CAPES d’anglais ou doctorat aux USA ? Le choix de Caroline

Tu as dû choisir entre valider ton capes d’anglais ou faire un doctorat aux Etats-Unis. Quel a été ton choix et pourquoi ?

 

En 1999, alors que je revenais d’une année d’échange aux États-Unis à l’université d’Indiana – Bloomington, je décidais de compléter mon mémoire de maîtrise, presque fini. En attendant une nouvelle année scolaire, pour entamer un DESS ou DEA à l’époque, je décidais de passer le CAPES d’anglais qui était alors la seule option pour quelqu’un comme moi. Je me suis donc inscrite au concours et j’ai suivi quelques cours de préparation dans mon Alma Mater (Université Charles de Gaulle, aka Lille 3).

Pendant la préparation, rigoureuse certes mais peu excitante, j’avais repris contact avec l’université américaine qui m’avait accueillie. Ils m’ont encouragée à poser ma candidature pour y faire un doctorat, ce que j’ai fait. Au final, j’ai été acceptée dans leur programme de doctorat avec une bourse d’études qui prenait tout en charge et un boulot pendant mes études qui devaient durer 5 ans (Master + Doctorat).

J’ai passé le concours, je l’ai réussi. Je ne me souviens plus du classement exact (d’ailleurs est-ce que ça compte ?), mais je m’en suis bien sortie. À l’annonce des résultats, je me suis renseignée pour savoir si je pouvais décaler l’année de stage. Oui, on pouvait différer si on souhaitait continuer ou terminer des études. Après la première année de Master, j’ai demandé à différer à nouveau puisque les études que j’avais entamées n’étaient pas finies mais cette requête a été rejetée. Soit je rentrais immédiatement pour être affectée dans un collège ou lycée du Nord, probablement dans une zone bien difficile ou je continuais mon doctorat, tout frais payés, dans une université ultramoderne. Comment dire ? Je n’ai pas réfléchi longtemps. La question qui s’est posée et qui m’a troublée le plus, c’est qu’une université étrangère dans un pays étranger investissait plus dans mon avenir que le mien qui me sommait de faire quelque chose pour lequel j’étais déjà qualifiée. Et la France n’acceptait pas que je finisse des études très poussées qui ne feraient de moi qu’une enseignante bien plus qualifiée et passionnée. Par ailleurs, les débouchés et les perspectives de carrière que m’offrait la France n’égalaient en rien celles qui se présentaient devant moi ailleurs. Finalement, puisque j’étais une femme jeune, issue de la classe ouvrière, avec un physique minoritaire, à l’époque où le paysage politique, audiovisuel et télévisuel français était encore moins diversifié qu’il ne l’est aujourd’hui, j’ai été sensible au fait d’être recrutée pour qui j’étais aussi. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes en matière de diversité raciale, socio-économique, etc. aux Etats-Unis, mais en tout cas, mon métissage et mes origines sociales devenaient des éléments qui agrémentaient mon parcours universitaire. Malheureusement le système d’éducation primaire, secondaire et supérieur en France ne fonctionne pas sur les mêmes principes, et de nombreux cerveaux brillants s’expatrient toujours aujourd’hui.

 

Tu as enseigné l’anglais dans des classes de primaire, donc tu connais le système d’apprentissage des langues en France. Aujourd’hui tu enseignes le français à l’Université aux Etats-Unis. Peux-tu comparer les conditions d’enseignement ?

 

Il n’y a aucune comparaison possible. J’ai effectivement été intervenante d’anglais dans les écoles primaires quand je préparais le capes. Je me souviens avoir fait une après-midi de formation avec un enseignant de primaire responsable de l’enseignement de l’anglais, mais qui ne le parlait pas, ou très mal. Je travaillais dans 3 écoles et l’équipe enseignante était très enthousiaste pour les cours, et les enfants aussi. Mais je n’avais aucune ressource, aucun matériel pour encadrer l’enseignement de l’anglais aux petits. Il me semble que cet enseignement n’était pas considéré comme un enseignement mais plutôt comme une activité ludique. Bien sûr l’enseignement des langues aux enfants et aux plus grands doit être ludique, mais on doit conserver le concept d’enseignement. C’est à dire se donner les moyens d’enseigner et donner aux enfants les moyens d’apprendre.

Pour ce qui est de mon expérience aux États-Unis, elle ne concerne que l’enseignement supérieur alors je ne pourrais pas me prononcer sur le primaire et le secondaire. Répétons une chose d’emblée, les études sont payantes et elles sont chères, mais il existe un système d’aide financière et de bourses très généreux et efficace. Le système n’est pas non plus comparable au système français. Mais parlons de l’enseignement proprement dit : ma formation a été faite de manière presque personnalisée et pendant qu’on me formait en pratique, on continuait à me former en théorie avec des cours universitaires à un très haut niveau (donc fascinants) en linguistique, acquisition de la seconde langue, et didactique. Aujourd’hui, quand j’enseigne, il s’agit pour moi de former des esprits à comprendre une langue étrangère, certes, mais aussi des cultures étrangères et à pouvoir interagir avec les gens issus de ces cultures aux États-Unis ou dans les pays francophones. On me donne pour cela les moyens technologiques de former des étudiants du 21ème siècle, c’est-à-dire une génération qui se passionne pour les choses qui vont vite et qui les distraient. Ils s’intéressent à tout et ont une grande envie d’apprendre et d’apprendre bien, mais pour cela, il faut aussi s’adapter au public que l’on a. Les manuels traditionnels ne fonctionnent plus et il faut utiliser plusieurs méthodes d’enseignement en même temps car les manières d’apprendre varient beaucoup également. L’université dans laquelle je travaille a les moyens de nous procurer un contexte d’apprentissage où les conditions d’enseignement sont optimales. Mais pour les autres, elles font preuve de créativité et d’une capacité d’adaptation que l’on devrait observer de plus près. Peut–être que notre approche globale est plus pragmatique, mais n’apprend-on pas mieux quand on sait pourquoi on apprend quelque chose ? Un petit exemple : tout cours commence avec la distribution du programme du cours. Ce programme explique non seulement les objectifs du cours mais aussi les méthodes choisis pour remplir ses objectifs, les attentes du professeurs vis-à-vis des étudiants et le calendrier des devoirs, évaluations, etc.

Caroline Beschea-Fache, Docteur en ès-Lettres
Davidson College
Associate Professor of French and Francophone Studies, and Africana Studies
Nouvelles Etudes Francophones, Directrice des Recensions

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