Caroline, prof doc en collège, témoignage

Peux-tu rappeler brièvement ton parcours et les caractéristiques de ton établissement ?

Je suis professeur documentaliste depuis 12 ans, je travaille au collège Henri Wallon à la Seyne sur mer depuis septembre 2005. Le collège est situé en zone d’éducation prioritaire, il est classé REP+ depuis septembre 2014, avec le collège Nucéra, pour l’académie de Nice.

Comment organises-tu ton travail auprès des élèves ?

  • Je fais de la formation info-documentaire et de l’Education aux Medias et à l’Information, formation inscrite à l’EDT des 6e, puis planifiée sur les autres niveaux fonction de la politique documentaire de l’établissement, en interdisciplinarité.
  • Je participe à l’aide personnalisée, selon les années, et fonction des projets classes, sur différents niveaux. J’interviens souvent dans ce cadre autour d’actions lecture, qu’elle soit numérique ou papier, ou autour de projets utilisant les réseaux sociaux. Cette année, mon intervention en AP est ciblée auprès des élèves de 6e.
  • Je m’investis dans tous les dispositifs impliquant une transdiscinarité (PIIODMEP, HiDA, Elèves à besoins éducatifs particuliers …)
  • Je participe à beaucoup de projets transdisciplinaires mis en place au sein de l’EPLE, et j’en impulse quelques uns (prix littéraires, défis lecture, marathon presse (piloté par le Canopé de Nice) …

Je travaille bien entendu avec les enseignants du collège, de la SEGPA, le professeur de FLS, et j’essaye de plus en plus, de répondre aussi aux besoins des enseignants de la classe Relais qui est rattachée à l’établissement, ceci pourrait d’ailleurs se concrétiser rapidement par un projet commun.

Donc les classes défilent les unes après les autres au C.D.I, de temps en temps, j’ai même deux classes qui travaillent ensemble ou deux groupes, c’est une fourmilière, où tout le monde se déplace, travaille en groupe, et ces moments-là sont très importants pour moi, et ils sont surtout facteurs d’apprentissages.

On essaye également, avec quelques collègues, de rendre cohérent le parcours culturel de l’élève.

Comme tout professeur documentaliste, en plus de ces formations et de cette implication dans les projets transdisciplinaires et culturels de l’établissement, je veille à accompagner les élèves et répondre à leurs besoins info-documentaires, lorsque je les accueille, sur des heures où ils n’ont pas cours, et pendant les récréations et la pause méridienne. Pour certains, le C.D.I est perçu comme un lieu de refuge, un espace où ils peuvent travailler, seul ou en groupe mais aussi être écoutés.

J’essaye de proposer également un certain nombre d’activités en fonction des semaines éducatives (semaine du goût, fête de la science, Journée des droits des enfants, semaine de la presse, semaine des mathématiques, semaine du développement durable …).

Lorsque je trouve un petit peu de temps, je fais de la gestion documentaire, mais il est vrai que je passe le plus clair de mon temps avec les élèves. La veille, la communication, je la fais le soir, à la maison … Si je regarde mon EDT, je dois faire en moyenne une vingtaine d’heures de séances pédagogiques par semaine (formations et projets confondus), sans compter le temps que je passe auprès des élèves pour faire de la pédagogie différenciée. Mais honnêtement, je suis là pour ça, alors, cela ne me dérange pas ! Si j’avais un peu plus de temps pour préparer mes séances, ce serait génial !

En quoi te sens-tu utile à tes élèves ?

J’ai l’impression d’être utile au quotidien en observant l’épanouissement de mes élèves, en entendant leur satisfaction personnelle à la réussite d’un travail, lorsqu’ils te redemandent de participer à un projet que tu as mené avec eux sur toute l’année, entre autre d’incitation à la lecture, (avec des élèves non lecteurs, dys) mais également en les voyant franchir la porte du C.D.I avec un grand sourire, content de te retrouver, content de savoir que tu es là pour eux, pour les aider, ou du moins les accompagner dans leurs apprentissages.

Utilité encore plus importante lorsque ce sont des élèves non francophones qui arrivent en fin d’année à te faire un livre numérique, fiers de leur résultat ils le sont, mais nous, profs, on est surtout très satisfait des progrès énormes qu’ils ont accomplis toute l’année ! Et vraiment, avec le public avec lequel je travaille, ces satisfactions, je les aie régulièrement … et j’en redemande ! Nous en redemandons, car faire seul c’est difficile, mais en équipe, on est plus fort !

D’après toi, quelles sont les « particularités » du travail de prof doc en REP+ ?

La pédagogie de projet est le leitmotiv des équipes pédagogiques en REP+ … et … le prof doc est au cœur de cette pédagogie de projet … qu’il soit moteur ou simple acteur … Donc on est sollicité à tout moment et de toute part ! En REP+, le CDI est une ruche, un « laboratoire de recherche et d’innovations », pour reprendre l’expression d’un collègue. On expérimente, on se trompe, on apprend des uns des autres, ça butine de toute part, mais c’est ce qui fait que le CDI vit, et que le prof doc veille sur tout ça pour que les élèves apprennent et deviennent les futurs citoyens de demain !

Il faut jongler entre les formations à la culture de l’information, qui occupe une place centrale aussi pour un prof doc en REP+, en mettant l’accent sur les compétences du socle, et tous les projets pédagogiques, les partenariats extérieurs …

Le REP+ permet de dégager du temps pour faciliter la concertation des équipes, notamment pour les projets qui peuvent avoir lieu, ou la réflexion autour de thématiques préalablement définies. Le prof doc est donc au cœur de ces concertations, et se doit, à mon sens, d’y participer. Cependant, elles ont souvent lieu à des moments où le C.D.I est ouvert … et si le prof doc est seul, il ne peut fermer …

Le REP+ permet de renforcer la concertation entre le primaire et le secondaire … et dans ce cadre là, je pense que le professeur documentaliste doit avoir toute sa place … cependant il faut dégager du temps pour que cette liaison soit efficace, accompagner les projets inter-cycles, ouvrir le C.D.I aux écoles du REP+ … ce qui peut se faire avec le primaire, peut également se faire avec le lycée, et là encore, le professeur documentaliste doit être au cœur de cette liaison, mais … il faut du temps … et … assurer en même temps une ouverture du C.D.I à tous les élèves …

Le REP+ met également l’accent sur la relation avec les familles. Là à nouveau, il me semble que le prof doc peut avoir un rôle à jouer, notamment d’accompagnement des parents sur l’utilisation des ressources documentaires de l’établissement, sur l’utilisation des réseaux sociaux et l’identité numérique, l’accueil aussi sur le Centre de Documentation et d’Information pour l’implication et la valorisation des parents dans les projets de classe de leurs enfants.

Avec le REP+, on demande à chaque enseignant d’être tuteur de quelques élèves. Après m’être longuement posée la question, je pense effectivement qu’avec des élèves qui ont l’habitude de venir quotidiennement au C.D.I, on peut arriver à mettre en place un tutorat efficace. Mais là toujours, c’est un temps que l’on ne passe pas avec les autres élèves …

D’après toi, qu’est-ce qui améliorerait sensiblement tes conditions de travail ?

Entre les concertations, le tutorat, l’AP, les séances pédagogiques, les projets, les semaines thématiques, je suis continuellement sollicitée.

J’ai la chance d’avoir une aide, cette année à 80%, aide qui chaque année est sur la sellette. Pour permettre une ouverture convenable du CDI, mettre en place des formations info-documentaires répondant aux objectifs fixés par la politique documentaire de l’établissement, il faut qu’il y ait du personnel qualifié, titulaire, et cela passe, me semble-t-il, par la création de postes d’aides documentalistes.

Si je pouvais être certaine de compter sur cette aide, à temps complet, formée, avec une grille de poste, des fonctions bien définies, et qui ne serait pas à reformer chaque année par le jeu des contrats, ce serait déjà un point très positif.

Pour la formation des élèves, l’idéal serait deux postes de professeurs documentalistes par établissement REP+.

Il faudrait également que nous ayons, nous professeurs documentalistes, comme les collègues de discipline, droit à un temps de concertation, donc droit à la pondération. Pour le moment, en tout cas pour ma part, je participe à toutes les actions ciblées dans le cadre du REP+ mais … sans pondération … au détriment peut-être d’une ouverture plus importante du CDI lorsque mon aide ne travaille pas … et … le besoin d’ouverture du Centre de Documentation et d’Information en REP+ se fait aussi ressentir …

Caroline Soubic

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *