Moumtaze, professeure documentaliste sur une île de l’Océan Pacifique, témoigne

Moumtaze est professeure documentaliste au collège Uporu de Tahaa, en Polynésie française, depuis la rentrée 2016.

Partir enseigner en Polynésie, est-ce vraiment idyllique ?

J’habite l’île de Raiatea qui se situe dans le même lagon que l’île de Tahaa, j’emprunte donc une navette bateau quatre fois par semaine pour aller au collège qui se situe au fond de la baie de Haamene. Après avoir traversé le lagon bleu turquoise, je fais le trajet à pied jusqu’au collège, en traversant un petit village entouré de collines où foisonne une jolie végétation tropicale. Pour parfaire le côté carte postale, j’habite sur un voilier avec mon mari et deux de mes enfants. Nous naviguons à chaque période de vacances scolaires pour découvrir la Polynésie par la mer. La culture polynésienne me touche énormément ; c’est ma deuxième mise à disposition, ayant déjà été professeure documentaliste à Tahiti de 2006 à 2009.

Peux-tu nous parler de ton établissement et de ton CDI ?

Le collège de Tahaa accueille 325 élèves, avec un clivage entre des élèves qui réussissent et des élèves peu motivés, en difficulté scolaire, qui peuvent adopter des attitudes de renoncement.

À mon arrivée, j’ai découvert un CDI bien terne, plutôt une réserve d’ouvrages obsolètes et un déversoir de la permanence, qui ne correspondait pas du tout à ma façon de travailler. J’ai commencé par un grand ménage : nettoyage, désherbage et réaménagement de l’espace avec l’aide d’élèves d’une section professionnelle attachée au collège, la section AFAT (activités familiales artisanales et touristiques) du CETAD qui est une structure de formation spécifique à la Polynésie. J’ai alerté l’équipe de direction sur la nécessité d’offrir un espace convivial et pertinent pour les élèves, et ai obtenu les crédits nécessaires pour le renouvellement du fonds documentaire et le remplacement des ordinateurs. Je me suis attelée à changer sa perception par les élèves et les collègues, et à lui donner sa place au cœur du collège, le tout en veillant à y associer constamment les élèves et la communauté pédagogique et éducative.

Dans quelles actions, missions ou projets t’es-tu investi depuis ton arrivée ?

Outre ma mission pédagogique dans le cadre de l’EMI, je suis référente du Parcours Avenir, mais aussi personne ressource pour la préparation des élèves à l’oral du DNB, et également référente du PEAC.

J’aime travailler en réseau, à sortir ma pratique du simple cadre du CDI comme lieu physique, n’hésitant pas par exemple à réaliser le kiosque à journaux de la semaine de la presse sous le préau, en collaboration avec l’équipe de la vie scolaire, mais aussi à sortir du collège, en proposant une exposition sur les poilus tahitiens à la mairie dans le cadre de la commémoration du centenaire de l’armistice de la 1re guerre mondiale, en collaboration avec la bibliothèque de Haamene.

Je m’attache à mobiliser toutes les énergies pour la réussite des élèves. Je travaille avec mes collègues du collège, mais aussi avec des associations de Raiatea et Tahaa ; le partenariat avec les parents d’élèves de l’île de Tahaa est l’une des clés de la réussite de mes projets.

En quoi les projets que tu mènes sont adaptés au territoire ?

Je m’appuie beaucoup sur la culture et les arts traditionnels polynésiens pour donner du sens aux apprentissages des élèves. Je pars du vécu et de ce qui est familier aux élèves pour travailler, avec mes collègues, les compétences du socle commun.

Depuis deux ans, je fais participer un groupe d’élèves du collège à un concours porté par la ministre de l’éducation et le ministre de la culture polynésien, le HEIVA TAURE’A, qui consiste à présenter un spectacle traditionnel sur « LA » grande scène de spectacle locale, la place To’ata qui reçoit les plus grandes vedettes de passage à Tahiti et les grands groupes de danses traditionnelles au mois de juillet. C’est un projet pédagogique, mené en cours et en atelier, qui permet à chaque discipline participante d’utiliser un support concret pour l’appropriation des savoirs, et aux élèves de trouver une source de motivation et de valorisation pour mieux apprendre et se réaliser. J’ai été l’un des premiers professeurs à intégrer le projet à ses débuts l’année dernière, et on s’est bien débrouillés : classés 3e sur neuf établissements en 2018, les élèves du collège Uporu ont terminé à la 2e place, sur seize collèges, cette année. C’est un beau projet qui fédère, pendant toute sa préparation, toute une équipe : élèves, enseignants, personnel non-enseignant, intervenants extérieurs liés à la culture traditionnelle, parents et familles.

Et quel est le prochain projet que tu vas mener ?

Dans le même esprit, j’accueille, chaque année, au collège le FIFO (Festival international du film documentaire océanien) qui est d’abord organisé à Tahiti au mois de février, puis transporté « hors les murs » dans les îles de Polynésie. Les projections permettent aux élèves d’élargir leur perception du monde. J’ai décidé cette année d’y associer les élèves du CJA de Tahaa, situé à Haamene (le Centre des jeunes adolescents est une structure polynésienne qui permet à des jeunes en difficulté scolaire à la fin du primaire de suivre une scolarité à dominante professionnelle), en leur permettant de partager les projections au CDI avec les élèves du collège.

Le parcours de Meryl, prof doc stagiaire

Passionnée d’Histoire de l’Art, vous avez présenté un Master Recherche dans la spécialité des grandes mutations culturelles et artistiques de l’antiquité à nos jours. Quels étaient le sujet choisi, la problématique retenue et les grandes conclusions de votre travail ?

Dans le cadre de mon master en histoire, histoire de l’art j’ai étudié l’ancienne abbatiale Saint-Paul de Besançon sous la direction de Philippe Plagnieux et de Morana Causevic-Bully. Il s’agit d’une étude architecturale et d’archéologie du bâti d’un monument datant du XIVe siècle classé au titre des monuments historiques. Cet édifice est, avec la cathédrale Saint-Jean, le dernier encore en élévation de la période dite du « gothique comtois » à Besançon.
Le questionnement portait sur la chronologie architecturale afin de comprendre l’articulation entre les différentes campagnes de travaux qui ont eu lieu, mais aussi la façon dont le parti gothique se manifeste à travers le monument. Cette étude a permis de réaliser un phasage révélant les différents états de construction de l’édifice ainsi que les différents styles architecturaux, encrant l’ancienne abbatiale comme monument phare du gothique comtois.
Enfin, ce mémoire a également révélé le besoin d’un travail de recherche plus important qui pourrait être réalisé dans le cadre d’une thèse, afin de comprendre le monument dans son ensemble.

Entre 2012 et 2015, vous avez multiplié des expériences professionnelles liées au patrimoine et à la médiation. Pouvez-vous nous dire en quoi elles ont consisté et ce que chacune d’elle vous a apporté ?

Durant mes études j’ai effectivement travaillé au musée Georges-Garret de Vesoul en tant qu’agent du patrimoine. Cette expérience alliant patrimoine et médiation culturelle m’a beaucoup apporté, notamment dans la construction de mon rapport avec le public, qu’il soit adulte, jeune, ou scolaire. La médiation culturelle est un ensemble d’actions à la fois éducatives, ludiques et citoyennes, que j’ai pu expérimenter avec beaucoup de plaisir. Aujourd’hui, en ma qualité de professeure documentaliste stagiaire je retrouve de nombreuses compétences communes aux deux métiers, l’enseignant étant avant tout un médiateur des savoirs.
J’ai également pu, durant ma formation en histoire, histoire de l’art, obtenir un contrat étudiant avec l’université afin de travailler en tant que tutrice. Il s’agissait principalement de tutorat de recherche en direction des étudiants de licence, autour de la méthodologie de recherche à appliquer aux projets de mémoire. Il s’agit finalement des mêmes connaissances et compétences info-documentaires que l’on exige aujourd’hui des élèves à la fin de leur scolarité et qui constituent le domaine d’expertise des professeurs documentalistes.

Assistante d’éducation dans un lycée à Besançon, vous vous voyez confier des responsabilités pédagogiques à l’internat. Pouvez-vous nous en dire plus ? Quels liens faites-vous entre cette mission et votre désir de préparer le CAPES de documentation ?

Travailler en tant qu’AED durant ces années de formation s’est révélé être une véritable bouffée d’air frais pour moi. En effet le travail de recherche exige solitude et abnégation. Être AED m’a révélé deux choses : à quel point il était indispensable pour moi d’évoluer au sein d’un milieu professionnel qui travaille en équipe, mais aussi l’importance d’apporter savoirs et soutien aux élèves, qui à leur tour nous permettent de nous construire en tant que pédagogue.
Dans le cadre de l’internat, le contact privilégié avec les élèves mais aussi le travail au sein d’une équipe, qu’est celle de la vie scolaire, et plus largement de l’ensemble de la communauté éducative, m’ont permis de comprendre les rouages d’un établissement scolaire, mais surtout quelles étaient mes réelles motivations professionnelles. Plus les années passaient et plus je ressentais le besoin de m’investir et de passer à un autre statut au sein de l’établissement, celui d’enseignant. Le CAPES de documentation s’est imposé à moi, car les savoirs info-documentaires sont pour moi au carrefour de toutes les disciplines.

Lauréate de la session 2018 du CAPES, vous vous trouvez affectée dans un collège dans les environs de Besançon. Comment vous êtes-vous sentie accueillie par les personnels ? Quelles sont vos premières impressions après un mois et demi d’exercice dans l’établissement ?

N’ayant jamais eu d’expérience dans un collège rural, j’étais impatiente de faire mes débuts. Cette année l’équipe a été renouvelée de façon importante (le chef d’établissement, certains enseignants, etc.) ce qui a participé au fait que je me sente à l’aise et bien accueillie. L’équipe est dynamique et très motivée, j’ai pu trouver des collègues avec qui échanger sur des éventuels projets pédagogiques dès les premières semaines.
Durant ce premier mois je me suis sentie débordante d’énergie avec l’envie de soulever des montagnes ! J’ai cependant rapidement compris que des méthodes rigoureuses de travail devaient être appliquées pour ne pas se perdre dans la diversité des missions de notre métier. J’essaye d’investir cette énergie de façon productive en fonction des priorités que je suis en train de fixer avec mes collègues, mes tuteurs et mon chef d’établissement. Néanmoins, cette année j’ai très envie d’axer mon travail sur la pédagogie, l’expérimentation et le travail en collaboration avec les collègues.

Vous venez de découvrir une activité de sport collectif que vous pratiquez avec plaisir. Quel est ce sport et pourquoi l’avez-vous choisi ? Quelles sont les valeurs qu’il véhicule ?

Étant issue d’un milieu très modeste et étant très concentrée sur mes études et la préparation au concours, je n’ai jamais pu m’investir dans une activité de sport collectif comme je l’aurais désiré. Depuis la rentrée et grâce à mon statut de professeure stagiaire j’ai donc décidé de me faire plaisir et de me lancer un nouveau défi, celui d’apprendre et de découvrir un nouveau sport qui est le rugby. Je me suis inscrite au club local, l’olympique bisontin qui a une équipe féminine dynamique et qui joue à un bon niveau. J’ai choisi ce sport car c’est un sport exigeant physiquement et mentalement où on ne peut gagner que si l’on avance ensemble.
Par ailleurs j’adhère totalement aux valeurs qui y sont véhiculées, telles que le respect de l’autre, le courage, la solidarité, mais aussi l’intelligence tactique, la convivialité et bien évidemment, l’esprit d’équipe. J’ai également pu remarquer que l’humilité et le goût de l’effort étaient des qualités indispensables que chaque membre de l’équipe possède.
Je constate à quel point il est intéressant de se retrouver en position d’apprenante, contrastant ainsi avec mes débuts de carrière en tant qu’enseignante. J’apprends de joueuses beaucoup plus jeunes que moi, faisant preuve d’une grande gentillesse et de beaucoup de patience à mon égard.

Vous débutez une carrière qui s’annonce prometteuse et diversifiée. Comment vous projetez-vous dans 10 ans ? Quelles perspectives envisagez-vous ?

J’ai toujours avancé avec un objectif précis à atteindre. Aujourd’hui, étant dans une période de transition (étudiant à enseignant), je cherche avant tout à devenir une professeure documentaliste chevronnée. Néanmoins, je n’imagine pas ma carrière professionnelle sans perspective d’évolution, c’est un des nombreux aspects qui m’a plu dans le fait d’intégrer l’éducation nationale.
En effet, les diversifications professionnelles dans l’institution sont nombreuses. Ainsi dans un futur proche j’ai pour projet de participer activement à la formation des étudiants au sein de l’ESPÉ mais également à celle des enseignants.
J’aime assez l’idée de pouvoir participer à des journées autour d’un thème précis et d’échanger avec des collègues autour de nos pratiques. Les pratiques pédagogiques innovantes intégrant notamment les outils numériques me plaisent beaucoup et sont, je pense, des atouts qui sont souvent exploités de façon inappropriée.
Pour aller plus loin en me projetant dans quelques années, j’aimerais beaucoup participer au jury du CAPES et pourquoi pas tenter d’autres concours tels que celui d’inspecteur académique ou celui de chef d’établissement.

Meryl Laurent, professeure documentaliste stagiaire dans l’Académie de Besançon

Ça y est, le CDI ressemble à celui dont je rêvais !

Professeur documentaliste au Collège Leconte de Lisle de Saint Louis, à la Réunion, Catherine Jogama s’est réjouie « Au bout de 8 ans, ça y est, le CDI ressemble à celui dont je rêvais ! »

Quels espaces pour quelles activités ?

« L’établissement, classé REP, accueille 850 élèves. Je souhaitais faire évoluer les espaces du CDI pour améliorer sa fréquentation : les élèves n’avaient pas conscience de la multitude d’activités possibles dans ce lieu : il n’est pas fait que pour lire !

Je me suis donc adapté aux besoins et envies de mes élèves pour faire évoluer l’existant, un grand espace divisé en deux salles. Aujourd’hui la première salle comporte de multiples « coins » appropriés à différentes activités : un espace informatique, un espace galerie d’art, un espace jeux de société, un espace de travail sur tables, et même une étagère dédiée au coloriage ! Chaque coin est matérialisé par un mobilier spécifique et une signalétique appropriée. Enfin la deuxième salle, séparée de la première par une cloison en partie vitrée, est une grande salle de lecture où se trouvent deux banquettes en bois pour s’asseoir de manière plus confortable – avant elles étaient ornées de coussins mais ils se sont vite salis. Ils ont tenus moins de 3 ans. Les tissus sont à déconseiller ! »

Quel est l’avantage de disposer de différents « coins » au sein d’un même lieu ?

Les élèves repèrent désormais très bien les activités qui sont possibles au CDI, et les espaces appropriés à telle ou telle activité. Les espaces sont identifiés au premier coup d’œil.

Un regret ?

Malheureusement quand je suis seule (ndlr sans assistante d’éducation), la salle de lecture, pourtant bien insonorisée, n’est pas accessible pour les élèves, pour des raisons de sécurité.

Votre dernière acquisition ?

Le budget d’équipement de l’établissement : chaque année de nouveaux investissements ont été réalisés à l’intérieur du CDI, à partir de devis effectués par le professeur documentaliste. Le dernier achat en date, des îlots « informatiques » pour proposer 12 postes aux élèves, en partie financés par le Conseil Général. 5 tablettes fonctionnent avec une borne WIFI, grâce à un projet « tablettes » au sein de l’établissement !