Témoignage : bouger c’est pas si simple…

 

Marie-Annick, enseignante, a décidé de changer de métier mais veut rester au contact des élèves. Malgré sa riche expérience et les compétences acquises, elle doit recommencer tout à zéro. Aucune reconnaissance, aucune passerelle possible. Au travers de ce témoignage, notre collègue nous montre toutes les incohérences du système.

Pourquoi as-tu quitté ton métier d’enseignante ? Quels ont été les facteurs déclenchants ?

Enseignante d’Eps depuis 30 ans, j’étais fatiguée physiquement. Les cours dans le froid, dans le bruit, les démonstrations, je n’en pouvais plus. J’avais sans cesse des douleurs articulaires, à tous les niveaux, et je me suis même une fois bloquée en pleine démonstration. Il a fallu gérer, sans que les élèves ne voient vraiment le problème, et terminer le cours correctement. Cet élément a été déterminant. Il fallait que je trouve une sortie qui me permette de travailler encore pendant plusieurs années. Il me restait au minimum 12 ans à faire. Une chose cependant était sûre : je voulais garder le contact avec les élèves.

T’es-tu sentie soutenue dans tes démarches, dans ton parcours ?

J’ai commencé à étudier les différentes possibilités qui s’offraient à moi pour une éventuelle reconversion, sans trop vouloir en parler, dans un premier temps, hormis chez moi. J’étais totalement soutenue par mon conjoint, qui voyait dans quel état physique je rentrais le soir. Il m’a confortée dans ma démarche. J’ai ensuite pris contact avec la Drh du rectorat, qui m’a confortée dans le choix que j’avais en partie fait, à savoir essayer d’intégrer le corps des Cpe. Elle m’a conseillée de rencontrer l’Ia-Ipr Vie scolaire. Ce dernier a été d’une très grande écoute et d’une très grande compréhension. Il m’a encouragée tout au long de cette démarche, me conseillant de faire une année de «faisant-fonction» pour connaître réellement le métier de Cpe afin d’être certaine de vouloir l’intégrer par la voie du détachement. C’est seulement à partir de ce moment que j’en ai parlé à mon chef d’établissement, qui s’est montré lui aussi compréhensif.

Au cours de la 2e année de faisant-fonction, j’ai fait une demande de détachement, qui a été refusée. Je n’ai pas de licence puisque j’ai suivi la formation en Creps. À partir de ce moment c’est une fin de non recevoir, je dois valider une licence par la Vae, qui reste à mon entière charge, sinon c’est retour à la case départ. Seul l’Ia-Ipr Vie Scolaire me soutient en m’accordant une nouvelle année de faisant-fonction, avec l’espoir de voir aboutir mon dossier.

À ton avis, comment les dispositifs de gestion personnalisée des compétences pourraient être améliorés ?

Tout d’abord je pense que la question de temporalité est fondamentale dans la prise en charge individuelle de la personne. Or, trop souvent le temps de bilan, de «défrichage» (si je peux me permettre) est beaucoup trop court. En effet, dans mon cas, dès le départ on pouvait savoir que je n’avais pas de licence et en tenir compte pour le conseil. Il faut donc prendre le temps, pour chaque demande, d’aller au fond du dossier. Il faut dissocier le traitement administratif de la demande de la per­sonne. En fait, c’est comme s’il n’existait qu’une même et seule réponse pour toutes les personnes. Or, chacun a sa propre histoire professionnelle et a développé au cours de celle-ci des compétences. Notre système est complètement sourd à ces notions. Pourquoi parler de compétences, alors que, même reconnues, elles ne suffisent pas ? Seul un diplôme permet la réorientation. À l’heure où l’âge de départ à la retraire recule, ne peut-on pas se poser la question d’équivalence, de passerelles, pour des collègues ayant de nombreuses années d’expérience professionnelle ? Par ailleurs, la question du finance­ment est aussi une vraie question.

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