Professeur de philosophie en classe préparatoire réservée aux bacheliers techno, Pierre témoigne…

Dans le système scolaire français les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) occupent une place particulière. Pour le SE-Unsa, elles ne sont pas sans défaut puisqu’elles participent de fait à une certaine reproduction sociale des élites. Le SE-Unsa souhaite que le rapprochement entre CPGE et université se poursuive dans le respect du statut des divers personnels (enseignants de CPGE, enseignants-chercheurs, agrégés et certifiés dans les universités) avec comme objectif à terme l’unification de l’enseignement supérieur. Dans le monde des CPGE, existent depuis quelques années des classes prépa réservées aux élèves issus des voies technologique ou professionnelle. Ces structures contribuent indéniablement à la démocratisation de l’accès aux grandes écoles. C’est pourquoi, le SE-Unsa s’y intéresse et les défendra, tant que les choses resteront en l’état, par ailleurs.
Nous avons rencontré Pierre Carrique, professeur de Philosophie, dans une de ces classes.

Pierre, tu es enseignant en CPGE-ECT dans un lycée de l’agglomération rouennaise. Peux-tu nous rappeler ce qu’est une CPGE-ECT, à quels élèves ces classes s’adressent-elles ? Et quels concours préparent-ils ?

Une CPGE-ECT est une classe préparatoire réservée aux bacheliers des bacs technologiques des filières STMG. Elle prépare à tous les concours d’écoles de commerce et de management, comme les bacheliers ES le sont par les ECE et les S par les ECS. Elle s’adresse aux élèves désireux de poursuivre et d’approfondir leurs études pour en tirer professionnellement le meilleur parti possible.

Comment se passe la sélection à l’entrée dans ces classes ? Y a-t-il un fort taux de pression ?

La sélection se fait à partir du dossier scolaire du bachelier, de la teneur des appréciations de ses professeurs, de son niveau de résultats dans toutes les disciplines, dans lequel nous essayons de déceler le potentiel et l’endurance du candidat. Il faut éviter d’engager sur des voies impossibles à tenir des jeunes gens qui risquent de n’en rien tirer d’autre qu’une impression d’échec. À de rares exceptions près, nos étudiants achèvent leurs deux ans de préparation, nous parvenons à un recrutement unifié autour du projet d’études. Par ailleurs, il existe sur le territoire une quarantaine de ces classes, et si l’on ôte les candidatures illusoires (il y en a de plus en plus), j’ai l’impression qu’un bachelier STMG capable d’y réussir trouvera un lycée preneur.

La sociologie du recrutement est-elle semblable à une CPGE ordinaire (on sait, par exemple qu’en moyenne, 57 % des étudiants en CPGE-ECE ont des parents cadres sup.) ?

Ce chiffre ne me paraît pas celui d’une CPGE « ordinaire » ! Cette ECE-là est plutôt d’arrondissements aisés de la capitale ! Ce n’est assurément pas un tel pourcentage qui se retrouve dans l’ECE du lycée Flaubert, où j’ai enseigné dix ans. Quant à notre ECT, j’évalue à 70 % le taux d’enfants d’ouvriers, d’employés, de paysans, de fonctionnaires de catégorie D. Il y a nombre de familles dont nos étudiants sont historiquement les premiers bacheliers. Un autre indicateur, le nombre de boursiers, offre cette année l’un de ses plus hauts étiages en seconde année : 25 étudiants sur 39, et son plus bas en première année : 6 étudiants sur 31.

Y a-t-il des différences avec une CPGE ordinaire en ce qui concerne la pédagogie mise en œuvre ?

Elles tendent nettement à se réduire, au point que je ne vois plus guère ce que signifie « CPGE ordinaire ». J’enseigne simultanément dans une classe préparatoire littéraire, et les obstacles à l’expression syntaxiquement correcte et lexicalement précise des idées sont identiques, la déshérence des textes est la même, la pauvreté du vocabulaire aussi sensible ; et dans les deux cas, l’adoption de séquences langagières de substitution, largement « médiatiques », qui figent la réflexion au lieu de la stimuler, apparait comme la signature de l’attitude intellectuelle ! Il faut partout commencer par déconstruire les obstacles scolairement accumulés afin de les réveiller de la « relation molle » entretenue jusqu’ici par la plupart avec l’école.

Les élèves réussissent-ils à intégrer une école ? Dans quelle proportion ?

Chez nous, quasiment tous y parviennent. 96 % en 2011, 95 % en 2012, 100 % en 2013, 2014 et 2015 – et dans l’une des 30 meilleures écoles de France (sur les plus de 700 existantes…).

Future professeure de SVT, Léa témoigne de son parcours…

Étudiante à l’ESPÉ, vous venez d’obtenir votre Master MEEF. Votre mémoire a traité principalement du thème de la différenciation pédagogique. Pouvez-vous nous expliquer les raisons de ce choix et nous faire partager la synthèse des conclusions de votre travail de recherches ?

À travers mes observations sur le terrain, que ce soit au collège ou au lycée, j’ai pu remarquer que les élèves utilisaient des stratégies très différentes pour résoudre les activités proposées, qu’elles soient expérimentales ou théoriques. J’ai constaté que certains élèves exploitaient de manière plus efficace certains supports, là où d’autres pouvaient peiner. En revanche ces derniers élèves étaient plus compétents dans l’analyse d’un autre type de support.

Il devenait donc évident pour moi que mettre en place une pédagogie différenciée allait me permettre d’élever tous les élèves à un plus grand niveau de compétence.

Afin de mettre en pratique cette différenciation, je me suis appuyée sur les recherches d’Howard Gardner, lequel a défini huit types d’intelligences qui permettent à une personne de résoudre des problèmes ou de concevoir un produit. J’ai expérimenté cette théorie avec les moyens mis à ma disposition dans le cadre de mon stage. Force est de constater que cette stratégie de différenciation s’avère efficace en terme de stratégie pédagogique et dans le constat des résultats obtenus au regard d’une classe témoin.

Donner la possibilité à l’enfant d’apprendre à apprendre et lui faire prendre conscience que chacun apprend différemment vont rester pour moi une préoccupation première dans mon enseignement.

Votre parcours de formation universitaire vous a amené à préparer à la fois un master MEEF cursus spécifique et le CAPES de SVT. Quel regard portez-vous sur le déroulement de la formation ? Quels leviers d’améliorations pourriez-vous proposer ?

L’entrée en deuxième année de master MEEF sans l’obtention du CAPES m’interpellait : Comment allais-je pouvoir me former au métier d’enseignant sans un stage annuel professionnalisant ? Dans ce cursus spécifique, on m’a proposé un stage filé sur douze semaines à raison d’un jour par semaine. Malgré un accueil chaleureux de l’établissement et des conseils pertinents de la part du tuteur, j’ai ressenti une frustration : ne pas avoir assez de temps pour expérimenter davantage avec les élèves et pour progresser dans ma façon d’enseigner.

Nous avons donc mis en place, au sein de ma promotion, une stratégie de médiation par les pairs : celle-ci consistait à aller nous visiter entre étudiants, nous observer et échanger.

Cette stratégie m’a beaucoup apporté et malgré le déficit de temps passé avec les élèves, ma pédagogie s’est affinée.

Pour les étudiants motivés de deuxième année de master MEEF, avec ou sans CAPES, le cursus devrait être identique, notamment pour les formations communes et spécifiques partagées par toutes les disciplines, et qui sont nécessaires à notre posture d’enseignant.

Quels sont les points forts des stages d’observation et de pratique accompagné auxquels vous avez participé ? Quelles sont les séquences qui vous ont particulièrement marqué ? Pourquoi ?

L’immersion en collège ou en lycée pour observer et mettre en pratique son enseignement est indispensable. Le recul de l’observation permet de prendre de la distance et laisse l’esprit analyser plus efficacement, notamment après un échange avec le professeur.

La pratique nous oblige à prendre en compte des paramètres de gestion de classe en plus de l’objectif pédagogique à atteindre.

La séquence liée à l’expérimentation de mon mémoire fût la plus marquante. Partir d’une hypothèse, la tester et la valider ou non, m’a obligée à approfondir ma réflexion, à aller plus loin dans mon questionnement et m’a conforté dans mon envie d’exercer le métier de professeur de SVT.

Vous avez présenté une candidature pour occuper un poste de professeur contractuel de SVT à la prochaine rentrée. Quelles sont vos motivations pour tenter cette expérience ?

Forte de mes années de master MEEF et notamment lors de mes stages pratiques, mes motivations pour enseigner se sont renforcées :

  • Faire partager ma passion pour les SVT
  • Aller à la rencontre d’un public d’adolescents
  • Travailler au sein d’une équipe éducative
  • Mettre en place des stratégies pour donner envie apprendre et les voir aboutir
  • Susciter des curiosités, ouvrir à d’autres horizons
  • Travailler en collaboration avec les partenaires médico- sociaux
  • Inclure les parents dans le projet de réussite de l’élève.

Dans le domaine sportif, vous avez encadré des adolescents à plusieurs reprises. En quoi cette responsabilité vous a-t-elle donné des clés pour comprendre vos futurs élèves ?

Au sein du Club Alpin Français, et plus particulièrement dans la section escalade, j’ai encadré à de nombreuses reprises des adolescents et des adultes. Cette expérience est un premier pas vers la transmission de techniques et de la gestion de l’autre. J’ai pu aborder différents aspects cognitifs et affectifs. En ce qui concerne les aspects cognitifs, il s’agit de connaître son corps, connaître la nature et ses substrats, et connaître les dynamiques associées.

En ce qui concerne les aspects affectifs, il s’agit plus précisément de l’estime de soi, la confiance en soi et en l’autre, la gestion de la peur et la connaissance de ses capacités.

Ces divers paramètres, je les rencontre également da ma pratique d’enseignante, ils ont facilité ma posture en classe.

Vous projetez à court terme une carrière dans l’éducation nationale. Quelles sont les qualités requises pour être un « bon prof » selon vous ? Quelles sont vos aspirations à moyen terme ?

Selon moi, un « bon prof » est quelqu’un de passionné, il est capable à la fois de faire preuve d’autorité, mais aussi de compréhension et de bienveillance. Il prend en compte l’hétérogénéité du public, essaye de faire avancer chacun selon ses possibilités vers ses réussites à la limite de ses échecs. Son attitude est dynamique, quelquefois humoristiques, toujours respectueuse. Il est exigeant envers lui-même et envers les autres, mais fait preuve de tolérance. Il stimule, encourage et étaye.

À court terme, mon souhait est de devenir enseignante à part entière, me forger une expérience sur le terrain. Cependant en approfondissant la théorie, je souhaiterais développer quelques aspects spécifiques, notamment le numérique au service de la différenciation pédagogique et des apprentissages. Je souhaiterais par la suite, me spécialiser et proposer aux autres enseignants des méthodes et des outils afin de s’inscrire au mieux dans une société qui évolue.

Léa FLAGE
Étudiante ESPÉ de Franche Comté
Académie de BESANÇON

Vers une évolution de nos pratiques et de l’évaluation…

Notre souci de la réussite pour tous et du bien-être à l’école, nous amène à envisager des évolutions dans nos pratiques professionnelles pour atteindre des objectifs certes ambitieux mais essentiels : construire un parcours de réussite pour chacun, renforcer durablement l’estime de soi et la motivation, conduire les élèves vers un niveau d’ambition plus soutenu.

Sous l’impulsion du chef d’établissement, Daniel Vienney, plus d’une vingtaine d’enseignants sont mobilisés pour modifier leurs pratiques professionnelles dans ce sens. Notre dispositif d’enseignement et d’évaluation par compétences en classe de 6ème voit alors le jour à la rentrée 2013. Il est coordonné par Sandrine Jouvenot, professeure de mathématiques.

Dans le contexte national, celui de l’école de la république, nous souhaitons faire évoluer les modalités d’évaluation et de notation des élèves :
– éviter la notation sanction et privilégier une évaluation positive qui valorise les réussites et les progrès
– une évaluation simple et lisible : objectifs clarifiés, accessibles et compréhensibles
– une évaluation qui mesure les acquisition mais aussi les progrès de l’élève

Dans le contexte professionnel, guidé par le référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation, nous souhaitons faire évoluer les objectifs d’évaluation dans le sens d’une évaluation des progrès.

L’entrée en vigueur du nouveau Socle Commun de Connaissances, de Compétences et de Culture et des nouveaux programmes donnent une toute nouvelle impulsion au travail par compétences. Ils nécessitent de faire évoluer nos pratiques tant dans la formation que dans l’évaluation de nos élèves.

Il est donc nécessaire de développer des outils de repérage, de mesure des progrès et des degrés d’acquisition pour analyser et accompagner nos élèves tout au long de leur parcours d’apprentissage.
Ces outils doivent prendre sens chez les élèves et qu’ils se les approprient dans la but de comprendre les principes de l’évaluation et de l’auto-évaluation.
Ces outils doivent également aider à la communication des résultats, des progrès et des acquisitions aux élèves et aux familles.

Dans le contexte de notre établissement, nous avons ciblé trois axes qui ont créés le besoin de faire évoluer l’évaluation :
– le SCCCC : la logique du socle commun implique une acquisition progressive et continue des connaissances et des compétences par les élèves. Pour favoriser cette maitrise, le travail par compétences prend tout son sens. Il nécessite alors de faire évoluer nos pratiques tant dans la formation que dans l’évaluation de nos élèves.
– le cycle III : le conseil école-collège réaffirme la nécessité de travailler sur la notion de compétence et sur l’évaluation, pour donner du sens au cycle 3 de consolidation : prise en compte de la progressivité des apprentissages, regard croisé sur la notion de compétence, échange sur l’évaluation.
– la scolarisation des élèves à besoin éducatifs particuliers : pour les élèves des structures ULIS et UPE2A, le suivi et l’orientation nécessitent un dispositif personnalisé et spécifique.

Depuis septembre 2013, nous avons donc mis en place une évaluation par compétences sans avoir recours à la note pour toutes nos classes de 6e. Ce projet concernait initialement deux classes de 6ème sur cinq et l’année suivante, toutes les classes de 6ème soit cinq puis six classes.
Le dispositif a permis de dynamiser le travail en équipe pluridisciplinaire. Le travail de concertation s’est enrichi. Nous avons élaboré un référentiel commun de compétences, partagé par toutes les disciplines. Nous avons adapté les bulletins de fin de trimestre, la communication aux familles. Nous avons également mis en place une progression pour l’Accompagnement Personnalisé impliquant toutes les disciplines.

L’évaluation sans note permet de clarifier les attentes, de favoriser l’appropriation des apprentissages en travaillant sur une évaluation « au fil de l’eau », aux objectifs identifiés, plus proche des besoins de chacun. L’évaluation a ainsi plus de sens en identifiant de manière plus lisible les objectifs, les réussites et les points de faiblesse. Elle redonne confiance aux élèves en étant plus motivante que stressante. Nous tendons vers une évaluation relative au progrès qui ne classe pas les élèves. Pour l’enseignant, elle change le regard sur les productions des élèves, elle conforte les pratiques de pédagogie différenciée.

Le travail par compétences a permis de développer des stratégies pédagogiques adaptées et qui valorisent les compétences transversales entre autres : l’oral, le travail collectif et collaboratif, la conduite de projet, l’estime de soi,…

L’absence de note a permis de redonner du sens aux évaluations : les enseignants explicitent plus les objectifs d’évaluation en ciblant et en explicitant les compétences évaluées. Le positionnement des élèves au regard de chacune des compétences évaluées se fait selon quatre niveaux de maîtrise. La note, qui est essentiellement un indicateur de positionnement par rapport aux autres élèves, laisse place à des couleurs.
Les acquis sont valorisés et ce qui reste à acquérir est plus clairement ciblé. On passe d’une évaluation de savoirs et savoirs faire à une évaluation de compétences plus larges au service de la validation des cinq domaines du Socle.

Les effets mesurés à l’échelle de notre établissement montrent une évolution chez nos élèves les plus fragiles notamment de la confiance en leur potentiel et une valorisation de leur capacité. La qualité des apprentissages n’en est que meilleure.

Le constat fait par l’équipe pédagogique est que toutes les stratégies et postures pédagogiques mises en œuvre au niveau 6ème sont transférables aux autres niveaux. Le travail et l’évaluation par compétences devient, avec l’évolution de nos programmes, un incontournable. La note est encore utilisée en cycle 4 : le projet vise à ce que la note qui figure sur le livret scolaire transmis aux élèves et leurs parents à la fin de chaque trimestre, ne soit plus nécessairement une moyenne dont le principe est désormais très contesté mais un indicateur des compétences acquises.

Votre établissement s’est lancé dans l’évaluation sans notes en 2013. Quel a été l’argument qui vous a convaincu de commencer cette transformation ?

À l’origine, nous étions un groupe de quatorze professeurs en questionnement sur l’évolution de notre métier en termes de formation et d’évaluation de nos élèves. L’entrée en vigueur du Socle Commun en 2005 a nécessité de faire évoluer nos pratiques tant dans la formation que dans l’évaluation de tous nos élèves. La réussite et le bien-être à l’école pour nos élèves dits ordinaires comme pour ceux issus des dispositifs ULIS ou UPE2A nécessitent des parcours d’apprentissage adaptés, des évaluations qui donnent du sens aux apprentissages et favorisent l’estime de soi. Sous l’impulsion de notre chef d’établissement, nous nous sommes mobilisés pour modifier nos pratiques professionnelles dans ce sens.

D’une part nous avons reconsidéré nos évaluations pour les faire évoluer vers une évaluation par compétences :
– une évaluation formative, intégrée aux apprentissages et dans une logique de progrès
– une évaluation informative, fondée sur un référentiel de connaissances et de compétences critérié et explicite
– une évaluation positive et bienveillante par la mise en exergue de ce que l’élève sait et sait faire.

D’autre part, nous avons abandonné la note pour un positionnement selon quatre niveaux de maitrise en total cohérence avec l’évaluation du Socle Commun d’aujourd’hui. La note est trop souvent source de démotivation pour certains élèves, en particulier les plus en difficulté. Elle ne donne que très rarement une information de nature à permettre aux élèves de progresser. Au contraire, la mauvaise note vient « casser » l’estime de soi qui est l’élément fondamental pour faire progresser l’élève. Il nous a apparu essentiel de reconsidérer le positionnement de nos élèves pour passer d’une logique de comparaison à une dynamique d’encouragement.

« La grande transformation est alors en marche et aujourd’hui, notre dispositif implique plus de la moitié des enseignants de notre établissement ».*

Pour mettre en œuvre ce projet, avez-vous été accompagnés, sur le plan pédagogique et organisationnel, par les corps d’inspection ou par des formateurs ?

Pour mettre en œuvre un tel projet, il faut d’abord une équipe de personnels motivés. Ensemble, en concertation disciplinaire ou interdisciplinaire, nous avons mis en œuvre des référentiels, de nouvelles évaluations et travaillé à une communication accessible à tous. L’accompagnement personnalisé des élèves est au cœur de nos préoccupations.

Le pilotage de notre projet par le PARDIE (Pôle Académique Recherche Développement Innovation Expérimentation) permet d’être accompagné par des experts pour la mise en œuvre de l’action et la concertation d’équipe. Nous avons pu compter sur l’appui des IA-IPR de certaines disciplines : réflexion sur l’évolution de l’évaluation, accompagnement à la création de référentiels explicites. Le travail avec des formateurs de différentes disciplines a permis de mutualiser les pratiques d’évaluation d’une discipline à l’autre de réfléchir à une cohérence commune.

Quels ont été les principaux effets que vous avez pu constater, tant sur le plan des apprentissages que du climat scolaire ?

Les effets mesurés à l’échelle de notre établissement montrent une évolution chez nos élèves les plus fragiles notamment de la confiance en leur potentiel et une valorisation de leur capacité. Ils adoptent un autre regard sur leurs productions, apprennent à cerner leurs points de force et leurs faiblesses. La qualité des apprentissages n’en est que meilleure. L’absence de note rend l’évaluation moins stressante et centre le regard sur le potentiel de chacun.
Mais tout ceci n’est possible qu’en changeant les pratiques pédagogiques. Le développement de compétences implique nécessairement un changement dans la conception de l’apprentissage : développer le travail collaboratif, l’oral, le travail interdisciplinaire… Cela exige du temps, de la continuité et un investissement. En quatre ans, les projets se sont enrichis dans ce sens (projet autour de l’Accompagnement Personnalisé, projets interdisciplinaires…), les espaces ont évolués (classes en îlots, espaces de partage, d’exposition…).
Le constat fait par l’équipe pédagogique est que toutes les stratégies et postures pédagogiques mises en œuvre au niveau sixième sont transférables aux autres niveaux. Le travail et l’évaluation par compétences devient, avec l’évolution de nos programmes, un incontournable.

L’évaluation par compétences a-t-elle eu des effets inattendus ?

Trop souvent, il y a confusion entre évaluer par compétences et évaluer sans notes.
Plusieurs professeurs, des élèves et des parents ne veulent pas d’évaluation par compétences parce qu’ils veulent la note mais adhèrent à une évaluation informative, en cohérence avec le parcours de l’élève. L’évaluation par compétences a donc focalisé les débats sur la note. Cela a permis d’engager une réflexion sur la fabrication de la note, sur l’intérêt d’avoir une meilleure cohérence de notation dans les disciplines.
Nous veillons à être explicites pour que chacun comprenne que d’une part évaluer par compétences c’est évaluer selon un référentiel explicite, critérié, que d’autre part, le positionnement des élèves au regard des compétences évaluées peut se faire avec ou sans note.

Est-ce qu’au contraire, vous aviez envisagé certains obstacles que vous n’avez pas eu à affronter ?

Nous avons dès le début eu le souci de communiquer sur notre projet, auprès des parents, des élèves, des professeurs et de l’institution. Il a fallu apprendre à communiquer, faire évoluer les réseaux et les outils de communication. Nous avons donc eu très peu de réticence de la part des parents d’élèves et globalement une bonne voire très bonne adhésion à notre projet.

Pensez-vous que cette expérimentation peut, au final, s’étendre au cycle 4 ?

Il le faut et cela est cohérent avec l’évolution des programmes et de la société.
L’évaluation doit retrouver son rôle fondamental d’être informative. Utiliser des référentiels de compétences explicites, positionner les élèves au regard de ces compétences pour le faire évoluer vers une meilleure maitrise, c’est essentiel.
Changer les pratiques d’évaluation, c’est aussi changer ses pratiques d’enseignement pour que les élèves rendent utiles les savoirs, les mettent en œuvre en élaborant leur propre stratégie (non nécessairement experte). Il s’agit de mettre en activité les élèves selon leur propre potentiel, de les rendre actif dans leurs apprentissages.

Quel conseil donneriez-vous aux collègues qui envisagent de changer leurs pratiques d’évaluation ?

Il faut observer et s’observer. Nous devons devenir des « observateurs-évaluateurs » selon les propos de Philippe Perrenoud (Évaluer des compétences). Nos activités en classe permettent de développer et évaluer des compétences mais il faut savoir observer ce qu’elles mettent en évidence.
Dans un premier temps, il faut changer le regard porté sur les évaluations : regarder globalement ce que l’élève sait, cibler les forces et les faiblesses sans chercher l’exhaustivité. La compétence « Calculer » par exemple, ce n’est pas nécessairement réussir dix calculs, avec tous les types de nombres, sans recours à la calculatrice. Alors qu’est-ce que « Calculer » ? Selon les situations, le professeur devra lister des observables comme « l’élève conduit des calculs numériques de technicité modérée avec des nombres familiers, en utilisant la calculatrice ; il gère des carrés avec le théorème de Pythagore ; il calcule des aires ». Pour chacune des compétences développées et évaluées, le professeur aura à identifier ce qui la construit (donner du sens), à la décrire explicitement en acte (descripteurs).
Ce changement de regard, nécessitera de changer aussi les pratiques d’enseignement. Il faut que les élèves soient régulièrement amenés à résoudre des problèmes, à prendre des décisions, à gérer des situations complexes, à conduire des recherches, des projets. Si l’on veut que les élèves construisent des compétences, c’est à de telles tâches qu’il faut les confronter, chaque semaine, chaque jour, dans toute sorte de configurations. Il est nécessaire d’enrichir notre enseignement de situations auxquelles chacun peut être au départ démuni parce que le problème est encore à identifier ou à construire. Ce n’est pas une rupture par rapport aux pratiques de certains enseignants mais il s’agit d’une évolution des pratiques. Il faut accepter d’être pragmatique et de considérer que c’est une évolution qui prendra du temps tout en ayant conscience que nous n’avons pas de temps à perdre…
Enfin, le travail en équipe doit être valorisé. Le changement ne peut concerner un professeur individuellement. Il s’agit d’un travail collectif, source d’inspiration et de stimulation.

 

Sandrine Jouvenot, Professeure de mathématiques et formatrice à l’ESPE dans l’académie de Besançon

* en référence à l’ouvrage École : la grande transformation ? François Muller et Romuald Normand

D’AED à CPE, le parcours d’Héléna…

Vous avez débuté votre parcours dans l’éducation nationale en tant qu’AED en exerçant notamment dans un établissement de l’éducation prioritaire. Quels souvenirs en gardez-vous ? Que diriez-vous des particularités d’exercice dans les établissements dits « difficiles » en termes d’accompagnement des élèves et des personnels ?

Mon parcours dans l’Éducation Nationale a commencé en 2004 en tant qu’assistante d’éducation. Après avoir exercé une année dans un lycée polyvalent avec internat, j’ai souhaité approfondir mon expérience dans un collège classé en éducation prioritaire. J’ai rapidement dépassé mes quelques a priori et j’en garde, au final, un très bon souvenir. C’est d’ailleurs dans cet établissement que j’ai siégé pour la première fois en tant que membre élu au CA.

Durant mes deux années dans cet EPLE, j’ai travaillé au sein d’une équipe vie scolaire nombreuse mais très soudée. L’entraide, face à une heure de permanence difficile ou à un passage de demi-pension chargé, était une évidence pour toute l’équipe. Nous avions été recrutés avec des profils différents ce qui nous faisait intervenir sur des tâches spécifiques à certains moments. La complémentarité de l’équipe était un vrai + dans le service rendu aux élèves.

Après une licence d’espagnol obtenue en France, vous faites le choix d’une année universitaire en Espagne. Quelles différences avez-vous repéré entre le fonctionnement des 2 universités ? Pourquoi ne pas avoir décidé alors de préparer le CAPES d’espagnol ?

Suite à l‘obtention de ma licence d’Espagnol mention FLE (Français Langue Étrangère) à l’université de Lille 3 en 2005, je suis partie poursuivre ma formation universitaire en Espagne. J’ai alors intégré une première année de Master de « filosofia francésa ». À l’époque je souhaitais devenir professeur de français en Espagne. Dès les premiers jours j’ai pu observer plusieurs différences entre les deux systèmes universitaires (français et espagnol).

Tout d’abord au niveau du plan de formation qui est personnalisé. En tant qu’étudiant, nous connaissions à notre inscription le nombre d’unités de valeur à valider et le listing des matières proposées. Nous devions constituer notre propre plan de formation à partir de ces éléments.

L’autre point qui diffère de notre système selon moi, c’est la proximité avec les enseignants. Dès leur entrée à l’université les étudiants espagnols sont considérés « d’égal à égal » avec les enseignants. Il n’existe aucun clivage. Par exemple, il est tout à fait normal de se tutoyer et de s’appeler par nos prénoms respectifs. Néanmoins, malgré cette familiarité, la place des formateurs et l’autorité qui en découle restent claires pour tous.
Mon projet professionnel de devenir enseignante, principalement de français à l’étranger, n’était pas une vocation mais plutôt une opportunité :
D’origine espagnole, je maîtrisais la langue et souhaitais vivre en Espagne. C’est en discutant avec une amie des différences entre nos deux pays que je me suis aperçue que le statut de CPE n’existait pas en Espagne. J’ai alors effectué des recherches pour lui expliquer les missions de ce métier et c’est devenu une évidence pour moi. La polyvalence de la profession m’a particulièrement séduite.

Vous découvrez le métier de CPE en tant que contractuel pendant 6 années. Dans quels types d’établissement avez-vous exercé ? Comment avez-vous vécu la situation de non titulaire ?

J’ai été contractuelle de 2008 à 2014. Durant ces six années, j’ai exercé dans différents types d’établissements, en cité scolaire avec internat, en collège de centre-ville, en collège rural et en lycée professionnel. Cette diversité m’a permis d’acquérir une certaine expérience et surtout de conforter mon choix professionnel.

Le statut de contractuel comporte des points positifs comme négatifs. Pour ma part, cette expérience de non titulaire a été très constructive et très enrichissante. J’ai eu la chance d’être nommée sur des affectations à l’année pendant six ans et d’être toujours très bien accueillie et intégrée aux équipes. Le point négatif réside dans l’incertitude de quoi sera fait le lendemain : ne pas savoir si l’on va être nommé, pour combien de temps et dans quel établissement suscitent énormément d’interrogations. Tous les collègues contractuels redoutent cette période de fin août, début septembre durant laquelle on attend l’appel du rectorat pour obtenir notre affectation…ou pas!

Après une année de formation à l’ESPE, vous êtes lauréate du concours externe en 2015. Diriez-vous que cette formation a répondu à vos attentes ? Sur quel thème portait le contenu de votre mémoire ?

Je suis entrée en Master MEEF en septembre 2014. La formation à laquelle j’ai participé était très complète. Le suivi pédagogique était assuré par différents personnels : des universitaires, des chefs d’établissement et des CPE en poste. Cette année de formation nous a permis de croiser les regards sur notre système éducatif. Les préparations aux épreuves écrites et orales étaient exigeantes et individualisées. Ma deuxième année de Master, en tant que stagiaire, a été pour moi très intense. Il a fallu jongler entre l’ESPE et ma fonction de CPE stagiaire en établissement. D’un côté, les différents dossiers à rendre et le mémoire à rédiger ; de l’autre, une présence à mi-temps au collège, un suivi partiel de la vie scolaire et une évaluation professionnelle (visites conseil, projets à mener et inspection). Afin de me faciliter la tâche, j’ai décidé de faire porter mon mémoire sur l’internat scolaire. C’est un thème qui m’a toujours beaucoup plu et passionné. Pour la petite anecdote, mon premier poste en tant que contractuelle était en internat, j’ai également tiré ce sujet lors de mon épreuve orale du concours interne et ce thème a refait surface pour mon épreuve d’entretien sur dossier !!!!

La fibre pédagogique du métier de CPE suscite chez vous un intérêt particulier. Quelles sont vos motivations pour vous investir à moyens termes dans la formation des étudiants et des collègues ?

Je confirme que la dimension pédagogique du métier de CPE retient toute mon attention. C’est pour cela, qu’à long terme, je serais très intéressée par la formation des futurs collègues. Lors de ma formation à l’ESPE, j’ai énormément apprécié les cours avec les formateurs de terrain. Ils nous faisaient partager leur expérience et la réalité du métier. Le métier de CPE est un métier en constante redéfinition, notamment parce que les élèves évoluent très rapidement. Je préconise qu’une formation soutenue et de qualité doit accorder autant d’importance à une formation « pratique » qu’à une formation théorique.

Héléna Beauloye,
CPE dans l’académie de Lille

Être AEP, un vrai plus pour entrer dans le métier, Mégane témoigne

Vous avez bénéficié d’un emploi d’avenir professeur pendant 2 ans. Quels sont les points forts de ce dispositif ?

Avant tout, je dirais que l’atout majeur de ce dispositif est, sans hésitation, l’expérience pratique que cela apporte sur le terrain. En effet, il n’y a rien de plus formateur que la confrontation au métier en tant que tel, devant les élèves, en enseignant, en les préparant mais aussi en découvrant et en participant à la vie de l’établissement.

J’ai eu la chance d’avoir une tutrice qui m’a donné sa confiance dès le début en me traitant d’égale à égale et en me faisant participer à toutes sortes d’activités en lien avec la vie de l’établissement (conseils d’administration, conseils d’enseignements, réunions diverses etc.).

De plus, durant ces deux années, j’ai contribué à part entière à l’élaboration de deux projets menés avec les élèves en interdisciplinarité avec notre collègue d’allemand puisque cela concernait des classes bi-langues. La première année, nous avons réalisé de toutes pièces un jeu de société ayant pour sujet la culture générale allemande, irlandaise et européenne. Lors de la deuxième année, les élèves devaient écrire leur propre livre bilingue en anglais et en allemand, retraçant la vie d’une jeune héroïne au XXième siècle, descendante des figures historiques Emmeline Pankhurst et Sophie Scholl. Grâce à ces deux projets, j’ai pu expérimenter diverses approches auprès des élèves, il ne s’agissait plus seulement d’une approche classique où le professeur délivre des connaissances, mais d’un véritable travail d’accompagnement et d’échange.

Toute la dimension « pratique » de ce dispositif est vraiment fondamentale, cela permet de se rendre compte des réalités du métier et a, pour ma part, confirmé ma vocation.

Durant cette expérience, vous avez notamment mené des séquences pédagogiques au sein d’une classe-relais. Quels atouts en avez-vous tirés dans la gestion du groupe classe ?

À travers mon engagement auprès de la classe-relais, il a été très important d’instaurer une relation de confiance avec les élèves. Ces élèves sont en grande difficulté et nous sommes là pour les aider au mieux à renouer avec leur scolarité. Je dirais qu’il faut avant tout savoir s’adapter à eux, à leurs besoins et donc, être à leur écoute. Créer une relation de confiance et de respect mutuel facilite énormément la gestion du groupe classe. De plus, cette expérience fut très intéressante et m’aide encore aujourd’hui avec les classes « classiques » puisqu’il s’agit tout simplement d’être capable de mettre en place une pédagogie différenciée. Savoir adapter son contenu et ses supports pour qu’ils soient à la portée de tous.

Aujourd’hui, vous exercez dans un autre établissement en tant qu’enseignante stagiaire d’anglais. Quelles méthodes pédagogiques privilégiez-vous pour susciter la participation orale chez les élèves ?

La participation orale des élèves de manière générale en classe, n’est pas chose simple. D’autant plus en cours de langue. Les élèves ont peur de mal faire, mal dire et souvent ils n’osent pas intervenir. Ils sont en pleine adolescence et pour certains, la transition est loin d’être facile. C’est pourquoi, encore une fois, je pense que la confiance et le respect ont une place importante dans une classe. Il faut savoir instaurer un climat propice à l’échange, mais cet échange ne doit pas se faire seulement entre professeur et élèves, mais aussi entre les élèves eux-mêmes. Ils doivent apprendre à s’écouter, se respecter et, petit à petit, cela débouche sur un esprit d’entraide et de solidarité.

D’un point de vue pratique, la variation des supports est un bon moyen pour susciter la participation orale. Encore une fois, il faut s’adapter aux élèves, à ce qu’ils connaissent (sans pour autant négliger des apports totalement nouveaux bien sûr).

Je trouve qu’il est facile en anglais de varier les supports. J’ai eu l’occasion de faire des séquences avec les super-héros « Avengers », l’univers de « Harry Potter », des chansons/des extraits de films de Tim Burton, j’ai également travaillé sur la distinction « Junk food vs Healthy food » en utilisant des interventions authentiques de Michelle Obama, par exemple. Les ressources sont multiples. Des apports variés suscitent toujours l’intérêt des élèves et vont surtout les rendre à l’aise, et plus enclins à la communication et à l’échange.

Enfin, il m’arrive aussi d’instaurer le célèbre système des « bonus » visant à bonifier la participation orale de chacun. J’ai constaté que cette disposition était toujours très motivante pour les élèves.

L’année de formation initiale a t-elle globalement répondu à vos attentes ? Pourquoi ?

Je ne pense pas pouvoir dire que l’année de formation initiale a entièrement répondu à mes attentes. En effet, il est très difficile de devoir gérer son Master à l’ESPE ainsi que ses propres cours en établissement. C’est pourquoi, je m’attendais, surtout après l’obtention du CAPES, à ce que la pratique soit entièrement mise au centre de cette formation, ce qui ne fut pas toujours le cas. Ayant une expérience d’EAP pendant 2 ans, la pratique me faisait beaucoup moins peur, mais certains collègues de ma promotion se retrouvaient devant des élèves pour la première fois. Il est tout de même plus important d’aider les professeurs stagiaires à se sentir bien dans ce métier complexe en leur donnant les bons outils et les bonnes clés pour bien démarrer leur carrière, plutôt que d’accaparer leur temps et leur énergie dans des travaux de type « disciplinaire », comme la plupart ont déjà pu en faire l’expérience durant une licence ou d’autres masters.

Néanmoins, de manière générale, le statut de stagiaire est bénéfique et très enrichissant, notamment grâce à la partie pratique en établissement qui permet vraiment de se familiariser avec toutes les composantes du métier. Le suivi par un(e) tuteur(trice) est aussi très rassurant et permet de faire évoluer sa pratique tout au long de l’année.

Quelles sont vos envies, vos aspirations, vos projets pour la suite de votre carrière ?

J’aimerais, en tant que titulaire, pouvoir organiser des projets divers et variés avec mes élèves. Que ce soit des voyages ou des projets plus innovants comme j’ai déjà pu le réaliser en tant qu’ EAP. Pouvoir élargir la culture des élèves me semble être important, tout comme le fait de les rendre réellement actifs dans leur enseignement. L’idéal serait également de pouvoir partager avec mes collègues autour de projets interdisciplinaires par exemple. La communication mais surtout le partage des informations et des outils sont des points essentiels à mes yeux, que ce soit entre professeurs/élèves mais aussi entre collègues.

Ce qui m’amène à une autre de mes aspirations : la formation. En effet, j’aimerais avoir l’occasion de me spécialiser à l’avenir, en enseignant à des publics plus spécifiques (élèves souffrant de handicaps, élèves allophones ou même à des adultes). Pourquoi ne pas être aussi tutrice à mon tour ? Pouvoir transmettre et partager son expérience me semble être quelque chose de primordial, on ne finit jamais d’apprendre.

Mégane Boubrit, stagiaire d’anglais dans l‘académie de Besançon

D’AESH à CPE, Caroline témoigne…

Avant de préparer le concours de CPE, vous avez mené des études universitaires en psychologie. Quels sont les grands enseignements que vous en tirez dans votre connaissance du public adolescent ?

Mon intérêt particulier pour la psychologie du développement m’a notamment permis d’appréhender les différents stades que traverse le jeune au cours de sa croissance, m’incitant à penser mon action en regard de l’âge de l’élève, en fonction de ses capacités motrices, cognitives, et de ses compétences sociales. Aussi, les connaissances acquises dans le champs de la psychologie sociale m’ont sensibilisée à l’importance du groupe de pairs dans la construction identitaire du jeune, et m’ont conduite à faire preuve d’une vigilance particulière à l’égard de son influence sur l’attitude et le comportement de l’adolescent.

Recrutée comme AESH dans un lycée professionnel, vous avez été chargée de l’accompagnement d’un élève présentant des troubles autistiques. Dans quelle mesure cette expérience professionnelle vous a-t-elle davantage sensibilisée à la problématique des élèves à besoins éducatifs particuliers ?

Lorsque j’ai été recrutée en tant qu’AESH, je me figurais que les obstacles rencontrés par les jeunes en situation de handicap se résumaient à des contraintes techniques susceptibles d’être palliées par une aide matérielle et/ou l’intervention d’un adulte. Or, cette première expérience au contact des élèves à besoins éducatifs particuliers m’a permis de prendre conscience de l’isolement social dont peuvent souffrir ces élèves et leurs familles, et par conséquent, de l’importance d’une prise en charge individualisée de leur problématique.

Votre mémoire de stage porte sur le thème de la violence scolaire et sur les représentations que s’en font les élèves. Considérez-vous que, dans votre établissement, la gestion des conflits occupe une place majeur dans l’emploi du temps du CPE ? Pourquoi ?

En tant que CPE en poste dans un établissement classé REP et caractérisé par une grande mixité sociale et culturelle, je suis souvent confrontée aux conflits. Ces conflits sont, selon moi, souvent le reflet de la difficulté pour les jeunes que nous accueillons de cohabiter avec d’autres qui sont très différents d’eux (conflits entre élèves de quartiers différents, d’origines différentes, de cultures différentes…) et traduisent également la difficulté pour certains d’entre eux de trouver leur place au sein de l’École. De plus, l’utilisation massive des réseaux sociaux paraît souvent exacerber l’ampleur de ces conflits, permettant à ces derniers de s’insinuer jusque dans les foyers, et faisant apparaître de nouvelles formes de violence : cyberharcèlement, diffusion de rumeurs…

Pensez-vous que votre attention particulière aux élèves en difficultés pourrait vous amener à diversifier votre carrière à un moment donné ? De quelle façon ? Avec quelles motivations ?

Aujourd’hui, et au regard de l’évolution des missions du CPE, j’ai le sentiment d’avoir un rôle important à jouer dans l’accompagnement des élèves en difficulté. Cela dit, il est vrai que j’aimerais parfois être en capacité d’en faire davantage, notamment en travaillant en collaboration plus étroite avec nos partenaires sociaux et de santé (ASS, éducateurs, psychologues, IME, ITEP…). Pour ces raisons, j’imagine me tourner dans quelques décennies vers un poste me permettant d’acquérir de plus grandes responsabilités à l’égard de l’accompagnement des élèves en grande difficulté

Caroline EVRARD

Devenir enseignante d’espagnol, Mégane témoigne…

Pouvez-vous nous dire comment est né votre projet professionnel de devenir enseignante d’espagnol ?

Mes premières envies d’enseigner sont nées en primaire. J’ai d’abord souhaité enseigner plusieurs matières puis mon choix s’est porté sur l’espagnol, langue que j’affectionne particulièrement. Au-delà du disciplinaire, c’est le fait même de transmettre un savoir et des principes, de réfléchir sur les manières de les faire passer qui ont suscité mon intérêt. Plusieurs professeurs ont marqué ma scolarité et m’ont donné l’envie de partager à mon tour des savoirs et des savoirs-être.

Vous avez mené des études universitaires à la fois en France et en Espagne. Quelles différences majeures avez-vous repéré entre ces deux systèmes éducatifs ?

Je pense pouvoir affirmer que je ne serais pas l’enseignante que je suis aujourd’hui sans mes études universitaires partagées entre la France et l’Espagne. Je bénéficie d’une expérience dans deux systèmes éducatifs différents. En Espagne, les élèves ont des cours de catéchisme, des heures dédiées au tutorat sont mises en place afin de recevoir les élèves de manière individuelle pour pouvoir répondre à leurs questions sur un travail à effectuer par exemple ou sur leur orientation. D’autre part, les horaires sont différents : en Espagne les élèves vont à l’école le matin et peuvent participer l’après-midi à des activités extrascolaires. Ce sont les principales différences que j’ai pu noter. Il ne s’agit pas là de préférer un système éducatif à un autre, simplement de noter des divergences (mais aussi des convergences), qui sont souvent d’ordre culturel.

Vous exercez cette année en qualité de professeur stagiaire dans un collège rural du Jura. Diriez-vous que ces premiers pas dans l’enseignement confirment votre appétence pour le métier ? Pourquoi ?

Cette première année en tant que professeure stagiaire n’a fait que confirmer mon souhait d’enseigner. Je n’enseigne pas seulement une langue, j’initie aussi mes élèves à la découverte d’une autre culture. Je souhaite susciter leur curiosité mais également ouvrir leur esprit.
En qualité de professeure stagiaire, je bénéficie des conseils d’un tuteur, également enseignant d’espagnol dans mon établissement. Nous échangeons beaucoup sur notre métier et notre discipline. J’ai pu approfondir grâce à lui mes connaissances en matière de pédagogie et observer la diversité que nous offre ce métier.

L’un des enjeux de votre discipline est la participation orale des élèves. Quelles approches pédagogiques avez-vous privilégiées depuis le début de l’année scolaire ? Considérez-vous que les méthodes mises en œuvre ont porté leurs fruits ?

Afin de favoriser la participation orale, clé de l’apprentissage d’une langue, j’avais mis en place dès le début de l’année une fiche de participation orale. Celle-ci valorisait la participation active en classe, les efforts de prononciation ou de construction de phrases complètes ainsi que l’attitude en classe. Elle donnait lieu à chaque cours à une note sur 5. J’adaptais la notation en fonction des compétences mais aussi du degré de timidité de l’élève. Je n’avais pas les mêmes attentes pour un(e) élève qui avait déjà été initié(e) à l’espagnol ou pour un(e) élève pour qui le fait même d’être interrogé(e) et de devoir répondre supposait un réel effort. Le but n’était pas qu’ils participent tous de la même façon, à la même fréquence et pour les mêmes activités mais que chacun puisse progresser et atteindre le niveau qui lui correspondait. Cette fiche de participation n’était en réalité qu’un support. Les élèves participaient au début dans le but d’obtenir le plus de points possibles et à la clé une bonne note. Puis petit à petit ils ont oublié cette feuille, qu’ils avaient pris l’habitude de remplir en fin d’heure et se sont mis à participer de manière sans doute plus spontanée. En effet, ils ont constaté qu’ils en étaient capables et qu’ils étaient récompensés, non pas pour la quantité de prises de paroles mais pour les efforts qu’ils fournissaient.
Au début du second trimestre, j’ai souhaité travailler en îlots et ai placé les élèves en fonction de leurs besoins. L’organisation de la classe en îlots n’est pas née d’un désir d’augmenter la participation orale en cours d’espagnol. Il s’agissait plutôt de donner la possibilité aux élèves de profiter des capacités et savoirs de chacun. Ils développent par ailleurs des compétences à travailler en groupe. J’ai tout de même mis en place une feuille de participation orale par groupe, ce qui a favorisé la prise de parole des plus discrets. En effet, la note de l’îlot dépend de la participation de chacun de ses membres.
Je pense que les différentes méthodes mises en place ont porté leurs fruits dans le sens où j’ai obtenu une participation orale active en cours d’espagnol. Cela a aussi dépassé l’aspect disciplinaire. Chaque élève a pris conscience de ses capacités et a pu observer que chaque initiative était récompensée, qu’elle soit juste ou non. L’objectif, qui a été atteint, était notamment de montrer à chaque élève qu’il pouvait participer au travail de groupe, aux échanges dans la classe et à l’avancée du cours, quelles que soient ses capacités. L’acquisition d’autonomie, la mutualisation et l’interaction sont également des objectifs que je m’étais proposés et qui ont été atteints.

La dynamique de projet fait partie des axes que vous avez privilégiés. Pouvez-vous nous donner quelques exemples qui illustrent votre démarche ?

Je pense que mes pratiques professionnelles sont marquées par la diversité des méthodes pédagogiques. L’une d’elles est la méthode basée sur le projet. Chaque séquence donne lieu à la réalisation d’un projet final. Ce dernier est explicité aux élèves dès les premières séances. Il vise à mobiliser l’ensemble des connaissances (culturelles, grammaticales, lexicales…) étudiées. Il s’agit également de développer leur créativité et de donner à ce projet une dimension esthétique. Je me base également sur la démarche actionnelle, en mettant en place des activités ludiques. Comme je l’ai mentionné ci-dessus, le travail en îlot permet également aux élèves de travailler l’expression orale en interaction et de mutualiser. J’essaye de diversifier le plus possible mes approches pédagogiques afin de susciter leur curiosité.

Comment voyez-vous la suite de votre carrière ? Envisagez-vous un jour de postuler pour enseigner dans un pays hispanisant ? Si oui, dans quel objectif ?

Je souhaite continuer d’enseigner dans le secondaire où je m’épanouis déjà énormément ou dans l’enseignement supérieur, afin de m’ouvrir à un autre public et à d’autres façons d’enseigner. Le fait d’enseigner un jour dans un pays hispanisant est une possibilité que je n’exclus pas. Mon choix serait motivé par l’opportunité de découvrir un autre système éducatif dans le cas de pays d’Amérique Latine par exemple ou de parfaire ma connaissance du système éducatif espagnol. Cela me permettrait également d’enseigner une autre discipline que la mienne et de développer mes compétences pédagogiques. Ce dernier point est l’un des objectifs principaux de ma carrière. Je souhaite découvrir d’autres perspectives d’enseignements, acquérir d’autres savoirs faire. Pourquoi ne pas aussi partager des compétences liées à l’éducation avec d’autres enseignants francophones ou hispanophones, notamment dans le cadre de la formation pour adultes ?
D’autre part, je souhaite poursuivre dans le domaine des Études Ibériques. J’envisage pour cela d’effectuer un doctorat, ainsi que de me présenter à l’agrégation.

Mégane Robert, académie de Besançon

De CPE à enseignante, Christine témoigne

Quelles sont les raisons fondamentales qui ont présidé à votre choix de passer de la fonction de CPE à la fonction enseignante ?

J’ai travaillé sept ans dans un établissement de l’académie de Créteil où les rapports de forces internes étaient particulièrement pesants et sclérosants. J’avais l’impression que la vie scolaire devait en permanence justifier de son action et de son positionnement auprès des chefs d’établissements mais aussi auprès des collègues enseignants.

Je précise que l’établissement accueillait un public varié et que les problématiques scolaires et sociales des élèves étaient préoccupantes. Cependant, j’ai toujours eu le sentiment que ce qui était le plus compliqué dans cet établissement ce n’était pas les élèves, mais les adultes.

Je ne sais pas à quel point cet établissement était exceptionnel dans ses dysfonctionnements mais j’ai fait le constat que la place très exposée des CPE ne me convenait pas du tout. Je me posais donc de plus en plus de questions sur mon avenir dans cette fonction.

Lorsque j’ai enfin obtenu ma mutation dans l’académie de Bordeaux d’où je suis originaire, j’ai un peu déchanté en raison des difficultés posées par les mutations intra. Peu de postes de CPE étaient offerts dans le département que je visais et le résultat d’affectation après la CAPA ne me convenait pas vraiment.

J’ai donc sollicité un congé parental pour une année scolaire afin de privilégier ma vie familiale et l’éducation de mes enfants. Cette parenthèse dans ma vie professionnelle m’a permis de prendre du recul et de réaliser à quel point je ne souhaitais pas reprendre mon activité en tant que CPE.

J’ai donc cherché de quelle manière je pouvais évoluer et j’ai décidé, en lien avec mes études universitaires, de formuler une demande de reconversion professionnelle vers le métier de professeur d’anglais.

Comment vivez-vous le changement entre une gestion individuelle et une gestion collective des élèves ?

Je cherche à mettre tous les élèves au travail mais je n’y arrive pas toujours… ! Je m’efforce de travailler sur des sujets qui vont éveiller l’intérêt des élèves. En cours de langue vivante, nous sommes encouragés à multiplier les mises en situations d’élèves, ce qui peut prendre une tournure assez ludique. Je suis consciente que j’ai des progrès à faire en gestion de classe mais je ne me sens pas pour autant mise en difficulté par mes élèves.

Dans quelle mesure les compétences relationnelles acquises dans le métier de CPE viennent elles compléter vos compétences didactiques ?

Mon expérience de CPE est forcément utile. Je connais bien le public adolescent et je sais être un peu théâtrale quand il le faut ! J’ai souvent recours à l’humour mais je sais aussi poser des limites. Ce qui me semble fondamental, c’est de vraiment s’intéresser aux personnes que sont les élèves. Je veux que leur temps passé à l’école ait du sens, soit source d’épanouissement et d’enrichissement.

En choisissant la profession d’enseignante, l’organisation de votre temps de travail a changé. Comment vivez-vous les temps de préparation des cours et de corrections des copies que vous ne connaissiez pas dans votre fonction précédente ?

Il faut reconnaître que c’est très lourd. Même si je m’attendais à une telle charge de travail, je n’ai pas encore trouvé le meilleur équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle. J’ai deux jeunes enfants et un conjoint souvent en déplacement professionnel et je suis stagiaire 18h en lycée avec des 2ndes, des premières et des terminales…le rythme est donc soutenu !

J’aspire à des temps de formations me permettant de prendre du recul sur ma pratique professionnelle et j’apprécierais aussi de pouvoir observer les séquences des collègues de ma discipline. Cela dit, j’ai la chance de bénéficier des conseils d’une tutrice très attentive et d’un emploi du temps au lycée que je trouve assez équilibré.

Dans le cadre du nouveau collège, l’approche transversale des enseignements trouve un écho particulier dans les EPI ? Qu’en pensez-vous ? Quelle est votre implication dans ce dispositif ? Pensez-vous qu’une collaboration entre votre discipline et la vie scolaire soit imaginable dans le cadre des EPI ? Sous quelle forme ?

Difficile pour moi de répondre à cette question car j’ai toujours travaillé en lycée, mais je pense qu’on peut tout à fait imaginer des projets en lien avec la vie scolaire. Par contre, je sais aussi que les CPE en collège sont généralement seuls et ont déjà fort à faire !

Envisagez-vous un jour d’enseigner à l’étranger ? Si oui, quels points positifs voyez-vous à ce type d’expérience ?

En effet, cela pourrait m’intéresser de travailler à l’étranger pour l’enrichissement personnel et professionnel que cela représente. Je pense qu’il est d’ailleurs plus facile d’exercer à l’étranger en tant qu’enseignant qu’en tant que CPE. En effet, les postes de CPE proposés sont souvent liés à des missions de faisant fonction chef d’établissement et les spécificités éducatives du CPE en font souvent les frais !

Photo : Pixabay CCO Public Domain

Témoignage deMyriam, en poste PDMQDC à Perpignan

Myriam Mansuy occupe un poste « Plus de Maîtres Que De Classes » (PDMQDC)sur deux groupes scolaires de Perpignan Grand Centre depuis le 1er septembre 2016, elle nous apporte son témoignage.

As-tu bénéficié d’un accompagnement de l’administration pour ta prise de poste ?

Oui. Une première réunion fin juin avec l’équipe des enseignants sur numéraires (6 !) et l’équipe de circonscription pour définir les objectifs à mettre en place pour la rentrée 2016. Puis, le coordonnateur de réseau et moi-même, sommes allés début juillet dans chacune de mes écoles pour une réunion afin de me présenter et d’informer des nouvelles directives nationales sur les fonctions de maître supplémentaire.

Enfin, à la rentrée une nouvelle réunion entre « nous » et l’équipe de coordonnateurs a eu lieu pour répondre aux questionnements rencontrés dans les équipes pédagogiques quant à notre rôle.

Te considères-tu suffisamment au clair sur le dispositif (rôle de chacun, fonctionnement,…) ?

J’ai lu plus qu’attentivement le rapport du comité national de suivi du dispositif « plus de maîtres que de classes » qui fait un bilan sur les trois premières années de la mise en place de ce dispositif, et qui définit l’évolution des pratiques et l’efficience du dispositif.

Je suis nouvelle dans cette fonction, je me suis donc approprié le dispositif, ce que serait mon rôle au sein de l’équipe enseignante, avec ce qui est décrit dans ce dernier rapport.

Mais les collègues ayant bénéficié depuis trois ans d’un « surnum », sur la base d’un dispositif dans lequel le maître sup intervenait plus à l’extérieur de la classe qu’en co-enseignement, ils n’ont pas tout de suite adhéré au format « deux en classe », et d’un co-enseignant qui ne suit pas les élèves les plus en difficultés.

Il ne faut plus saupoudrer les aides, mais je suis sur deux groupes scolaires, sur un cycle d’enseignement qui prend en charge les élèves jusqu’au CE2. Cela réparti mon action sur 10 classes… Comment alors co-enseigner, donc co-préparer avec 10 collègues qui n’ont pas que, mes heures d’interventions à prévoir ?

De quoi aurais-tu besoin pour tes débuts sur ce poste ?

De ne surtout pas me sentir seule… et je ne le suis pas. D’une part parce qu’avec mon équipe de PDMQDC nous partageons un espace numérique sur lequel nous éditons nos fiches de projets, nos fiches d’observations et de suivis des élèves, nos fiches d’actions. D’autre part, parce que des collègues sont venus vers moi pour partager très vite leurs attentes et je suis aussi allée vers les autres collègues pour présenter des outils facilitants le co-enseignement.

Y aura-t-il des formations mises en place au cours de l’année scolaire ?

Oui. Chaque école peut faire le choix de consacrer 6h de leurs animations pédagogiques pour un travail spécifique avec moi.

Et, il est aussi prévu 6h spécifique pour les PDMQDC.

Comment les priorités ont-elles définies ?

Elles nous ont été exposées par l’équipe de circonscription dans le respect des directives nationales et des besoins spécifiques du public scolaire concerné.

Il s’agit d’améliorer les méthodes de travail de l’élève, d’apprendre à apprendre, et de travailler sur l’attitude de l’enfant dans son rôle d’élève. Pour cela il faut s’appuyer en français sur la compréhension en lecture et la production d’écrits, en mathématiques sur la résolution de problèmes et le domaine numérique.

J’enseigne, dans le deuxième groupe scolaire, sur un projet spécifique autour de la maîtrise du langage et l’enrichissement du lexique auprès d’élèves qui n’utilisent pas le français à la maison. Ce ne sont pas des ENA (Elève Nouvellement Arrivé en France), mais des élèves d’un quartier particulier.

Quelles sont les modalités d’intervention ?

75% de mon temps est en co-enseignement, le maître de la classe et le maître supplémentaire sont ensemble dans l’espace de la classe. Parfois l’un enseigne, l’autre aide les élèves ou les deux aident ou l’un enseigne, l’autre observe (évaluations) ou l’enseignement se fait en ateliers ou avec des groupes différenciés ou encore en parallèle (2 niveaux de classes).

Puis 25% de mon temps est soit en décloisonnement avec tous les collègues du cycle, soit en groupe restreint sorti de l’espace classe pour un travail précis (projet maîtrise de la langue).

Quelles classes sont prises en charge et dans quels domaines ?

C’est le cycle 2 qui bénéficie de ce dispositif, mais je m’occupe de GS pour le langage, des CP et des CE1 pour la lecture/compréhension etdu geste d’écriture, en maths je travaille sur la résolution de problèmes autour du nombre. En CE2, j’interviens sur la fluence en lecture et sur les résolutions de problèmes qui rassemblent la lecture/compréhension et le domaine des nombres.

Comment se passe la concertation avec les membres de l’équipe pédagogique ?

Dans le rapport national pour cette rentrée, cela est explicité comme un élément essentiel de ma fonction, le co-enseignement n’est possible et cohérent qu’en co-préparant… Oui, mais être un maître sup pour 10 maîtres en classe n’est pas aussi évident. En plus des concertations dans chaque classe après ou avant chaque intervention, j’ai mis en place un calendrier d’heures de régulation dans les deux écoles, afin d’avoir un moment commun assuré pour envisager de nouvelles séquences, de nouveaux outils que je présente, ou bien faire des bilans de fin de période .

Enfin, il y a en plus les conseils de cycles spécifiques à ce dispositif.

Existe-t-il un lien entre le dispositif et le projet d’école ? Si oui, sur quels axes ?

Je ne peux pas me prononcer à ce sujet, car nous devons éditer un nouveau projet d’école 2016/2019 en référence au nouveau projet de réseau, mais je crois cependant qu’une partie sera prévue puisque les collègues vont s’investir pendant 6h sur le dispositif PDMQDC.

As-tu des attentes particulières de la part de l’administration ?

L’équipe des maîtres surnuméraires assistera à une réunion à la DSDEN tous les deux mois. J’espère que ce sera l’occasion de faire le point pour nous accompagner et pas seulement pour relever les résultats de nos interventions.

Témoignage de Marie-Paule, CPC, à propos du dispositif PDMQDC

Marie-Paule Lapaquette est conseillère pédagogique dans le circonscription « Haute-Vienne 2 ». Les deux principes majeurs de la refondation de l’éducation prioritaire (refondation pédagogique, travail en équipe, réflexion et formation soutenus) ont constitué le cadre d’ancrage du dispositif « maitre + » dans la circonscription « Haute-Vienne 2 » et ce, précisément au moment de l’implantation du premier REP+ préfigurateur de l’académie de Limoges. Depuis, le dispositif a été déployé à la fois dans la circonscription avec d’autres moyens établis dans chaque école élémentaire du REP+, dans chaque école en REP et en dehors de l’éducation prioritaire, dans certaines zones rurales du département.

Quel accompagnement l’administration a -t-elle mis en place pour le dispositif ?

Dès cette première mise en place, l’IEN de circonscription-éducation prioritaire (systématiquement présente lors des première et dernière journées et ponctuellement pendant les autres journées) a souhaité un accompagnement du dispositif par les conseillères pédagogiques, accompagnement concrétisé sous la forme d’une journée et demie par période :

– une demi-journée de temps de régulation / concertation

-une journée de formation :

  • apports de contenus en lien avec les besoins, mais aussi et surtout fonction des derniers apports de la recherche –IFÉ notamment (recherche de Goigoux sur le lire-écrire / influence des pratiques d’enseignement sur la qualité des apprentissages, enseignement explicite, langage mathématique…),

  • apports relatifs aux différents rapports nationaux d’étude sur le dispositif

  • travail de construction d’outils (évaluations communes à l’échelle de la circonscription) et aide à l’écriture du projet d’actions des maitres +, selon la matrice élaborée par l’équipe de circonscription

En parallèle, un groupe Viaéduc « maitres + » de la circonscription a été créé. Il est à la fois vecteur d’échanges entre l’équi

Enfin, au printemps 2016, un séminaire départemental engageant l’université et la DSDEN a été organisé à la FLSH de Limoges. Il a été précédé par le tournage d’une vidéo et par une série d’observations croisées entre maitres+ du département, observations dont la restitution a été réalisée, lors de ce séminaire, par une étudiante de master

Dans les écoles, les concertations se font principalement lors des conseils de maitres de cycle ou plus ponctuellement, de manière plus informelle.

Quelles plus-values le dispositif apporte-t-il pour les élèves ? pour les équipes ?*

Bien sûr une aide aux élèves en difficulté (dans la circonscription, une attention à l’articulation entre les enseignants RASED et les maitres+ est par ailleurs particulièrement observée et ciblée), mais aussi pour les enseignants par un travail collaboratif (titulaire de la classe, équipe de cycle et maitre+) il s’agit -au sein du collectif de la classe, du cycle et de l’école- d’identifier les enjeux d’apprentissage et de les expliciter pour organiser la différenciation pédagogique et les procédures opérationnelles.

Comment sont définies les priorités et les modalités d’intervention ?

Les modalités d’intervention (co-enseignement, co-présence et co-intervention) sont organisées en fonction des évaluations de circonscription, des besoins identifiés par les équipes d’école et en relation avec les conclusions et préconisations du Comité national de suivi «Plus de maîtres que de classes»

Quelles pistes d’amélioration proposeriez-vous pour encore plus d’efficacité ?

Des notions interrogées par le dispositif restent en tension :

  • Anticipation/remédiation
  • Motivation/adhésion
  • Pratique ordinaire/innovante
  • Pilotage/réponse spontanée…

Une communication sur le dispositif envers les parents a-t-elle lieu ? Si oui, par qui et selon quelle modalité ?

Lors des réunions de parents de rentrée par les enseignants de cycle 2 ou lors de rencontres ponctuelles avec les familles, mais c’est variable d’une école à l’autre

Quelles classes sont prises en charge et dans quels domaines ?

Le cycle 2 est très fortement priorisé (préconisation des textes), toutefois dans une volonté de prévention et en fonction des emplois du temps, il peut arriver –de façon ponctuelle- que les classes de GS soient identifiées. Les enseignements concernés sont le français (lire, écrire) et les mathématiques. Cependant, les maitres+ de la circonscription s’inscrivent également dans des projets spécifiques dans lesquels l’interdisciplinarité est convoquée

Existe-t-il un lien entre le dispositif et le projet d’école ? Si oui, sur quels axes ?

Il y a emboitement d’échelles entre les différents projets (projet de réseau -contractualisant et contractualisé, d’écoles et de cycles) constituant des outils de pilotage (IEN et chefs d’établissement pour le 1er niveau et directeurs et équipes d’école au niveau des écoles).

Les objectifs thématisés des dispositifs sont donc une déclinaison directe de certains des axes des projets de réseau :

  • Améliorer le parcours de réussite des élèves pour élever le niveau de qualification, travailler à la fluidité des parcours des élèves
  • Innover pour une école des réussites

Témoignage d’Isabelle sur un poste PDMQDC à Perpignan

Isabelle Hourcadette est affectée sur un poste PDMQDC* depuis septembre 2015 sur la circonscription Perpignan1 – dans les écoles élémentaires et maternelles du secteur de la Garrigole, identifiées en réseau d’éducation prioritaire. Elle témoigne…

Quel accompagnement l’administration a-t-elle mis en place pour le dispositif ?

Le secteur de la Garrigole a été doté d’un poste de maitre supplémentaire en septembre 2015.

Le poste a évolué au cours de l’année scolaire, l’intervention s’est centrée sur une école de cycle 2 comprenant 8 classes de septembre 2015 à avril 2016, pour s’étendre sur 4 écoles supplémentaires en dernière période.

Pour la rentrée 2016, l’IEN a souhaité, sur la base des équipes éducatives, étendre l’intervention du maitre supplémentaire sur l’ensemble des 4 écoles maternelles du secteur dans le domaine du langage oral.

Afin d’optimiser mes interventions sur les 7 écoles, il a été décidé avec les différentes équipes d’enseignants pour l’année scolaire 2016-2017 d’intervenir par période et par niveau. Ainsi de septembre à décembre, la priorité est donnée aux classes de CE1 et CE2 sur les 3 écoles élémentaires, puis à partir de janvier aux classes de CP et GS.

L’administration a mis en place différents dispositifs pour accompagner les équipes d’enseignants :

  • un stage école de 3 jours sur le thème de la lecture, dés le mois de septembre 2015 pour permettre à l’équipe d’enseignants de s’approprier le dispositif et de réfléchir à la façon d’intégrer le maitre supplémentaire dans le dispositif « décloisonnement lecture » déjà existant sur l’école.

  • la participation de l’équipe de circonscription aux conseils d’école permettant d’apporter une information aux parents, à la municipalité et aux conseils des maîtres pour présenter le dispositif aux équipes d’enseignants

  • des journées de formation, soit avec l’ensemble des maitres supplémentaires de la circonscription et des enseignants des écoles concernées par le dispositif, soit avec les différentes écoles où j’interviens.

Comment sont définies les priorités et les modalités d’intervention ?

Les priorités et les modalités d’intervention sont définies par l’IEN de la circonscription, puis présentées aux différentes équipes d’enseignants avec l’appui de l’équipe de circonscription.

Quelles sont les modalités d’intervention en classe ? Quelles classes sont prises en charge et dans quels domaines ?

Les modalités d’intervention ont évolué entre 2015 et 2016, du fait de l’augmentation des écoles qui sont rentrées dans le dispositif.

De septembre à avril 2015, le poste était affecté à plein temps sur une école de cycle 2 comprenant 8 classes. Les interventions ont été réalisées à 91 % dans les domaines des apprentissages fondamentaux (français et mathématiques).

La co-intervention 7 (enseignement parallèle) représente 44 % des interventions. Elle s’applique lors du décloisonnement lecture. La co-intervention 6 (enseignement avec groupe différencié) représente 38 % des interventions.

Modalités d’intervention

%

1

co enseignement 1 – enseignement en tandem

15

2

co enseignement 2 – l’un enseigne l’autre aide

3

3

co enseignement 3 – les deux aident

0

4

Co-présence 4- l’un enseigne, l’autre observe

0

5

Co-intervention 5- enseignement en ateliers

0

6

Co-intervention 6- enseignement avec groupe différencié

38

7

Co-intervention 7- enseignement parallèle

44

De septembre à décembre 2016, la modalité d’intervention principale retenue est la co-intervention en atelier au sein de l’espace classe dans un domaine d’apprentissage identique : la lecture et la compréhension de l’écrit en cycle 2. Elle représente 75% du temps d’intervention.

Ce dispositif permet de privilégier l’hétérogénéité d’un petit groupe dont l’effectif réduit favorise les interactions. On observe plus de « motivation » et une meilleure « concentration » des élèves. Il permet d’essayer, d’expérimenter des outils qui sont difficiles à mettre en œuvre en classe entière.

Quelles plus-values le dispositif apporte-t-il pour les élèves ? pour les équipes ?

Il est encore trop tôt pour évaluer les effets du dispositif sur les élèves. En effet, le poste a été créé il y a un an. L’analyse d’indicateurs (résultats des élèves aux évaluations, l’évolution de l’écart des résultats entre élèves…) nécessite une stabilisation de l’organisation. On peut également noter que le croisement des regards sur l’élève permet une évaluation plus précise et une observation enrichie.

Les effets sur les enseignants sont plus facilement évaluables, dans les différentes écoles, le travail en équipe est renforcé. Sur deux écoles élémentaires afin d’optimiser les interventions du maître surnuméraire en lecture, les enseignants ont décidé de travailler sur un album commun. Les enseignants se répartissent la réalisation des supports. Il s’agit d’adapter les besoins de lecture et les supports à chaque groupe de niveau. Les outils et les pratiques sont ainsi mutualisés.

Existe-t-il un lien entre le dispositif et le projet d’école ? Si oui, sur quels axes ?

L’axe 2 du projet d’école de d’Alembert 1 : « Permettre à tous les élèves de réussir en adaptant leur parcours tout au long du cycle » et notamment « Améliorer les conditions d’apprentissage de la lecture » s’appuie sur la présence du maitre supplémentaire.

*PDMQDC = Plus De Maitres Que De Classe

Mon mémoire en 180 secondes : un moment tonifiant !

Trois minutes pour présenter son mémoire de master, c’est le défi relevé par dix enseignants et personnels d’éducation stagiaires lors de la finale du concours « Mon mémoire MEEF en 180s » le mercredi 29 juin dernier à Paris.

En effet, pour la 1ère année et sur le modèle de « Ma thèse en 180s », ce concours organisé conjointement par le MENESR et le Réseau des ESPE a pour objectif de valoriser la recherche effectuée par les professeurs stagiaires au sein des ESPE dans le cadre de leur 2ème année de Master MEEF (métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation).

Après un appel à candidature suivi d’une première sélection académique, c’est devant un jury pluri catégoriel et en la présence de Najat Vallaud-Belkacem, que les finalistes ont, pour la finale nationale, présenté en 3 minutes leur sujet de recherche et expliquer comment la recherche avait été menée.
Au programme, 4 thématiques fortes des enseignements du tronc commun : la “laïcité et l’éthique professionnelle”, “les gestes professionnels liés aux situations d’apprentissage”, les “connaissances liées aux parcours des élèves” et des “thématiques transversales”.
Et oui, nos collègues entrant dans la profession ont choisi ce métier par vocation et oui, ils sont en mesure de très bien l’exercer !
Voici le témoignage de Mickael Idrac, finaliste du concours et auteur d’un mémoire sur l’éducation des enfants déplacés intitulé « L’éducation des migrants : Une comparaison entre la prise en charge de l’Ecole de la République et celle des structures non officielles« 

Sur quelle thématique as-tu réalisé ton mémoire ?

J’ai travaillé sur l’éducation des enfants déplacés en justifiant l’emploi d’un nouveau concept qui est l’éducation d’urgence, l’objectif que je poursuis étant que, concernant l’éducation en contexte migratoire, on fasse la même dichotomie entre éducation d’urgence et éducation de développement comme on fait la dichotomie entre humanitaire d’urgence et humanitaire de développement. Je crois à la force des mots et c’est important de mettre les bons mots sur les bonnes choses, ce qui n’est plus le cas tant les migrations actuelles sont nouvelles. C’est comme quand on parle de réfugiés, souvent on se trompe car ce terme est une question de statut juridique… C’est pourquoi je parle plutôt de « déplacés » pour ma part, simple traduction du concept de « displaced people » qui est utilisé par les anglo-saxons. Les flux migratoires que l’on connaît en ce moment, où beaucoup de CSP+ quittent leurs pays d’origine, génèrent vraiment des nouvelles dynamiques en termes d’éducation humanitaire.

Pourquoi ce choix ?

J’ai eu l’occasion et la chance de pouvoir enseigner dans une migrant school en Thailande auprès d’enfants déplacés birmans il y a quelques années. Les enfants birmans ne vont pas dans les écoles Thaï et on voit fleurir des migrants school, non autorisées et non déclarées, tout le long de la frontière. Je me suis passionné pour le contexte et j’ai tout fait pour visiter des camps. Je crois que quand à 20 ans on se retrouve dans un camp 55 000 personnes on est marqué pour longtemps. Mon réseau m’a permis de me voir confier une seconde mission environ une an plus tard : la réalisation d’une étude comparative sur l’éducation des enfants déplacés birmans dans les camps de Thailande et hors les camps. Puis j’ai pu travailler à Beyrouth aux Nations-Unies sur des problématiques liées aux réfugiés palestiniens, dont le statut est encore particulier puisque leur exode a commencé avant les accords de Genève relatifs au droit des réfugiés. Aujourd’hui professeur des écoles je ne suis jamais resté loin de ces thématiques et la crise en Syrie, la chute du régime libyen qui sont des éléments clés des nouvelles typologies de migrations conjuguées à la situation de Calais tout proche de nous… Tout ça m’a donné envie de replonger, pour moi c’était même une nécessité d’aller dire à Calais que je connaissais le sujet et que j’avais quelque chose à leur apporter, en toute humilité, car cela reste bien différent de ce que j’ai pu voir dans les pays du sud et j’apprends énormément de choses au quotidien, puisque je suis toujours le projet.

Qu’est-ce qui t’a motivé à participer au concours ?

La possibilité de parler d’un sujet que l’on nie et face auquel on détourne souvent le regard, nous sommes en France donc en France on ne peut pas être confronté aux mêmes problématiques que les pays du sud. Or, c’est totalement faux, d’ailleurs prenez un camp en Thailande et vous verrez que ses administrateurs ont beaucoup de choses à nous apprendre sur la gestion d’un camp. Aujourd’hui le bidonville de Calais est un No Mans Land administratif et le manque de puissance publique génère des catastrophes humaines, et comme dans ce No Mans Land administratif il y a 10% de mineurs isolés il faut tirer la sonnette d’alarme par tous les moyens. J’avais besoin de le dire devant des professionnels de l’éducation aguerris, quitte à faire grincer des dents. Ma motivation elle a une vraie dimension militante. Et je pense que je n’ai pas trop mal visé même si je n’ai pas gagné puisque j’ai reçu pas mal de questions et d’interrogations de certaines personnes de l’auditoire qui étaient interloquées par mon propos.

Quelle préparation spécifique vis à vis d’une soutenance classique ?

La préparation pour moi a eu un côté plus excitant que contraignant, l’exercice me plaît, je prends toujours ça comme une chance que d’avoir un auditoire. La seule « chose » spécifique à laquelle je me suis attaché c’est de dépasser le cadre du discours déclaratif classique, j’avais besoin d’un peu d’humour et quelques phrases choc. Et le choix de présenter mon projet avec des rimes s’est un peu imposé de lui même finalement… J’ai eu la chance de pouvoir répéter dans un amphithéâtre, ça par contre c’est un gros plus, et je suis d’ailleurs reconnaissant envers la personne de l’ESPE de Perpignan qui m’a aidé.

Quelles difficultés as-tu rencontrées pour soutenir ton mémoire en 180 secondes ?

La contrainte temps est la plus difficile à gérer, on a tous envie de parler des heures sur un sujet qui nous passionne, en tout cas pour moi c’est comme ça, donc j’ai du faire des coupes dans mon texte qui m’ont fait très mal au cœur !

Quel bilan tires-tu de cette expérience ?

Le bilan pour moi est plus que positif car déjà dans la période de réalisation du projet j’ai rencontré des gens fantastiques, passionnés et passionnants sur le terrain. J’ai eu des contacts avec des chercheurs enchantés par ma démarche, dans un contexte ou on observe un net regain d’intérêt de la communauté scientifique pour la question migratoire on m’a facilement pris au sérieux.

Et le jour de la finale je me suis amusé, je pense que c’est important aussi de parler de plaisir quand on arrive à finaliser quelques petites bribes de ce travail de longue haleine.

Quel climat le jour de la finale nationale ?

Le climat était plutôt détendu, le staff nous mettait dans de bonnes conditions, je me suis senti plutôt à l’aise. Puis le lieu était magnifique, ça ajoute au fait que nous étions tous plutôt emballés et contents de la où nous étions.

Maintenant mis en lumière, quelle suite à ton mémoire ?

Pour répondre je vais revenir quelques questions en arrière quand je parle de la somme étonnante de gens que ce projet m’a permis de rencontrer. J’ai eu la possibilité de travailler avec des chercheurs canadiens pour la réalisation d’un ouvrage qui s’appelle « Communication Interculturelle et nouveaux visages de la mobilité. » Dans les nouveaux visages de la mobilité nous mettons, et nous ne sommes pas les seuls, les enfants. C’est donc le chapitre sur les enfants que j’ai rédigé avec une chercheuse de l’Université du Québec à Montréal qui s’appelle Lilyane Rachédi et qui est spécialisée en travail social en contexte migratoire. Elle m’a accordé sa confiance et on reste en contact pour d’autres projets. Enfin j’ai profité de cette période de bouillonnement intellectuel pour rechercher un directeur de thèse qui me permette de poursuivre l’aventure et j’ai trouvé mon bonheur au sein du CEPED, c’est un laboratoire pluridisciplinaire qui travaille sur les relations entre populations et développement au sud, avec plein de potentiels transfert d’idées au nord. Je vais être inscrit en doctorat en sociologie auprès de Madame Véronique Petit qui a une expertise pointue sur les questions migratoires donc je serai entre de bonnes mains !

Lucie, CPE et formatrice académique à l’ESPÉ, témoigne

Vous exercez la fonction de Professeur Formateur Académique à l’ESPÉ depuis cette rentrée. Quelles sont les raisons principales qui ont motivé votre candidature ?

Depuis l’obtention du concours, j’ai toujours souhaité me former à différentes thématiques en lien avec mon métier afin d’explorer au mieux les différents champs de compétences du CPE.
J’ai participé à différentes « aventures » comme celle de membre du bureau du réseau CPE de mon département, membre du groupe de concepteurs du MOOC relation école/familles…
Cette prise de fonction en tant que Formateur Académique est un nouveau défi, une façon pour moi de sortir de cette zone de confort dans laquelle parfois on peut être tenté de rester. Depuis 7 ans dans le même établissement, avec une quasi impossibilité de muter étant donnés les barèmes appliqués, cette opportunité m’a semblé indispensable à saisir.
C’est pour moi une nouvelle façon d’exercer mon métier, de m’enrichir, d’apporter de nouveaux éclairages à mon identité professionnelle mais aussi d’être acteur du parcours de formation des futurs CPE.

Pouvez-vous décrire ce qui constitue le cœur de votre responsabilité de formatrice ?

Le formateur académique se voit confier différentes missions : une mission de formation initiale des étudiants de M1 et M2 du master MEEF encadrement éducatif, une mission de formation des personnels d’éducation titulaires (notamment les tuteurs d’étudiants en M1 et les tuteurs des CPE stagiaires en alternance en M2), ainsi qu’une mission d’animation et de coordination à destination des professeurs associés à l’ESPE. Il doit également établir un lien entre le Rectorat, les acteurs de la formation, les stagiaires et leurs tuteurs en établissement.
Ma mission principale en ce début d’année s’oriente plus spécifiquement vers les CPE stagiaires alternants que je rencontre toutes les semaines en suivi de stage. L’accompagnement à l’entrée du métier a été complètement repensé cette année et pendant tout le mois de septembre ; la prise en charge a été individualisée et généralisée pour tous les stagiaires (CPE mais aussi PE et stagiaires disciplinaires).
Je participerai également à leur évaluation dans le cadre du Master et à la validation de leur stage.
Il est également prévu que j’intervienne dans différents groupes de travail de la formation commune de l’ESPE à destination des M2 et des M1 dans un second temps.

En quoi l’exercice de cette mission pédagogique est-il complémentaire avec l’exercice du métier de CPE ?

Le CPE au départ n’est pas forcément celui que l’on s’attend à trouver dans le domaine pédagogique. Pourtant, le référentiel de 2013 reconnaît des compétences spécifiques au CPE et la nouvelle circulaire d’aout 2015 réaffirme le rôle du CPE dans le suivi pédagogique et éducatif individuel et collectif des élèves : « Les CPE sont associés aux différentes équipes pédagogiques des classes dont ils ont la charge… ils sont aussi impliqués dans les conditions d’appropriation des savoirs par les élèves et associés à la construction de leur projet personnel, notamment en collaboration avec les professeurs principaux. ».
Assurer cette mission auprès des étudiants, me pousse à explorer ce champ et à me former. Construire une séquence pédagogique, adapter la formation au besoin de son public, évaluer les progressions de chacun et apporter la réponse adaptée est déjà au cœur de mon métier de CPE : transférer mon expérience auprès de jeunes en pleine construction de leur identité professionnelle est une vraie chance. Lorsque l’on entre dans ce métier, on peut être plein de doutes et parfois d’appréhensions. Mon souci est de les rassurer au maximum et leur donner quelques clefs pour les aider à surmonter cette phase d’immersion dans la profession. Avec la masterisation, le profil des étudiants qui obtiennent le concours a beaucoup évolué. La norme a changé et j’encadre aujourd’hui de jeunes étudiants au parcours universitaire brillant mais qui arrivent dans le métier en n’ayant quasiment jamais mis les pieds dans un établissement scolaire. Mon rôle est d’autant plus important auprès d’eux pour leur apporter cet éclairage professionnel qui peut leur manquer sur le terrain.

Quelles sont vos impressions sur l’organisation du CAFFA* qui vient de se mettre en place ?

Je participe depuis longtemps à la préparation du concours pour les futurs CPE (à l’IUFM d’abord puis à l’ESPE) et j’ai assuré les fonctions de tuteur de plusieurs stagiaires ces dernières années. C’est donc tout naturellement que je me suis inscrite l’an dernier au CAFFA dès que j’ai eu connaissance de l’ouverture du registre d’inscription. Je connaissais le dispositif dans le premier degré et je trouve tout à fait normal qu’à un moment on souhaite « professionnaliser» les intervenants. Valider le CAFFA permettra également de faire valoir certaines compétences et d’officialiser la participation des collègues au processus de formation des entrants dans le métier.
La mise en place risque d’être un peu chaotique et la formation qui doit être proposée par la DIFOR et/ou l’ESPE arrivera peut-être un peu tard pour préparer les épreuves d’admission cette année. Les personnes inscrites à l’admission du CAFFA devraient être reçues par les IA-IPR pour effectuer un entretien de positionnement et définir ensemble quels sont les besoins propres à chacun. La formation sera proposées par l’ESPE, dans le cadre des UE1 et 2 du master « Parcours de recherche » ou par la DIFOR dans le cadre des dispositifs et modules inscrits au PAF et sera individualisée : analyse de pratiques, méthodologie de la recherche, nouveaux usages numériques (travail sur Moodle, classe inversée, travail collaboratif, réseaux sociaux) en fonction des parcours de chacun.
Le mémoire est à rendre pour début mars et pour l’instant aucune date de formation n’a été communiquée. Je me tiens donc régulièrement informée et je commence à réfléchir à l’objet de recherche de mon futur mémoire professionnel. Cette démarche me ramène des années en arrière et c’est plutôt excitant de se replonger dans des lectures qui ouvrent d’autres horizons à notre métier !

Avez-vous en tête des projets professionnels pour la deuxième partie de votre carrière en lien ou non avec la pédagogie ? Lesquels ?

Non, je n’ai pas de projets particuliers, cette opportunité s’est proposée à moi et je vais déjà tâcher de remplir les missions que l’on m’a confiées au mieux avant d’aller voir ailleurs. Le métier de CPE est un métier merveilleux que je ne quitterais pour rien à l’heure d’aujourd’hui, guider les entrants dans le métier comme je peux le faire d’une autre manière avec les élèves est un nouveau défi que je vais tenter de relever.

Lucie Lalorcey, CPE et professeur formateur académique à l’ESPE

*CAFFA : Certificat d’Aptitude aux Fonctions de Formateur Académique

Témoignage de Laëtitia, assistante prévention sécurité dans un collège

Laëtitia Marteaux est APS (assistante prévention sécurité) dans un collège rural du 70, elle nous raconte en quoi consiste son travail.

Vous avez mis en place depuis 3 ans un atelier « respect de vie au collège ». Quels sont les points forts de ce club ? Quelles en sont les principales réalisations ?

L’atelier respect et vie au collège est un atelier qui a pour but d’améliorer la vie des élèves au collège en leur apprenant à adopter un comportement autonome et responsable.

Les principaux objectifs poursuivis sont :

  • Avoir confiance en soi ;
  • Exprimer et communiquer les émotions ressenties ;
  • Développer des compétences de communication verbale et oser prendre la parole ;
  • Se respecter et respecter les autres ;
  • Exercer son sens de la responsabilité.

Tout au long de l’année, nous avons abordé plusieurs thèmes : respect, civilités/incivilités, jeux dits « violents », harcèlement.

À la fin de chaque séquence, les élèves créaient des affiches de prévention, affichées ensuite dans le hall du bureau de vie scolaire.

Les points forts du club :

  • Meilleure confiance en eux des élèves ;
  • Atteinte des objectifs fixés par chacun ;
  • L’attention portée à cet atelier (même pour les plus perturbateurs) ;
  • La fierté qu’ils ont eu à concevoir leurs affiches.

Au cours de cet atelier, les élèves ont aussi créé des panneaux avec 10 règles d’or à respecter, distribuées à chaque professeur pour leur salle de classe mais aussi affichées en salle d’étude.

Dans un dernier temps, j’ai créé un jeu de l’oie sur la citoyenneté, ce qui a permis de diversifier l’activité tout en conservant les mêmes objectifs.

Vous prenez en charge individuellement les élèves qui sont l’objet d’une mesure d’exclusion-inclusion. Considérez-vous que cette démarche soit plus efficace qu’une exclusion temporaire effectuée au domicile de l’élève ? Pourquoi ?

Je pense en effet que la mesure d’exclusion-inclusion est une démarche plus efficace qu’une exclusion temporaire à domicile, qui est plus vue comme une journée de congé pour les élèves.

L’exclusion-inclusion est une sanction qui fait réfléchir les élèves car ils sont encadrés par un adulte toute la journée et travaillent sur l’erreur qu’ils ont commise. Parallèlement, cela me permet de travailler plus efficacement et de faire comprendre plus facilement aux élèves leurs torts afin de trouver avec eux une solution pour améliorer leur comportement. Au-delà de la punition, cette journée est surtout l’occasion de les écouter et dialoguer avec chacun d’eux.

Impliquée dans l’établissement, vous siégez dans plusieurs instances de concertation. Lesquelles ? Quel intérêt y voyez-vous ?

Je participe à la commission hygiène et sécurité en mettant à jour le PPMS (Plan Particulier de Mise en Sûreté) et le document unique du collège. La participation à ces réunions est en lien direct avec les études que je poursuis actuellement.

Je participe également aux commissions de suivi, ce qui est intéressant pour moi car je peux donner mon avis sur les élèves que je prends en charge et parfois apporter des informations utiles.

Je suis associé aux travaux du CESC (Comité d’Éducation à la Santé et à la Citoyenneté) pour parler de mes projets avec des partenaires extérieurs (pompiers, associations etc.)

À plusieurs reprises, vous avez participé ou vous avez organisé des sorties à l’extérieur de l’établissement. Avez-vous perçu, dans ce contexte particulier, des évolutions positives dans le comportement des élèves ?

Participer à des sorties extérieures avec les élèves est très intéressant car nous nous retrouvons dans un autre contexte que l’établissement proprement dit. Cette démarche permet d’avoir un autre contact avec eux, et de renforcer le dialogue et la confiance. Ainsi nous avons un autre regard sur les élèves et réciproquement. Ces sorties ont toujours été positives pour moi car c’est à cette occasion que j’applique ce que je leur apprends sur le comportement responsable et autonome. Je leur explique qu’ils doivent se montrer exemplaires et me prouver qu’ils en sont capables, les élèves apprécient que je leur accorde ma confiance.

Vous avez lancé à la rentrée un nouveau projet en partenariat avec les sapeurs-pompiers. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Nous avons décidé cette année de mettre en place un projet intitulé « les cadets de la république ».

L’intérêt principal est de faire connaître aux élèves les différentes formes d’engagement citoyen au sein de la sécurité civile et l’esprit d’entraide, de solidarité et de dévouement. Le principe est de donner envie aux élèves, l’envie et la motivation de s’investir et d’acquérir des compétences relatives à la sécurité civile à travers une formation. Cette formation sert à intégrer des valeurs citoyennes partagées par les sapeurs pompiers, notamment la tolérance, la loyauté, le vivre-ensemble, et le goût de l’effort.

Ce projet citoyen se présente pour l’élève volontaire comme une option et implique un engagement sur l’ensemble de l’année scolaire

Quelles répercussions concrètes les mesures gouvernementales annoncées à la rentrée ont-elles eu sur votre travail ?

Suite à la note de service interministériel, l’accès au collège est davantage contrôlé depuis cette rentrée. Des horaires d’ouverture de portail ont été mis en place afin de surveiller plus efficacement les entrées et sorties du collège. Cette mesure est essentielle mais demande du temps (en moyenne 10 min chaque heure) et entraîne une nouvelle organisation pour un personnel de vie scolaire en nombre limité.

Avec les nouvelles mesures d’urgence en cas d’attentat, j’ai contribué à l’organisation d’un exercice d’évacuation.

En conclusion, je dirais que mon activité professionnelle requiert une rigueur certaine, est parfois chronophage mais s’avère passionnant et utile à la communauté scolaire.

Laëtitia Marteaux

Dispositif pour élèves poly-exclus, Sofien CPE, témoigne

Depuis quand ce dispositif existe-t-il et quels ont été les motifs de sa création ?

Le dispositif d’accompagnement des élèves poly-exclus (initialement nommé dispositif double-exclus) a été créé à la rentrée 2014. Le constat durant l’année scolaire 2013/2014 du nombre élevé de multi exclusions sur le département de l’Isère a été à l’origine de la création de ce dispositif.

Quelles sont les principales modalités de fonctionnement du dispositif ?

Nous accueillons principalement des élèves soumis à l’obligation scolaire (une trentaine par an) qui ont fait l’objet d’au moins deux exclusions définitives d’un EPLE durant leur scolarité dans le 2nd degré. Il peut s’agir d’un élève en voie générale comme d’un élève bénéficiant d’une prise en charge adaptée (SEGPA*, ITEP*). Mon intervention repose sur des rencontres hebdomadaires avec les élèves, leurs familles, ou les membres de la communauté éducative. Elle se déroule en deux temps : une première phase vise à faciliter au maximum l’intégration de l’élève dans son établissement d’affectation, et une seconde a pour objectifs de donner (ou redonner) un sens à sa scolarité et d’éviter ainsi son décrochage. Les moyens mis en œuvre pour atteindre ces objectifs sont adaptés à chacun et définis avec son accord. Pour les élèves de 4ème ou 3ème, la construction du parcours d’orientation fait partie des priorités.

Quelles sont les compétences liées au métier de CPE qui vous sont utiles dans l’exercice de cette mission ?

La première compétence, la plus importante à mes yeux, est l’empathie qui me permet de créer un lien fort, une véritable relation de confiance entre l’élève, sa famille et l’école. Ensuite, au quotidien dans l’exercice de cette fonction, je suis amené à transférer des compétences organisationnelles, d’écoute, de médiation, de conduite d’entretiens, de communication et d’adaptation à un public hétérogène. La formation suivie en psychologie de l’adolescent est d’une aide précieuse dans la gestion de situations parfois très lourdes. De même , je me sens plus efficace lorsque je fais faire preuve de beaucoup de diplomatie auprès de certaines équipes d’établissement accueillant les élèves.

Quels sont les personnels de l’éducation nationale et les partenaires extérieurs avec lesquels vous travaillez le plus ?

Je suis en relation permanente avec les équipes des établissements scolaires (chef d’établissement, CPE, Enseignants, COP*, AS*…), le DAASEN* de l’Isère qui pilote activement le dispositif, les services de la DEL*, le service social de la DSDEN* et les dispositifs relais. En parallèle, en fonction des situations, je m’efforce de collaborer et de maintenir un partenariat avec les services de l’ASE*/CODASE*, l’UEAJ* (Unité Éducative d’Activité de Jour de la PJJ*) et bien évidemment les familles.

Quel bilan provisoire faites-vous de ce dispositif ? Voyez-vous des points d’amélioration qui permettraient de faire avancer les choses ?

Après ces deux années de fonctionnement, le dispositif aura permis à plusieurs élèves de se réconcilier avec l’École. En construisant un parcours d’orientation choisi, ils se sont fixés des objectifs simples à atteindre. Bien sûr, il n’y a pas 100% de réussite chaque année car certaines situations d’élèves nous échappent. Toutefois, globalement et rétrospectivement, je m’aperçois que le regard sur l’exclusion commence à évoluer petit à petit. S’agissant d’un dispositif créé à titre expérimental sur le département de l’Isère, il me semble important et légitime qu’il puisse être un jour pérennisé localement puis généralisé aux autres académies.

À titre personnel, diriez-vous que cette mission vous conforte dans votre projet de devenir CPE ? Quels sont vos souhaits, vos aspirations ?

CPE contractuel depuis maintenant 6 ans, cette mission significative a réellement conforté mon envie d’exercer le métier de CPE grâce aux responsabilités assumées et aux différentes compétences nouvellement acquises et approfondies. J’espère avoir la possibilité en 2017 de passer le cap de l’admission au concours de CPE et ainsi me sentir « légitime » dans l’exercice d’un métier qui me passionne.

Sofien Rahmani

*Glossaire :
SEGPA (Section d’Enseignement Générale et Professionnelle Adaptée)
ITEP (Institut Thérapeutique Éducatif et Pédagogique)
DAASEN (Directeur Académique Adjoint des Services de l’Éducation Nationale)
COP (Conseiller d’Orientation Psychologue)
AS (Assistante Sociale)
DEL (Division des Élèves)
DSDEN (Direction des Services Départementaux de l’Éducation Nationale)
ASE (Aide Sociale à l’Enfance)
CODASE (Comité Dauphinois d’Action Socio-Éducative)
UEAJ (Unité Éducative d’Activités de Jour)
PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse)

 

 

Colloque « Numérique, le métier augmenté »

La révolution numérique implique un changement de paradigme dans le monde du travail en général, du travail enseignant en particulier. Loin de se résumer à l’usage d’outils numériques, elle marque l’arrivée de méthodes de conception, de production, de collaboration qui bousculent les fonctionnements établis. Elle enthousiasme tout autant qu’elle inquiète.

De très nombreux travaux ont déjà été consacrés aux apports du numérique en pédagogie et à l’utilisation d’outils numériques dans la classe. De même, les modifications profondes qu’apporte le numérique dans l’accès aux savoirs et par voie de conséquence la remise en cause du rôle de l’enseignant comme « détenteur des savoirs » au profit d’un rôle de « médiateur des savoirs» sont des entrées déjà bien connues.

Dans ce colloque, nous souhaitons plutôt interroger l’impact de la transformation numérique sur d’autres dimensions du métier d’enseignant et de son exercice comme la formation initiale, la formation continue et le développement professionnel, les relations avec les parents, les relations avec la hiérarchie, la préparation de la classe, etc… Nous souhaitons explorer en quoi le numérique peut faciliter et enrichir l’exercice de notre métier mais aussi prendre la mesure des risques que peut entraîner un développement qui serait mal pensé et mal accompagné.

Dans son rapport intitulé « Transformation Numérique et vie au travail » remis en septembre 2015 à la ministre du travail, Bruno Mettling voit la transformation numérique comme « d’abord une chance, une opportunité pour permettre la mise en place progressive de nouvelles organisations du travail plus transversales, plus souples, de nouveaux modes de fonctionnement plus collaboratifs et plus coopératifs ». L’enjeu pour l’éducation, les enseignants et leurs organisations syndicales est de bien anticiper les changements pour se saisir des chances qu’ils offrent mais aussi en réduire les risques. Car pour nous, le développement du numérique doit se traduire par une amélioration de la qualité de vie au travail.

Rendez-vous le 25 mai à Paris pour ce colloque ouvert à tous, inscrivez-vous sur le site du SE-Unsa.

En attendant vous pouvez lire ici de nombreux témoignages de collègues qui se racontent dans leur rapport au numérique, ils seront mis en ligne progressivement jusqu’au colloque.

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Comment les ENT font évoluer le métier d’enseignant

Dans le cadre du colloque #ProfÉtik, organisé le 25 mai 2016, nous avons interrogé Philippe Cottier, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’université de Nantes, qui dirige un ouvrage sur « le lycée en régime numérique ». L’universitaire présente de manière complète, à partir d’une étude menée dans l’académie de Nantes, ce que les ENT font au lycée et à leurs enseignants.

Le lycée en régime numérique.Usages et compositions des acteurs, coordonné par Philippe Cottier et François Burban, à paraître (juin 2016) aux éditions Octares

Les ENT se développent dans les collèges et lycées avec une politique volontariste, menée par différents acteurs. Ce développement des ENT conduit-il à des changements réels sur les pratiques numériques des enseignants ?

Oui et non. En fait, ce ne sont pas seulement les ENT qui transforment les manières de faire. Les moyens qu’ils nécessitent et la manière très descendante selon laquelle ils ont été imposés les rendent sans doute très emblématiques mais cela ne doit pas masquer le développement généralisé de technologies numériques qui imprègnent toutes les sphères de notre société : réseaux, contenus, logiciels, plateformes, supports, terminaux, etc. Elles accompagnent des transformations profondes de nos sociétés contemporaines et l’enseignement n’échappe bien évidemment pas à ce mouvement de fond. Continue reading

3 questions à Franck, CPE

1. Quels sont les avantages et les limites de l’utilisation du numérique dans l’exercice du métier de CPE ?

Les avantages sont de pouvoir communiquer de façon propre et “moderne”. La maitrise des outils permet de réaliser des présentations, des documents, des médias, des vidéos… de qualité.

Les différentes applications créent un lien plus étroit avec les familles. Celles-ci sont informées en temps réel des évènements de la vie scolaire, des notes et elles sont beaucoup plus facilement joignables par un email… Bref la coéducation s’en trouve facilitée, mais bien sûr tout dépend du rapport à l’école de la famille. En effet, ces modes de communication favorisent la réaction à chaud, une implication qui peut parfois être ressentie comme une intrusion.

Le CPE améliore sa connaissance de la globalité de l’élève en particulier au niveau pédagogique. Lors d’un entretien,  il dispose en quelques secondes d’un bilan Vie scolaire, d’un accès aux bulletins trimestriels, d’une vue sur le cahier de texte… etc.

Les limites : tout d’abord les compétences face à l’outil informatique et l’utilisation des différentes applications. Ce sont des limites qui ne devraient plus exister mais… la formation est largement déficitaire. Les nouveaux outils peuvent être vecteurs de dérives :

– le téléphone portable sert de plus en plus « à tout » (téléphone, appareil photo, appareil sonore, enregistreur, calculatrice, montre…)

– les applications ou les  réseaux sociaux sont souvent utilisés de façon inappropriée et peuvent être source de phénomènes de harcèlement, d’agressivité, d’insultes. Ils induisent une distance par rapport à l’acte, une « virtualisation » de l’acte qui pose le problème de la prise de conscience, de la réaction, de l’insécurité permanente et il est difficile pour le CPE d’intervenir dans ce monde qu’il ne connait pas, qu’il ne vit pas.

Juste pour le citer, la non constance des décisions politiques (ex : les tablettes dans le Jura) ne sont pas pour faciliter l’entrée de l’école dans le numérique.

2. L’environnement numérique de travail a-t-il changé le métier de CPE ?

Je ne suis pas sûr qu’il ait changé le métier de CPE . Il en change les modes opératoires mais ce n’est pas l’environnement numérique qui modifie le cœur du métier à savoir la relation humaine. Notre métier est un métier de communication. Certes les outils changent les habitudes, rendent certains comportements paradoxalement plus visibles (le harcèlement moral par exemple), peuvent distancier la relation aux familles. Cependant, il y a un moment où la rencontre physique s’impose, car le métier de CPE a besoin de moments solennels et réels, de moments passés ensemble, en groupe.

L’utilisation de la messagerie pour communiquer permet de multiplier les échanges, de différer sa prise en charge et ainsi d’être peut-être moins soumis à l’urgence. En revanche, étant au cœur de l’établissement, le CPE se voit littéralement envahir de messages de toutes sortes et d’une utilité quelquefois bien relative. Là non plus rien ne change, le CPE a toujours dû prioriser son action.

3. La fonction de référent numérique dans ton établissement t’a-t-elle permis de développer de nouvelles compétences professionnelles ?

Oui et non. La fonction de Référent Numérique, et plus largement la gestion du numérique, est un travail à part entière. La non prise en compte de cette nécessité explique aussi la lente mise en place du numérique au sein de nos établissements. Il suffit d’observer, après le départ d’un personnel, la difficile continuité de l’utilisation complète d’un logiciel comme Pronote (et je n’ose même pas parler d’Énoé, Siècle notes et Absences beaucoup moins faciles d’accès) ou l’actualisation du site de l’établissement. Il n’est pas exceptionnel de constater, sur certains sites, des actualités datant de plusieurs années. Le Référent Numérique est censé être centré sur le pédagogique. Mais qui s’occupe de la gestion administrative des logiciels utilisés, de la communication externe, ce n’est pas le rôle de l’AMI, donc de qui ? Du chef d’établissement ou de son adjoint ? Encore faut-il qu’il en ait les compétences et l’envie.

Les collègues sont souvent volontaires pour découvrir, conscients du manque de connaissances qu’ils ont, du fossé qui les séparent de leurs élèves. Mais qui pour les former, pour effectuer la veille numérique demandée ? et quand ? Le temps passé par le Référent Numérique à se former tout seul peut déjà largement remplir le montant de l’IMP voté en CA. La bonne volonté, oui bien sûr, on s’adresse à des « passionnés »…

Oui j’ai développé de nouvelles compétences mais loin de ce que j’aurais souhaité. En même temps ce n’est pas un métier, c’est une fonction. Les tâches quotidiennes du métier de CPE me prennent largement « tout mon temps »… mais les candidats ne se bousculent pas pour reprendre la mission de Référent Numérique.
 

Franck Lecoultre

 

4 questions à Marie-Paule, conseillère pédagogique

Quels sont les avantages de l’utilisation du numérique pour l’exercice de ton métier ?

Le numérique constitue une grande part de mon quotidien professionnel. Il est devenu incontournable. Il permet une grande souplesse, de différer et s’articule autour de trois axes :

Les échanges professionnels : Ainsi, en arrivant au travail, le matin, mon premier geste est d’ouvrir ma messagerie et de consulter mes mails. En effet, quasi 100% des échanges avec les collègues enseignants dans les écoles se font par mail. De même, le mail est devenu vecteur principal d’échanges avec des partenaires extra-scolaires ou  administratifs. L’usage du téléphone est quant à lui, marginal. De plus, l’usage de Viaeduc devient par la constitution de groupes avec thématiques un puissant moyen de communication, d’échanges de données en lien avec la nature des thématiques choisies par les groupes.

Mais paradoxalement, alors que les échanges sont grandement facilités, ils sont plus « invasifs » et parfois très débordants sur la vie personnelle. En effet, le réflexe est grand de solliciter un interlocuteur avant parfois d’essayer de trouver une réponse tant l’instantanéité des exigences de réponse devient prégnante.

La formation : Les temps de formation en présentiel (que ce soit des animations pédagogiques traditionnelles ou dans les présentiels s’inscrivant dans les temps de formation hybride) se font toujours via un support numérique (Powerpoint support, présentation de sites, de ressources didactiques, d’outils numériques permettant des pratiques renouvelées…)

Concernant les formations hybrides notamment M@gistère, elles sont sans doute encore perfectibles eu égard aux attentes des enseignants qui peu à peu s’emparent de l’outil mais au-delà du strict usage du numérique dans ce cadre, c’est plutôt toute la question de la formation (et de sa personnalisation) qui se pose et mérite d’être nouvellement interrogée.


Quelles en sont les limites ?

Toutefois, trop d’échanges tuent l’échange et il est important de cibler et synthétiser les contenus, afin de ne pas noyer mutuellement nos boîtes sous un flux de messages dont les contenus peuvent parfois être regroupés en un seul message. Mais, la demande de réponses rapides voire instantanées (cf ci-dessus) passe souvent avant l’efficacité. Une circonscription est le hub où convergent toutes les demandes et le conseiller pédagogique de circonscription est un interlocuteur privilégié qui reçoit un très grand nombre de courriels chaque jour. De plus, la qualité des ressources « libres d’accès » sur Internet et de fait le tri à réaliser nécessite aussi des formations à « la vigilance ». Enfin, comme dit précédemment, les activités liées au numérique deviennent vite chronophage et nécessitent d’être attentif….

En dehors de l’utilisation du numérique avec les élèves, quelles autres utilisations en fais-tu ?

La consultation des ressources institutionnelles et actualisées de manière régulière, les mises en réseau avec d’autres personnels (réseaux) évoluant dans les mêmes sphères ou non (extension à d’autres domaines de l’Education Nationale), l’inscription à des Moocs…

 
Pourrais-tu professionnellement  te passer des outils numériques ? Qu’est ce qui te manquerait le plus pour travailler ?

Il me serait impossible de me passer des outils numériques dans mon quotidien professionnel, tant le numérique est une révolution au même titre que l’imprimerie et la découverte de l’écriture… Toutefois, son évolution constante requiert pour un usage optimisé une adaptation et une formation permanentes et sans cesse actualisées…

Marie-Paule LAPAQUETTE
Conseillère pédagogique
Limoges

Une année scolaire rochefortaise au rythme des sports enchainés !

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De septembre 2015 à septembre 2016, la communauté éducative met le sport à l’honneur. Parallèlement aux grandes manifestations qui jalonneront la période (Euro de basket, Coupe du monde de Rugby, Euro de football, Jeux olympiques), le ministère de l’Éducation nationale, les fédérations de sport scolaire et les grandes fédérations sportives, se mobilisent pour promouvoir la pratique sportive chez les jeunes, faciliter l’accès à la pratique sportive au plus grand nombre et mobiliser les éducateurs autour des valeurs sportives.

Dans le sillage des valeurs éthiques symbolisées par le voyage de l’Hermione, un projet labellisé année du sport à l’école et intitulés « Des sports enchainés au triathlon , échanges partenarials , et mixité scolaire » aura pour vocation d’insuffler une nouvelle dynamique sportive scolaire à Rochefort-sur-mer (Charente-Maritime).

Pourquoi un projet sportif scolaire articulé autour du triathlon ?

Le triathlon est un sport paradoxal : extrêmement jeune dans sa forme codifiée actuelle, (naissance de la fédération française en 1989), il repose sur au moins une pratique ancestrale : la course à pied. La Charente-Maritime n’est pas étrangère à son histoire.

Pratique populaire et de loisir au départ, la littérature journalistique française mentionne, en 1902, une compétition surnommée « les Trois Sports » enchaînant dans la continuité la course à pied, la bicyclette et le canotage, avec pour décor les renommées guinguettes de Nogent-sur-Marne et Joinville-le-Pont.

En 1934, une course dite « des Trois Sports » a lieu à la Rochelle. Il s’agit de traverser le chenal à la nage soit environ 200 mètres, de parcourir 10 kilomètres à bicyclette, du port de la Rochelle au parc de Laleu, et enfin de parcourir trois tours de piste, soit 1.200 mètres au stade André Barbeau.

Pendant, près de quarante ans, les sports enchainés retombent dans l’oubli… et c’est de l’autre côté de l’atlantique, aux États-Unis, qu’ils réapparaissent, dans les années 70 à 80. Ils se codifient alors dans leur organisation actuelle (enchainement nage, vélo, course à pied, sur des distances variables mais précises, sous l’appellation de « triathlon ».

Un des premiers triathlons est organisé dans les années 80 à Rochefort avant même la naissance de la fédération française de triathlon.

Un sport médiatiqement neutre ….

Sport jeune, peu médiatisé, le triathlon est basé sur un enchainement de pratiques sportives éminemment populaires : la nage, la course à pied, le vélo. Néanmoins, cette faible médiatisation présente quelques intérêts pour notre jeune public scolaire :

Nos élèves abordent la pratique des trois disciplines sans à priori affectif, ou émotionnel quant au respect des règles, ou à la réalisation d’une performance. (Ce qui n’est malheureusement plus le cas pour d’autres sports extrêmement médiatisés (ex : Le football véhicule malgré lui, un ensemble de comportements vis à vis du respect des règles plutôt tendancieux, et également une charge émotionnelle importante par rapport à la victoire ou à la défaite).

Des apprentissages techniques basiques… pour éviter des blessures ! Mens sane in corpore sano !

L’ancrage de la course à pied dans l’histoire de l’humanité s’avère être un paramètre intéressant à aborder en classe. Il apporte un éclairage scientifique, et une finalité à l’apprentissage purement sportif.

Les hommes ont des capacités naturelles de course en endurance, certes méconnues par beaucoup, mais très au-dessus des animaux (mis à part le cheval). Certains paléontologues prétendent même que l’homme se serait plutôt redressé pour courir, que pour marcher… (les hommes préhistoriques, vivant dans la savane africaine, avaient des techniques de chasse à l’ antilope basées sur l’endurance : ils étaient capables de courir moins vite, mais bien plus longtemps qu’elles… sans être épuisés).

Encore aujourd’hui, certains peuples mexicains vivant sur les hauts plateaux (les Tarahumaras) sont capables de couvrir des distances de plusieurs dizaines de kilomètres, sans fatigue, pour aller commercer avec un village voisin, et ce, grâce à un apprentissage technique de la course à pied très précoce.

Si nous sommes nés pour courir, cependant, beaucoup d’entre nous, en ont perdu l’habitude, ou du moins la technique: l’expansion de la pratique du jogging occasionel et en corolaire, le nombre croissant de blessures affectant ces pratiquants néophytes sont là pour nous le rappeler.

Un sport de pleine nature respectueux de l’environnement… avec une réglementation explicite !

Le triathlon présente également l’avantage d’insérer sa pratique dans des milieux naturels locaux, et donc insiste naturellement sur l’aspect sécuritaire, et prône un respect très stricte des lieux fréquentés.

Sa réglementation, qui laisse peu de place à l’interprétation, favorise également un arbitrage autonome de la part des élèves.

Du développement d’un réseau partenarial à la mixité des pratiques sportives ….

Développer le savoir nager, savoir courir, savoir rouler, nécessite bien évidemment des connaissances techniques, un matériel et des espaces qui sont parfois difficilement mobilisables au sein d’une école.

S’appuyer sur des compétences locales extérieures à l’école, et en faire comprendre les raisons aux élèves, engendre naturellement l’apprentissage de compétences coopératives nécessaires à tout collectif.

La valorisation de ces compétences dans le contexte sportif local donnera du sens, et de l’interêt aux apprentissages dans le domaine de l’éducation physique à l’école.

Développer le réseau partenarial, c’est aussi promouvoir la « tour de Babel » sportive. Quelque soit mon lieu d’habitation, quelque soit mon origine, le sport scolaire, fédéral, ou municipal m’offrira alors la pluralité des pratiques. Cette mixité sportive sera alors certainement le terreau d’une mixité tout court.

Le triathlon permet également une pratique très paritaire, puisque les compétitions sont ouvertes aux filles et aux garçons.

Quel contenu dans le projet ?

Le projet repose donc sur cinq axes forts:

  • Permettre un apprentissage sécuritaire, technique des disciplines sportives basiques que sont : la course à pied, la nage, le cyclisme.

  • Développer la mixité dans la pratique sportive au sein de la ville de Rochefort, et du pays rochefortais

  • Développer un réseau partenarial local (Club de triathlon rochefortais, Fédération Française de triathlon, service jeunesse de la ville de Rochefort, service des sports, Éducation Nationale, ESPÉ La Rochelle) afin d’optimiser les apprentissages.

  • Associer le plus possible les élèves à l’organisation des différentes manifestations afin de développer des pratiques citoyennes

  • Valoriser les atouts du pays Rochefortais en termes de situation géographique, d’appuis culturels et historiques.

Le club de Rochefort Triathlon, en partenariat avec le service des sports de Rochefort, le service jeunesse, et l’Éducation nationale propose ainsi des stages gratuits de découverte du triathlon aux enfants du pays rochefortais. Ils ont également pour vocation de faciliter l’accès des enfants issus des quartiers ciblés par la politique de la ville, à la pratique « technicoludique » enchainée de la course à pied, du vélo, et de la nage. Ces stages se déroulent le samedi après-midi, ou pendant les vacances, et ont pour but d’amener les enfants à une pratique en milieu naturel.

Le club de Rochefort triathlon, avec le même réseau partenarial, propose également plusieurs épreuves dans le cadre d’un week-end (le 16 et 17 septembre 2016) dédié aux sports enchainés.

La circonscription de Rochefort en partenariat avec le service jeunesse de la mairie, et le club de Rochefort triathlon propose la mise en place d’un module d’apprentissage du triathlon dans des classes de CM2 volontaires, avec toujours le même souci de mixité au niveau du public scolaire ciblé. Ces séances auparavant contruites au sein d’un groupe de travail partenarial (Éducation nationale, ESPÉ, fédération, service des sport municipal) se dérouleront en co-intervention, avec une aide logistique et technique du service des sports rochefortais. Elles permettront également de finaliser l’apprentissage des compétences relatives à l’APER et au savoir nager en fin de cyle 3.

Ce module permettra à chaque élève de cibler de manière la plus fine possible, le temps qu’il mettra pour effectuer 50 mètres de natation, 2 km 100 à vélo, et 1 km en course à pied, transitions comprises. Chaque élève sera donc évalué sur une performance, mais également sur la gestion de son effort, afin de respecter le contrat annoncé.

Au final, cette unité d’apprentissage débouchera sur un triathlon scolaire par équipe organisé au mois de juin par le réseau partenrial dans l’enceinte de la piscine municipale de Rochefort.

Un challenge par équipe sera également proposé aux élèves du pays Rochefortais, au mois de septembre, dans les jardins de la Corderie Royale, en partenariat avec l’association « Hermione »

L’épreuve scolaire sera organisée sous forme d’un rallye contractualisé, mais non chronométré.

Tout au long du projet, un partenariat avec le journal Sud Ouest permettra à un groupe d’élèves volontaires de CM2 de l’école Libération d’assurer la couverture médiatique du projet, avec pour fil rouge cette devise :

« un esprit sain dans un corps sain »

Jean-Christophe BOUHIER
IPEMF école Libération ROCHEFORT