Enseignements artistiques : 3 expériences et 3 manières de vivre l’enseignement

Alors que l’Inspection Générale de l’Éducation Musicale mène une mission sur les enseignements artistiques au collège, le SE-Unsa est allé à la rencontre d’enseignants d’arts plastiques et d’éducation musicale : Quelles sont leurs conditions d’exercice, leurs aspirations professionnelles et comment voient-ils la place des enseignements artistiques dans le système éducatif ? Martine, professeure d’éducation musicale, Sabrina, professeure d’éducation musicale et Christelle, professeure d’arts plastiques, ont accepté de répondre à nos questions.

À quoi ressemble votre vie d’enseignant dans votre établissement et votre salle de classe ?

Martine : Je suis sur 3 établissements ruraux distants. Après plusieurs années, j’ai enfin une salle uniquement destinée à la musique dans le premier établissement. Elle est très petite, sans table (ce que je n’ai plus depuis 1995, sauf quand je n’ai pas le choix), les chaises ont des tablettes, avec un piano électrique de qualité, une chaîne hifi de qualité. Nous n’avons que des percussions fabriquées par les soins de l’agent ou des élèves : baguettes, tuyaux, oeufs de k… et bien sûr un ordi avec vidéoprojecteur sur le tableau blanc. Mais dans le 2ème établissement je n’ai pas de salle dédiée, donc des tables, un piano électrique de qualité (acheté à mon arrivée, ce qui a pris 2-3 ans d’attente sans avoir rien du tout) et une chaîne stéréo à bas prix (on n’entend pas tous les sons !). Je fais chanter les CM2 de l’école qui représente la moitié de nos élèves de 6ème sur des projets communs école-collège en produisant des spectacles et des enregistrements.

Christelle : Je travaille dans un établissement urbain assez récent, cependant si la salle est lumineuse et spacieuse, elle n’a pas de rideaux ni d’équipement informatique. À partir de là, comme les nouveaux programmes sont très tournés vers l’informatique, je suis en difficulté. Alors je bidouille avec une valise à tablettes, mais il n’y a pas moyen de faire basculer les images des élèves sur les ordinateurs pour les imprimer, ou les mettre dans leur casier numérique. Rester dans les clous au niveau du programme à ce niveau-là, reste donc un parcours du combattant. J’ai essayé de créer des liens avec les enseignants des écoles du secteur, cela a bien pris, mais il nous manque le temps pour travailler ensemble, ce qui est frustrant.

Sabrina : Je suis dans un établissement urbain classé REP+ (quartiers nord de Marseille). Dans ma salle j’ai opté pour le maintien des bureaux, contrairement à de nombreux collègues qui sont passés aux pupitres. Je dispose d’un instrumentarium très correct : une batterie, deux claviers en sus du piano prof, des congas et des claviers enroulables.

Est-ce que vos programmes disciplinaires vous plaisent ?

Martine : Trop de liberté. Certes, c’est pratique pour nous, mais du coup on a tendance à toujours se renouveler ! Ce qui nous fait beaucoup de travail. Mais quand un élève arrive d’un autre collège, il est perdu parce qu’il n’a pas vu les mêmes notions, ou n’a pas fait beaucoup de chants, ou d’écoutes, etc. En fait, tels qu’ils sont formulés, les programmes n’existeraient pas, ce serait la même chose. Il faudrait vraiment qu’un travail soit fait par nos inspecteurs à ce sujet.

Christelle : Les programmes me plaisent, car ils restent très ouverts. Néanmoins, le tournant informatique en arts, alors que les enfants passent déjà beaucoup de temps sur les écrans, m’embête. Je préfère me battre pour qu’ils sortent et se remettent en rapport avec la nature.

Sabrina : Les programmes disciplinaires sont très peu directifs. C’est évidemment un avantage au niveau de la liberté pédagogique laissée à l’enseignant. Mais cela présente également un inconvénient majeur puisque deux élèves du même niveau peuvent avoir un parcours totalement différent en fonction de leur enseignant. Cela contribue à donner aux enseignements artistiques l’image de discipline « secondaire » qui est la leur.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans l’enseignement de votre discipline ?

Martine : Justement cette liberté pédagogique, malgré tout, car elle permet, quand on le prépare ensemble, de s’inscrire dans des projets (sous toutes formes) très différents selon les années, ou les envies. Le plus délicat et agaçant, c’est que les élèves et leurs parents s’attendent soit à ce qu’ils apprennent un instrument individuellement, soit à ce qu’on fasse une sorte d’animation genre colonie : chansons à la mode, écoute de morceaux à la mode. C’est chaque année une bataille de faire comprendre à certains que ce n’est pas le but, et que nous sommes là plutôt pour leur faire faire des choses auxquelles ils n’auraient pas pensé ou leur faire écouter et chanter ce qu’ils ne connaissent pas. Plus les élèves avancent dans le collège, plus c’est difficile.

Quelque chose à rajouter en conclusion ?

Christelle : Ce qui me plaît, c’est la possibilité de me fondre dans la plupart des projets du collège.

Sabrina : L’aspect très agréable de notre métier est lié au fait que nous dépendons peu des acquis strictement scolaires. Les élèves en grande difficulté découvrent une discipline différente, dans laquelle ils peuvent être en situation de réussite, en faisant appel à des compétences peu valorisées dans les disciplines plus scolaires.

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Le parcours de Meghan, stagiaire PsyEN

Durant vos années lycées, vous vous impliquez dans la dynamique de projets via le milieu associatif. Quel était l’objectif de l’association « Atouts Jeunes » ? Comment avez-vous réussi à organiser un voyage d’une semaine en Irlande ?

L’objectif de cette association est de proposer des cours afin d’améliorer le niveau d’anglais de ses membres. Elle organise des voyages financés par les membres eux-mêmes. J’ai donc pu réaliser un voyage en Irlande en auto-financement avec cette association à travers des actions comme la vente de gâteaux pendant la période de Noël ou encore la vente de tickets de tombola.

Après un Bac STG spécialité marketing, vous vous inscrivez en Licence de Psychologie à la Faculté des lettres et des sciences humaines de Montpellier. Comment expliquez-vous ce renoncement à des études commerciales auxquelles vous sembliez vous destiner ? Pourquoi avoir opté pour une pré-spécialisation en psychologie du travail social ?

J’ai décidé de changer d’orientation scolaire car j’avais envie de découvrir la psychologie plus en détails. De plus, les possibilités scolaires après ce bac STG ne me convenaient pas. J’ai décidé de me pré-spécialiser dans la psychologie du travail et du social car je travaille tous les étés depuis mes 18 ans dans une usine. Dans cet univers professionnel, j’ai pu me rendre compte des dysfonctionnements tant au niveau personnel que professionnel. L’aliénation au travail que j’ai pu observer constitue le premier élément qui orientera mes études. En effet, les conditions de travail dans lesquels évoluent ces individus peuvent faire émerger un ensemble de pathologies de plus en plus médiatisées comme le burnout ou encore le harcèlement au travail. Le travail en tant que psychologue devient donc de plus en plus important dans le monde professionnel. Cela me permet donc d’envisager mon avenir plus sereinement au vu de l’augmentation des demandes concernant ces problématiques. C’est pourquoi, j’ai décidé de me spécialiser en psychologie du travail.

Durant votre troisième année de licence, vous rédigez un mémoire en articulant le style de leadership et la reconnaissance au travail. Quelle était votre problématique et les grandes conclusions de votre recherche ?

En effet, j’ai réalisé mon premier mémoire dans l’usine où je travaille tous les étés. Celui-ci avait pour problématique de découvrir dans quelle mesure le style de leadership pouvait avoir une influence sur la reconnaissance perçue par les travailleurs. La conclusion de ce mémoire est que plus le style de leadership est autoritaire et moins les travailleurs percevront de la reconnaissance. J’ai obtenu ces résultats en réalisant un questionnaire composé d’une cinquantaine de questions que j’ai pu diffuser auprès de deux équipes travaillant à la chaîne dans une même entreprise. La différence entre ces deux équipes est le style de management de leur chef d’équipe, l’un étant plus autoritaire que le second.

Admise en Master, vous faites le choix d’une spécialisation en intervention psycho-sociologique du travail et de la santé. Votre recherche, présentée devant la SFP (Société Française de Psychologie), porte sur le niveau d’intégration et de considération des stagiaires en entreprise. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Mon mémoire de première année de master portait sur l’objectification (considérer une personne comme un objet, lui enlever tout attribut humain comme ses émotions), l’auto-objectification (se percevoir soi-même comme un objet et intégrer la vision objectifiante d’un individu) , la conscience de soi (se connaître et deviner l’image renvoyé aux autres), le harcèlement et les normes auprès d’un public de stagiaire. On voulait savoir dans quelle mesure l’objectification pouvait influencer tous les autres concepts. La principale conclusion est que plus on objectifie le stagiaire et plus il va s’auto-objectifier. La conscience de soi quant à elle va être protectrice de ce phénomène.

Lors de votre deuxième année de Master, vous bénéficiez d’un stage dans une grande station de ski des Alpes. Votre problématique met en relation les comportements à risque et le stress au travail. Quels sont les deux points marquants qui ressortent de vos observations ?

Premièrement, les comportements à risque liés à la prise d’alcool ou de drogue chez les saisonniers en station de sports d’hiver sont dus en partie à la création des liens sociaux. C’est-à-dire que les saisonniers vont consommer de l’alcool pour des raisons sociales et festives afin de tromper l’ennui ou combler le stress ressenti au travail. Le deuxième point qui ressort de mon analyse est qu’il n’existe pas un espace communautaire où les saisonniers pourraient se rendre afin de jouer, de rencontrer des personnes, de pouvoir aller sur Internet hors cadre festif.

Vous découvrez la fonction de PsyEN par un stage obtenu dans un RASED de Haute-Saône situé en milieu rural. Quels sont les éléments marquants de cette « aventure » ? Qu’en concluez-vous pour la construction de votre avenir professionnel ?

Les éléments qui m’ont marqué sont :

  • Les nombreuses difficultés rencontrées par le corps enseignant, la psychologue de l’éducation nationale et les familles propres au contexte économique et social.
  • La spontanéité des enfants à venir d’eux-mêmes demander conseil et prendre rendez-vous auprès de la psychologue.
  • La persévérance et l’attention que porte les enseignants sur le bien-être des enfants.

Ce lieu de stage m’a permis d’envisager un avenir professionnel auprès d’un public d’enfant. En effet, un des éléments sur lequel j’accorde beaucoup d’importance est le sentiment de me sentir utile et de pouvoir aider dans la mesure du possible ces enfants et familles en difficulté. De plus, le métier de PsyEN est très diversifié et les journées ne se ressemblent pas même si certaines missions perdurent dans ce métier. Il faut réussir à s’adapter sans cesse aux difficultés spécifiques des enfants. Cela constitue donc un argument supplémentaire pour envisager mon avenir professionnel auprès de ce public.

Quelque chose qui n’a rien à voir avec la psycho et que vous avez envie de faire partager : un livre, un film, une conférence…

Les écrivains François Bégaudeau, Juan Franco et Lovecraft. Les chaînes Youtube comme « Thinkerview » et « Tedx Talks ».

Meghan Chautard, stagiaire PsyEN

Lire les Cahiers Pédagogiques pour faire notre miel

L’organisation des ressources pédagogiques et documentaires de l’établissement fait partie des grands axes de la circulaire de missions des professeurs documentalistes du 28 mars 2017. Au-delà de la recherche de ressources pour les élèves, que peut-on proposer pour les enseignants ? Le SE-Unsa revient sur cette question avec Cécile Blanchard, la rédactrice en chef de la revue des « cahiers pédagogiques » à laquelle de nombreux CDI sont abonnés.

Peux-tu nous présenter les Cahiers pédagogiques en quelques mots ?

C’est une revue associative publiée par le Cercle de recherche et d’action pédagogiques, pas tout à fait mensuelle (8 numéros par an avec interruption l’été, on se demande bien pourquoi !) et qui traite principalement de pédagogie et d’éducation, comme son nom l’indique. Les Cahiers se revendiquent de l’éducation nouvelle. Dans nos dossiers thématiques, nous publions des articles décrivant des pratiques de classes ou d’établissements et des éclairages plus théoriques, toujours avec le souci d’être accessibles et lisibles pour tous.

Est-ce qu’un magazine peut-être considéré comme un outil de formation ?

Ah oui, certainement ! Mais ce n’est pas de la formation institutionnelle et descendante, bien sûr. S’il faut préciser, je dirais que c’est un outil d’autoformation, tout comme lire un livre de sciences de l’éducation, ou bien de coformation, si l’on considère que l’on est formé par les auteurs des articles. On pourrait parler aussi d’écoformation. Bref, lire les Cahiers, c’est réfléchir à son métier pour faire évoluer ses pratiques, c’est donc bel et bien de la formation.

De nombreux établissements s’abonnent aux Cahiers pédagogiques, comment aider les enseignants à les utiliser pour leur pratique quotidienne ?

Je crois que les professeurs documentalistes ont un grand rôle à jouer dans ce domaine, en aidant les enseignants (ou CPE ou chefs d’établissement) de leur établissement à se saisir de la matière que nous proposons. Nous réfléchissons d’ailleurs actuellement à des outils qui leur faciliteraient la tâche, si certains veulent entrer en contact avec nous pour nous y aider…

Dans les Cahiers pédagogiques, les enseignants présentent ce qu’ils ont fait dans leur établissement, mais peut-on vraiment reproduire ces situations dans un autre environnement ?

Parfois oui, sans doute, mais ce n’est pas vraiment le propos. Notre idée, c’est de fournir matière à réflexion aux professionnels de l’éducation, afin qu’ils trouvent les solutions les plus adaptées à la classe ou au groupe d’enfants qu’ils ont en face d’eux à un moment T. Ce n’est forcément pas la même classe que celles décrites dans les articles. On veut leur apporter l’inspiration dont ils feront leur miel (oui, les éducateurs font un très bon miel d’inspiration, qui vaut presque le miel de châtaigner des abeilles!). Ce que nous défendons, c’est l’idée que les enseignants, les CPE, les chefs d’établissement, doivent tendre à être des praticiens réflexifs, des professionnels qui réfléchissent à leurs pratiques, pour les améliorer, tout en les mettant en accord avec leurs valeurs.

Le parcours de Débora, stagiaire PsyEN

Après un BAC ES obtenu avec la mention AB, vous vous dirigez vers une préparation aux concours sanitaires et sociaux. Vous souvenez-vous des raisons qui, à l’époque, vous ont poussées vers cette voie ? Quelles sont les personnes-ressources de l’établissement sur lesquelles vous vous êtes appuyée pour affiner votre orientation ?

À l’époque, plusieurs raisons m’ont motivée à réaliser une préparation aux concours sanitaires et sociaux. La première était que j’avais de bons résultats scolaires en SVT. La deuxième était liée au fait que j’ai toujours voulu exercer un métier où il est à la fois possible d’aider l’humain dans son entier et où la dimension relationnelle est importante. Bien que ma volonté première fût d’effectuer une licence de psychologie, j’ai malgré tout choisi de réaliser cette préparation pour me préparer aux concours d’infirmier et d’aide-soignant. Je me suis dirigée vers cette formation car il me semble, encore aujourd’hui, que l’idée même « d’aide » soit souvent rattachée aux métiers du soin. Par ailleurs, mes enseignants m’avaient déconseillé de suivre un cursus supérieur en psychologie en raison du peu de débouché offert à l’issue de cette voie.

Votre année d’étude à l’IFSI débouche sur l’octroi du diplôme d’état d’aide-soignante obtenu haut la main. Vous effectuez plusieurs stages et une mission d’intérim en milieu hospitalier. Comment avez-vous vécu ces tranches de vie professionnelle ? Quelles sont les missions d’aide-soignante qui répondaient le plus à votre attente ? À l’inverse, quelles sont celles desquelles vous vous sentiez plus éloignée ?

Je garde encore un excellent souvenir de ces tranches de vie professionnelle. Mes expériences en tant qu’élève aide-soignante / titulaire et plus particulièrement mon année de formation d’AS furent pour moi très formatrices et extrêmement riches tant d’un point de vue professionnel que personnel.

En exerçant le métier d’aide-soignant j’ai tout d’abord découvert le travail en équipe pluridisciplinaire et je me suis rapidement aperçue que ce qui me plaisait davantage était le soutien psychologique plutôt que les soins techniques. Mon projet de reprendre mes études en psychologie s’est alors progressivement affiné lorsque j’ai commencé à découvrir et rencontrer les différents professionnels exerçant à l’hôpital (médecins, psychologues, diététiciens, infirmiers, kinésithérapeutes, agents de service hospitalier…) ainsi que lors des diverses rencontres avec les patients. J’ai pris conscience, à ce moment-là, que l’oreille attentive d’un soignant pouvait permettre un véritable soulagement pour le patient : j’ai mesuré que cet apaisement se révélait tout aussi important que les soins que je prodiguais.

Les missions d’aide-soignante répondant davantage à mes attentes tournaient autour de la prise en charge des difficultés du patient. Il s’agissait pour moi de les aider à extérioriser leurs souffrances en lien notamment avec leur maladie, la perte d’autonomie, la crainte ou l’envie de mourir. Ce fût le cas par exemple lors de missions réalisées en SESSIAD, ou encore en EHPAD, ou bien à l’hôpital.

En revanche, les missions qui me déplaisaient le plus, étaient généralement celles où il était difficile de prendre le temps avec le patient ou le résident.

Actuellement en Master de psychologie clinique à l’université de Franche-Comté, vous préparez un mémoire de recherche. Sur quel thème porte-t-il ? Comment définiriez-vous votre problématique de travail et votre méthode d’investigation ?

Dans mon travail de recherche, j’étudie le thème de l’attachement au grand âge dans un contexte d’institutionnalisation.

L’objectif de mon travail de mémoire est d’observer et de tenter de comprendre le vécu du sujet vieillissant et vivant au sein de l’institution de l’EHPAD au regard de son style d’attachement.

L’utilisation d’outils spécifiques pour évaluer le style d’attachement (par exemple sécure, insécure) ainsi que le degré d’anxiété et de dépression parviennent à démontrer que la manière dont un enfant est bordé, nourrit, élevé et accompagné par ses premières figures d’attachements (généralement les parents) aura une influence tout au long de sa vie. Je précise que toutes les données cliniques ont été recueillies durant mon année de stage en EHPAD.

Depuis plusieurs mois, vous suivez des formations complémentaires dans des thèmes liés étroitement à la psychologie. Quels sont les 3 formations qui vous ont semblé les plus pertinentes ? Pourquoi ?

Je dirais que toutes les formations complémentaires auxquelles j’ai participé étaient intéressantes. Parmi celles suivies récemment et qui me paraissent les plus pertinentes, il y a tout d’abord un stage de sensibilisation à l’écoute suivi à Dijon en 2017 dont l’organisation était assurée par l’association CLER AMOUR ET FAMILLE.
La seconde formation en 2018 reposait sur un colloque sur le lien entre violences et projection organisé à Paris par la Société du rorschach.
La troisième serait la formation JALMALV (Jusqu’à la mort accompagner la vie) que j’ai réalisée au cours de cette année à Besançon.

J’ai trouvé ces trois formations particulièrement appropriées puisqu’elles m’ont permis d’approfondir des connaissances théoriques enseignées à l’université (par exemple la notion d’empathie, l’outil projectif du Rorschach, ou les différentes attitudes d’écoute) et de les actualiser. J’ai particulièrement apprécié de réfléchir sur ma pratique clinique en articulant à la fois pratique et théorie.

Participante au stage syndical du SE-Unsa à Besançon, vous avez assisté à un exposé sur la problématique du secret professionnel. Pouvez-vous nous faire partager le message essentiel de cette présentation ?

Lors de cette présentation très intéressante de Jacques Borgy, le message essentiel à retenir était qu’il est urgent qu’une réglementation de la déontologie de la profession des psychologues soit légalisée. En effet, le code est une référence éthique importante de la profession du psychologue permettant de reconnaître son identité professionnelle, tout en statuant une place à la personne prise en charge. L’ensemble de cet exposé a ainsi permis de retracer l’historique des textes légaux en France et montre combien la profession du psychologue est des psychologues de l’éducation nationale sont des professions complexes. Le professionnel doit être sans cesse en co-construction avec le patient afin de ne pas révéler des informations personnelles le concernant si celles-ci ne présentent pas de caractères dangereux pour la personne elle-même et autrui.

Depuis le mois de septembre, vous effectuez un stage d’observation dans une école de Besançon. Quels sont les points forts qui vous ont marquée ? Ce stage confirme-t-il votre désir de devenir PsyEN ?

Les points forts de ce stage sont nombreux. Lors de ce stage, j’ai eu la possibilité de découvrir un public avec lequel je n’avais encore jamais travaillé et qui me plait beaucoup. J’ai aussi eu la chance de découvrir une nouvelle pratique clinique ainsi que de nouveaux outils adaptés au public du jeune enfant. Au-delà de l’observation, j’ai mis en œuvre ponctuellement ces procédés sous différentes formes (entretien parents/enfants, passation de bilans psychométriques, jeux d’enfant, outils projectifs tels que le D10, le jeu du Squiggle…). J’y ai découvert que les différentes missions du psychologue de l’Éducation nationale y sont très diversifiées et importantes. Je pense sincèrement que ce professionnel, peut dans certains cas, jouer un rôle déterminant dans la scolarité de l’enfant et son épanouissement. Pour parvenir à cet objectif, il agit dans la prévention et le repérage des difficultés de l’enfant dans un travail pluridisciplinaire avec les enseignants, les différentes associations ou les centres de prises en soin.

Ce stage m’a véritablement permis d’ouvrir mes horizons et c’est grâce à celui-ci que l’envie de passer le concours d’entrée en formation de psychologue de l’Éducation nationale m’est apparue.

Votre parcours de vie est construit aussi par l’engagement dans plusieurs associations de solidarité. Lesquelles ? Diriez-vous que vous développez dans ces actions bénévoles des qualités utiles à votre futur fonction de psychologue ?

Ma première expérience bénévole a débuté en 2014 auprès des restos du Cœur en Haute-Saône. Je récoltais des denrées alimentaires afin de les distribuer aux plus démunis. Par la suite, j’ai multiplié les actions bénévoles. J’ai participé notamment à des journées de sensibilisations et de prévention du SIDA auprès d’étudiants scolarisés en lycée ; puis, à des journées organisées par le Téléthon afin de recueillir des fonds pour la recherche sur des maladies génétiques et/ou rares en préparant des gâteaux et vendant des collations ou objets. Depuis 2017 jusqu’à aujourd’hui je suis bénévole dans une association nommée « ACAD » (qui signifie Accompagnement Cancer Aide Dole) visant à apporter une écoute aux personnes se soignant contre le cancer ainsi qu’à leur entourage proche.

Effectivement, il est possible de rapprocher ces différentes expériences bénévoles à la pratique du psychologue. Je pense en effet que mes actions bénévoles m’ont permis de développer des qualités utiles à ma future fonction de psychologue telles que ma sensibilité à la souffrance d’autrui, mon écoute et mon empathie. Au travers de ces différentes actions bénévoles, j’ai pu développer une maturité dans la relation que j’ai aussi eu envie de développer dans mon parcours actuel. Je considère véritablement que mes expériences de bénévolat ont été véritablement riches et nourrissantes pour moi-même et mon parcours professionnel.

Débora Maillot, stagiaire PsyEN de l’académie de Besançon

Le parcours de Valentine, CPE

Votre parcours d’études universitaires initial a débouché sur l’obtention d’un Master « Gestion des Industries agro-alimentaires ». Pourquoi avoir choisi cette filière ? Sur quel thème portait votre mémoire et quelles ont été les grandes conclusions de votre recherche ?

J’ai toujours été très curieuse et scientifique. Mon parcours scolaire studieux m’a conduite vers la biologie. J’avais besoin de mieux connaître le vivant puis lors de mon parcours en IUT, l’agro-alimentaire me semblait un secteur d’activité dynamique et riche de diversité (à l’image de la diversité des produits alimentaires). Et pourtant, déjà à l’époque, l’éducation m’appelait… mais ça ne me semblait pas logique de devoir faire un bac +5 en biologie pour être ensuite un professeur des écoles qui enseigne toutes les matières.

J’ai, durant mon cursus universitaire réalisé plusieurs mémoires, lors de l’apprentissage en tant qu’élève ingénieure, puis en master effectivement. Les thèmes principaux étaient : l’étude de la rentabilité d’un atelier de production, l’optimisation de l’outil de production ou encore la réduction des déchets d’un atelier de fabrication. Ces thèmes sont tout de même très loin de mon activité d’aujourd’hui… !

Pendant 11 ans, vous enchaînez les postes dans le secteur privé en lien avec vos études précédentes. Quels sont les points forts que vous retenez de ces expériences ? Quelles sont les compétences acquises et transférables au métier de CPE ?

Mes études plutôt généralistes et mes premiers postes (7 expériences différentes en 11 ans !), me permettent de développer beaucoup d’adaptabilité, un grand sens de l’efficacité, des capacités d’analyse de systèmes, l’utilisation et l’animation d’une démarche qualité dans la résolution de problème ou dans l’amélioration d’un « processus ». J’ai également pu découvrir le monde le l’entreprise privée : le code du travail, la rigueur de son application ainsi que les relations humaines professionnelles et le management : la gestion d’équipes de composition variable.

Lors de mes premiers pas en tant que CPE, j’ai seulement à ce moment-là fait le parallèle étroit entre mes différentes expériences. Effectivement, le CPE, comme un responsable de production doit :

  • Gérer une équipe
  • Suivre des indicateurs et les faire progresser à l’aide d’un plan d’action
  • Mettre en place des projets

Cela a été une véritable révélation et m’a permis de prendre très vite mes marques en tant que CPE en Education Prioritaire dans la ville d’Argenteuil (95). À ce moment-là je me rappelle m’être dit : « si mon efficacité peut me permettre d’avoir plus de temps pour être à l’écoute des élèves et des parents alors tout ce parcours prendra son sens ». J’ai également été ravie de mettre toutes ces compétences au service de l’éducation des futurs citoyens, ceci me parlait beaucoup plus que le chiffre d’affaires d’une entreprise de fabrication !

En 2012, vous obtenez un Master « vie scolaire et pratique de l’éducation » et vous réussissez la même année le concours externe de CPE. Qu’est ce qui a été à l’origine de votre décision d’entrer dans la fonction publique et de vous orienter vers la fonction de CPE ?

Ce sont des doutes lors de mes différentes expériences qui m’ont amenée à faire deux bilans de compétences en tant que demandeur d’emploi puis dans le cadre du DIF (Droit Individuel de Formation). Le dernier bilan avec l’aide de professionnels exceptionnels a mis en évidence les valeurs qui me portent et d’autres qui prennent peu de sens en moi. En effet, par exemple, le pouvoir n’était pas un levier de motivation et en parallèle l’altruisme était une caractéristique très forte de ma personnalité ainsi que des valeurs humanistes. Nous avons alors cherché les métiers possibles. J’ai ensuite poursuivi mon raisonnement à l’aide d’interviews de professionnels et le métier de CPE est devenu une évidence.

Après votre année de stage, vous vous trouvez affectée dans un collège REP de l’académie de Versaille. Quels sont les « chantiers » qui vous sont apparus comme prioritaires à engager dans cet établissement ? Avez-vous perçu, au fil du temps, des évolutions positives dans ces domaines ? Lesquelles ?

Arrivée dans un contexte difficile, j’ai dû très vite apprendre à affirmer un cadre éducatif bienveillant, j’ai d’ailleurs à cette occasion appris à pousser ma voix !

Ce contexte particulier a été également l’occasion de développer un partenariat important avec mes collègues, et plus spécialement le pôle médico-social. Ceci m’a permis de comprendre l’environnement sociologique dans lequel j’apprenais mon travail.

J’ai eu l’opportunité de participer à un projet pédagogique innovant pour développer la motivation et la mise au travail de tous les élèves de mon établissement. J’ai compris à cette occasion la relation étroite entre l’organisation des flux et du service vie scolaire avec la mission d’enseignement d’un EPLE.

Le chantier le plus important pour moi a été de constituer une équipe vie scolaire solide dans sa posture d’adultes référents du cadre éducatif. Ceci a été difficile et reste fragile à chaque instant tant le recrutement des assistants d’éducation est compliqué encore aujourd’hui sur le bassin d’Argenteuil.  Cependant, le soutien de la direction et un travail partenarial avec d’autres CPE et personnels de direction du bassin d Argenteuil, m’ont permis de mettre en place un processus de formation et d’encadrement des AED tout au long de l’année. Ceci permet notamment de les former au respect du principe de laïcité, à la communication non violente, à la gestion de conflits mais aussi au repérage des situations de harcèlement. J’ai pu durant 6 ans mesurer l’évolution du professionnalisme de l’équipe vie scolaire tout en continuant à développer mes compétences en relations humaines et en gestion d’une équipe.

Vous relevez le défi de faire fonction de personnel de direction adjoint pendant 12 mois dans un collège puis dans un lycée. Comment avez-vous vécu ce « glissement » de fonction ? Quels points communs et quelles différences voyez-vous entre la fonction de CPE et celle de chef d’établissement ?

Ce changement de fonction s’est fait très naturellement grâce à mon expérience de responsable dans l’industrie. J’ai également eu la chance d’être l’adjointe de chefs d’établissement très accueillants et soutenants. Mon sens de l’efficacité m’a été très utile dans ces moments-là car ce sont des postes très sollicitants.

J’ai retrouvé la dimension de pilotage mais à un autre niveau, à l’échelle d’un établissement au lieu d’un service vie scolaire. J’ai beaucoup apprécié de participer, en étroite collaboration avec le chef d’établissement, à l’élaboration de la politique de l’établissement. La mission d’adjoint renvoie à une mission de soutien et de conseil du chef d’établissement plus poussée qu’en tant que CPE.

J’ai cependant pu aussi mesurer le rôle différent de la direction auprès des collègues enseignants avec ses avantages et ses limites.

J’ai conscience d’avoir eu la chance de vivre des expériences très riches et intéressantes. Je suis sûre qu’elles ont contribué à renforcer mon positionnement éthique et responsable en tant que CPE.

Suite aux opérations du mouvement-inter académique, vous intégrez l’académie de Besançon à la rentrée 2019. Dans quel secteur géographique préfériez-vous être nommée ? Pourquoi ? Qu’attendez-vous de cette nouvelle page de votre carrière ?

Je recherche plutôt un retour à la nature car la région parisienne est très dense et la vie très intense. J’aspire à un retour au calme et à un rythme plus serein. J’ai également envie de découvrir un autre environnement professionnel, peut-être plus rural, en tout cas plus « provincial ». Je suis curieuse de découvrir le rôle du CPE dans un autre environnement sociologique et pourquoi pas découvrir le lycée.

À quels projets de développement professionnel ou d’évolutions de carrière avez-vous réfléchi ? à moyens termes ? à longs termes ?

Je n’ai pas d’idée précise pour l’instant mais je continuerai à suivre mon instinct.

Je reste cependant très ouverte aux opportunités et aux surprises !

J’aimerais beaucoup pouvoir œuvrer à l’échelle d’un établissement, mais aussi dans d’autres dimensions comme la formation, l’accompagnement de collègues, CPE ou enseignants.

Valentine Bourdon, CPE dans l’académie de Versailles

Le parcours de Virginie, PE

Vous faites le choix d’un parcours universitaire en Biologie générale et sciences et vie de la terre. Quelles ont été vos motivations à l’époque pour vous diriger vers cette discipline ?

J’ai choisi cette licence car depuis toute petite j’étais plus à l’aise dans les matières scientifiques que littéraires. Et c’était la suite logique de mon parcours scolaire : 1ère S, Bac D et c’était la licence conseillée pour être professeur des écoles.

Vous découvrez le monde de l’Éducation nationale par un contrat d’aide-éducatrice obtenu dans le département de l’Allier. Quels ont été les contours de vos missions ? Diriez-vous que cette expérience a été décisive dans votre orientation vers le métier d’enseignant ?

N’ayant pas réussi le concours d’entrée à l’IUFM, ne voulant pas rester inactive, j’ai postulé pour cet emploi qui me permettrait de vérifier si c’était vraiment le métier qui me convenait.

J’étais affectée dans deux écoles rurales. J’intervenais dans les différents niveaux pour effectuer du soutien, de l’aide administrative, de l’informatique et participer à l’encadrement, les mercredis, des sorties USEP.

Après votre année de stage, votre première affectation a lieu dans un EREA de Haute-Loire. Comment l’avez-vous vécu ? Considérez-vous que cette année a eu un impact sur votre appétence dans la gestion des élèves en difficulté ?

L’EREA a été une expérience très enrichissante. Elle m’a permis de me rendre compte de l’importance du travail en équipe et de la démarche à adopter avec des élèves en difficulté.

J’ai eu de la chance d’être nommée remplaçante rattachée à l’EREA, si bien que j’ai exercé la mission d’enseignante (maths, français, physique, anglais) et éducatrice (surveillance de cantine, de nuit, et gestion d’ateliers divers les mercredi après-midi, les soirs). J’étais donc soutenue, guidée par les enseignants et les éducateurs. Ils m’ont appris qu’il fallait être claire avec les élèves sur mes attentes, qu’il fallait fonctionner en contrat et s’y tenir. Le respect doit être mutuel.

Si j’avais construis ma vie dans cette région, je pense que j’aurais poursuivi ma carrière dans cet établissement.

Depuis votre arrivée en Haute-Saône, vous avez enseigné dans les 3 cycles d’enseignement. Comment vivez-vous la polyvalence des âges liée à votre métier ? Avez-vous aujourd’hui une préférence pour l’un des cycles ? Pourquoi ?

Le fait d’avoir enseigné dans les différents cycles permet d’avoir une vue générale des attentes de l’école primaire, les liens entre les différents cycles, les méthodes d’apprentissages et l’évolution de l’élève. Il a été pour moi plus facile de passer du cycle 1 au cycle 3, que de passer de CM2 au CP où l’enseignante passe d’une certaine autonomie de l’élève à une demande constante d’accompagnement dans les apprentissages.

Cette année, vous accueillez tous les après-midis 2 élèves d’une classe ULIS et plusieurs élèves confrontés à des DYS. Quels sont les stratégies pédagogiques que vous mettez en œuvre pour prendre en compte leurs spécificités ?

Nous avons de plus en plus d’élèves diagnostiqués dys, mais nous avons peu de solutions proposées pour nous aider, nous conseiller et adapter notre travail. Nous tâtonnons, nous essayons certaines adaptations, que nous améliorons ou abandonnons suivant les résultats de chaque élève. Mais pour la majorité ce qui fonctionne bien c’est le passage à des codes couleur pour se repérer ou limiter l’écrit. Pas de doubles tâches, d’où la numérotation des différentes actions ou d’un guide rappelant les tâches à faire dans l’ordre. Les traces écrites sont réduites (texte à trous ou photocopie de l’intégralité de la leçon), les textes de travail sont écrits en police 14, avec un interligne de 1.5, avec la police Opendyslexic et la mise en avant des syllabes avec le logiciel Lire couleur. Les lignes pour les réponses doivent se situer juste en dessous de la question…

Toutes ces adaptations sont discutées avec les orthophonistes, psychomotriciens, ergothérapeutes… pour que nous travaillions tous de la même façon et que nous ne submergions pas l’élève avec différentes méthodes.

Certaines de ces adaptations peuvent servir à toute la classe et chacun a besoin de « ses petites béquilles » pour progresser. Einstein qui était dys a dit : « Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson sur sa capacité à grimper dans un arbre, il passera sa vie entière à croire qu’il est stupide ».

Quels sont les points forts de vos méthodes de travail ? Dans quel sens vous reconnaissez-vous dans l’approche de la pédagogie Freinet ?

Mes méthodes de travail se rapprochent de la pédagogie Freinet car elles passent par le respect de l’élève et de ses différences. Par le fait d’imposer un cadre de fonctionnement et des attentes précises, nous empêchons certains élèves de progresser en les enfermant dans un carcan. Personne ne peut régler tous ses problèmes en même temps. Un élève qui arrive le matin en classe porte avec lui ses connaissances, ses savoir –faire, ses peurs, ses problèmes et bonheurs personnels qui vont jouer sur sa disponibilité à entrer dans les apprentissages.

Envisagez-vous la préparation du CAPPEI et la suite de votre carrière dans l’enseignement spécialisé ? Si oui, plutôt sur quel type de poste ? Si non, pour quelles raisons ?

Je n’envisage pas pour le moment de repartir dans l’enseignement spécialisé car je dois être disponible pour mes enfants et surtout pour celui qui est dyslexique. Pendant sa scolarité, il aura besoin de mon aide pour que son trouble soit pris en compte en classe et pour l’aider dans ses devoirs. Tout ne sera pas adapté pour le rendre autonome.

Quand ils n’auront plus besoin de mon coup de pouce, je repartirai peut être vers le spécialisé qui sait !?

Virginie Dubois, professeure des écoles dans le 70

Le parcours de Mylène prof de lettres stagiaire

À l’issue de vos études secondaires, vous obtenez brillamment un baccalauréat littéraire. Quels souvenirs gardez-vous de vos enseignants de lycée ? Avez-vous en tête une pratique pédagogique qui vous a semblé particulièrement efficace ?

Étrangement les enseignants du lycée m’ont moins marquée que ceux du collège où j’ai eu un vrai déclic pour le français, le latin et le théâtre. Néanmoins, je me souviens particulièrement du professeur d’anglais qui avait très bien compris que sa matière n’était pas du tout ma préférée et qui a su être très à l’écoute de mes difficultés et de mon stress face à l’épreuve du baccalauréat. Le professeur de théâtre a aussi marqué mes années lycée. C’était un homme passionné grâce auquel j’ai pu me retrouver un jour, seule sur scène pour un monologue, devant des centaines de personnes que j’ai réussi à faire rire… Grâce à ces deux professeurs, j’ai gagné énormément de confiance en moi. Ce n’est pas tant une pédagogie qui m’a marqué mais la dimension humaine essentielle au métier de professeur selon moi.

Votre parcours se poursuit avec deux années en classe préparatoire. Quels sont, selon vous, les principaux bénéfices et écueils d’une formation intensive de ce type ?

Les deux années de classe préparatoire ont été intenses, il n’y a aucun doute là-dessus. Il faut être très rigoureux dans le travail et ne pas compter les heures de révision. Ce sont deux années où les études deviennent nécessairement notre priorité si on veut réussir un minimum. L’enseignement qu’on reçoit reste aussi très magistral et traditionnel, de ce fait la densité des cours s’en ressent et il est facile de décrocher. Cependant, si c’était à refaire je n’hésiterais pas ; j’ai eu un enseignement encore très général et approfondi deux ans après le baccalauréat et cela m’a apporté une certaine culture générale et une ouverture sur le monde. J’ai apprécié aussi l’encadrement à mon encontre rassurant et semblable à celui du lycée, étonnamment, même si c’est un rythme de travail intense, la transition entre les années lycée et le post bac devient plus douce. Et surtout, ce sont des méthodes de travail efficaces que j’ai acquises et que j’ai pu réinvestir pour le restant de mes études.

De retour en Faculté, vous découvrez l’expérience d’EAP (Emploi d’Avenir Professeur) dans le même collège que celui dans lequel vous aviez été élève auparavant. Diriez-vous que cette fonction vous a conforté dans votre projet de préparer le CAPES ? Pourquoi ? Quels sont les avantages et les inconvénients de ce « retour aux sources » ?

L’expérience d’EAP a sans doute été une des plus belles de ma vie honnêtement. Même si j’ai toujours su que je travaillerais dans le milieu de l’éducation, cela a définitivement concrétisé mon parcours scolaire. J’ai clairement vu l’objectif de mes études et cette expérience m’a ainsi énormément motivée dans ma voie, en y donnant finalement un sens concret. Les professeurs du collège et surtout ceux qui m’ont donné le goût du français et du latin étant pour la plupart encore présents dans l’établissement, c’était un véritable plaisir voire une certaine fierté d’être passé de l’autre côté, du statut d’élève à professeur à côté d’enseignants que j’admirais. Cependant, revenir aux sources m’a demandé un effort de lucidité : je me trouvais dans un collège de campagne, avec une bonne réputation, prisé dans les mutations et en plus j’en connaissais particulièrement bien les lieux et le fonctionnement. Il fallait donc que je me rende à l’évidence que tous les établissements n’étaient pas aussi accueillants avec des classes systématiquement faciles à gérer.

Lauréate du CAPES, vous êtes nommée fonctionnaire-stagiaire dans un collège de Besançon. Comment vivez-vous cette année de formation ? à l’Espé ? au collège ?

Avoir le statut de fonctionnaire-stagiaire n’est pas chose évidente. On est tiraillé entre l’envie de s’investir pleinement dans ce métier qu’on a tant désiré, et ainsi mettre fin à notre frustration, et on apprécie quand même le rythme « plus facile » permis par l’alternance entre l’Espé et le collège. Plus l’année avance, plus je gagne en assurance dans mon métier et de ce fait, on se sent parfois infantilisé quand du jour au lendemain vous redevenez élève après avoir été professeur. Je craignais aussi de devoir justifier ma légitimité à enseigner dans le collège mais pas du tout : bien que j’ai deux classes dont une particulièrement difficile, les parentes d’élèves m’ont toujours soutenue et il en est de même pour les collègues et les membres de la direction. Finalement le plus difficile reste de s’imposer comme une figure d’autorité face à ses élèves.

Dans le cadre de la préparation de votre Master, vous avez choisi un sujet de mémoire sur le thème du personnage du loup en littérature. Pourquoi ce choix ? Quelles sont vos premières conclusions ?

En élaborant ce mémoire, je voulais savoir si ce personnage du loup, qui m’a tant marqué quand j’étais enfant, était autant présent dans l’esprit des gens que dans le mien. Et il s’avère que oui : c’est un animal et un personnage omniprésent dans notre culture et dont le symbolisme est très fort. Traditionnellement associé au mal, à la perversité, il est intéressant d’observer le revirement culturel qu’il connait aujourd’hui : le loup est de plus en plus ridiculisé, humanisé. Celui qu’on considérait depuis toujours comme l’adversaire de l’homme devient progressivement son ami. Enfin ce thème est d’autant plus intéressant qu’il imprègne notre littérature et s’intègre parfaitement dans les programmes scolaires par l’étude des fables, des contes …

Vous montrez de l’intérêt pour une langue ancienne comme le latin qui est une « composante » de votre CAPES. Comment motiver les élèves dans l’enseignement d’une discipline qui n’est pas vraiment « à la mode » ?

Malheureusement, le latin devient une denrée rare aujourd’hui dans les établissements scolaires, et pourtant, il est tellement intéressant étudié ! Les élèves ont besoin de concret et de donner sens à leur apprentissage et le latin participe à cela. Le français est une langue complexe mais l’étymologie éclaire le sens et l’orthographe des mots, donne des moyens mnémotechniques aux élèves pour faciliter leur apprentissage. Le latin est au carrefour de plusieurs langues (l’espagnol, l’italien et le français notamment), il est donc utile pour les élèves d’y être familiarisé pour établir des liens entre les différentes disciplines, y trouver une certaine logique et concrétiser leur apprentissage. Il faut aussi s’efforcer, je pense, d’actualiser la langue : les hommes latins évoquaient des sujets qui sont tout à fait d’actualité aujourd’hui comme la recherche de l’amour, la politique… Le latin est une langue morte mais il faut s’efforcer de la rendre vivante dans l’esprit des élèves pour qu’elle perdure.

Parmi vos projets personnels à moyens termes, il y a l’envie de voyager dans divers pays d’Europe. Lesquels ? Pourquoi ? Vous sentez-vous prête, par la suite, à organiser des voyages scolaires sur ces territoires ?

Depuis toujours, je suis fascinée par tout ce que notre planète a à nous offrir : des paysages variés, des cultures enrichissantes, des rencontres incroyables, une ouverture d’esprit évidente… Je pense que voyager est la meilleure chose à faire pour se remettre en question, en tant qu’individu, en tant que membre d’une société. On grandit grâce au contact avec les autres et j’aimerais en profiter le plus possible. Mon rêve le plus grand serait de faire le tour du monde et j’espère sincèrement que j’aurai l’occasion de le faire. Sachant que jusqu’ici, en raison de mes études prenantes et de mes petites économies, je n’ai pas fait énormément de voyages, je suis extrêmement reconnaissante vis-à-vis des professeurs qui m’ont permis de voyager par le biais de mes études. J’espère me sentir assez prête, dans quelques années, pour accompagner mes élèves en voyage et pour susciter chez eux cet amour de la découverte, de la rencontre avec l’inconnu. Pour l’instant l’aspect organisationnel et la responsabilité que cela engendre m’effraient encore, mais je commence à voyager à une plus petite échelle en emmenant mes élèves au cinéma. Le reste viendra avec le temps !

Mylène Loureiro
Professeur stagiaire certifiée
Académie de Besançon

Le parcours d’Émeline, stagiaire PLP

Après un Bac ES et des études universitaires en sciences humaines, vous faites le choix d’une année Erasmus en Finlande. Que retenez-vous de l’approche pédagogique dans le système éducatif finlandais ? Quels dispositifs porteurs vous semblent transférables en France ?

J’étais essentiellement à l’Université, mais j’ai pu avoir un aperçu de l’approche pédagogique dans le système éducatif finlandais et sans surprise elle est très différente de celle que nous connaissons en France. Je pense que ce que j’ai pu expérimenter à l’Université reflète assez bien le fonctionnement pédagogique en Finlande. Beaucoup de comportements que j’ai pu observer à l’Université semblaient intériorisés depuis longtemps.

Nous avions assez peu de cours magistraux, les finlandais ne sont pas dans une logique descendante des apprentissages, du prof vers les élèves/étudiants. Ce sont plutôt des apprentissages co-construits, chacun va à son rythme et est acteur de son propre apprentissage. L’école est là pour accompagner les élèves dans la prise de conscience de leur apprentissage. D’ailleurs, il n’y pas d’évaluation chiffrée dans école fondamentale (scolarité obligatoire de 7 à 16 ans). L’évaluation consiste en une appréciation sur l’acquisition des compétences et toujours dans une logique encourageante. Je me souviens que l’auto-évaluation était elle aussi très pratiquée dans un but réflexif sur les apprentissages en cours. En France, nous avons de plus en plus recours à l’auto-évaluation mais je pense que nous pourrions la rendre encore plus systématique à l’image de ce qui se pratique en Finlande. Il me semble que c’est un bon moyen de rendre les élèves acteurs de la construction et de l’évolution de leurs apprentissages. À mon sens cela permet aux élèves d’être plus conscients de leurs propres progrès.

À l’Université chaque étudiant s’inscrit à des modules en fonction de ses aspirations et envies. Par exemple, j’étais inscrite en géographie mais j’ai pu piocher des cours en économie, en sociologie ou en sciences politiques… Chacun construit progressivement ses savoirs et son parcours comme il le souhaite.

Les jeunes finlandais sont aussi, très tôt, amenés à coopérer de manière constructive et à travailler en groupe. Les classes sont généralement disposées en îlot.

Je me souviens aussi qu’en primaire et dans le secondaire, les cantines et les fournitures scolaires étaient gratuites afin d’offrir les mêmes chances de réussite à l’ensemble des enfants et de gommer les inégalités sociales.

Enfin l’anglais est introduit très tôt dans les enseignements, beaucoup de finlandais sont bilingues. Par exemple, à l’Université beaucoup de cours sont dispensés en anglais, mais ce n’est pas un frein pour les étudiants qui choisissent quand même ces enseignements.

À votre retour, vous vous engagez dans la préparation d’un Master de géographie avec une spécialité en développement et solidarité internationale. Pourquoi ce choix ? Sur quelle thématique portait votre mémoire et quels sont vos souvenirs de vos séjours en Afrique de l’ouest ?

J’ai décidé de m’orienter vers un Master professionnel de géographie du développement car je souhaitais devenir chargée de mission dans le domaine de la coopération et de la solidarité internationale. En seconde, après un voyage à Madagascar, j’avais déjà développé cet intérêt pour les questions de développement, cette idée était restée dans un coin de ma tête puis j’ai suivi mon cursus lycéen. C’est finalement lors de ma licence de géographie que cet intérêt s’est à nouveau manifesté. En Erasmus, j’ai suivi des cours de géographie du développement qui ont confortés mon choix. En entrant en Master à la Sorbonne, j’ai souhaité m’orienter vers les questions d’accès à l’éducation en milieu rural et plus spécifiquement en Afrique de l’Ouest.

Mon mémoire portait sur l’insertion socioprofessionnelle des jeunes burkinabés après des formations agricoles en milieu rural. Je menais cette étude d’évaluation pour les Maisons Familiales Rurales, dans ce cadre je suis restée 5 mois au Burkina Faso. Ces 5 mois ont été vraiment enrichissants.

Pendant un an, vous effectuez un service civique au sein du Cercoop. Que signifie ce sigle et quel est le principal objectif de ce dispositif ? Sur quels champs de responsabilité vous êtes-vous investie ?

Le Cercoop est un réseau régional multi-acteurs pour la coopération et la solidarité internationale en Bourgogne-Franche-Comté. L’objectif de cette structure est d’accompagner les actions de coopération et de solidarité internationale menées sur le territoire franc-comtois et à l’international et de favoriser les mutualisations entre les acteurs. Ma mission consistait à réaliser une cartographie et un état des lieux des projets de coopération franc-comtois (leurs domaines d’actions, les pays partenaires…). Mais j’ai aussi pu accompagner des porteurs de projet notamment dans le montage de projet à travers des formations.

Créatrice de lien social, vous décidez de lancer une association et vous vous impliquez dans plusieurs festivals. Et si vous nous en disiez davantage…

En effet, j’ai été engagée sur plusieurs projets associatifs, dans les domaines culturels et environnementaux. J’ai notamment monté une association de sensibilisation au gaspillage alimentaire par le biais de l’organisation de Disco Soupe. Ce sont des événements festifs de sensibilisation au gaspillage, nous collectons des fruits et légumes invendus auprès des supermarchés et producteurs puis nous les transformons en soupe, salade, jus avec le public qui épluche et découpe. Les participants changent de regard sur les produits qu’ils n’auraient peut-être pas consommés chez eux les considérant trop « moches, abimés »… J’ai aussi participé à l’organisation d’Alernatiba Besançon et à la mise en place d’un festival d’arts de rue, le Festival du Bitume et des Plumes. Il s’agit d’un festival gratuit avec des compagnies amateures ou professionnelles locales (cirque, théâtre, danse, clown, concert, expositions et ateliers…). Le but est aussi de faire découvrir la richesse du patrimoine urbain et historique de Besançon. Les spectacles ont lieu dans des cours intérieures et lieux insolites du quartier.

Vous exercez successivement les fonctions d’assistante pédagogique en éducation prioritaire puis d’assistante d’éducation en lycée professionnel. Quels sont les points communs et les différences entre ces 2 expériences ? Diriez-vous que ces missions ont eu un impact crucial dans votre décision de devenir enseignante ? Pourquoi ?

Le principal point commun entre ces deux expériences est probablement lié à la zone géographique dans laquelle se situaient ces deux établissements, à savoir un quartier de la banlieue de Besançon. Le public était donc sensiblement le même. J’ai d’ailleurs retrouvé les mêmes élèves. Mais globalement c’étaient des expériences assez différentes et néanmoins complémentaires qui m’ont permis de découvrir deux aspects de mon métier actuel. Au-delà des missions qui étaient différentes, c’est surtout la relation aux élèves qui étaient différentes car en tant qu’AP la posture est plus proche de celle de l’enseignant que de l’AED. J’ai d’abord été Assistante Pédagogique au collège Diderot. J’intervenais dans les classes en supplément et à la demande de certains professeurs (toutes disciplines confondues). J’avais aussi « la charge » d’une classe de 6e que je voyais en demi-groupe une fois par semaine (accompagnement dans leur nouveau rôle de collégiens, aide aux devoirs, mise à niveau dans certaines disciplines, aide à l’organisation…). Avec cette classe, j’intervenais aussi dans certaines matières en appui pédagogique aux professeurs (français et mathématiques). Enfin, je faisais de l’aide aux devoirs une fois par semaine, tous niveaux confondus. Ensuite, j’ai été Assistante d’Education à mi-temps au Lycée professionnel Tristan Bernard de Besançon. J’intervenais en journée et à l’internat, j’ai également été en charge de quelques heures dans le cadre du dispositif « devoirs faits » avec les 3e Prépa Pro. Je venais d’échouer au CAPES, je voulais tenter le CAPLP mais craignais un peu le public de LP or cette expérience a confirmé mon désir de passer le CAPLP lettres-histoire-géo. Alors oui, je peux dire que ces deux expériences ont eu impact crucial sur ma décision de devenir enseignante, elles ont d’ailleurs confirmé cette volonté de devenir.

PLP stagiaire en lettres-histoires, vous traitez de la transversalité disciplinaire dans votre mémoire et vous avez construit un projet de co-intervention avec un collègue. Quelle est la problématique de votre recherche ? En quoi l’approche interdisciplinaire vous semble t-elle répondre aux attentes des élèves ?

En effet, dans mon mémoire j’ai décidé de proposer et analyser une approche transdisciplinaire de l’Education au Développement Durable, en lycée professionnel et plus particulièrement avec une classe de seconde baccalauréat professionnel. La problématique de ma recherche est la suivante : quelle Education au Développement Durable en lycée professionnel à l’heure de l’évolution du concept de Développement Durable et de la réforme du lycée professionnel ?

Je pense que l’approche interdisciplinaire peut répondre aux attentes de nos élèves concernant plusieurs points. D’abord, les élèves ont souvent du mal à comprendre la finalité des différents enseignements qu’ils reçoivent et à faire du lien entre eux. C’est pourquoi, il me semble qu’une approche collective, transversale et décloisonnée de certaines questions permettra aux élèves de faire du lien entre les différentes disciplines et de donner du sens à leur parcours scolaire mais également à leur formation en tant que futurs citoyens. Il me semble nécessaire que les élèves parviennent à donner du sens à leurs apprentissages. Aussi il me semble que l’interdisciplinarité permet de mieux prendre en compte la diversité des élèves et ainsi proposer une pédagogie différenciée.

Compte-tenu de la richesse de votre parcours, on imagine aisément que plusieurs projets trottent actuellement dans votre tête pour des échéances rapides ou plus lointaines. Nous donnerez-vous l’exclusivité de vos perspectives ?

En effet, j’aimerais mettre en place plusieurs projets avec mes classes à plus ou moins long terme.

D’abord, j’envisage d’aller à Verdun avec ma classe de 3e prépa pro, au printemps. La première guerre mondiale étant au programme d’histoire de 3e, il me semble intéressant que les élèves puissent découvrir et visiter un lieu de mémoire emblématique de ce conflit.

J’envisage aussi de faire intervenir des associations engagées dans la lutte contre le gaspillage alimentaire dans le cadre de mes cours d’Enseignement Moral et Civique et de Géographie, les questions du développement durable et de l’alimentation étant au coeur des programmes de seconde professionnelle.

Émeline Braud, Stagiaire PLP dans l’académie Nancy-Metz

Bérénice CPE, a commencé par des études de psycho…

Après l’obtention d’un Baccalauréat ES mention allemand européen, vous prenez la direction de la faculté des lettres et sciences humaines afin d’y préparer une licence de psychologie. Qu’est ce qui a présidé, selon vous, au choix de cette discipline universitaire ?

Au lycée, je n’avais pas de projet précis d’avenir. Une faculté me paraissait être un choix judicieux car cela restait assez général et dans mes capacités. Plusieurs métiers m’intéressaient, je m’imaginais volontiers journaliste spécialisée dans le domaine du cinéma, psychologue, avocate ou dans l’enseignement avec déjà le métier de conseiller principal d’éducation en tête. J’hésitais surtout entre faculté de psychologie et faculté de droit à l’époque. Mon entourage me qualifiait de personne à l’écoute, empathique. Je pense honnêtement m’être dirigée vers la psychologie plus parce que la famille et les amis m’y voyaient plutôt que par réel engouement. Finalement c’était bien vu de leur part, j’ai beaucoup apprécié ces années en psychologie.

Dans le cadre de votre master de psychologie, vous avez suivi un stage auprès d’une CPE dans un collège de centre-ville puis auprès d’une psychologue clinicienne exerçant en centre hospitalier. Quelle analyse comparative de ces deux expériences pourriez-vous nous présenter ?

Après une licence de psychologie au sens large il faut se spécialiser, je me suis orientée dans un Master de psychologie sociale. Au premier semestre, nous avions le droit de réaliser notre stage dans le domaine que nous voulions. Je ne me sentais plus spécialement à ma place dans cette spécialisation, j’ai donc voulu apprendre à mieux connaître un métier qui m’attirait depuis longtemps : CPE.

Au second semestre, il fallait avoir obligatoirement un psychologue comme tuteur. Je suis allée dans une unité de soins palliatifs en hôpital. Étrangement, ces deux stages avaient des similitudes : l’hôpital et l’école sont deux institutions où différents personnels travaillent ensemble dans le but d’accompagner au mieux des patients ou des élèves.

Vous prenez la décision ensuite de préparer le concours CPE à l’Espé alors que le projet de devenir PsyEN semblait tout aussi cohérent. Qu’est ce qui, selon vous, a fait pencher la balance ? Diriez-vous que votre « héritage » familial a joué un rôle dans cette orientation ?

Plus je découvrais la psychologie sociale du travail moins j’avais d’appétence pour cette spécialisation. Devenir PsyEN supposait que je reste dans ce master et que je le termine. Ce métier ne m’attirait pas assez pour continuer dans des études que je n’aimais plus. CPE m’avait toujours parlé et la formation en psychologie était plus que cohérente pour ce métier où l’empathie est primordiale. J’avais peur de ne pas être assez âgée pour réussir le concours. Le stage en unité de soins palliatifs m’a ouvert les yeux. J’ai compris que la maturité et l’âge étaient différents et que j’avais la maturité requise pour pouvoir prétendre au métier de CPE.

Il est certain que le fait d’avoir des parents dans l’éducation nationale a été le principal moteur de cette motivation pour devenir CPE. J’ai grandi dans l’univers de l’éducation c’était familier et ce monde me plaisait.

CPE stagiaire en lycée cette année, vous êtes profondément attachée à la dimension pédagogique du métier de CPE. Sur quelles thématiques citoyennes ressentez-vous aujourd’hui des besoins de formation ?

J’apprécierais d’être formée pour pouvoir réaliser des interventions autour de la question de l’égalité filles-garçons mais aussi sur la sexualité. Il s’agit de concepts transversaux vus dans différents enseignements mais je pense que réaliser une intervention en classe sur ces thèmes précisément est aussi très important. Et effectivement, je conçois mon métier comme éducatif et pédagogique, le CPE est donc légitime dans ce genre d’activité.

L’animation socio-éducative est aussi au cœur de vos motivations. Si vous deviez proposer un club dans un de vos futurs établissements, quelle en serait l’activité-phare ? Pourquoi ?

Je pense que tous les CPE exercent différemment leur métier et que les goûts et passions ressortent dans la pratique et ce notamment lorsqu’il s’agit de proposer des clubs. Personnellement, ma grande passion restera toujours le cinéma, son analyse, sa critique et la façon qu’il a de refléter nos sociétés. J’adorerais proposer aux élèves un club cinéma. Je suis convaincue que l’analyse de film peut éclairer certains éléments ou évènements de notre société et ce de façon ludique. De plus, l’avis des enseignants sur les films choisis serait très important car ils pourraient étayer ou approfondir des choses vues en classe.

La vie professionnelle réserve parfois de belles surprises, des opportunités à saisir. Comment imaginez-vous l’évolution de votre carrière ? Dans quelle peau professionnelle vous voyez-vous dans une quinzaine d’années ?

Avoir réussi le concours de CPE et être aujourd’hui CPE est quelque chose qui me comble professionnellement parlant ! Je m’imagine déjà faire ce métier à fond : collège, lycée, varier les villes, varier les contextes… Cela me plairait d’intervenir à l’Espé aussi, pas comme formateur mais pour aider les futurs CPE à la préparation du concours par exemple. Et si un jour j’ai le sentiment d’avoir fait le tour de mes capacités ou de mes projets en tant que CPE, pourquoi pas se lancer dans le concours de personnel de direction ! Mais ça, ce n’est pas pour tout de suite !

Bérénice GURGEY, CPE stagiaire dans l’académie de Besançon

Des études de droit à CPE, le parcours de Chloé

Durant votre scolarité secondaire, vous avez rencontré divers visages de CPE au collège et au lycée. Quels souvenirs gardez-vous des personnels d’éducation en poste dans les établissements que vous fréquentiez ?

J’ai effectivement rencontré plusieurs CPE durant ma scolarité. Compte tenu de la diversité des CPE que j’ai pu rencontrer à la fois au collège et au lycée, je me suis rendu compte que finalement, la fonction de CPE peut en fait s’incarner de manière très différente en fonction de la personne qui l’exerce, et de la personnalité de chacun. Bien que chacun a les mêmes missions à conduire, chaque personne incarne le métier à sa manière, en fonction de sa personnalité. Finalement, je pense qu’il existe autant de CPE que de manières d’incarner la fonction. Cela est à mon sens une richesse dans ce métier.

Après un bac ES, vous vous dirigez vers des études universitaires de droit. Pourquoi ce choix ? Avec le recul, quels ont été les apports d’une telle discipline ? Avez-vous envisagé à un moment donné de devenir avocate ?

Je me suis dirigée vers des études de droit, car je ne savais pas encore vraiment à la fin du lycée quel métier je voulais exercer, une fois dans la vie active. Mais, le droit était un domaine qui m’intéressait. Les matières, en licence, sont assez diverses et variées, et permettent de se construire une culture et de comprendre le monde qui nous entoure. C’est d’ailleurs dans cette optique que j’ai choisi l’option droit public, car cela permettait vraiment d’étudier le fonctionnement des institutions, le sens des lois qui ont cours dans notre société… Avec le recul, avoir effectué une licence de droit m’a permis d’acquérir un certain sens critique, de la réflexion, et une certaine rigueur, ce qui m’est réellement utile aujourd’hui en tant que CPE stagiaire.

Parallèlement à vos études à la FAC, vous découvrez la fonction d’AED dans un lycée pendant 2 ans. Vous-êtes-vous vu confier par vos CPE des responsabilités supplémentaires, des dossiers particuliers ? Lesquels ? Quel regard portez-vous sur l’animation à l’internat ?

Ce sont en fait ces deux années en tant qu’AED au sein d’un lycée qui m’ont réellement donné envie de devenir CPE. Lorsque l’on est AED, nous avons une posture encore différente par rapport aux élèves, et ce encore plus dans le cadre d’un internat, qui est en quelque sorte la seconde maison des élèves. Notre rôle est alors de faire en sorte que les élèves se sentent bien au sein de l’établissement, tout en y faisant respecter les règles. Lorsque j’étais AED, j’ai pu dans ce cadre animer un atelier « gym », à destination des élèves internes. Cela m’a permis en outre de développer une relation particulière avec les élèves que j’encadrais, puisque ces séances étaient en fait des moments importants d’échange avec les élèves, et de dialogue. En cela, l’animation dans un internat doit à mon sens faire l’objet d’un réel projet éducatif, partant des besoins des élèves tout en leur permettant de réussir scolairement.

Vous préparez ensuite un Master MEEF et, dans le même élan, le concours externe de CPE. Quelles ont été vos motivations pour envisager d’épouser une telle fonction ? Comment avez-vous vécu les épreuves du concours, en particulier les épreuves orales à Bordeaux ?

J’ai souhaité passer ce concours car je me sens réellement en accord avec les valeurs que véhicule l’école. Ces valeurs permettent de donner un sens à notre travail. De plus, le métier de CPE est relativement riche, il permet de travailler en équipe et d’accompagner tous les élèves durant leur scolarité, ce qui est une mission qui me touche particulièrement. Il s’agit vraiment d’un des seuls métiers dans lequel je me suis projetée. Lorsque j’ai passé le concours externe, je savais que c’était un concours assez compliqué à avoir. J’ai beaucoup travaillé, et cela n’a pas toujours été facile lorsque l’on sait le niveau de sélectivité et d’exigence de ce concours. Concernant les épreuves orales à Bordeaux, même si cela était très stressant, l’entrainement dans le cadre du master m’a permis de mieux gérer ce genre d’épreuves, qui peuvent être par ailleurs très déstabilisantes. J’ai donc pu aborder ces épreuves sereinement, du moins je pense avoir été bien préparée à ce type d’épreuve.

Depuis la rentrée de septembre, vous avez été nommée fonctionnaire-stagiaire CPE dans un lycée de Besançon. Quelles sont vos premières impressions après quelques mois d’exercice ? Quel est le domaine dans lequel vous vous sentez le plus à l’aise ?

Mes premières impressions après quelques mois d’exercice sont positives. J’appréhendais un peu le fait d’être dans un grand établissement, mais finalement, je me sens bien et pense m’être bien installée et adaptée au fonctionnement. On se rend compte durant les premiers mois d’exercice que le métier de CPE est un métier très enrichissant, mais qu’il convient également de savoir absolument prioriser les choses afin de gérer au mieux son temps. Il n’y a pas vraiment de domaines dans lesquels je me sens moins à l’aise.

Vous encadrez régulièrement des enfants et des adolescents à travers une activité sportive. Laquelle ? En quoi ce coaching contribue à votre épanouissement ? Envisagez-vous de proposer cette activité en établissement en lien avec les professeurs d’EPS ?

En effet, même si le temps ne me le permet plus aujourd’hui, j’ai pendant longtemps encadré des jeunes adolescents dans un club de gymnastique artistique féminine, sport que j’ai pratiqué pendant des années. Cela m’a beaucoup appris, car en tant qu’entraineur, nous sommes également dans l’accompagnement, le conseil de jeunes adolescents, qui ont également parfois besoin d’être rassurés. Le sport permet de vivre des émotions bien particulières, qui m’ont également permis de trouver un équilibre. Même si je ne pratique plus cette activité à l’heure actuelle, j’exerce toujours d’autres sports (course, sports collectifs…), je ne m’imagine pas sans. Le fait de s’associer avec des professeurs d’EPS pourrait s’avérer intéressant, notamment afin de développer la coopération entre élèves, ce que rend possible la pratique du sport.

Avez-vous une idée d’un chantier professionnel à investir à moyens termes ?

Pour l’instant, en tant que CPE stagiaire, je souhaite me consacrer entièrement au fait de découvrir toutes les facettes du métier, et de me former au mieux pour l’année prochaine si je suis titularisée cette année. Pourquoi pas plus tard former et accompagner les futurs AED…

Chloé Thomas, CPE stagiaire dans l’académie de Besançon

Le parcours de Jérome, CPE et directeur adjoint d’une ESPE

Votre carrière dans l’Education Nationale débute juste après le Bac en tant que MI/SE* dans 3 collèges classés en éducation prioritaire. Quels souvenirs gardez-vous aujourd’hui de ces premiers pas dans l’institution ? Avez-vous bénéficié d’un accompagnement spécifique en tant qu’entrant dans la fonction ?

Scolarisé moi-même en éducation prioritaire, mon entrée dans « la vie scolaire » s’est donc faite en conformité avec mon modèle d’expérience. Je n’ai pas été particulièrement accompagné dans la prise de fonction, mais des marques de reconnaissance des chefs d’établissement, et des enseignants, m’ont (r)assuré sur ma pratique et mon utilité dans ces collèges-là. Cela m’a d’ailleurs joué un tour sur ma première admissibilité au concours : mon discours ne portait alors que sur cet environnement et son public, et n’imaginait pas d’autres conditions d’exercice que j’ai découvertes par la suite.

Après votre réussite au concours CPE et votre année de stage, vous exercez pendant 12 ans dans un lycée Polyvalent de 1500 élèves. Comment avez-vous vécu le passage entre le collège et le lycée ? Dans quelle mesure l’internat s’est-il retrouvé au cœur de votre pratique ?

La plus grande acculturation fut de m’adapter à un public issu d’un autre milieu, entretenant un autre rapport à l’école, ne nécessitant pas les mêmes postures éducatives. La seconde fut d’inscrire une pratique dans la dynamique de service en lycée, où la tâche administrative, la gestion de la masse, la distance de certaines relations professionnelles sont plus prégnantes. Mais j’ai alors éprouvé beaucoup de plaisir à m’engager sur des politiques liées à la santé, à la citoyenneté, et à la culture. Quant à l’internat, je dirais maintenant qu’il est surement l’espace dans lequel je me suis le plus construit et épanoui professionnellement, celui où l’expression « prendre en charge » me parait le plus prendre son sens.

En 2007, vous décidez de reprendre les études et de préparer un DU sur la gouvernance du système éducatif. Qu’est ce qui a été à l’origine de votre motivation ? Sur quelles missions ont débouché l’obtention de ce nouveau diplôme ?

Beaucoup de questionnements professionnels mais aussi externes au métier, un besoin de prendre de la distance et surtout d’éclairer une pratique construite essentiellement sur la pratique justement, une curiosité que presque 10 ans d’exercice dans le même établissement ne suffisait plus à nourrir. Cette formation, essentiellement suivie par des personnels de direction et des inspecteurs, fut l’occasion de construire du réseau, mais surtout de se sentir légitime dans les réflexions, les pratiques, les projets : elle m’a aidé à m’autoriser professionnellement, en interne avec les chefs d’établissement par exemple, mais aussi en externe auprès des IPR, des formateurs. Si j’avais déjà été tuteur ou formateur MI/SE*, j’ai alors pris de l’assurance pour prendre en charge d’autres activités de formation, ou de conseil dans des groupes de travail avec le rectorat.

3 ans plus tard, vous devenez formateur au sein de l’IUFM et vous participez à divers dispositifs de formation pilotés par le Rectorat. À quel public vous adressez-vous en particulier ? Quelles sont les thématiques qui constituent le fondement de vos interventions ?

Mon arrivée correspond à la mise en place de la masterisation : en même temps que je deviens formateur, d’abord détaché puis titulaire de l’université, je découvre l’environnement universitaire, ses exigences et spécificités notamment en termes d’ingénierie pédagogique, d’évaluation, de diplomation. Au-delà de la formation au métier (concours et pratique pro), je m’engage progressivement sur la formation transversale des enseignants en initial et en continu, sur des groupes d’analyse de pratique professionnelle dans le 1er et le second degré, et sur de l’analyse de l’activité. Dans ce cadre, j’intègre aussi la formation des cadres, en particulier les personnels de direction et les inspecteurs stagiaires : une expérience richissime.

Depuis septembre 2016, vous exercez la fonction de directeur-adjoint au sein de l’ESPE de Toulouse. Pouvez-vous décrire les dossiers que vous avez en responsabilité ? Comment vous sentez-vous dans cette nouvelle « peau professionnelle » ?

J’ai à charge le pilotage de la formation initiale ; cela signifie que je dois impulser et organiser la politique de formation de l’ESPE, en particulier les masters MEEF. L’ESPE est très structurée : on y trouve différentes responsabilités, d’UE, de parcours, de mention, de pôle, et j’ai vocation à coordonner – disons, en chef d’orchestre – les réflexions et les mises en œuvres de 56 parcours, pratiquement autant de disciplines, que ce soit sur des questions administratives universitaires, ou sur des aspects plus pédagogiques et prospectifs. Mes deux gros chantiers actuels sont l’évaluation des formations,  et surtout la construction de la nouvelle accréditation de l’ESPE, donc de nouvelles maquettes de formation, dans un temps de réformes. Notre ESPE est à ce jour dans des fonctionnements collectifs bienveillants et soutenants, ce qui aide à se sentir plus « tranquille » pour endosser la fonction. Mais je trouve très intéressant – pour le métier et sa représentation – que l’on confie cela à un « CPE » de corps et de cœur.

Diriez-vous que votre fonction d’origine (CPE) vous manque parfois ? Quel regard portez-vous sur la nouvelle circulaire de missions qui date de 2015 ?

Beaucoup d’éléments de la pratique se retrouvent finalement dans mon quotidien à l’ESPE : les fonctions de conseil, le pilotage politique et l’organisation collective, la prise en charge des étudiants – parfois dans des dimensions éducatives, des activités concrètes liées à la sécurité, à la médiation, à la définition de protocoles, au partenariat, qui ne sont pas si éloignées. C’est parfois d’ailleurs encore le CPE que l’on vient chercher ! Ce qui peut manquer, c’est bien la relation éducative avec un public plus jeune, la satisfaction d’observer des engagements, des apprentissages, des réalisations que je qualifierais de « premiers » dans le parcours de formation et le développement personnel.
Pour moi, mais peut-être est-ce dû à ma fonction actuelle, la circulaire est venue reconnaitre des dimensions ambitieuses du métier, une capacité à nous dégager peut être plus des « assignations », et à assumer des postures de pilotage, de stratégie. Bref, à nous aider, après avoir été réactifs, puis actifs, à devenir pro-actifs. À nous d’oser !

Le projet de loi sur l’école de la confiance prévoit la transformation des ESPE en INSPE. Voyez-vous plutôt un danger ou une opportunité derrière ce changement d’intitulé ? Dans le déroulement de la formation initiale, que jugez-vous indispensable de conserver ? Pourquoi ? de modifier ? Pourquoi ?

Le changement de nom ne me parait pas opportun du point de vue de la structure; il m’a semblé que l’ESPE – en tous les cas celle dans laquelle j’exerce – commençait à se faire connaitre et reconnaitre comme un espace positif de formation, comme une ressource ancrée dans son territoire à la fois dans des dimensions universitaires et professionnelles reconnues. L’IUFM et ses représentations me paraissait bien derrière nous.

Il est parfois surprenant de voir que ce qui est proposé comme venant combler une lacune est déjà en partie une réalité, et souvent partagée : les ESPE se sont construites sur la place de la recherche, des équipes pluri catégorielles, une articulation théorie-pratique (même si l’expression serait à questionner). En revanche, elles se démènent avec l’impossible et parfois l’invivable : former en peu de temps des personnels, dans une charge de travail et des exigences difficile à assumer, dans une alternance compliquée à mettre en œuvre.

Nous nous sommes déjà saisis de questions comme le continuum de formation, une initiation à la recherche qui sans être applicationniste soit aidante à la professionnalisation, la construction une vraie prise en charge commune des stagiaires entre le rectorat et l’ESPE. Si la place du concours, une alternance plus paisible, une ingénierie pédagogique renouvelée, et une capacité à être le point d’ancrage d’un continuum de formation qui débute en licence et se poursuit en formation continue sont des objets qui méritent d’être améliorés, j’espère pour ma part que nous ne perdrons pas la dimension culture commune des formations, la mixité de l’accompagnement (rectorat – ESPE conjointement), et la possibilité d’une recherche pluridisciplinaire qui permette d’interroger et d’éclairer toutes les dimensions du métier.

Jérome Coutellier
CPE et directeur adjoint ESPE Toulouse

* Maitre d’Internat / Surveillant d’Externat

Le parcours de Meryl, prof doc stagiaire

Passionnée d’Histoire de l’Art, vous avez présenté un Master Recherche dans la spécialité des grandes mutations culturelles et artistiques de l’antiquité à nos jours. Quels étaient le sujet choisi, la problématique retenue et les grandes conclusions de votre travail ?

Dans le cadre de mon master en histoire, histoire de l’art j’ai étudié l’ancienne abbatiale Saint-Paul de Besançon sous la direction de Philippe Plagnieux et de Morana Causevic-Bully. Il s’agit d’une étude architecturale et d’archéologie du bâti d’un monument datant du XIVe siècle classé au titre des monuments historiques. Cet édifice est, avec la cathédrale Saint-Jean, le dernier encore en élévation de la période dite du « gothique comtois » à Besançon.
Le questionnement portait sur la chronologie architecturale afin de comprendre l’articulation entre les différentes campagnes de travaux qui ont eu lieu, mais aussi la façon dont le parti gothique se manifeste à travers le monument. Cette étude a permis de réaliser un phasage révélant les différents états de construction de l’édifice ainsi que les différents styles architecturaux, encrant l’ancienne abbatiale comme monument phare du gothique comtois.
Enfin, ce mémoire a également révélé le besoin d’un travail de recherche plus important qui pourrait être réalisé dans le cadre d’une thèse, afin de comprendre le monument dans son ensemble.

Entre 2012 et 2015, vous avez multiplié des expériences professionnelles liées au patrimoine et à la médiation. Pouvez-vous nous dire en quoi elles ont consisté et ce que chacune d’elle vous a apporté ?

Durant mes études j’ai effectivement travaillé au musée Georges-Garret de Vesoul en tant qu’agent du patrimoine. Cette expérience alliant patrimoine et médiation culturelle m’a beaucoup apporté, notamment dans la construction de mon rapport avec le public, qu’il soit adulte, jeune, ou scolaire. La médiation culturelle est un ensemble d’actions à la fois éducatives, ludiques et citoyennes, que j’ai pu expérimenter avec beaucoup de plaisir. Aujourd’hui, en ma qualité de professeure documentaliste stagiaire je retrouve de nombreuses compétences communes aux deux métiers, l’enseignant étant avant tout un médiateur des savoirs.
J’ai également pu, durant ma formation en histoire, histoire de l’art, obtenir un contrat étudiant avec l’université afin de travailler en tant que tutrice. Il s’agissait principalement de tutorat de recherche en direction des étudiants de licence, autour de la méthodologie de recherche à appliquer aux projets de mémoire. Il s’agit finalement des mêmes connaissances et compétences info-documentaires que l’on exige aujourd’hui des élèves à la fin de leur scolarité et qui constituent le domaine d’expertise des professeurs documentalistes.

Assistante d’éducation dans un lycée à Besançon, vous vous voyez confier des responsabilités pédagogiques à l’internat. Pouvez-vous nous en dire plus ? Quels liens faites-vous entre cette mission et votre désir de préparer le CAPES de documentation ?

Travailler en tant qu’AED durant ces années de formation s’est révélé être une véritable bouffée d’air frais pour moi. En effet le travail de recherche exige solitude et abnégation. Être AED m’a révélé deux choses : à quel point il était indispensable pour moi d’évoluer au sein d’un milieu professionnel qui travaille en équipe, mais aussi l’importance d’apporter savoirs et soutien aux élèves, qui à leur tour nous permettent de nous construire en tant que pédagogue.
Dans le cadre de l’internat, le contact privilégié avec les élèves mais aussi le travail au sein d’une équipe, qu’est celle de la vie scolaire, et plus largement de l’ensemble de la communauté éducative, m’ont permis de comprendre les rouages d’un établissement scolaire, mais surtout quelles étaient mes réelles motivations professionnelles. Plus les années passaient et plus je ressentais le besoin de m’investir et de passer à un autre statut au sein de l’établissement, celui d’enseignant. Le CAPES de documentation s’est imposé à moi, car les savoirs info-documentaires sont pour moi au carrefour de toutes les disciplines.

Lauréate de la session 2018 du CAPES, vous vous trouvez affectée dans un collège dans les environs de Besançon. Comment vous êtes-vous sentie accueillie par les personnels ? Quelles sont vos premières impressions après un mois et demi d’exercice dans l’établissement ?

N’ayant jamais eu d’expérience dans un collège rural, j’étais impatiente de faire mes débuts. Cette année l’équipe a été renouvelée de façon importante (le chef d’établissement, certains enseignants, etc.) ce qui a participé au fait que je me sente à l’aise et bien accueillie. L’équipe est dynamique et très motivée, j’ai pu trouver des collègues avec qui échanger sur des éventuels projets pédagogiques dès les premières semaines.
Durant ce premier mois je me suis sentie débordante d’énergie avec l’envie de soulever des montagnes ! J’ai cependant rapidement compris que des méthodes rigoureuses de travail devaient être appliquées pour ne pas se perdre dans la diversité des missions de notre métier. J’essaye d’investir cette énergie de façon productive en fonction des priorités que je suis en train de fixer avec mes collègues, mes tuteurs et mon chef d’établissement. Néanmoins, cette année j’ai très envie d’axer mon travail sur la pédagogie, l’expérimentation et le travail en collaboration avec les collègues.

Vous venez de découvrir une activité de sport collectif que vous pratiquez avec plaisir. Quel est ce sport et pourquoi l’avez-vous choisi ? Quelles sont les valeurs qu’il véhicule ?

Étant issue d’un milieu très modeste et étant très concentrée sur mes études et la préparation au concours, je n’ai jamais pu m’investir dans une activité de sport collectif comme je l’aurais désiré. Depuis la rentrée et grâce à mon statut de professeure stagiaire j’ai donc décidé de me faire plaisir et de me lancer un nouveau défi, celui d’apprendre et de découvrir un nouveau sport qui est le rugby. Je me suis inscrite au club local, l’olympique bisontin qui a une équipe féminine dynamique et qui joue à un bon niveau. J’ai choisi ce sport car c’est un sport exigeant physiquement et mentalement où on ne peut gagner que si l’on avance ensemble.
Par ailleurs j’adhère totalement aux valeurs qui y sont véhiculées, telles que le respect de l’autre, le courage, la solidarité, mais aussi l’intelligence tactique, la convivialité et bien évidemment, l’esprit d’équipe. J’ai également pu remarquer que l’humilité et le goût de l’effort étaient des qualités indispensables que chaque membre de l’équipe possède.
Je constate à quel point il est intéressant de se retrouver en position d’apprenante, contrastant ainsi avec mes débuts de carrière en tant qu’enseignante. J’apprends de joueuses beaucoup plus jeunes que moi, faisant preuve d’une grande gentillesse et de beaucoup de patience à mon égard.

Vous débutez une carrière qui s’annonce prometteuse et diversifiée. Comment vous projetez-vous dans 10 ans ? Quelles perspectives envisagez-vous ?

J’ai toujours avancé avec un objectif précis à atteindre. Aujourd’hui, étant dans une période de transition (étudiant à enseignant), je cherche avant tout à devenir une professeure documentaliste chevronnée. Néanmoins, je n’imagine pas ma carrière professionnelle sans perspective d’évolution, c’est un des nombreux aspects qui m’a plu dans le fait d’intégrer l’éducation nationale.
En effet, les diversifications professionnelles dans l’institution sont nombreuses. Ainsi dans un futur proche j’ai pour projet de participer activement à la formation des étudiants au sein de l’ESPÉ mais également à celle des enseignants.
J’aime assez l’idée de pouvoir participer à des journées autour d’un thème précis et d’échanger avec des collègues autour de nos pratiques. Les pratiques pédagogiques innovantes intégrant notamment les outils numériques me plaisent beaucoup et sont, je pense, des atouts qui sont souvent exploités de façon inappropriée.
Pour aller plus loin en me projetant dans quelques années, j’aimerais beaucoup participer au jury du CAPES et pourquoi pas tenter d’autres concours tels que celui d’inspecteur académique ou celui de chef d’établissement.

Meryl Laurent, professeure documentaliste stagiaire dans l’Académie de Besançon

Le cheminement de Caroline, CPE

Lors de la préparation du MASTER MEEF, sur quel domaine a porté votre mémoire ? Quelles grandes conclusions en avez-vous tirées ?

« En quoi les pratiques du Conseiller Principal d’Education au sein de l’instance du Conseil de la Vie Collégienne en éducation à la citoyenneté des élèves contribuent au déploiement de la démocratie scolaire ? » était la question de départ de mon mémoire de recherche.

Essais de la pédagogie institutionnelle de René Laffitte trouve une résonance particulière avec le sujet. Il y a 3 caractéristiques communes entre le courant et les mots-clés de la problématique :

  • « des activités qui accrochent le désir » car les CPE engagés dans le CVC (Conseil de Vie Collégienne) et la citoyenneté y croient, sont motivés.
  • « Des institutions variées » : diversité des établissements eux même et diversités des CVC (modalités élections des membres, thèmes des projets…)
  • et la dernière caractéristique « institution instituante, le conseil, qui permet de verbaliser les vécus divers des situations et de modifier ces situations qui influeront à leur tour sur les comportements, de faire bouger les choses sans que tout s’écroule »

En conclusion, j’émets l’hypothèse que si l’instance CVC est considérée en amont par le CPE et la communauté éducative comme une « institution instituante » au sens de René Laffitte, où les trois champs de réflexion et de pratique de l’éducation à la citoyenneté : droits et devoirs/vivre ensemble/démocratie sont mis en œuvre, alors le déploiement d’une démocratie collégienne serait réelle et permettrait de pallier à la diversité des contextes, surcharge du quotidien, conceptions protéiformes de la citoyenneté…. À vérifier par la suite.

Vous semblez attachée à la dimension pédagogique du CPE. Dans quel sens peut-on dire que le CPE est un pédagogue ?

La dimension pédagogique du CPE, de l’ancien CE ou Surgé était déjà présente, peut être de façon moins officielle, plus enfouie… les professionnels éducatifs n’ont pas attendu d’avoir des convictions et pratiques pédagogiques. Avant de passer par les premières formations collectives des délégués, par les séances de formation au vivre ensemble en vie de classe, le dispositif devoirs faits… la dimension pédagogique du CPE s’exprime dans une situation quotidienne. Par exemple, le CPE reçoit un élève exclu de cours. L’élève arrive en colère dans le bureau et a un langage verbal aux résonances vulgaires… Au delà de la mission qui est d’apaiser la situation sur le moment, travailler la reconnaissance des torts, la remise en question… En tant que CPE , à mon petit niveau, je vais aussi reprendre l’élève sur les mots qu’il emploie, parler un peu de français sans m’en rendre compte, aborder sa façon de parler, travailler son argumentation, son analyse… Tout cela pour dire, que la dimension pédagogique du CPE est partout et au même titre que la dimension éducative de l’enseignant est aussi présente. Sans nous en rendre compte bien souvent, nous sommes dans des situations pédagogiques et éducatives à la fois.

Diriez-vous que vos expériences d’assistante d’éducation ont confirmé votre motivation pour devenir CPE ? Dans quelle mesure ?

Bien sûr, mon expérience d’assistante d’éducation a complètement confirmé mon ambition. Je dirais que c’est une histoire « humaine », faite de rencontres. Je dirais que c’est l’intérêt que je portais pour la vie des élèves qui a été tout de suite le principal leitmotiv. Les tâches n’étaient pas toujours glorieuses mais ce n’était pas grave parce que je savais que c’était important pour l’élève. En second lieu : le climat entre tous les personnels y était pour quelque chose. Une équipe ouverte et en soutien de la vie scolaire lorsqu’elle en avait besoin, une amicale du personnel hyper active…. Enfin, j’ai été un peu moins de trois ans assistante d’éducation. Pendant ce temps, j’ai côtoyé 6 CPE. Si le turn-over des chefs de service avait un impact négatif pour la stabilité, ça a eu le mérite de me permettre d’observer différentes manières de faire, d’être ; ce qui m’a permis de « piocher » chez les uns et les autres.

Si vous deviez identifier les points forts de votre année de stage en 3 mots-clés, quels seraient-ils ? Pourquoi sont-ils si révélateurs selon vous ?

Je distingue les points-forts en mots-clés mais aussi en terme de périodes :

  • la première période de l’année entre la pré-rentrée et les Vacances de la Toussaint : temps de diagnostic de terrain en tant que Fonctionnaire stagiaire et d’affirmation du changement de statut d’AED à CPE. L’enjeu était de me servir de mon expérience qui était certes un atout, tout en marquant une rupture rapidement car j’étais attendue sur ce changement. Ce sont les premières réflexions sur le « moi professionnel », qui suis-je, avec quelles valeurs… Grâce aux échanges avec les tuteurs ESPE et de terrain, le Chef d’établissement
  • le deuxième temps fort se déroule tout au long de l’année à mon sens. C’est le processus d’apprendre à connaître ses faiblesses et de les travailler. Les miennes sont de ne pas trop savoir dire non aux collègues, une tendance à faire à la place de l’autre ce que je devrais simplement conseiller de faire, ne pas assez me protéger, avoir du mal à partir à l’heure, manquer de confiance en moi, apprendre à me sentir légitime à ma place. C’est la poursuite de la réflexion sur le « moi professionnel ».
  • Enfin, la fin d’année scolaire avec l’inspection pour la titularisation et le temps des vœux de mutation. Il faut prendre l’inspection comme le moment où on vient voir ce que j’ai accompli, c’est un espace de reconnaissance. Enfin, il a fallu prendre la décision entre : j’ai une possibilité de rester dans le même établissement, puisqu’un poste de CPE titulaire est au mouvement, ou couper le cordon. La première possibilité ne m’aurait rendue aucunement malheureuse mais, j’ai écouté ma soif de découvrir un autre établissement, d’autres problématiques… Pour mieux grandir professionnellement, je pense m’émanciper pour mieux m’affirmer.

 

Quels projets pédagogiques en tête dans ce nouvel établissement ? Comment avez-vous défini vos priorités d’action ?

Depuis 1 mois, je suis CPE dans un Lycée Professionnel des métiers du bâtiment et de l’hôtellerie, restauration. Je suis heureuse de développer mes connaissances et compétences en matière de lutte contre le décrochage scolaire, sur l’orientation des élèves, dans le service de l’internat et ce sont mes priorités d’actions. La gestion du quotidien c’est la priorité, il ne faut pas se leurrer, pour autant, l’éducation à la citoyenneté des élèves fait partie aussi de nos missions fondamentales. Actuellement, c’est le temps des élections au CVL. Le projet pédagogique à venir cette année scolaire ? L’idée viendra avant tout des élèves et de leurs envies. Le CVL c’est leur instance, et non la boite à projets du CPE. Je vous confie une toute première idée qui vient des élèves candidats : décorer les murs du Lycée qui leur semblent bien tristes. Ça ne parait pas extraordinaire comme cela, mais en développant cette idée, ce projet permettrait de faire en sorte, que les élèves se sentent un peu mieux dans leur établissement, que ça leur donne un peu plus envie d’y venir et d’y rester. L’idée venant des élèves, leur participation active à cet éventuel projet au sein ferait que le processus démocratique en route serve les causes premières de l’établissement : le climat scolaire, la lutte contre le décrochage.

C’est une belle carrière qui s’ouvre pour vous… Vous vous voyez où et dans quel peau professionnelle en 2033 ?

En 2033, je serais toujours dans l’Académie d’Amiens ou pas. Avant de penser à 2033 d’abord, je veux asseoir mon expérience professionnelle en tant que CPE tout simplement. Je débute dans ma carrière et il faut rester humble. Si j’ai passé le concours de CPE, c’est parce que je voulais être CPE et veux continuer à l’être. Ensuite, un jour plus ou moins proche, je serais peut être frustrée d’être CPE « tout court ». Si je dois évoluer, je pense à poursuivre mon mémoire de recherche au-delà du Master si le sujet intéresse d’autres personnes. Le plus grand intérêt de la recherche est qu’elle serve l’institution. La recherche-action serait une hypothèse plausible. Transformer la première enquête exploratoire qualitative en la faisant évoluer vers une recherche quantitative aussi, pour tenter de répondre à mon hypothèse, vérifier ma conclusion actuelle me boosterait oui ! À court terme et pour m’aider à cheminer par exemples, cela me brancherait carrément d’être de nouveau dans le circuit du concours CPE, mais de l’autre côté de la barrière, en étant jury, ou encore construire une séance de formation par exemple sur thème de « la démocratie scolaire et ses espaces de possibilités » ou « l’entrée dans le métier, l’analyse de pratiques »pour les étudiants de l’ESPE, les fonctionnaires stagiaires. Ce serait aussi un beau défi mais là encore on ne s’improvise pas formateur qui veut, ça s’apprend…

Caroline Letot, CPE dans l’Académie d’Amiens

Le parcours de Lisa, CPE stagiaire

Quels liens voyez-vous entre votre propre scolarité et votre désir de devenir CPE ? Quels souvenirs avez-vous des CPE rencontrés dans votre parcours d’élève ?

Durant le collège, j’étais une élève ayant de grandes difficultés scolaires. Je m’opposais complètement à l’École, aussi bien dans mon attitude qu’au niveau de mon travail scolaire. J’ai redoublé ma troisième et je suis partie en BEP carrières sanitaires et sociales. Mais je n’étais pas plus épanouie. C’est lors de cette année en BEP que j’ai rencontré une CPE qui a cru en mes capacités et m’a aidée à rejoindre un cursus ordinaire, en seconde. Je suis intimement convaincue que mon désir de devenir CPE provient de cette rencontre et de mon passé scolaire plutôt chaotique. Aujourd’hui, j’ai le désir d’aider les élèves éprouvant de grandes difficultés à l’École, subissant leur orientation, à l’image de cette CPE qui m’a accompagnée dans mon processus de réorientation.

Titulaire d’une licence SLIC, vous avez approfondi les problématiques relatives à la transmission de l’information et à la communication. Dans quelle mesure les connaissances acquises à ce moment-là viennent-elles percuter l’exercice du métier de CPE ?

La communication, dans le métier de CPE, est primordiale. Ma licence en sciences du langage, information et communication m’a appris à comprendre la communication explicite mais également implicite. À travers certains mots, certaines phrases, certains gestes, certains regards, se cachent des émotions qui doivent être pris en compte.
De prime abord, il serait difficile d’allier cette licence au master que j’ai acquis ensuite (master encadrement éducatif), mais finalement, cela va de pair. La communication fonde le métier de CPE et je suis heureuse, aujourd’hui, d’avoir pu apprendre à comprendre ce qu’est la communication et les sciences du langage. Cela me permet de choisir mes mots lors des entretiens avec les élèves et de comprendre l’implicite, ce qu’ils n’arrivent pas à dire, à formuler…

Attachée à la notion d’accompagnement, vous vous êtes investie dans des métiers d’aide à la personne. Quels enseignements avez-vous retiré de cet engagement professionnel ? En tant que personne ? En tant que CPE ?

En effet, durant les vacances scolaires, j’ai travaillé avec des personnes âgées et/ou en situation de handicap. Ces expériences m’ont permis de développer une grande empathie, une capacité d’écoute et d’accompagnement. Ces qualités me paraissent primordiales et importantes dans le métier de CPE, mais également personnellement, au quotidien.

Ces expériences m’ont aussi appris que la solidarité et la fraternité sont des principes fondamentaux de notre société. De nombreuses personnes vivent seules, sans aucune compagnie. Écouter notre prochain, tendre la main, permet souvent de briser certains quotidiens difficiles. Ces principes doivent être enseignés aux élèves et le métier de CPE le permet.

Durant votre cursus universitaire, vous avez été recrutée comme assistante d’éducation dans plusieurs lycées de Besançon. En quoi ces expériences sont venues confirmer votre projet de devenir personnel d’éducation ? Quel regard portez-vous sur le fonctionnement de l’internat et sur ses enjeux pédagogiques et éducatifs ?

Être assistant d’éducation m’a permis de connaître véritablement le métier de CPE. Petit à petit, ce métier s’est imposé à moi : c’était lui et pas un autre. J’avais envie de pouvoir, moi aussi, faire ce métier qui se situe au plus près des élèves et des familles, d’évoluer au sein de la communauté éducative et, surtout, d’être force de propositions pour accompagner au mieux les jeunes.

Selon moi, l’internat est un lieu alliant éducation et pédagogie. C’est dans ce lieu-même que les adultes peuvent permettre aux élèves de travailler en toute sérénité, leur proposer des activités qu’ils ne pourraient pas forcément faire chez eux. C’est également un lieu permettant aux élèves de partager, de travailler ensemble, de se construire, d’apprendre à vivre en communauté… Ce lieu incarne les valeurs de la république et permet aux élèves de pouvoir s’investir dans une citoyenneté participative, grâce aux élections des délégués par exemple.

Inscrite à l’ESPE de Franche-Comté en Master MEEF, l’objet de votre mémoire portait sur les interactions verbales et para-verbales entre les CPE et les élèves. Pouvez-vous nous faire partager les grandes conclusions de votre recherche ?

Grâce à ce mémoire, alliant les connaissances acquises lors de ma licence et mon master, je me suis principalement intéressée aux « parlers-jeune » et aux malentendus qu’ils peuvent générer entre les adultes (ici les CPE) et les élèves. J’ai remarqué que ces malentendus étaient omniprésents dans les divers entretiens. La portée des mots, leur sens, n’est pas le même pour le jeune adolescent et l’adulte.

J’ai également remarqué que le statut « élève-adulte », pouvait engendrer un certain repli de la part des élèves, pouvant se fermer au dialogue.

Enfin, et surtout, je me suis intéressée au dialogue bienveillant et aux répercussions que celui-ci peut avoir sur la communication CPE-élève. Ce dialogue, dans tous les entretiens réalisés, a permis de créer une ambiance propice à la conversation, à l’échange, et à la confiance réciproque.

Lauréate du concours externe CPE 2018, vous venez d’être nommée dans un lycée professionnel du bâtiment. Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous en ce début d’année ? Quels sont vos objectifs 2019 ?

Je suis plutôt positive concernant ce début d’année. Petit à petit, je trouve ma place au sein de l’établissement et prends mes marques. J’ai été mutée dans un petit établissement, avec un effectif plutôt réduit, ce qui n’est absolument pas pour me déplaire.

Cette année, j’aimerais principalement apprendre sur le métier, sur les relations humaines au sein d’un établissement et adopter certains réflexes. J’ai envie de me préparer au mieux, pour être à l’aise l’année prochaine, si je suis titularisée.

Enfin, on ne pourrait vous définir objectivement sans parler de la place du sport dans votre vie. Quelle est votre activité préférée et en quoi vous ressource-t-elle ? Envisagez-vous des « ponts » entre cette passion et votre métier de CPE ? Sous quelles formes ?

Je pratique le sport depuis plusieurs années, particulièrement la course en haute montagne (trail). Cette activité me permet de m’évader et de « recharger les batteries » pour pouvoir affronter les tracas de la vie. C’est une vrai bouffée d’air frais.

Je pense qu’il est possible d’envisager des liens entre cette passion et mon métier, notamment à travers un travail collaboratif avec les professeurs d’EPS. Le sport est également un moyen de transmettre des valeurs fondamentales dans l’éducation des élèves : solidarité, persévérance, dépassement de soi… La semaine du « sport scolaire » peut être un moyen de réunir adultes et élèves autour de ces différentes valeurs, quelque soit le sport pratiqué.

Lisa Girard, CPE stagiaire dans l’académie de Besançon

Le parcours de Julie qui prépare le CAPES d’anglais

Quels sont les meilleurs souvenirs des professeurs d’anglais rencontrés dans votre scolarité ? Quel est le visage marquant qui vous remonte le plus ? Pourquoi ?

Pour moi, chaque professeur d’anglais que j’ai rencontré m’a apporté quelque chose. Chaque professeur d’anglais a une méthode d’enseignement différente, ce qui fait que chaque personne est marquante, à sa manière. Toutefois, le visage marquant de mon parcours est celui de mon enseignante au lycée, c’est également elle qui m’a donné l’envie d’enseigner, de par sa personnalité, toujours très posée.

J’ai eu cette enseignante tout le long de ma période lycéenne. J’ai eu l’occasion lors de mon année de première littéraire de choisir l’option Anglais en spécialité. Nous avons travaillé sur un livre, ce qui m’a donné l’envie de lire en langue étrangère, mais également d’enseigner l’anglais.

Lors de la préparation de votre Master MEEF, vous avez acquis des compétences lors des différents stages vécus en établissement. Lesquelles ?

La principale compétence que j’ai acquise est celle de la pédagogie. Durant ces différents stages, un en lycée et l’autre en collège, j’ai pu, d’une part observer, et d’autre part pratiquer le métier d’enseignant. Je me suis sentie très à l’aise devant une classe, malgré un peu d’appréhension au début.

Je me souviens d’une séquence que j’ai préparé de A à Z dont un des objectifs principaux était l’obligation et l’interdiction. Après avoir eu des retours sur ma préparation, j’ai donc pu me lancer ! Cette séquence m’a permis de faire travailler les élèves par groupe, mais également d’inclure les TICE : le collège étant doté de tablettes, j’ai fait travailler les élèves sur des exercices interactifs.

Cependant, le travail en groupes crée quelques débordements, notamment les bavardages, ou encore un seul élève qui travaille pour le groupe : je mettais donc en place un système de bonus/malus par groupe.

L’autre compétence acquise est celle de la bienveillance à l’égard des élèves et celle de la responsabilité, remarquée par plusieurs collègues : responsabilité de tenir une classe mais également la responsabilité de l’apprentissage.

Toutefois, j’ai pu remarquer une nette différence pédagogique entre le collège et le lycée : au collège, il faut absolument guider les élèves afin de veiller au bon apprentissage, contrairement au lycée où les élèves sont davantage autonomes.

Dans la cadre de la formation à l’ESPE, vous avez rédigé un mémoire sur le thème « la 2nde guerre mondiale dans la littérature et l’art américain ». Quelles grandes conclusions en sont ressorties ?

De par ce travail de recherche sur ce thème, grâce auquel j’ai acquis certaines capacités d’organisation, quelques conclusions en sont ressorties. La principale étant que ce sujet – la Seconde Guerre Mondiale – a touché beaucoup de personnes, et sur une durée de temps bien plus longue que la période de guerre. Elle se retrouve dans différents supports, notamment des supports iconographiques.

La seconde grande conclusion tirée de ce travail de recherche est que, en fonction de l’angle choisi par l’auteur, le photographe, le peintre ou toute autre personne traitant de ce sujet, le message à tirer est important et souvent lourd de sens.

Je n’ai pas d’exemple particulier pour illustrer ces propos : il y en a tellement ! Mais je me suis concentrée sur une photographe de l’époque en particulier, Lee Miller : ses clichés parlent d’eux-mêmes. De plus, elle porte les valeurs d’une femme forte dans un milieu essentiellement masculin, notamment avec le cliché où elle porte elle même un uniforme de soldat.

Après votre échec à l’oral du CAPES en 2017, vous avez décidé de rebondir en sollicitant un poste d’enseignante contractuelle. Quels sont les points forts de votre première année d’enseignement ?

Cette année en tant que contractuelle m’a beaucoup aidée : il n’y a rien de plus formateur que la confrontation au métier, devant des élèves, en enseignant en les préparant pour leur futur, mais aussi en découvrant la vie d’un établissement (les projets, les conseils de classe etc…)

Il est vrai qu’il faut être ferme dès le début afin que tout se déroule pour le mieux. J’avais des petits effectifs, ce n’était donc pas très compliqué d’avoir une bonne ambiance de classe et de travail.

De plus, cette année d’enseignement m’a apporté beaucoup, tant du point de vue personnel que professionnel.

En effet, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes qui m’ont beaucoup aidée, et notamment ma collègue d’anglais qui m’a traité d’égale à égale et qui m’a donnée sa confiance dès le début.

Nous avons monté un projet en équipe de voyage en Angleterre que j’ai piloté. Ce projet m’a permis de développer une de mes compétences : la responsabilité des élèves.

Vous vous présenterez à nouveau aux épreuves du CAPES en 2019. Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous pour faire face à ce défi ?

En effet, je veux croire que cette année sera la bonne. Je suis plus déterminée que jamais à décrocher ce concours. Grâce à mes deux années d’enseignement et aux nombreuses compétences que j’ai acquises, notamment la pédagogie, la bienveillance, la capacité à gérer une classe, l’organisation dans le travail, cela me met en confiance pour affronter les épreuves du CAPES 2019.

Je compte préparer le CAPES 2019 à l’aide des cours du CNED et me prépare aux épreuves orales avec des amies qui le passent également.

Comment imaginez-vous votre parcours dans l’Éducation Nationale ? Quelles perspectives de carrière avez-vous en tête ?

Pour l’avenir, j’aimerais pouvoir organiser des voyages scolaires, comme j’ai pu le faire durant mon année de contractuelle afin de partager avec les élèves la culture anglo-saxonne.

J’aimerais pouvoir également me spécialiser dans l’enseignement, et ainsi diversifier le public : accueillir des élèves des élèves de SEGPA, d’enseignement spécialisé tels que l’ULIS etc…. Ces élèves à besoins éducatifs particuliers sont souvent attachants et requièrent toute notre attention.

Et pourquoi pas envisager, pour un futur plus éloigné, la formation, pour adultes, devenir tutrice d’étudiants ou de stagiaires ?

Julie BERGEROT
Enseignante contractuelle d’anglais
Académie de BESANÇON

Céline, CPE contractuelle, a déjà beaucoup d’expérience…

Vous avez obtenu un doctorat en sociologie et démographie. En quoi la transversalité de cette discipline rejoint la polyvalence du métier de CPE ? Votre thèse porte sur la place et le rôle du théâtre politique dans la société d’aujourd’hui. Quels grands enseignements en avez-vous tirés ?

Les méthodes de la sociologie se rapprochent énormément du métier de CPE, notamment au niveau du travail d’observation et de l’approche analytique. Comme le CPE, le sociologue a pour dynamique le mouvement et aussi la remise en question perpétuelle. À mon sens, une bonne connaissance et maîtrise de la sociologie des organisations sont nécessaires au bon fonctionnement d’un établissement et notamment pour être en mesure de coordonner un groupe. Collecter, analyser et coordonner pour être en mesure de faire bouger les lignes, c’est ainsi que je résume le lien entre le CPE et le sociologue.

Je ne vais pas parler des grands enseignements que j’ai pu tirer de ma propre thèse. Pour moi, il est plus important de se pencher sur la complexité de l’exercice sur le global. La thèse est à mon sens l’une des meilleures écoles de la persévérance. Quel thésard n’a jamais eu envie de tout arrêter ? Pour moi, le plus grand enseignement, c’est de toujours aller au bout des choses.

Dans le cadre d’un emploi auprès d’une mutuelle étudiante, vous avez animé des campagnes de prévention en direction d’un public étudiant. Sur quels thèmes portaient les formations ? Quelles compétences avez-vous acquises dans ce cadre ?

Les thématiques des campagnes de prévention étaient uniquement en relation avec les problématiques majeures de la population étudiante. Elles portaient par exemple sur les addictions (tabac, alcool, cannabis) ; la sexualité et notamment les infections sexuellement transmissibles, avec comme point d’orgue la journée d’action du 1er décembre ; la nutrition avec notamment un gros travail sur l’importance du petit-déjeuner ; les risques liés au son avec notamment la distribution de bouchons d’oreilles dans des salles de concert et festivals et enfin tout simplement l’accès aux soins.

Plus que des compétences, j’ai pu acquérir une meilleure connaissance des problématiques étudiantes en matière de santé et me rendre compte aussi de la nécessité de mettre en place une véritable éducation à la santé.

En tant qu’AED dans un lycée polyvalent, vous avez travaillé sur un projet intitulé « les cordées de la réussite ». En quoi consistait-il ? Quels étaient ces principaux objectifs ?

Ce projet permettait de mettre en lien un élève de BTS avec un collégien sous la forme d’un tutorat de deux ans. Le but était de choisir un collégien qui en règle générale avait de bons résultats scolaires, mais pas forcément la volonté (ou un entourage social favorable) de faire des études plus tard dans le supérieur.

Le but étant aussi de faire en quelque sorte une « éducation » à l’orientation afin de lever certains freins. Il reste parfois compliqué pour un élève (mais aussi pour la famille) de se projeter dans la perspective de faire des études alors qu’aucun membre de sa famille ne possède le bac. Il est aussi essentiel de confronter un élève de BTS à la possibilité de poursuivre ses études.

« Les cordées de la réussite », c’est aussi organiser concrètement des sorties, comme par exemple participer à un forum sur l’orientation ou (et) la visite d’une grande école, découvrir la vie étudiante (comme par exemple le logement, mais aussi restaurant universitaire, etc.). Ce projet, c’est aussi l’occasion d’ouvrir les élèves à des visites culturelles, mais aussi prendre le temps de « juste profiter » avec par exemple une journée dans un parc d’attractions. Concrètement, c’est un moyen de donner une ouverture sur le monde à des jeunes qui, souvent pour des raisons sociales, n’ont pas cette chance.

Candidate à un poste de CPE contractuelle, vous vous êtes vu confier au fur et à mesure des collèges de taille de plus en plus importante en effectifs. Quelles conséquences ces effets de taille ont-ils eu sur le fonctionnement même des vies scolaires ?

Chaque type d’établissement a ses avantages et ses inconvénients. Plus la structure est grande, plus il est nécessaire de déléguer et de faire confiance à son équipe d’assistants d’éducation. D’où la nécessité d’un bon travail de communication et d’un rapport de confiance. L’un des points très positif, c’est la présence plus fréquente d’infirmière scolaire, d’assistante sociale, de PsyEN, c’est-à-dire d’acteurs qui permettent au mieux d’accompagner des élèves en prenant plus en compte la complexité des problématiques.

Dans une structure plus petite avec moins de personnel nous pouvons nous rendre compte que chaque absence d’enseignant, mais aussi d’AED, est souvent très difficile à combler. Il est plus compliqué de faire face à des imprévus au sein d’une structure plus petite. Néanmoins, cette structure est souvent plus rassurante pour les élèves, une sorte de second cocon familial.

Vous êtes affectée dans un collège du Haut-Doubs dans lequel est mis en place un projet pédagogique relatif au soutien au comportement positif. Comment décririez-vous les points fort de ce dispositif ?

« Le soutien au comportement positif », c’est une manière un peu différente d’aborder les élèves et surtout une autre approche des notions « sanction » « punition ».

Ce dispositif apporte aussi des outils pour « mieux » comprendre et se faire comprendre. Il place la communication au cœur de notre travail. Ce type de projet nous met face à l’urgente nécessité de se réapproprier un vocabulaire adapté.

Le comportement positif, c’est aussi remettre la notion de « bienveillance » au cœur de notre travail et redonner du sens et de la valeur à ce terme si souvent moqué.

Comment imaginez-vous votre carrière dans l’Éducation Nationale ? Quelles perspectives à moyens termes avez-vous en tête ?

Actuellement, je suis contractuelle CPE et j’accumule des expériences afin de me préparer au mieux à cette profession. Cette pluralité d’expérience est, à mon sens, très bénéfique, c’est un excellent exercice d’adaptation.

Cette année, je souhaite passer le concours de CPE en externe. Si je réussis le concours, j’espère obtenir un poste dans un établissement où mes expériences apporteront réellement un plus. Si au contraire, j’ai cette douloureuse impression de ne pas être utile, je ferai tout simplement autre chose.

Céline Lachaud

CPE et doctorant, Edmond nous raconte…

Quel est le sujet de votre thèse et sous quelle direction écrivez-vous ?

J’étudie l’identité professionnelle des Conseillers Principaux d’Education sous la direction de Patrick Rayou (Professeur émérite en sciences de l’éducation, Université Paris 8) au laboratoire Circefet-Escol. J’analyse le processus de professionnalisation des CPE à travers leurs activités afin d’identifier et de comprendre leurs logiques d’engagement, dans l’objectif d’engendrer une théorie enracinée. Ce qui m’intéresse ce sont les grammaires ou les rhétoriques que véhiculent les CPE.

Pourquoi avoir choisi ce sujet ? En quoi est-il pertinent ?

Ce choix, avant tout, permet d’observer le CPE, comme une figure marginale du monde de l’enseignement. Au sens où, il incarne à lui seul la préoccupation éducative du système scolaire français, tout en se trouvant bien souvent défini par la négation des autres : métier flou, sale boulot. La perspective adoptée permet d’aller voir l’arrière-cour du groupe social formé par les CPE sous un prisme non déterministe. Autrement dit, comprendre les jeux et enjeux qu’ils déploient et développent afin de faire tenir leur fonction leur permettant de s’inscrire dans une démarche professionnalisante.

Quelle est votre méthodologie ?

La recherche qualitative menée, sollicite un modèle d’analyse inspiré de la clinique des activités pour restituer du « pouvoir d’agir » par la « transformation des situations de travail ». À l’aide d’interrogations portant sur le genre et le style (Clot et Faïta, 2000), elle ne vise pas à poser un regard d’expertise. Elle s’appuie sur trois types de matériaux recueillis auprès de CPE : des entretiens semi-directifs, des agendas et une enquête monographique d’un an dans un lycée. Tout ceci, complété par le travail de confrontation d’un collectif de CPE formé de neuf membres, réalise un dispositif d’intervention conçu pour élaborer « un modèle compréhensif » (Wittorski, 2010) de la dynamique de professionnalisation des CPE par l’expérience professionnelle. Il s’agit concrètement d’identifier et de comprendre ce qu’ils font quand ils travaillent, pour révéler les logiques d’engagements qui sont en jeu dans leurs activités réelles.

Quels sont les observables les plus récurrents ? Et que traduisent t-ils ?

Le collectif : le groupe de CPE présente des phénomènes d’économie (négociations) comme dans tout groupe social. C’est en étudiant les mouvements de ces négociations que l’on peut identifier les logiques d’actions.
Les CPE, fragilisés par leur statut peu connu, leurs missions très peu définies (malgré l’affichage institutionnel) ainsi qu’un mode d’association qui ne les rend pas visible ni lisible s’emparent des miroirs (ici le chercheur) qui leur sont tendus pour trouver une voie d’accès à un processus de professionnalisation qui leur permettrait de construire leur identité professionnelle. Ceci traduit la difficulté rencontrée par une profession qui ne sait pas trouver une voie propre pour construire une identité.

En quoi votre thèse permet-elle d’actualiser le regard porté sur le métier de CPE. Autrement dit, apporte-t-elle de nouvelles perspectives ?

Mes réflexions proposent de penser le CPE comme un acteur singulier des collèges et lycées et non comme un élément exogène dont la légitimité peut être sans cesse remis en cause ; tant sur le champ éducatif que sur le champ pédagogique. Je pose dans cette perspective un regard qui consiste à voir le CPE comme un professionnel doté de savoirs et de savoirs faire propres qui lui permettent d’être le metteur en scène de la Vie scolaire.

Edmond Houkpatin, CPE dans l’académie de Créteil

Le CPE et le développement du sentiment de justice en milieu scolaire

Qu’est-ce que la justice en milieu scolaire ?

La justice en milieu scolaire comprend l’ensemble des situations au travers desquelles un ou des membres de la communauté scolaire vont vivre ou faire vivre à autrui un sentiment de justice ou d’injustice¹. Il est nécessaire de bien comprendre qu’elle dépasse très largement la simple question des sanctions et punitions.
Cette question des punitions, au sens large, peut-être dénommée, elle, sous le vocable plus restreint de « justice scolaire » et ne recouvre donc pas totalement les mêmes domaines.
Enfin afin d’éviter les confusions, Il faut garder en tête que l’appellation de « justice », ici, ne doit en rien être prise dans le sens légal de « judiciaire ». La progressive pénétration du droit commun dans les règlements et circulaires peut parfois générer des malentendus.
La justice en milieu scolaire relève autant d’une éthique professionnelle que d’une réglementation.
La notion de « justice en milieu scolaire » se situe à chaque instant et chaque endroit de la vie de l’élève (en premier lieu là où il, elle, passe le plus de temps c’est-à-dire en classe).

Comment le CPE peut participer à développer ce sentiment de justice ou, a minima, réduire celui d’injustice ?

En théorie, tous les collègues doivent, selon les prescriptions institutionnelles², s’emparer de cette question de justice en milieu scolaire dans le cadre de sa participation à l’instauration du meilleur climat scolaire possible.
Par sa formation, le CPE est un des membres de la communauté éducative le mieux placé pour faire entendre que le sentiment d’injustice ressenti par les élèves est un des principaux facteurs dégradant le climat scolaire d’un établissement.
Il n’est plus nécessaire de souligner la corrélation entre ce climat et la réussite scolaire, indépendamment des facteurs socio-économiques initiaux. Il n’est plus nécessaire, non plus, de souligner les liens entre un climat positif et les différentes formes d’incivisme connues dans les établissements qui font la violence en milieu scolaire³.
Toutefois un certain nombre d’obstacles contribuent à freiner la mise en place des pratiques efficientes en ce domaine.
C’est bien en premier lieu la charge de travail qui ne permet pas toujours d’adopter une démarche réflexive suffisante. De même que la force des habitudes, l’attente de certaines familles voire l’attente des élèves eux-mêmes…

Quels sont donc les leviers à la disposition des CPE ?

Le premier des leviers sur lequel peut jouer le CPE est, bien sûr, le projet de vie scolaire. S’il a ses limites, il est aussi ce qui va lui permettre de fédérer l’équipe éducative autour de ces thématiques.
Au moins à la prérentrée, le CPE peut exposer ce projet, définir cette forme de « justice », amener les collègues à repérer les situations multiples où elle se manifeste.
Citons, par exemple, les sanctions diffuses (encouragements ou dévalorisations de l’élève) mais aussi l’évaluation ou l’attitude des adultes… C’est aussi l’occasion de souligner les bénéfices communs (enseignants/enseignés) qui surviennent dès lors que tous travaillent dans cette direction.
Un second levier est l’application pleine et entière des textes officiels, la modération dans les usages des sanctions les plus sévères, la lutte contre l’impunité, la vérification de la légalité des procédures dont les interprétations peuvent parfois laisser place au doute.
Ou encore la mise en place de dispositifs variés, la désormais célèbre médiation par les pairs, le travail autour de la communication non violente voire, certainement plus efficacement, l’introduction de l’acquisition des compétences psycho-sociales en la plaçant dans l’emploi du temps des élèves au même titre que toute autre discipline.

En quoi le développement de ces dispositifs ou l’instauration d’heures dédiées aux compétences psycho-sociales jouent sur le sentiment de justice ressenti par les élèves ?

Ce sont différentes manières de poursuivre la prise en compte réelle de la parole de l’élève. Cette écoute effective joue un rôle primordial pour favoriser le sentiment de justice. Les élèves ressentent souvent (notamment dans l’éducation prioritaire) que leur parole, aux conseils de classe par exemple, est écoutée sans être entendue. Certains dispositifs, l’évaluation par contrat de confiance pour n’en citer qu’un, les rendent mieux acteurs de leur scolarité.
Le respect et surtout l’explicitation des textes (aux parents comme aux élèves) qui régissent le droit à l’école permettent la transmission de grandes valeurs dont celle de justice. Les valeurs se transmettent par des paroles, par des actes mais aussi par des institutions explicites, précises. Les « institutions parlent » dit Jean-Pierre Obin.
Enfin la prise en compte par l’ensemble de la communauté éducative de ces différents aspects de la justice en milieu scolaire contribue à la construction d’un climat globalement positif dans l’établissement et dépasse donc le cadre du seul « bien-être » qui reste essentiellement individuel.

Gautier Scheifler
Collège d’éducation prioritaire de Clichy-sous-Bois
Académie de Créteil

 

 

 

  1. Pour une justice en milieu scolaire préventive et restaurative dans les collèges et lycée, MMCPLMS, 2013
  2.  Circulaire n° 2015-139 du 10-8-201
  3. Debarbieux, E., Anton, N. , Astor, R.A., Benbenishty, R., Bisson-Vaivre, C., Cohen, J., Giordan, A., Hugonnier, B., Neulat, N., Ortega Ruiz, R., Saltet, J., Veltcheff, C., Vrand, R. (2012). Le « Climat scolaire » : définition, effets et conditions d’amélioration. Rapport au Comité scientifique de la Direction de l’enseignement scolaire, Ministère de l’éducation nationale. MEN-DGESCO/Observatoire International de la Violence à l’École. 25 pages.
  4. Moignard B., Le collège fantôme. Une mesure de l’exclusion temporaire des collégiens, Diversité,n°175,
  5. Évaluer par contrat de confiance. Quels effets sur les acquis des élèves ?
  6. En particulier dans le cadre de la justice scolaire la circulaire n° 2014-059 du 27-5-2014
  7. Liberté, égalité, fraternité, laïcité, justice sociale : comment transmettre les valeurs de la République ?

 

Réflexion d’un CPE sur l’Autorité

Autorité et valeurs républicaines

En étudiant le concept d’autorité, nous apprenons à faire la différence entre différentes formes d’autorité. En effet, tout le monde n’y met pas la même idée, et donc n’y met pas les mêmes moyens pour l’imposer. Pour reprendre les travaux d’Eirick Prairat, on doit faire une grande distinction entre L’Auctoritas et la Potestas. L’une passe par la confiance et l’adhésion morale, alors que l’autre passe par la coercition et la violence. Évidemment, aujourd’hui, même sans utiliser ces notions, nous faisons bien la distinction. Et tout l’effort actuel de l’éducation est de passer par cette première forme qui provoque cette adhésion pleine et entière de l’individu. Mais pour bien les comprendre l’une et l’autre, il faut bien se rendre compte malgré tout qu’il y a une forme de confiance dans les deux : dans les deux cas, l’individu est convaincu qu’une cause produira le même effet. Si dans le premier cas, la personne pense que l’autorité dit la vérité et que de se fier à elle permet d’obtenir les meilleurs effets, ceux qui sont souhaitables pour soi et pour autrui, dans la deuxième elle sait que si elle n’adhère pas à son discours elle en payera les frais par une compensation désagréable. Le métier de CPE, qui semble fortement lié à l’autorité, fait sens ! Nous avons l’opportunité d’être utiles, de servir les idéaux humanistes des Lumières par l’entremise des valeurs républicaines, de les transmettre, et d’aider quelques élèves à s’agripper à l’École et à ce qu’elle a offrir : pour la part très pragmatique, un métier et la possibilité de le choisir, ainsi qu’une place dans cette société ; mais surtout, ce qui importe peut-être encore plus pour cette génération désenchantée, de se construire comme un individu éclairé et autonome.

Idéologie de la réussite contre l’autorité de l’École

Mais aujourd’hui ce qui désole justement le plus, c’est de constater que tout, et surtout l’École et ses apprentissages, ne sont réduits qu’à cette première partie très terre-à-terre. Fait-elle vraiment sens pour les jeunes ? On leur dit qu’ils doivent être présents en classe, apprendre et se tenir correctement pour réussir leur avenir. Ils doivent canaliser une énorme énergie, se discipliner pour obtenir un métier, de la reconnaissance et de l’estime. Est-ce si sûr ? Pour l’ambitieux, qui se fie à la profusion de messages médiatiques et politiques, la réussite ne passe pas par l’école, mais par les réseaux. Comment leur faire donc croire en ce discours quand on impose une rigueur contraignante qui passe plus pour une injustice et une perte de temps que pour un moyen ? Comment leur donner confiance en nous, en l’école, avoir de l’autorité en somme quand on diminue l’école à ce quasi-mensonge, ou en tout cas à ce qu’une toute petite voix leur dit d’inverse à ce que cet assourdissant vacarme médiatique proclame ? Fort heureusement, ce n’est pas tant un constant d’échec pour l’école que pour un modèle de société. Le souci pour l’école, c’est quand elle se fait le relais de ce paradigme idéologique et qu’en plus elle croit s’en faire une force. Elle ne dupe qu’elle-même ! À vrai dire, dans son effet, elle réussit toujours à transmettre savoirs, connaissances et compétences et à former ces « ouvriers qualifiés ». On a d’ailleurs oublié que l’école de Jules Ferry avait plus insidieusement cette vocation que celle d’ouvrir tout un chacun aux Lettres et à la Culture. Le cynisme se donne bonne figure, et même si l’école avait su tirer son épingle du jeu un temps, il revient au galop. Ce qui est inquiétant, c’est qu’en revanche elle semble du coup de plus en plus passer à côté de cette vocation bien plus noble : celle de rempart contre ce cynisme. Ce rempart qui permet de protéger ce qui est inscrit au fronton de tous nos établissements publics : Liberté, Égalité, Fraternité !

La violence du pragmatisme : l’absence de sens et de lien

Pour revenir à l’idée du sens, le monde est interactions. Il est un enchevêtrement de relations qui le rendent beau, qui lui donnent tout son intérêt, toute sa profondeur. Quand tout est ramené au « vital », tout devient plat et insipide. Tout comme le discours qui le porte. À ce titre, même si du coup l’on pense travailler et agir par l’emploi de cette autorité douce, on secoue cet épouvantail de l’avenir : travaille, ou tu échoueras, tu seras marginalisé(e) ! En somme, on essaye de faire peur. Est-ce vraiment ça, l’Auctoritas ? Est ce qu’on a vraiment tiré les bonnes leçons ? La vie se résume-t-elle à la nutrition, à la sécurité ? Ces disciplines qu’on enseigne à l’école n’ont-elles vocation qu’à satisfaire ces besoins ? Évidemment que non. Elles nourrissent en premier lieu cette conscience humaine. Alors pourquoi, si nous perdons tant de temps, d’énergie et d’argent à transmettre ces savoirs, croyons-nous que les élèves ne puissent pas être touchés par autre chose ? Pourquoi pour les motiver ne leur parlons-nous pas de ce qui émerveille dans ce monde ?
J’entends trop souvent ces propos cyniques où l’on me dit que « tous les élèves ne sont pas fait pour l’école », qu’ils sont justement eux-mêmes très « premier degré », très matérialistes » … En même temps, l’école participe aussi à la transmission de cette vision. Mais de plus, c’est bel et bien de cette idée d’une école à vocation pratique dont on parle à cette occasion : cette école qui ne voit son savoir que comme un bagage à vendre et à exploiter.

Pessimisme du discours institutionnel ou joie d’apprendre ?

Pourtant l’émerveillement ouvre à l’admiration et donc à la curiosité, à la recherche de la compréhension. L’individu qui se crée dans ce rapport à l’autre creuse encore et encore pour comprendre toujours plus ce qui n’est pas lui. Pourquoi d’ailleurs les enfants sont-ils toujours aussi avides d’apprendre jusqu’à la fin de l’école primaire ? La curiosité est pourtant si naturelle. Qu’est ce qui casse cet enchantement par la suite ? Ne serait-ce pas l’angoisse de l’échec et de l’avenir ?
En somme, si l’autorité est la confiance en la parole de celui qui la détient, la confiance est déjà dans l’émotion que provoque le contenu de son discours. Il faut cultiver cet optimisme dans la découverte justement, cette joie d’apprendre. Peu importe la destination (même si elle n’est pas ignorée) quand il y a déjà ce plaisir à arpenter le chemin. Et pour ça, il faut que nous la vivions nous-même dans nos pratiques et nos discours. Encore une fois, je ne pense pas que le plaisir d’apprendre se situe dans le pragmatisme et le désespoir, ni dans une sclérose.
Bien sûr, il ne s’agit pas d’une solution miracle, et encore moins d’enfermer l’autorité dans un concept. Mais mes réflexions m’ont amené à me demander si en tant que professionnel nous ne la perdons pas déjà à cause de cette vision très pessimiste du Monde, de la société et de l’Homme, qui nourrit le discours institutionnel. Même si pour nos élèves en difficulté le résultat n’est pas immédiat, je ne vois pas ce que nous perdrions à arrêter d’être ces rabat-joie en leur rappelant que la connaissance n’a pas qu’une fonction bassement vitale. Pour les autres, ça s’ajoutera à ce qui fait déjà sens. La connaissance fait l’Homme, en particulier la connaissance de soi. Et pour apprendre à se connaître, il faut, comme dans un miroir, chercher à comprendre l’Autre.

Aurélien Brulois
CPE dans un collège du Territoire de Belfort
Académie de BESANCON

L’article complet est disponible ici : article Aurélien Brulois

CPE détaché en préfecture, Morgan nous raconte son parcours…

Après votre réussite au concours de CPE en 2002, vous exercez le métier d’abord dans un lycée professionnel de l’académie de Rennes puis dans un collège de l’académie de Versailles. Quels points communs et quelles différences voyez-vous dans ces deux expériences professionnelles ?

Ces deux expériences se sont finalement révélées assez proches l’une de l’autre. Exigeantes en terme d’adaptation et de réactivité, impactées par la précarité de l’environnement social et résolument construites sur un principe d’échange et de partage pédagogique. Il nous fallait comprendre (vite !), expérimenter, innover tout en plaçant l’humain au cœur du système… L’essentiel à mon sens. La première de ces expériences s’est faite en lycée professionnel maritime avec internat sur les bords de l’agitée mer d’Iroise, la seconde à quelques mètres de l’A86 et des lignes ferroviaires menant à Paris dans un collège classé PEP 4 et regroupant quarante-deux nationalités différentes. Absentéisme, décrochage, échec scolaire, mal-être, violence verbale et physique, addictions pavaient le quotidien de ma fonction ; je retiens principalement la qualité des liens tissés avec les élèves et leurs familles, la confiance mutuelle gagnée, le respect que nous avons entretenu malgré les épreuves et notre volonté d’avancer, coûte que coûte, ensemble.

Au cours d’une année de disponibilité, vous militez au sein de la Ligue de l’enseignement et devenez formateur au sein du mouvement. Quelles ont été vos motivations pour accepter un tel engagement ?

J’ai découvert le milieu de l’éducation populaire très jeune et ai grandi à l’ombre du militantisme familial et des mouvements laïcs Bretons. BAFA puis BAFD en poche, j’ai poursuivi mon adhésion aux valeurs des Francas, puis des CEMEA durant plus de dix ans avant de m’intéresser à l’existence des Maisons des Jeunes et de la Culture. Vraie révélation puisque je consacre mon année de maîtrise, en fac, à la rédaction d’un mémoire sur l’histoire de la FFMJC (Fédération Française des Maisons des Jeunes et de la Culture). La quasi-absence de bibliographie dédiée et/ou d’archives m’amène à devoir créer les sources par la recherche et la constitution d’entretiens avec les acteurs initiaux (responsables syndicaux, militants, cadres des mouvements, directeurs de structures, administrateurs, adhérents, universitaires…). C’est là que je rencontre les principes actifs de la Ligue de l’enseignement et que je me passionne pour le mouvement. Les identités se fondent, les réseaux se créent. Huit années plus tard, durant mon année de disponibilité et de retour en Bretagne, je fais la connaissance d’André Jouquand , alors secrétaire général de la fédération d’Ille-et-Vilaine : une figure tutélaire de la section que je n’avais pu interviewer auparavant. Au terme de notre échange, il m’invite à candidater. Un poste se libère dans sa structure suite à un congé maternité. Deux semaines plus tard, j’intègre la Ligue 35. Nouveau départ !

Entre 2008 et 2012, vous obtenez un poste de détaché à la Ligue de l’enseignement et vous devenez responsable du service Éducation Culture Jeunesse. Plus concrètement, quels sont les projets éducatifs que vous avez suivis ? Que vous ont-ils apportés ?

Détaché à Montpellier, je prends en charge une mission composée d’une quinzaine d’actions. J’anime (du moins j’essaie dans un premier temps…) le programme départemental qui s’étend de la maternelle au lycée : lutte contre l’illettrisme, programme d’apprentissage de la langue et de la lecture, ouverture culturelle par le cinéma et le théâtre, mise en place du service civil volontaire puis du service civique, lutte contre les discriminations, contre l’homophobie, lutte contre les inégalités : vaste entreprise ! Je me familiarise alors avec le Programme de Réussite Éducative, le Plan Éducatif Local de la municipalité, explore en profondeur le fonctionnement des collectivités territoriales et l’organisation des subventions, me rassure avec celui des collèges et des lycées partenaires avant d’aborder la question des fonds européens. J’ai appris, beaucoup, et me suis nourri, énormément.

Dans le même esprit, vous poursuivez votre activité professionnelle auprès de la ville de Rennes en tant que chargé des projets relatifs à la vie étudiante. Quels sont les axes prioritaires que vous avez développés ? Avez-vous le sentiment d’avoir atteint vos objectifs ?

J’intègre en 2012 un poste d’attaché territorial au sein de la DVAJ (Direction Vie Associative et Jeunesse) de la ville de Rennes. La mission principale que j’accompagne concerne la vie étudiante et l’occupation festive de l’espace public en milieu nocturne. L’objectif était d’assurer la prévention des risques et des addictions par la responsabilisation et la redéfinition des enjeux du vivre ensemble (selon les derniers recensements, un habitant sur deux a moins de 30 ans à Rennes et un habitant sur quatre est étudiant…). Nous avons mis ainsi en place une programmation annuelle festive et culturelle (la ND4J pour Nuit des 4 Jeudis) basée sur la co-construction, dont le portage est assuré par les associations et les collectifs étudiants en partenariat avec les acteurs locaux. Il s’agissait de créer des évènements réguliers favorisant l’appropriation des « sanctuaires » locaux par les jeunes (soirées électro dans les piscines municipales, battles hip hop à l’opéra, concerts rock en prison, courses de solex sur les campus, parcours street art et graff en centre-ville, etc)

L’autre dimension du poste consistait à suivre le fonctionnement des structures dédiées à la Jeunesse et la Vie Etudiante : Le CRIJ (Centre Régional Information et Jeunesse), l’AFEV (Association pour la Fondation Etudiante de la Ville) ou Animafac principalement.

Je travaillais enfin en lien étroit avec les universités (Rennes 1 et Rennes 2) pour l’accompagnement des dossiers de subvention et la réalisation des projets portés par les élèves (voyages linguistiques, création de revues, création de festivals, échanges culturels, …)

Au-delà de la question des objectifs, je pense que nous avons collectivement jeté les bases d’un véritable échange intergénérationnel, permis l’expression citoyenne, appuyé la question de la mixité culturelle et sociale et approché les questions, en termes éducatifs, du pré-politique, autrement dit du « faire société »

Délégué du Préfet de Rennes depuis 2015, vous vous trouvez en charge de la politique de la ville dans le cadre d’une coordination interministérielle. Quels sont les principaux domaines sur lesquels vous intervenez ? En quoi consiste votre rôle de coordinateur ?

Je m’inscris ici dans le cadre de la réforme des nouveaux « Contrats de Ville », succédant au CUCS (Contrat Urbain de Cohésion Sociale) qui prennent leur ancrage au sein des QPV (Quartiers Prioritaires de la Ville). Trois piliers ont été identifiés : La cohésion sociale, le développement économique et le renouvellement urbain. Trois thématiques transversales en ont été transcrites : la Jeunesse, l’égalité Femmes/Hommes et la mémoire des quartiers. C’est le fondement de ma mission : coordonner les services de l’État au plan local (Éducation Nationale, DDCSPP, DRJSCS, Direccte, Santé, DRAC, etc…) et servir d’interface aux collectivités territoriales (Ville, Métropole, Conseil Départemental, Région) pour l’accompagnement des projets et des programmes idoines. Tous concourent in fine à la lutte active contre les inégalités et la réduction des écarts sociaux, éducatifs et culturels. Si mon « rôle » signifie quelque chose, j’aimerais qu’il soit celui-là, qu’il s’en rapproche : s’engager pour plus de justice, d’égalité et d’intelligence collective. De la réussite éducative à l’amélioration du cadre de vie, de l’accès à la culture à l’insertion professionnelle, de la tranquillité publique à la santé, la politique de la ville est à la fois, pour moi, un monstre de complexité et la clé de voûte républicaine.

La succession de vos expériences montre la richesse de votre parcours professionnel et votre besoin de diversifier régulièrement vos lieux d’exercice. Comment envisagez-vous la suite de votre carrière ?

Sans plan de carrière par exemple !!! Je veux juste continuer à poser un regard curieux sur ce qui m’environne et suivre le rythme de mes pas. Je crois définitivement que je préfère le voyage à la destination.

CPE un jour, CPE toujours… Partagez-vous l’idée que l’on reste marqué, tout au long de son parcours professionnel, par l’identité professionnelle de son métier d’origine ? Si oui ou si non, pourquoi ?

Ce métier demeure ma matrice. Je me considère comme un CPE en apprentissage. En apprentissage de ses potentialités, en découverte de ses possibles. Un marqueur invisible et pourtant indélébile, inversement proportionnel : je ne sais toujours pas si c’est moi qui le porte ou l’inverse.

Morgan Chauvel, CPE détaché à la préfecture de Rennes