Une fin de carrière difficile… le témoignage de Jacqueline prof d’EPS

1/ Tu approches de ta retraite, quel regard portes-tu sur ta carrière d’enseignant d’EPS ?

Je suis heureuse d’arriver au terme d’un métier qui m’a passionné, pendant une grande partie de ma vie active. L’exercice de cette profession a répondu à mes attentes et procuré beaucoup de joie, de complicité avec les élèves durant les ¾ de ma carrière. Je n’étais alors  pas totalement soumise à des contraintes de programmes et disposais d’une certaine latitude d’action permettant des adaptations. J’ai pu alors faire passer des valeurs autres que la performance et l’évaluation en bâtissant de grands projets interdisciplinaires qui permettaient une vraie vie collective dans les établissements.

Les dernières années j’ai souffert de ce manque d’humanisme. Les programmations, pas claires, les exigences, les instructions, les contraintes administratives, les innombrables évaluations,… qui sclérosent et bloquent tous projets faute de temps : chaque instant est compté pour finir les programmes et clôturer les examens en temps et en heure. Le métier d’enseignant est de plus en plus stressant et ce manque de sérénité rejaillit sur les élèves alors qu’il faudrait les apaiser

 

2/ En EPS, as-tu rencontré des difficultés pour animer tes cours en cette fin de carrière ?

Oui, la fin de carrière a été très difficile tant physiquement que moralement et me laisse un goût amer.

Physiquement, car après de multiples accidents, et opérations qui se sont soldés par un statut de travailleur handicapé, je n’ai eu aucune aide si ce n’est l’attribution d’un temps partiel (pas de poste adapté), qui s’est traduit par l’aggravation de mon état de santé et qui m’a pénalisé sur le salaire pour ma retraite (double peine).

Moralement, car ayant vécu un début de carrière où la solidarité, l’esprit d’équipe, le respect prédominaient, je n’ai pas supporté l’individualisme grandissant de la génération des jeunes collègues. Ce qui n’est pas entièrement de leur faute car ils n’ont pas connu les années promo STAPS et CREPS qui nous soudaient en créant des liens forts de solidarité. Nous sommes également touchés par le contexte de rentabilité, de course « au fric », à l’arrivisme, à la concurrence qui engendrent des relations difficiles. Sans omettre le manque de formation pédagogique qui a transformé les PEPS en « ingénieurs des activités physiques ».

Les élèves, voire les parents qui n’ont plus de respect pour l’enseignant et qui contournent sans cesse les consignes de vie en collectivité, de sécurité, devenant des « consommateurs » exigeants et procéduriers.

 

3/Que regrettes-tu de ta carrière ?

-Cette formation disparue qui nous soudait et faisait d’un corps une vraie famille de pédagogues.

-Le manque de considération et de moyens pour faire appliquer la discipline.

-Les programmes trop sclérosants, qui ne donnent pas le temps de travailler sur des valeurs autres que « la performance à l’évaluation »,

-la note qui n’est plus libre puisque souvent modifiée lors des commissions d’harmonisation et qui n’accorde pas assez d’importance à l’effort, au travail, à l’investissement et aux progrès de l’élève.

-Les projets de moins en moins possibles (vu la lourdeur des programmes) qui permettaient de souder les équipes éducatives et les rendaient plus crédibles et plus fortes vis-à-vis des élèves, mais aussi des parents.

-Le manque de protection et de soutien de notre hiérarchie en cas de difficultés avec les élèves ou les parents, et ceux-ci savent trouver les failles

le fait de n’avoir pas pu intégrer le corps des certifiés qui aurait été la véritable reconnaissance de notre statut d’enseignant.

 

4/Peux-tu citer 2 exemples marquants de ta carrière ?

-les voyages organisés au Maroc avec des élèves de 5ème, qui pour beaucoup ne connaissaient que leur environnement proche, qui ont permis de découvrir une civilisation différente, des enfants plus démunis qu’eux mais qui avaient la soif d’apprendre pour sortir de leurs conditions précaires. L’innovation que nous leur avons apportée avec nos pratiques en EPS, notamment en ce qui concerne les filles.

– des spectacles organisés par l’EPS durant plus de 20 ans (pour alimenter les caisses de l’AS), comédie musicales écrites pas les élèves en français, des spectacles à thèmes, travaillés en EPS durant toute l’année pendant et en dehors de cours d’EPS, avec le concours les profs d’art plastique, techno, éducation musicale etc…. pour les décors et organisation. Ce genre de projet ne s’est plus fait en raison des nouveaux programmes « bouffeur » de temps (dans toutes les disciplines). Cela  m’a permis notamment de garder contact avec des élèves qui gardent des souvenirs impérissables de ces moments qui ont créé une dynamique, un esprit de travail collectif, permis l’imagination, la  création, l’intégration de tous, et soudé ces élèves qui, après avoir fondé leurs  familles, continuent de  rester en contact entre eux, sont heureux de se souvenir de ces années collèges et fiers de montrer à leur descendance ce qu’ils ont réalisé grâce aux vidéos réalisées..

 Jacqueline Vacherat

 

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