPE est un métier d’urgence, il faut être en capacité d’être réactive tout en ayant l’exactitude de la réponse. CPE est un métier d’engagement pour le bien-être de chacun·e dans l’établissement et avant tout, des élèves. C’est un métier que j’adorais, ma plus belle victoire était la reconnaissance des élèves.

Stéphanie Lechat, directrice, section départementale MGEN de la Sarthe

Moumtaze, professeure documentaliste sur une île de l’Océan Pacifique, témoigne

Moumtaze est professeure documentaliste au collège Uporu de Tahaa, en Polynésie française, depuis la rentrée 2016.

Partir enseigner en Polynésie, est-ce vraiment idyllique ?

J’habite l’île de Raiatea qui se situe dans le même lagon que l’île de Tahaa, j’emprunte donc une navette bateau quatre fois par semaine pour aller au collège qui se situe au fond de la baie de Haamene. Après avoir traversé le lagon bleu turquoise, je fais le trajet à pied jusqu’au collège, en traversant un petit village entouré de collines où foisonne une jolie végétation tropicale. Pour parfaire le côté carte postale, j’habite sur un voilier avec mon mari et deux de mes enfants. Nous naviguons à chaque période de vacances scolaires pour découvrir la Polynésie par la mer. La culture polynésienne me touche énormément ; c’est ma deuxième mise à disposition, ayant déjà été professeure documentaliste à Tahiti de 2006 à 2009.

Peux-tu nous parler de ton établissement et de ton CDI ?

Le collège de Tahaa accueille 325 élèves, avec un clivage entre des élèves qui réussissent et des élèves peu motivés, en difficulté scolaire, qui peuvent adopter des attitudes de renoncement.

À mon arrivée, j’ai découvert un CDI bien terne, plutôt une réserve d’ouvrages obsolètes et un déversoir de la permanence, qui ne correspondait pas du tout à ma façon de travailler. J’ai commencé par un grand ménage : nettoyage, désherbage et réaménagement de l’espace avec l’aide d’élèves d’une section professionnelle attachée au collège, la section AFAT (activités familiales artisanales et touristiques) du CETAD qui est une structure de formation spécifique à la Polynésie. J’ai alerté l’équipe de direction sur la nécessité d’offrir un espace convivial et pertinent pour les élèves, et ai obtenu les crédits nécessaires pour le renouvellement du fonds documentaire et le remplacement des ordinateurs. Je me suis attelée à changer sa perception par les élèves et les collègues, et à lui donner sa place au cœur du collège, le tout en veillant à y associer constamment les élèves et la communauté pédagogique et éducative.

Dans quelles actions, missions ou projets t’es-tu investi depuis ton arrivée ?

Outre ma mission pédagogique dans le cadre de l’EMI, je suis référente du Parcours Avenir, mais aussi personne ressource pour la préparation des élèves à l’oral du DNB, et également référente du PEAC.

J’aime travailler en réseau, à sortir ma pratique du simple cadre du CDI comme lieu physique, n’hésitant pas par exemple à réaliser le kiosque à journaux de la semaine de la presse sous le préau, en collaboration avec l’équipe de la vie scolaire, mais aussi à sortir du collège, en proposant une exposition sur les poilus tahitiens à la mairie dans le cadre de la commémoration du centenaire de l’armistice de la 1re guerre mondiale, en collaboration avec la bibliothèque de Haamene.

Je m’attache à mobiliser toutes les énergies pour la réussite des élèves. Je travaille avec mes collègues du collège, mais aussi avec des associations de Raiatea et Tahaa ; le partenariat avec les parents d’élèves de l’île de Tahaa est l’une des clés de la réussite de mes projets.

En quoi les projets que tu mènes sont adaptés au territoire ?

Je m’appuie beaucoup sur la culture et les arts traditionnels polynésiens pour donner du sens aux apprentissages des élèves. Je pars du vécu et de ce qui est familier aux élèves pour travailler, avec mes collègues, les compétences du socle commun.

Depuis deux ans, je fais participer un groupe d’élèves du collège à un concours porté par la ministre de l’éducation et le ministre de la culture polynésien, le HEIVA TAURE’A, qui consiste à présenter un spectacle traditionnel sur « LA » grande scène de spectacle locale, la place To’ata qui reçoit les plus grandes vedettes de passage à Tahiti et les grands groupes de danses traditionnelles au mois de juillet. C’est un projet pédagogique, mené en cours et en atelier, qui permet à chaque discipline participante d’utiliser un support concret pour l’appropriation des savoirs, et aux élèves de trouver une source de motivation et de valorisation pour mieux apprendre et se réaliser. J’ai été l’un des premiers professeurs à intégrer le projet à ses débuts l’année dernière, et on s’est bien débrouillés : classés 3e sur neuf établissements en 2018, les élèves du collège Uporu ont terminé à la 2e place, sur seize collèges, cette année. C’est un beau projet qui fédère, pendant toute sa préparation, toute une équipe : élèves, enseignants, personnel non-enseignant, intervenants extérieurs liés à la culture traditionnelle, parents et familles.

Et quel est le prochain projet que tu vas mener ?

Dans le même esprit, j’accueille, chaque année, au collège le FIFO (Festival international du film documentaire océanien) qui est d’abord organisé à Tahiti au mois de février, puis transporté « hors les murs » dans les îles de Polynésie. Les projections permettent aux élèves d’élargir leur perception du monde. J’ai décidé cette année d’y associer les élèves du CJA de Tahaa, situé à Haamene (le Centre des jeunes adolescents est une structure polynésienne qui permet à des jeunes en difficulté scolaire à la fin du primaire de suivre une scolarité à dominante professionnelle), en leur permettant de partager les projections au CDI avec les élèves du collège.

Jeanne prof de lettres-anglais en lycée pro est devenue coordonnatrice de classe-relais

Vous avez débuté votre carrière en tant qu’enseignante de la discipline lettres-anglais en lycée professionnel. Comment avez-vous réussi, pendant une douzaine d’années, à susciter l’intérêt et la participation des élèves et à lutter contre le décrochage scolaire ?

Je n’ai pas toujours réussi à susciter l’intérêt des élèves, loin de là ! J’ai parfois réussi, d’autres fois, pas du tout. Je pense qu’il faut rester humble à ce sujet. Il a fallu aussi que j’apprenne à connaître mon propre mode de fonctionnement en tant qu’enseignante : tous les enseignants n’enseignent pas de la même manière, n’ont pas la même posture, et ne sont pas « touchés » par les mêmes choses. Il est important d’en prendre conscience. J’ai beaucoup appris tout au long de ces années passées dans l’Éducation Nationale. Par contre, malgré certains moments de doutes ou de fatigue, j’ai fait de mon mieux pour encourager les élèves à se remettre dans une dynamique de travail, à avoir confiance en leurs capacités, et surtout à repenser leur futur d’un œil plus optimiste et bienveillant. J’ai également essayé de leur faire comprendre que si la réussite pouvait être à portée de main, il fallait se démener un peu pour atteindre certains objectifs.
Il est vrai que les élèves qui nous arrivent en Lycée Professionnel ont trop souvent une opinion très négative d’eux-mêmes et rencontrent parfois des problématiques personnelles difficiles et palpables ; il me semble que l’enseignant qui se trouve devant eux se doit de les encourager de manière à la fois positive et réaliste : si on veut réussir, on s’en donne la peine, au risque de se tromper ou d’échouer, mais pas toujours ! Donc mon enseignement de l’anglais et du français a eu pour objectif de remobiliser les élèves sur leurs apprentissages, sur les programmes officiels (en variant les supports et en proposant des outils de remédiation afin de ne pas les noyer dans de nouvelles difficultés et de les faire progresser) ; il s’est en parallèle appuyé sur un travail autour de l’estime de soi. Mais il me semble que beaucoup de mes collègues de LP (ou travaillant en éducation prioritaire) travaillent dans ce sens.
Il a également été nécessaire d’instaurer un climat de confiance entre les élèves et moi, d’instaurer un respect mutuel. Pour que les élèves ne « bloquent » pas sur mes matières, il a fallu leur faire comprendre que je n’étais pas là pour les juger de manière hautaine. Que j’étais là pour les aider à apprendre et à progresser. Qu’aucune question n’était idiote. Cela peut paraitre évident pour certains, mais sur le terrain, on se rend vite compte qu’à un moment donné de leur vie « d’élève », la confiance en l’adulte a été quelque peu remise en question.
Dès le début de ma carrière, j’ai repensé à ce que mon grand-père disait parfois : « Entreprends sans crainte, tu réussiras. » C’est peut-être une chance.

Recrutée ensuite sur un poste à profil, vous vous lancez le défi d’exercer dans un collège de l’éducation prioritaire. Vous faites le choix d’adapter votre enseignement à la diversité des élèves et de concevoir les outils pédagogiques innovants. Quelles ont été vos motivations pour postuler sur ce poste ? Pouvez-vous nous en dire plus sur l’approche pédagogique que vous défendez ?

J’ai été TZR plus d’une dizaine d’années, et bien qu’aimant énormément mon travail, je me suis rendu compte qu’obtenir un poste fixe non loin de chez moi relevait un peu du rêve lointain et inaccessible… et c’est difficile de proposer des projets lorsque l’on ne sait pas dans quel établissement l’on sera l’année suivante. J’ai également ressenti le besoin de changer de public, de changer tout simplement. J’ai donc rencontré à deux reprises un conseiller mobilité carrière qui m’a parlé de ces fameux postes ECLAIR. Et j’ai postulé. Nouveau challenge : un collège ECLAIR (devenu REP+), avec des élèves plus jeunes, et peut-être plus remuants. La première année a été une année de test : donc assez difficile, je ne le cache pas. Et comme je l’ai dit précédemment, j’ai une manière d’enseigner qui m’est propre (beaucoup d’oral notamment, et j’ai, par exemple, besoin de dynamisme dès le matin à 8h00, je n’y peux rien !). Il a donc fallu que les élèves s’adaptent à moi, retravailler sur ce climat de confiance et de respect mutuel dont je vous parlais tout à l’heure, et montrer à ces élèves ce qu’ils pouvaient accomplir avec un peu de travail et de sérieux… et d’envie.
En ce qui concerne les outils pédagogiques utilisés, n’arrivant absolument pas à travailler en anglais avec un manuel et un workbook tout au long de l’année (si l’on doit stimuler les élèves, il faut se stimuler soi-même ! ), j’ai expérimenté diverses choses : projets eTwinning avec des collèges d’Italie, de Norvège, d’Angleterre et ouverture de twin spaces pour les échanges. Là aussi, il y a eu quelques couacs mais aussi de belles réussites : et finalement, les élèves ont à ces moments-là su faire preuve de bienveillance envers leur professeur !
J’ai également proposé à tous mes élèves, quelles que soient leurs compétences en anglais (donc même à mes élèves de SEGPA que j’aimais particulièrement) d’écrire à des correspondants en Europe. Quand les collègues partenaires parvenaient à jouer le jeu, cela motivait mes élèves doublement. Ils ont de plus compris que l’anglais leur permettrait d’échanger avec des personnes provenant de toute l’Europe.
Avec mes collègues enseignants de SEGPA, nous avons proposé un voyage scolaire de quelques jours en Écosse à nos élèves de 3è générale de REP + et aux élèves de 3è SEGPA : ce projet « inclusif » a été, à mes yeux, une merveille. Pas grâce à nous, enseignants, mais grâce à l’implication et la maturité dont ont fait preuve nos élèves. Chacun a su trouver sa place dans le groupe, même les plus timides, les moins débrouillards, les moins impliqués lors des cours « en classe ».
L’ouverture sur l’extérieur et l’inclusion de tous les élèves me semblent être indispensables : cela permet de donner un sens à certains apprentissages, cela permet de vivre ensemble, dans le respect. Il me semble que ce sont des valeurs défendues par la République, et je crois en ces valeurs, même si je sais qu’elles sont trop souvent bafouées ou méprisées.
Le dynamisme et l’expérimentation me paraissent également primordiaux dans notre métier, même lorsque l’on se trompe : si cela est bénéfique pour les élèves, ça l’est pour l’enseignant.

La richesse de votre parcours témoigne de votre attachement à une conception transversale de l’enseignement et à une vision systémique de l’École. Quel regard portez-vous sur la réforme du collège qui a accouché de la loi de refondation ? En quoi le travail au sein d’équipes pluridisciplinaires vous semble-t-il aller dans le bon sens ?

L’École doit avoir un sens pour les élèves, pour les parents et les enseignants (et CPE, etc) aussi. Si les apprentissages sont systématiquement cloisonnés, quel sens peuvent-ils réellement avoir ? La pédagogie de projet, le socle commun de compétences vont dans ce sens : il est bon d’expliquer aux élèves quelles compétences sont mobilisées selon les objectifs visés, afin qu’ils puissent réellement visualiser ce qu’ils savent faire et qu’ils puissent remobiliser toutes ces compétences par la suite, pour de nouvelles tâches. Le travail au sein d’équipes pluridisciplinaires peut tout à fait être enrichissant, à la fois pour les adultes et les élèves. Il me semble cependant que ce travail ne peut fonctionner que si chaque intervenant est convaincu des bienfaits et de la pertinence de tels projets. Pour ma part, et notamment au sein du dispositif relais, je pense que l’échange entre les différents intervenants permet de mettre en place des projets stimulants, et permet davantage de dynamisme.

Depuis la rentrée 2017, vous êtes coordinatrice d’une classe-relais qui accueille des élèves en phase de décrochage. Quels sont les principaux partenaires avec lesquels vous êtes en contact au quotidien ? Quelles sont vos impressions après deux mois dans cette nouvelle « peau » professionnelle ?

Nous avons un partenariat avec la PJJ. L’intervention en dispositif relais de l’éducatrice et de L’AS PJJ consiste notamment à :
assurer le lien avec les familles (par des visites à domicile, des rencontres avec les parents au collège d’origine du jeune) afin de les (re)mobiliser autour de la scolarité de leur enfant, dans un climat de bienveillance ; rencontrer le jeune sur des temps individuels, ce qui n’exclut pas ponctuellement des interventions en petits groupes ou autre, afin d’identifier et évaluer les éléments relatifs à sa personnalité, à sa situation familiale, scolaire et environnementale. Leur champ de compétence est l’accompagnement éducatif auprès du jeune et de sa famille.

Ce partenariat permet un échange d’informations des plus intéressants. Nous pouvons croiser les regards des membres de l’équipe du DR (une équipe pluridisciplinaire !) afin d’élaborer des stratégies éducatives adaptées à la situation de chaque jeune pour lui permettre de reprendre goût à sa scolarité et d’éviter le décrochage.

Avec votre personnalité positive et inventive, tout porte à croire que le poste que vous occupez actuellement ne sera pas le dernier de votre carrière. Quelles sont vos envies, vos projets, vos aspirations à moyens termes ?

Mes projets ? Je souhaiterais me former à la médiation par l’animal afin de pouvoir aborder certaines problématiques de manière différente. Ce projet correspond tout à fait à ma vision de ce que peut offrir le système éducatif : une approche différente, mais toujours bienveillante. Et aller travailler avec son animal, quel bonheur, n’est-ce pas ?
Les problèmes présentés par les élèves concernés par le dispositif relais sont les suivants : absentéisme non justifié, problèmes de comportement, refus de travail, non respect des règles de vie de l’école, extrême passivité dans les apprentissages instaurant un processus d’échec et d’abandon ; les dispositifs relais contribuent donc à la prévention et à la lutte contre le décrochage scolaire.
Les objectifs du dispositif sont notamment d’aider les élèves inscrits à reprendre confiance en eux ; recréer des liens positifs avec le système scolaire (à la fois pour le jeune et pour sa famille); apprendre à mieux vivre en société. La médiation par l’animal pourrait nous être d’une aide précieuse. J’en suis convaincue.

Je souhaiterais également me rendre dans différents pays afin d’apprendre de nouvelles approches éducatives. Échanger, se questionner quand on fait un tel métier : cela me semble important, et stimulant !

Jeanne Antczak – Coordonnatrice de classe-relais

D’AESH à CPE, Caroline témoigne…

Avant de préparer le concours de CPE, vous avez mené des études universitaires en psychologie. Quels sont les grands enseignements que vous en tirez dans votre connaissance du public adolescent ?

Mon intérêt particulier pour la psychologie du développement m’a notamment permis d’appréhender les différents stades que traverse le jeune au cours de sa croissance, m’incitant à penser mon action en regard de l’âge de l’élève, en fonction de ses capacités motrices, cognitives, et de ses compétences sociales. Aussi, les connaissances acquises dans le champs de la psychologie sociale m’ont sensibilisée à l’importance du groupe de pairs dans la construction identitaire du jeune, et m’ont conduite à faire preuve d’une vigilance particulière à l’égard de son influence sur l’attitude et le comportement de l’adolescent.

Recrutée comme AESH dans un lycée professionnel, vous avez été chargée de l’accompagnement d’un élève présentant des troubles autistiques. Dans quelle mesure cette expérience professionnelle vous a-t-elle davantage sensibilisée à la problématique des élèves à besoins éducatifs particuliers ?

Lorsque j’ai été recrutée en tant qu’AESH, je me figurais que les obstacles rencontrés par les jeunes en situation de handicap se résumaient à des contraintes techniques susceptibles d’être palliées par une aide matérielle et/ou l’intervention d’un adulte. Or, cette première expérience au contact des élèves à besoins éducatifs particuliers m’a permis de prendre conscience de l’isolement social dont peuvent souffrir ces élèves et leurs familles, et par conséquent, de l’importance d’une prise en charge individualisée de leur problématique.

Votre mémoire de stage porte sur le thème de la violence scolaire et sur les représentations que s’en font les élèves. Considérez-vous que, dans votre établissement, la gestion des conflits occupe une place majeur dans l’emploi du temps du CPE ? Pourquoi ?

En tant que CPE en poste dans un établissement classé REP et caractérisé par une grande mixité sociale et culturelle, je suis souvent confrontée aux conflits. Ces conflits sont, selon moi, souvent le reflet de la difficulté pour les jeunes que nous accueillons de cohabiter avec d’autres qui sont très différents d’eux (conflits entre élèves de quartiers différents, d’origines différentes, de cultures différentes…) et traduisent également la difficulté pour certains d’entre eux de trouver leur place au sein de l’École. De plus, l’utilisation massive des réseaux sociaux paraît souvent exacerber l’ampleur de ces conflits, permettant à ces derniers de s’insinuer jusque dans les foyers, et faisant apparaître de nouvelles formes de violence : cyberharcèlement, diffusion de rumeurs…

Pensez-vous que votre attention particulière aux élèves en difficultés pourrait vous amener à diversifier votre carrière à un moment donné ? De quelle façon ? Avec quelles motivations ?

Aujourd’hui, et au regard de l’évolution des missions du CPE, j’ai le sentiment d’avoir un rôle important à jouer dans l’accompagnement des élèves en difficulté. Cela dit, il est vrai que j’aimerais parfois être en capacité d’en faire davantage, notamment en travaillant en collaboration plus étroite avec nos partenaires sociaux et de santé (ASS, éducateurs, psychologues, IME, ITEP…). Pour ces raisons, j’imagine me tourner dans quelques décennies vers un poste me permettant d’acquérir de plus grandes responsabilités à l’égard de l’accompagnement des élèves en grande difficulté

Caroline EVRARD

De CPE à enseignante, Christine témoigne

Quelles sont les raisons fondamentales qui ont présidé à votre choix de passer de la fonction de CPE à la fonction enseignante ?

J’ai travaillé sept ans dans un établissement de l’académie de Créteil où les rapports de forces internes étaient particulièrement pesants et sclérosants. J’avais l’impression que la vie scolaire devait en permanence justifier de son action et de son positionnement auprès des chefs d’établissements mais aussi auprès des collègues enseignants.

Je précise que l’établissement accueillait un public varié et que les problématiques scolaires et sociales des élèves étaient préoccupantes. Cependant, j’ai toujours eu le sentiment que ce qui était le plus compliqué dans cet établissement ce n’était pas les élèves, mais les adultes.

Je ne sais pas à quel point cet établissement était exceptionnel dans ses dysfonctionnements mais j’ai fait le constat que la place très exposée des CPE ne me convenait pas du tout. Je me posais donc de plus en plus de questions sur mon avenir dans cette fonction.

Lorsque j’ai enfin obtenu ma mutation dans l’académie de Bordeaux d’où je suis originaire, j’ai un peu déchanté en raison des difficultés posées par les mutations intra. Peu de postes de CPE étaient offerts dans le département que je visais et le résultat d’affectation après la CAPA ne me convenait pas vraiment.

J’ai donc sollicité un congé parental pour une année scolaire afin de privilégier ma vie familiale et l’éducation de mes enfants. Cette parenthèse dans ma vie professionnelle m’a permis de prendre du recul et de réaliser à quel point je ne souhaitais pas reprendre mon activité en tant que CPE.

J’ai donc cherché de quelle manière je pouvais évoluer et j’ai décidé, en lien avec mes études universitaires, de formuler une demande de reconversion professionnelle vers le métier de professeur d’anglais.

Comment vivez-vous le changement entre une gestion individuelle et une gestion collective des élèves ?

Je cherche à mettre tous les élèves au travail mais je n’y arrive pas toujours… ! Je m’efforce de travailler sur des sujets qui vont éveiller l’intérêt des élèves. En cours de langue vivante, nous sommes encouragés à multiplier les mises en situations d’élèves, ce qui peut prendre une tournure assez ludique. Je suis consciente que j’ai des progrès à faire en gestion de classe mais je ne me sens pas pour autant mise en difficulté par mes élèves.

Dans quelle mesure les compétences relationnelles acquises dans le métier de CPE viennent elles compléter vos compétences didactiques ?

Mon expérience de CPE est forcément utile. Je connais bien le public adolescent et je sais être un peu théâtrale quand il le faut ! J’ai souvent recours à l’humour mais je sais aussi poser des limites. Ce qui me semble fondamental, c’est de vraiment s’intéresser aux personnes que sont les élèves. Je veux que leur temps passé à l’école ait du sens, soit source d’épanouissement et d’enrichissement.

En choisissant la profession d’enseignante, l’organisation de votre temps de travail a changé. Comment vivez-vous les temps de préparation des cours et de corrections des copies que vous ne connaissiez pas dans votre fonction précédente ?

Il faut reconnaître que c’est très lourd. Même si je m’attendais à une telle charge de travail, je n’ai pas encore trouvé le meilleur équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle. J’ai deux jeunes enfants et un conjoint souvent en déplacement professionnel et je suis stagiaire 18h en lycée avec des 2ndes, des premières et des terminales…le rythme est donc soutenu !

J’aspire à des temps de formations me permettant de prendre du recul sur ma pratique professionnelle et j’apprécierais aussi de pouvoir observer les séquences des collègues de ma discipline. Cela dit, j’ai la chance de bénéficier des conseils d’une tutrice très attentive et d’un emploi du temps au lycée que je trouve assez équilibré.

Dans le cadre du nouveau collège, l’approche transversale des enseignements trouve un écho particulier dans les EPI ? Qu’en pensez-vous ? Quelle est votre implication dans ce dispositif ? Pensez-vous qu’une collaboration entre votre discipline et la vie scolaire soit imaginable dans le cadre des EPI ? Sous quelle forme ?

Difficile pour moi de répondre à cette question car j’ai toujours travaillé en lycée, mais je pense qu’on peut tout à fait imaginer des projets en lien avec la vie scolaire. Par contre, je sais aussi que les CPE en collège sont généralement seuls et ont déjà fort à faire !

Envisagez-vous un jour d’enseigner à l’étranger ? Si oui, quels points positifs voyez-vous à ce type d’expérience ?

En effet, cela pourrait m’intéresser de travailler à l’étranger pour l’enrichissement personnel et professionnel que cela représente. Je pense qu’il est d’ailleurs plus facile d’exercer à l’étranger en tant qu’enseignant qu’en tant que CPE. En effet, les postes de CPE proposés sont souvent liés à des missions de faisant fonction chef d’établissement et les spécificités éducatives du CPE en font souvent les frais !

Photo : Pixabay CCO Public Domain

Chroniques d’un Professeur des Ecoles devenu Prof d’EPS

Enfant d’enseignants, j’ai eu la chance de ne jamais quitter l’école depuis l’âge de 3 ans ; même mon service militaire chez les Pompiers de Paris m’a permis d’enseigner.

L’Éducation Nationale m’offre ce que j’ai toujours souhaité : les conditions pour m’épanouir dans mon métier. Enseigner c’est avant tout éduquer, partager, rendre heureux les élèves dans leurs apprentissages.

Dès ma première année d’enseignement dans le primaire en 1998, Porte de Champerret à Paris, j’ai découvert le monde de l’USEP (Union Sportive Enseignement Premier degré) qui permet de proposer aux élèves, dans et hors temps scolaire, un    complément des enseignements de classe, par le biais sportif.

Fraîchement arrivé en Dordogne, je me souviens de l’appel téléphonique en 2004 de Stéphane Crochet, alors secrétaire départemental SE-Unsa, m’annonçant l’obtention du poste de directeur dans le village de Chantérac. Quelle joie ! Quelles responsabilités ! Un nouveau défi professionnel. Je découvre à ce moment tous les rouages d’une école.

Acteur local pour l’USEP, je décide quelques années plus tard de passer le CAFIPEMF (Certificat d’Aptitude aux Fonctions de Professeur des Ecoles Maître Formateur) et deviens maître formateur en EPS : en effet, j’ai la chance d’obtenir un poste de conseiller pédagogique EPS en Dordogne. Je m’investis également davantage à l’USEP pour en devenir quelques années son président départemental.

En 2010, un collègue et ami obtient son détachement dans le secondaire pour être Professeur d’EPS… une passerelle magnifique à mes yeux, moi qui valorise l’EPS au quotidien depuis le début de ma pratique professionnelle et personnelle.

Je tente alors trois années de suite des demandes de détachement qui n’aboutissent pas. Rappelons que le détachement est la position d’un fonctionnaire placé hors de son corps d’origine mais qui continue à bénéficier, dans ce corps, de ses droits à l’avancement et à la retraite.

Arrivé à 40 ans, je découvre qu’une autre possibilité s’offre à moi sous forme d’accès à la liste d’aptitude. En effet, en dehors de la voie des concours externes ou internes, l’accès au corps des professeurs d’EPS est possible par inscription sur liste d’aptitude, sous certaines conditions de diplômes, d’ancienneté et d’âge notamment.

Et c’est  Yann Chandivert, élu SE-Unsa en CAPN (Commission Administrative Paritaire Nationale), qui m’annonce l’énorme nouvelle à la fin de l’année 2014-2015. Je suis admis sur liste d’aptitude et serai Professeur d’EPS stagiaire à la rentrée scolaire dans mon département, la Dordogne. Actuellement en poste sur un lycée professionnel, j’ai le plaisir d’enseigner l’EPS et de participer aux différents projets fédérateurs de l’établissement.

Ce qui change pour moi :

– La découverte du monde du secondaire, les relations pédagogiques et humaines au sein d’une plus grosse équipe pédagogique.

– Le changement d’élèves à chaque cours contrairement au suivi continu dans le primaire.

– L’approche de la relation et du suivi dans les apprentissages est différente mettant en avant l’importance du partage entre collègues.

– La continuité, pour moi, dans l’apprentissage de l’EPS.

– Les liens USEP et UNSS.

– Le constat de l’importance de l’accompagnement et de la valorisation que chaque élève est en droit de   recevoir malgré les difficultés scolaires et/ou sociales rencontrées.

– …

La fin d’année verra ma validation, je l’espère, par ma hiérarchie pédagogique et administrative, me permettant de participer au mouvement intra-départemental en Aquitaine. De nouveaux horizons s’ouvrent donc à moi, pour mon grand plaisir.

Stéphane CHAGNON

VAE, témoignage d’un membre de jury

Grégoire Domergue, professeur agrégé dans l’académie de Rouen, participe depuis plusieurs années à des jurys de validation des acquis de l’expérience (VAE).

Peux-tu nous rappeler en quoi consiste la VAE, à qui elle s’adresse et sur quel(s) diplôme(s) tu interviens en tant qu’évaluateur ?

Depuis la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002, la VAE est une voie d’accès aux diplômes, titres et qualification qui vient en complément de la formation initiale ou continue. C’est un élément de la formation tout au long de la vie qui est devenu un droit inscrit dans le Code du travail et le Code de l’Education. Toute personne, quel que soient son âge, sa nationalité, son statut et son niveau de formation, qui justifie d’au moins trois ans d’expérience en rapport direct avec la certification visée, peut prétendre à la VAE. Cette certification qui peut être un diplôme, un titre ou un certificat de qualification professionnelle doit être inscrite au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP).

J’interviens sur trois diplômes de BTS : AG PME-PMI, NRC et Technico Commercial.

Comment s’effectue concrètement cette validation ?

Cela se passe en deux étapes. Les candidats préparent d’abord un dossier (en général pendant un an), dans lequel ils démontrent en quoi leur expérience correspond aux critères du référentiel du diplôme visé. Ce dossier est ensuite transmis à au dispositif académique de validation des acquis (DAVA). Lorsque le dossier est recevable, il est transmis aux membres du jury pour qu’ils l’analysent. L’étape finale est un oral que passe le candidat. Les membres du jury se composent de professeurs intervenants dans les matières professionnelles et générales correspondant au diplôme visé, ainsi qu’un professionnel extérieur à l’Éducation Nationale. Cet oral permet d’approfondir ce qui est dans le dossier, voire éclaircir certaines zones d’ombre.

Combien de candidats se présentent à une validation et combien réussissent ?

En 2013, en France, sur environ 21 000 candidats ayant déposé un dossier (majoritairement au niveau BTS), 18 000 ont obtenu une validation dont 14 000 une validation complète.

As-tu été formé pour ce travail ?

Non, mais je sais qu’aujourd’hui une formation existe.

Comment es-tu rémunéré pour ce travail ?

Pour analyser le dossier d’un candidat, nous sommes rémunérés 2 h de travail, et pour l’entretien la rémunération est d’une demi-heure.

En revanche, ce qu’il faut savoir c’est que le taux horaire n’est pas celui d’une HSE de professeur. Pour les BTS, le taux horaire VAE est de 13,72 € brut de l’heure.

En somme, pour 2 heures d’analyse de dossier + une petite heure d’entretien, la rémunération est de 34,30 € (par candidat).

Il reste cependant une donnée qui n’est pas claire, nous devons préciser si nous intervenons sur un temps de face à face pédagogique. Ce que cela change, je ne sais pas…

 

 

Du 1er au 2nd degré, le témoignage de Marion

Titulaire d’une licence de mathématiques, obtenue en 1998, j’ai préparé le concours de Professeur des Ecoles par le CNED puis en PE1. À l’issue de l’année de stage (PE2), j’ai été titularisée en 2000.

Après plusieurs années passées en école élémentaire, j’ai souhaité me tourner vers l’enseignement secondaire dans ma discipline d’étude initiale, les mathématiques. La préparation du concours interne était à ce moment là difficilement compatible avec ma vie professionnelle et personnelle.

Une demande de détachement m’est apparue comme une alternative intéressante, puisque je pouvais conserver temporairement mon poste dans le premier degré.  En effet dans le cas où ce nouveau métier ne me plaisait pas, je pouvais redevenir professeur du premier degré.

Une première tentative en 2013 n’a pas aboutie. En revanche ma  seconde demande a été validée l’année suivante (juin 2014) après avoir transmis à l’inspection de circonscription mon dossier de candidature comprenant :

  • un dossier administratif à compléter au printemps
  • une lettre de motivation
  • un CV

Pour ma part, je n’ai pas passé d’entretien préalable, mais certains collègues ont rencontré l’IPR.

Il m’a été demandé d’adresser à la DPE une liste de vœux géographiques, sans liste préalable de leur part. L’incertitude, quant à l’attente du lieu d’affectation (la Dordogne est le 3ème  département le plus étendu de France !) et surtout quant aux niveaux d’enseignement confiés (et donc l’impossibilité de préparer mes cours à l’avance) fut pour le moins désagréable. C’est à la fin du mois d’août que m’a été communiqué mon affectation au Collège Bertrand de Born à Périgueux.

Mon statut est assimilé à celui de stagiaire ; à ce titre j’enseigne 12 heures par semaine  à deux classes de 4ème  et une classe de 3ème (même si habituellement les stagiaires n’ont pas la charge de classe à examen).  Ravie de mon affectation je pense pouvoir dire aujourd’hui que mon intégration au collège s’est faite sans difficulté.

Ma formation prévoit par ailleurs deux jours hebdomadaires d’enseignement à Bordeaux. L’aspect logistique est de ce point de vue plus contraignant car les déplacements induisent une charge physique et financière lourde, et à ce jour (3 mois après la rentrée) l’Education Nationale n’a procédé à aucun défraiement ni même communiqué clairement sur le montant prévu pour ceux-ci.

 

Marion Cavillac
PE en détachement dans le 2nd degré
depuis la rentrée de septembre 2014

 

J’étais PE, je suis devenue prof de mathématiques

« J’étais PE, je suis devenue prof de mathématiques au collège Jean Moulin » Perpignan (66)

Depuis combien de temps étiez-vous PE et quel type de postes aviez-vous occupé ?

J’étais professeur des écoles depuis septembre 2001.  J’ai occupé des postes de remplacement avant d’être adjointe en école élémentaire. J’ai ensuite été directrice de deux écoles dans l’Aude, puis à nouveau adjointe élémentaire dans les Pyrénées  Orientales. J’étais enseignante en maternelle avant de songer à une mobilité professionnelle.

Quelles dispositions réglementaires avez-vous utilisé pour votre projet de mobilité professionnelle ?

J’ai utilisé la voie du détachement pendant 1 an, avant de demander l’intégration définitive dans le corps des certifiés.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans votre projet ?

Cette voie de détachement est peu connue. Au départ, il a été un peu difficile de trouver des informations mais ensuite le détachement s’est fait plutôt rapidement. Au niveau administratif, j’ai rencontré quelques problèmes relatifs au salaire et à un passage d’échelon mais ils se sont résolus en quelques mois. Je n’ai rencontré aucun problème concernant mon affectation.

Quelles aides avez-vous trouvées dans la réalisation de ce projet ?

Un ami à moi avait déjà réalisé ce projet et il m’a orienté. Les délégués du SE-Unsa (tant du 1er que du 2nd degré) m’ont accompagnée dans cette demande mais aussi lors des commissions d’affectations. Les modalités d’affectation sont complètement différentes dans les deux corps.
Êtes-vous satisfaite d’avoir réalisé ce projet ?

Oui, totalement. L’année de stage se révèle un peu difficile car ma formation se rajoute à un service déjà complet mais je suis ravie d’avoir pu donner un nouveau tournant à ma carrière professionnelle.

Axelle Soto

Crédit photo : MyScienceWork

De CPE à musicien, témoignage

1) Qu’est ce qui est fondamentalement à l’origine de votre bifurcation professionnelle ? Quels sont les arguments qui vous ont fait basculer vers une autre situation professionnelle ?

L’origine fondamentale de ma bifurcation professionnelle est la redondance du métier ainsi que ses limites. En effet, après avoir exercé 10 ans en tant que CPE, j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour du métier. C’est en partie dû au fait que j’ai exercé 7 années en tant que TZR et que j’ai pu exercer dans tous les types d’établissement. Le fait d’être en poste fixe m’a donné l’impression de stagner, de m’engluer dans une situation et un métier sans renouveau. Malgré les changements de personnels au sein de mon établissement, la monotonie est réapparue rapidement. Pour moi, les politiques ont dénaturé le système éducatif en superposant leurs réformes à tour de rôle, ce qui engendre un état de stagnation au sein de l’école. On met en place pour démenteler ensuite ce qui a été fait, on innove puis on recule, bref, on ne cesse de jouer avec le système sans réellement traiter les problèmes de fond. J’ai donc compris que malgré ma volonté et mes missions de CPE, rien ne changerait fondamentalement dans l’école.

C’est donc naturellement que j’ai décidé de changer de voie professionnelle pour d’une part me renouveler après 10 années dans l’éducation nationale mais aussi pour suivre une passion qui existe depuis toujours : la musique. Je me suis alors intéressé au congé formation car il faut bien le dire peu d’explications nous sont faites sur la bifurcation professionnelle.

 
2) Quelles sont les compétences que vous avez transférez de votre fonction de départ vers votre fonction d’arrivée ?

La rigueur, l’organisation, la communication, la capacité d’adaptation, le sens des responsabilités.

 

3) Dans la fonction que vous occupez aujourd’hui, quels sont vos principaux motifs de satisfaction, d’épanouissement ?

Le nouveau métier que je prépare (musicien professionnel), je suis satisfait de mes journées, de mon travail, des perspectives d’avenir. C’est un épanouissement quotidien et en perpétuelle évolution. Rien ne ressemble à ce que j’ai déjà fait, tout est créatif et donc en opposition à une quelconque monotonie.

 

4) Changer de métier lorsqu’on est CPE et que l’on n’envisage pas la carrière de chef d’établissement relève t-il d’un parcours du combattant ? Si oui, comment pourrait-on, selon vous, améliorer les choses ?

Il a été très difficile pour moi d’obtenir mon congé formation. Il a fallu que je ne cesse de communiquer avec ma hiérachie pour les persuader du bien fondé de mon choix. J’ai eu l’appui indispensable du syndicat sans qui peut-être je n’aurai pu suivre ma formation. Il est inconcevable aujourd’hui qu’un fonctionnaire de l’éducation nationale ne puisse facilement se réorienter professionnellement et il est d’autant plus inconcevable que l’administration ne mette pas tous les moyens nécessaires à la réalisation du projet. Lorsqu’un fonctionnaire souhaite changer de métier, il ne doit pas se retrouver face à des impasses et se résigner à continuer son métier faute de solutions. Les conséquences peuvent être terribles (dépression, maladie, fautes professionnelles…). L’administration doit prendre en compte le fait qu’une personne épanouie au final lui coûtera certainement moins cher qu’une personne en mal être. Pour moi, chaque demande de réorientation devrait pouvoir aboutir avec les moyens financiers qui le permettent. C’est dans ce sens que l’éducation nationale au final bénéficiera d’une reconnaissance de la qualité de ses employés.

Grégory VAJS
CPE dans l’académie de BESANÇON

 

Je suis devenue directrice d’un syndicat intercommunal

Depuis combien de temps étiez-vous PE ?

Je suis devenue institutrice en 1988 puis j’ai intégré le corps des PE en 1998.

Quel type de poste aviez-vous occupé ?

J’ai principalement occupé des postes d’adjointe maternelle, mais aussi 5 ans en élémentaire.

J’ai commencé à mi-temps pour mes enfants et pour finir, avant de quitter la Haute Garonne par mutation, j’ai été directrice pendant un an d’une école maternelle 5 classes.

Quelles dispositions règlementaires avez-vous utilisé pour votre projet de mobilité professionnelle ?

J’ai été en disponibilité durant 1 an et demi et depuis 8 mois je suis en détachement pour 10 mois encore.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans votre projet ?

J’ai beaucoup cherché par moi-même en tapant à différentes portes (Education Nationale -IA, rectorat, université-) mais aussi des privés (organismes pour bilan de compétences-que je n’ai pas fait…-), professionnels correspondant aux études que j’avais faites…)

Quelles aides avez-vous trouvées dans la réalisation de ce projet ?

Le conseiller de la cellule mobilité carrière à Toulouse m’a beaucoup aidée à me projeter dans un autre secteur d’activités… en me permettant d’évaluer mes compétences professionnelles pour les transférer hors Education Nationale, il m’a donné confiance et permis d’oser me présenter à un entretien d’embauche en tant qu’instit…

Toutes les personnes rencontrées m’ont comprises, encouragées…

Pourtant au début, j’avais un peu de mal à avouer que je voulais changer de travail… et puis, les langues se sont déliées… je n’étais pas la seule…

Êtes-vous satisfaite d’avoir réalisé ce projet ?

Oui… c’est dans mon tempérament… aller au bout de mes choix, de mes envies pour savoir, pour ne pas subir…

Voilà je sais… mais à présent je me pose encore des questions… le travail que je fais est difficile car il n’y pas assez de personnels c’est donc chronophage. Le fait de connaître le fonctionnement des écoles m’a beaucoup aidée.

C’est vraiment une chance d’avoir le choix… peut être que je reviendrai en arrière mais en sachant maintenant comment c’est ailleurs…

Aline, directrice d’un syndicat intercommunal scolaire à la Llagonne (66)

 

CAPES d’anglais ou doctorat aux USA ? Le choix de Caroline

Tu as dû choisir entre valider ton capes d’anglais ou faire un doctorat aux Etats-Unis. Quel a été ton choix et pourquoi ?

 

En 1999, alors que je revenais d’une année d’échange aux États-Unis à l’université d’Indiana – Bloomington, je décidais de compléter mon mémoire de maîtrise, presque fini. En attendant une nouvelle année scolaire, pour entamer un DESS ou DEA à l’époque, je décidais de passer le CAPES d’anglais qui était alors la seule option pour quelqu’un comme moi. Je me suis donc inscrite au concours et j’ai suivi quelques cours de préparation dans mon Alma Mater (Université Charles de Gaulle, aka Lille 3).

Pendant la préparation, rigoureuse certes mais peu excitante, j’avais repris contact avec l’université américaine qui m’avait accueillie. Ils m’ont encouragée à poser ma candidature pour y faire un doctorat, ce que j’ai fait. Au final, j’ai été acceptée dans leur programme de doctorat avec une bourse d’études qui prenait tout en charge et un boulot pendant mes études qui devaient durer 5 ans (Master + Doctorat).

J’ai passé le concours, je l’ai réussi. Je ne me souviens plus du classement exact (d’ailleurs est-ce que ça compte ?), mais je m’en suis bien sortie. À l’annonce des résultats, je me suis renseignée pour savoir si je pouvais décaler l’année de stage. Oui, on pouvait différer si on souhaitait continuer ou terminer des études. Après la première année de Master, j’ai demandé à différer à nouveau puisque les études que j’avais entamées n’étaient pas finies mais cette requête a été rejetée. Soit je rentrais immédiatement pour être affectée dans un collège ou lycée du Nord, probablement dans une zone bien difficile ou je continuais mon doctorat, tout frais payés, dans une université ultramoderne. Comment dire ? Je n’ai pas réfléchi longtemps. La question qui s’est posée et qui m’a troublée le plus, c’est qu’une université étrangère dans un pays étranger investissait plus dans mon avenir que le mien qui me sommait de faire quelque chose pour lequel j’étais déjà qualifiée. Et la France n’acceptait pas que je finisse des études très poussées qui ne feraient de moi qu’une enseignante bien plus qualifiée et passionnée. Par ailleurs, les débouchés et les perspectives de carrière que m’offrait la France n’égalaient en rien celles qui se présentaient devant moi ailleurs. Finalement, puisque j’étais une femme jeune, issue de la classe ouvrière, avec un physique minoritaire, à l’époque où le paysage politique, audiovisuel et télévisuel français était encore moins diversifié qu’il ne l’est aujourd’hui, j’ai été sensible au fait d’être recrutée pour qui j’étais aussi. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes en matière de diversité raciale, socio-économique, etc. aux Etats-Unis, mais en tout cas, mon métissage et mes origines sociales devenaient des éléments qui agrémentaient mon parcours universitaire. Malheureusement le système d’éducation primaire, secondaire et supérieur en France ne fonctionne pas sur les mêmes principes, et de nombreux cerveaux brillants s’expatrient toujours aujourd’hui.

 

Tu as enseigné l’anglais dans des classes de primaire, donc tu connais le système d’apprentissage des langues en France. Aujourd’hui tu enseignes le français à l’Université aux Etats-Unis. Peux-tu comparer les conditions d’enseignement ?

 

Il n’y a aucune comparaison possible. J’ai effectivement été intervenante d’anglais dans les écoles primaires quand je préparais le capes. Je me souviens avoir fait une après-midi de formation avec un enseignant de primaire responsable de l’enseignement de l’anglais, mais qui ne le parlait pas, ou très mal. Je travaillais dans 3 écoles et l’équipe enseignante était très enthousiaste pour les cours, et les enfants aussi. Mais je n’avais aucune ressource, aucun matériel pour encadrer l’enseignement de l’anglais aux petits. Il me semble que cet enseignement n’était pas considéré comme un enseignement mais plutôt comme une activité ludique. Bien sûr l’enseignement des langues aux enfants et aux plus grands doit être ludique, mais on doit conserver le concept d’enseignement. C’est à dire se donner les moyens d’enseigner et donner aux enfants les moyens d’apprendre.

Pour ce qui est de mon expérience aux États-Unis, elle ne concerne que l’enseignement supérieur alors je ne pourrais pas me prononcer sur le primaire et le secondaire. Répétons une chose d’emblée, les études sont payantes et elles sont chères, mais il existe un système d’aide financière et de bourses très généreux et efficace. Le système n’est pas non plus comparable au système français. Mais parlons de l’enseignement proprement dit : ma formation a été faite de manière presque personnalisée et pendant qu’on me formait en pratique, on continuait à me former en théorie avec des cours universitaires à un très haut niveau (donc fascinants) en linguistique, acquisition de la seconde langue, et didactique. Aujourd’hui, quand j’enseigne, il s’agit pour moi de former des esprits à comprendre une langue étrangère, certes, mais aussi des cultures étrangères et à pouvoir interagir avec les gens issus de ces cultures aux États-Unis ou dans les pays francophones. On me donne pour cela les moyens technologiques de former des étudiants du 21ème siècle, c’est-à-dire une génération qui se passionne pour les choses qui vont vite et qui les distraient. Ils s’intéressent à tout et ont une grande envie d’apprendre et d’apprendre bien, mais pour cela, il faut aussi s’adapter au public que l’on a. Les manuels traditionnels ne fonctionnent plus et il faut utiliser plusieurs méthodes d’enseignement en même temps car les manières d’apprendre varient beaucoup également. L’université dans laquelle je travaille a les moyens de nous procurer un contexte d’apprentissage où les conditions d’enseignement sont optimales. Mais pour les autres, elles font preuve de créativité et d’une capacité d’adaptation que l’on devrait observer de plus près. Peut–être que notre approche globale est plus pragmatique, mais n’apprend-on pas mieux quand on sait pourquoi on apprend quelque chose ? Un petit exemple : tout cours commence avec la distribution du programme du cours. Ce programme explique non seulement les objectifs du cours mais aussi les méthodes choisis pour remplir ses objectifs, les attentes du professeurs vis-à-vis des étudiants et le calendrier des devoirs, évaluations, etc.

Caroline Beschea-Fache, Docteur en ès-Lettres
Davidson College
Associate Professor of French and Francophone Studies, and Africana Studies
Nouvelles Etudes Francophones, Directrice des Recensions

De CPE à enseignante en classe-relais, témoignage

Hier CPE, aujourd’hui enseignante en classe-relais, Karine s’est donné les moyens de la mobilité professionnelle. D’une fonction à l’autre, une préoccupation commune : les élèves en difficultés

1) Qu’est ce qui est fondamentalement à l’origine de votre bifurcation professionnelle ? Quels sont les arguments qui vous ont fait basculer vers une autre situation professionnelle ?

Lorsque l’on pratique un métier, il arrive que l’on s’interroge sur ses pratiques, ce que l’on peut améliorer, ce qui nous manque. Puis la vie vous rattrape avec ses réalités, pour ce qui me concerne la maladie de mes proches et là plus de questionnement. La vie est courte et personne ne peut changer et choisir les choses à part soi. Je me sentais souvent à l’étroit dans mon statut de CPE donc  j’ai souhaité me tourner vers mes premières amours l’enseignement des lettres. Je suis retournée à la FAC pour me remettre à niveau et préparer le CAPES de lettres modernes : admissible mais pas admise. Le hasard faisant bien les choses le poste de coordinatrice/enseignante se libérait dans le Haut Jura, j’ai postulé sur ce poste à profil qui allie enseignement, éducation, travail en partenariat, dans et hors éducation nationale : l’idéal. Le DASEN du Jura m’a laissé ma chance et j’entame ma 5°rentrée avec autant de plaisir. La notion de plaisir est pour moi essentielle, même si le quotidien est parfois rude.

2) Quelles sont les compétences que vous avez transférez de votre fonction de départ vers votre fonction d’arrivée ?

Je dirais que la principale compétence c’est la connaissance de ce qu’est un jeune pour avoir travaillé en collège, lycée et LP.

Celle de travail en équipe pluridisciplinaire. En tant que CPE j’avais déjà cette approche, mais mon réseau est désormais considérablement agrandi, le regard de ces autres professionnels est très enrichissant et me font reconsidérer parfois avis sur certaines situations.

La relation aux jeunes et à leur famille car sans leur adhésion rien ne peut se faire.

Des formations sur la gestion des conflits, les techniques d’écoute, la crise suicidaire etc.

3) Dans la fonction que vous occupez aujourd’hui, quels sont vos principaux de motifs de satisfaction, d’épanouissement ?

Mes motifs de satisfaction sont variés. Réconcilier les jeunes  et leur famille avec l’école pour des élèves décrocheurs ce qui est le cas de mon public c’est déjà une satisfaction, même s’il n’y a pas d’effet baguette magique.

Il faut du temps pour décrocher donc il faut aussi du temps pour raccrocher. De ce fait, le retour en classe, s’il n’est pas bien travaillé durant le passage en classe relais peut sembler caduque : rien n’aurait changé.

Dans la mesure où nous suivons nos élèves à N+1 et N+2, je vois que le travail porte ses fruits, mais pour cela il faut un temps de décantation qui n’est pas forcément en adéquation avec celui de l’école.

La classe est peu à peu devenue un lieu ressource pour nos élèves ; ils nous tiennent au courant, tout comme leurs parents, de la suite de leur parcours et ils s’en sortent.

Ceci est le résultat d’un travail collectif autour du jeune et pour le jeune.

Je me dis alors que je suis à ma place comme un petit maillon de la chaîne, que je ne me suis pas trompée, même si beaucoup de choses restent à faire ou à améliorer.

4) Changer de métier lorsqu’on est CPE et que l’on n’envisage pas la carrière de chef d’établissement relève-t-il d’un parcours du combattant ? Si oui, comment pourrait-on, selon vous,  améliorer les choses ?

C’est la question piège car que peut bien savoir faire un CPE ? Je plaisante car pour passer le concours nous avons tous fait des études universitaires, il me semble.  Nous avons l’équivalent d’un CAPES sans avoir la possibilité d’accéder à équivalence de l’agrégation.

En ce qui me concerne pour avoir fait fonction de proviseur adjoint, je sais que ce n’était absolument pas ma voie.

J’ai de la chance d’exercer des fonctions mixtes sur le dispositif relais, je fais de l’enseignement comme un PE le ferait, mais sur le niveau collège. Dans le cadre de la classe et pour être plus performante sur le plan des aides à apporter à certains élèves, je souhaiterais passer le 2CASH et bien : impossible, car je n’ai pas le statut d’enseignante, un comble ! Pour cela je devrais repasser le un CAPES , passer au mouvement et de ce fait perdre mon poste. Il me semble que plus de souplesse serait nécessaire. Des VAE devraient être rendues possibles, sinon parler de mobilité me semble problématique voire un vœu pieux. Notre système est beaucoup trop cloisonné. On nous parle de livret de compétences pour les élèves qu’en est-il pour les personnels de l’EN ?

 

 

Karine CHAVANNES-MARTIN
Enseignante en classe-relais
Cité scolaire du Pré St Sauveur – ST CLAUDE (39)
Académie de BESANCON

De CPE à délégué MGEN, témoignage

Passer de la fonction de personnel d’éducation à celle de délégué MGEN. C’est la voie professionnelle que François a décidé de suivre et qu’il assume pleinement. Un autre métier donc mais qui n’est pas sans rappeler ses premières amours… 

1) Qu’est ce qui est fondamentalement à l’origine de votre bifurcation professionnelle ? Quels sont les arguments qui vous ont fait basculer vers une autre situation professionnelle ?

Paradoxalement, ce n’est pas en soi une volonté de quitter mon métier de CPE qui est à l’origine du changement. J’étais dans une situation où je voyais chaque année s’éloigner les perspectives de mutation, et donc de rapprochement de mon domicile familial. J’étais prêt à saisir les opportunités qui me permettraient de me rapprocher de ma femme et de mes enfants.

Arrivé tardivement dans l’Education Nationale, j’avais déjà un parcours professionnel assez varié. Changer à nouveau, évoluer, ne me faisait pas peur. Motivé et investi dans mon métier, je n’étais cependant pas prêt à partir dans n’importe quelle direction. Je n’étais pas séduit par la fonction de chef d’établissement.

J’avais aussi dans un coin de la tête l’idée que je ne resterais pas CPE jusqu’à la fin de ma vie professionnelle, au regard de l’énergie nécessaire à l’exercice de cette fonction telle que je la vivais. Je commençais aussi à trouver de plus en plus difficile le fait que dans les établissements, j’avais plus souvent le sentiment de subir les difficultés que d’agir collectivement pour les résoudre.

J’avais conscience que la diversité de mon parcours était un facteur plutôt favorable à une évolution future. Et l’opportunité d’un détachement s’est présenté par hasard, juste après que ma demande de mutation ait été refusée. La MGEN cherchait un délégué et le poste était dans ma ville.  Mais c’est véritablement le projet professionnel qui m’a séduit,  parce que mon engagement à la MGEN m’a aussi demandé une plus grande souplesse dans mes disponibilités.

Ce poste m’offre une belle synthèse entre différentes motivations professionnelles qui me sont chères. C’est simplement arrivé plus tôt que prévu et je me suis dit que l’occasion ne se représenterait peut-être plus.

2) Quelles sont les compétences que vous avez transférez de votre fonction de départ vers votre fonction d’arrivée ?

Ayant eu une vie professionnelle déjà variée avant de devenir CPE, j’ai mis à profit des compétences que j’avais développé tout au long de mon parcours. J’ai travaillé 10 ans dans des structures culturelles et socio-culturelles comme organisateur, animateur, médiateur, chargé de relation avec les publics… Cette expérience avait déjà pas mal imprimé mon profil de CPE mais ce que le métier de CPE m’a apporté c’est principalement un sens des responsabilités et des compétences en gestion du personnel. Ma connaissance, même partielle,  de la culture professionnelle « éducation nationale » m’a aussi été précieuse. 

3) Dans la fonction que vous occupez aujourd’hui, quels sont vos principaux de motifs de satisfaction, d’épanouissement ?

Avoir l’opportunité et les moyens de mener de projets du début à la fin.

C’est la possibilité de travailler avec une équipe plus réduite, dans un environnement professionnel plus maitrisé.

C’est de pouvoir intégrer dans mon quotidien professionnel des aspects très opérationnels et aussi très politiques et militants.

4)  Changer de métier lorsqu’on est CPE et que l’on n’envisage pas la carrière de chef d’établissement relève-t-il d’un parcours du combattant ? Si oui, comment pourrait-on, selon vous, améliorer les choses ?

Dans mon cas, comme je l’ai déjà dit, il s’agit d’une opportunité que je n’ai pas provoquée. La MGEN cherchait une personne en détachement, au moment même où je cherchais à bouger.

Cependant, je suis convaincu qu’en termes de compétences, le métier de CPE doit permettre l’ouverture à d’autres horizons que la direction d’EPLE. Ces compétences sont multiples et touchent à la formation, la gestion des ressources humaines, la communication, le travail en équipe ou encore la gestion de projet. Encore faut-il que ses compétences soient mieux définies et  reconnues. Cela relève des enjeux de la formation initiale et continue, mais aussi de ceux de l’évaluation.

 

François RABBE (CPE)
Délégué départemental MGEN 25
Académie de BESANCON

Pour une mobilité professionnelle choisie…

État des lieux

L’indemnité de départ volontaire (Idv)

Le décret n°2008-368 du 17 avril 2008 a institué une indemnité de départ volontaire au bénéfice des fonctionnaires et agents non titulaires de droit public. En 2013, 248 enseignants des 1er et 2nd degrés ont bénéficié de l’Idv pour un montant moyen de 34 695 €.

Les passerelles entre l’enseignement du 1er degré et l’enseignement du 2nd degré se sont sensiblement développées ces dernières années. Ainsi en 2013, 250 professeurs des écoles ont été détachés dans l’un des corps enseignants du second degré et 40 enseignants du second degré ont accédé, par cette voie, au corps des professeurs des écoles.

Les conseillers mobilité carrière

Des conseillers mobilité carrière, après avoir été formés, ont été mis en place en 2009 dans les rectorats pour accompagner les personnels dans la définition et la réalisation de leur projet professionnel. 9700 collègues, désireux de se réorienter professionnellement, ont été reçus, parfois plusieurs fois, en 2013. Lors de la conduite des entretiens professionnels, les conseillers mobilité carrière repèrent les motivations et les compétences des intéressés, informent sur les métiers des trois fonctions publiques, constituent des viviers de personnels par référence à des types de métiers offerts par les recruteurs potentiels, proposent des plans d’action selon la situation de chaque enseignant et aident à la conception de dossiers de candidature.

Un nouveau parcours de formation est actuellement proposé aux intéressés par l’Ésen

(École supérieure de l’Éducation nationale). Il vise à travailler sur des thématiques communes tout en recherchant une individualisation de la formation et une mutualisation des ressources documentaires.

Le réseau des conseillers mobilité carrière (85 personnels) est animé par la mission de conseil en mobilité et parcours professionnels de la Dgrh qui diffuse aux enseignants les renseignements utiles au moyen d’un portail mobilité ouvert sur le site du ministère.

 

Les possibilités, vos droits

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Témoignage : bouger c’est pas si simple…

 

Marie-Annick, enseignante, a décidé de changer de métier mais veut rester au contact des élèves. Malgré sa riche expérience et les compétences acquises, elle doit recommencer tout à zéro. Aucune reconnaissance, aucune passerelle possible. Au travers de ce témoignage, notre collègue nous montre toutes les incohérences du système.

Pourquoi as-tu quitté ton métier d’enseignante ? Quels ont été les facteurs déclenchants ?

Enseignante d’Eps depuis 30 ans, j’étais fatiguée physiquement. Les cours dans le froid, dans le bruit, les démonstrations, je n’en pouvais plus. J’avais sans cesse des douleurs articulaires, à tous les niveaux, et je me suis même une fois bloquée en pleine démonstration. Il a fallu gérer, sans que les élèves ne voient vraiment le problème, et terminer le cours correctement. Cet élément a été déterminant. Il fallait que je trouve une sortie qui me permette de travailler encore pendant plusieurs années. Il me restait au minimum 12 ans à faire. Une chose cependant était sûre : je voulais garder le contact avec les élèves.

T’es-tu sentie soutenue dans tes démarches, dans ton parcours ?

J’ai commencé à étudier les différentes possibilités qui s’offraient à moi pour une éventuelle reconversion, sans trop vouloir en parler, dans un premier temps, hormis chez moi. J’étais totalement soutenue par mon conjoint, qui voyait dans quel état physique je rentrais le soir. Il m’a confortée dans ma démarche. J’ai ensuite pris contact avec la Drh du rectorat, qui m’a confortée dans le choix que j’avais en partie fait, à savoir essayer d’intégrer le corps des Cpe. Elle m’a conseillée de rencontrer l’Ia-Ipr Vie scolaire. Ce dernier a été d’une très grande écoute et d’une très grande compréhension. Il m’a encouragée tout au long de cette démarche, me conseillant de faire une année de «faisant-fonction» pour connaître réellement le métier de Cpe afin d’être certaine de vouloir l’intégrer par la voie du détachement. C’est seulement à partir de ce moment que j’en ai parlé à mon chef d’établissement, qui s’est montré lui aussi compréhensif.

Au cours de la 2e année de faisant-fonction, j’ai fait une demande de détachement, qui a été refusée. Je n’ai pas de licence puisque j’ai suivi la formation en Creps. À partir de ce moment c’est une fin de non recevoir, je dois valider une licence par la Vae, qui reste à mon entière charge, sinon c’est retour à la case départ. Seul l’Ia-Ipr Vie Scolaire me soutient en m’accordant une nouvelle année de faisant-fonction, avec l’espoir de voir aboutir mon dossier. Continue reading

Mobilité professionnelle – Besoin d’un appel d’air

Résultats de l’enquête « 800 000 enseignants et moi, et moi, et moi… »

Vous avez dit mobilité ?

«Mobilité professionnelle» est un terme polysémique. Parce que les carrières sont moins linéaires qu’auparavant, on parle aujourd’hui de «transitions professionnelles» sur le marché du travail, de «trajectoires» ou plus récemment de «parcours professionnels».

Tout changement en lien avec le travail peut-être vu comme une mobilité professionnelle : le change­ment d’établissement, de ministère, de profession, de fonctions, de secteur d’activité, d’éléments du statut (salarié/non-salarié, public/privé, qualification…), de contrat de travail, de rémunération, de lieu de travail/de vie…

Il est difficile de démêler toutes ces notions pour traduire une réalité qui est évidemment complexe. Mais pour choisir et accepter le changement, il est nécessaire de s’imaginer un ailleurs.

Trop souvent, les collègues pensent qu’au-delà de l’activité «transmission de savoirs», qui est le cœur de leur métier, ils ne savent rien faire d’autre qu’enseigner. Et pourtant…

Plus de la moitié des collègues n’imaginent pas exercer le même métier jusqu’à leur retraite, et ceci est plus prégnant chez les femmes (60%), pour la tranche 30-49 ans (65%), les Cpe (68%) et les Pe (64%).

  •  Je m’imagine exercer le même métier jusqu’à ma retraite

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Plus de 2 collègues sur 3 ne souhaitent pas quitter l’Éducation nationale.

  • Je souhaite quitter l’Éducation nationale

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45% des collègues souhaitent changer de métier. Presque un enseignant sur deux a des souhaits de mobilité. Ce souhait est plus prégnant chez les hommes (52%). Âge et ancienneté sont des facteurs déterminants. Continue reading