Programmes, socle commun, curriculum, quels rapports ?

Ces trois réflexions d’experts des systèmes scolaires éclairent les enjeux liés à la redéfinition des programmes.

1. Les programmes sont-ils nécessaires ?

2. Pourquoi un curriculum ?

3. Des réformes curriculaires mal conçues

 

Les programmes sont-ils nécessaires ?

C’est la mission de l’école et la façon dont elle remplit celle-ci qui sont en cause : doit-elle suivre les évolutions de la société, donner les moyens aux futurs citoyens d’agir sur celles-ci, sauvegarder et transmettre les valeurs patrimoniales, préparer de futurs agents économiques ou de futurs citoyens ? Certains, naïfs ou malhonnêtes, répondent que l’école doit remplir tous ces objectifs à la fois. Or, la sagesse populaire sait depuis longtemps qu’à courir trop de lièvres à la fois, on risque de n’en attraper aucun. En voulant poursuivre un ensemble d’objectifs aussi larges et ambitieux, le système subit une série de critiques justifiées parce que correspondant à des réalités, mais imméritées parce qu’il n’est que l’opérateur de choix politiques et sociétaux.

[…]La question centrale, avant celle des programmes, est celle des missions du système éducatif : à une époque, où l’accès aux savoirs ne relève plus seulement de l’école ou de la famille, la mission principale ne peut plus être de transmettre des connaissances recensées dans des programmes disciplinaires définies par année ou par cycle. Le système français a besoin de programmes, mais sans doute pas tels que les actuels, pour perpétuer la volonté nationale d’équité et d’égalité entre les élèves. De nouveaux programmes devraient considérer la formation dans sa globalité, montrer comment les disciplines participent au projet global, et enfin quels sont les objets permettant d’y parvenir. Dans sa fabrication et sa forme, le socle commun des connaissances et des compétences a ouvert une nouvelle voie dans ce sens : les objectifs généraux ont été fixés par le Parlement ; reste à expliciter l’apport de chaque enseignement et les objets d’enseignement les mieux appropriés pour y parvenir.

Dominique Raulin, Expert en éducation auprès de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF)

http://www.cahiers-pedagogiques.com/Les-programmes-sont-ils-necessaires

Pourquoi un curriculum ?

Ce qui est commun (à différents pays ayant modifié leurs systèmes éducatifs) est une conviction que cette façon de privilégier les questions curriculaires au sein des politiques éducatives peut faire progresser les différents systèmes; et cela en mettant chaque fois l’accent sur les exigences de l’école en termes d’objectifs d’apprentissage, sur une qualité à atteindre dans le paysage global de l’éducation en direction de la qualité de ces apprentissages, et sur le fait que cette éducation de qualité doit être inclusive, au sens où le contraire de cette exigence, à savoir l’exclusion d’élèves par l’échec, doit être absolument banni. Soucieux d’abord des apprentissages des élèves, et non de leur classement, le curriculum est alors sans doute en effet, ce que le Socle Commun ambitionne d’être en France, une entreprise non seulement pour améliorer les apprentissages, mis aussi pour casser, là où elle existe, la machine à fabriquer de l’échec scolaire.

Roger-François Gauthier, Politiques curriculaires, une autre façon de penser l’éducation ? Revue Internationale d’Education, , n°56, avril 2011

Des réformes curriculaires mal conçues

Ce qui menace le plus les réformes scolaires, de manière générale, ce ne sont pas leurs adversaires, d’aussi mauvaise foi soient-ils, c’est leur faiblesse conceptuelle, leur caractère peu négocié et leur précipitation.

L’enjeu est d’aller au fond du problème : l’école remplit-elle sa mission ? Ce qui renvoie à une seconde question : quelle est cette mission, aujourd’hui ? […] Les réformes curriculaires en cours ne questionnent pas la pertinence des savoirs scolaires traditionnellement enseignés. Elles se contentent d’insister sur la nécessité d’apprendre à s’en servir, à les mobiliser dans des situations complexes. Mouvement légitime, mais qui s’arrête au milieu du gué.

Philippe Perrenoud, Quand l’école prétend préparer à la vie. Développer des compétences ou enseigner d’autres savoirs ?, ESF, 2011, p.12

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