Amandine, professeure de SVT en Guyane, témoigne

Qu’est ce qui a été à l’origine de votre motivation pour demander votre mutation en Guyane ? Quelles sont les grandes caractéristiques de l’établissement dans lequel vous exercez ?

Tout d’abord, je n’ai jamais vraiment eu l’occasion de voyager très loin, pourtant j’en mûrissais l’envie depuis deux ans. Je pense qu’une partie de ma motivation trouve son origine là. Je ne me suis jamais fermée la porte à aucune académie car j’aime bien le changement : il est source de remise en question. C’est en regardant les barèmes prévisionnels de mutations en SVT que j’ai mûri mon désir de partir en Guyane. Après deux ou trois recherches sur internet j’étais convaincue : sa biodiversité abondante et la perspective de découvrir un nouvel environnement culturel m’avaient séduite ! Je me suis néanmoins posé des questions et j’ai même vraiment hésité à un moment car le peu de retours que j’en avais étaient négatifs. J’ai mis de côté mes choix de mutation un ou deux jours et j’ai pesé le pour et le contre. J’ai alors mesuré que mon envie de partir était plus grande que mon envie de rester et je me suis dit « C’est maintenant ou jamais : ça te tente, alors teste par toi-même et n’écoute pas les « on dit » ». C’est alors que j’ai réalisé qu’en tant que professeur de SVT, je pourrais découvrir une biodiversité époustouflante et une diversité culturelle enrichissante qui me demanderait de m’adapter et de remettre en question la manière d’enseigner que j’avais établie durant mon année de stage. Il y avait là un vrai défi et un changement assuré qui me permettrait de m’enrichir personnellement et d’enrichir ma pratique professionnelle. Ces réflexions ont confirmé mon choix et je n’ai plus modifié la position de mes vœux : c’était la Guyane en premier. Dans les représentations initiales que j’avais de la Guyane et de ce qu’on m’en décrivait, j’avais l’impression de partir à l’aventure au milieu de la forêt équatoriale. Comme j’avais envie de m’enrichir et d’observer d’autres systèmes de sociétés, ça me paraissait être une superbe occasion. Et puis, personnellement, j’avais envie de me recentrer sur l’essentiel et d’apprendre à vivre autrement (faire mieux avec moins, c’était aussi ça le challenge). J’imaginais que la Guyane serait moins industrialisée que ce qu’elle ne l’est en réalité à Cayenne (je pensais que Cayenne serait plus comme les villes que l’on trouve le long du fleuve). Finalement, Cayenne est vraiment très développée (toujours par rapport à mes représentations initiales) en commerces, équipements, nombre d’habitants et même en taille ; et moins dépaysante que ce que j’avais imaginé. Pour avoir voyagé un peu sur le territoire, je trouve que le mode de vie au sein des villages bordant les fleuves (Maroni et Oyapock) reflète davantage la représentation qu’on se fait de la Guyane depuis l’hexagone. Il faut venir le voir…

Concernant les grandes caractéristiques de mon établissement je commencerais par dire que mon collège a un effectif assez important (plus de 830 élèves). Nous avons environ neuf classes par niveaux, sans compter les classes de dispositifs particuliers. L’établissement dans lequel je travaille est classé en REP+, comme de nombreux établissements scolaires en Guyane. Je dirais que sa particularité est vraiment l’hétérogénéité des élèves sur plusieurs aspects : inégalités sociales, diversités culturelles, diversité des langues parlées, conditions familiales… Ces diversités se font ressentir parfois de manières négatives entre pairs mais deviennent rapidement une richesse durant nos cours (diversité des exemples et des modèles de représentation, traductions possibles par d’autres élèves, solidarité…).

Je dirais que la diversité des professeurs est aussi une caractéristique intéressante de notre établissement et enrichissante pour nos élèves. Le turn-over est très important au sein des équipes pédagogiques, ce qui est plutôt pénalisant pour la pérennité des projets à mettre en place. Nous comptons également beaucoup de vacataires. Je note aussi que selon les salles et les matières, nous ne disposons pas tous des mêmes équipements au sein du collège.

De plus, je trouve que la précarité se fait ressentir : certains élèves ne déjeunent pas… et donc le pôle social est très développé au sein du collège. Comme nous n’avons pas de cantine propre à l’établissement, quelques élèves vont manger à la demi-pension d’un établissement voisin ce qui, avec le manque de transport conditionne la pause méridienne à deux heures d’interruption. Les transports en commun ne sont pas très développés en Guyane. La plupart des élèves viennent à pied ou en vélo au collège.

Pour finir, la dernière caractéristique que je note est que, les cours commencent à 7h du matin et finissent souvent plus tôt. L’emploi du temps des professeurs est généralement assez agréable avec des après-midis libérés. D’ailleurs, et je terminerai par ce dernier point, les jeudis après-midi sont banalisés sur le territoire afin de pouvoir faire des « réunions REP+ ». Cela permet également d’avoir des créneaux pour suivre nos formations, donner rendez-vous aux parents ou encore échanger avec nos collègues (au sein de l’établissement mais aussi au sein des établissements voisins).

Tout d’abord, je n’ai jamais vraiment eu l’occasion de voyager très loin, pourtant j’en mûrissais l’envie depuis deux ans. Je pense qu’une partie de ma motivation trouve son origine de là. Je ne me suis jamais fermée la porte à aucune académie car j’aime bien le changement : il est source de remise en question. C’est en regardant les barèmes prévisionnels de mutations en SVT que j’ai mûri mon désir de partir en Guyane. Après deux ou trois recherches sur internet j’étais convaincue : sa biodiversité abondante et la perspective de découvrir un nouvel environnement culturel m’avaient séduite ! Je me suis néanmoins posé des questions et j’ai même vraiment hésité à un moment car le peu de retours que j’en avais étaient négatifs. J’ai mis de côté mes choix de mutation un ou deux jours et j’ai pesé le pour et le contre. J’ai alors mesuré que mon envie de partir était plus grande que mon envie de rester et je me suis dit « C’est maintenant ou jamais : ça te tente, alors teste par toi-même et n’écoute pas les on dit ». C’est alors que j’ai réalisé qu’en tant que professeur de SVT, je pourrai découvrir une biodiversité époustouflante et une diversité culturelle enrichissante qui me demanderait de m’adapter et de remettre en question la manière d’enseigner que j’avais établis durant mon année de stage. Il y avait là un vrai défi et un changement assuré qui me permettrait de m’enrichir personnellement et d’enrichir ma pratique professionnelle. Ces réflexions ont confirmé mon choix et je n’ai plus modifié la position de mes vœux : c’était la Guyane en premier. Dans les représentations initiales que j’avais de la Guyane et de ce qu’on m’en décrivait, j’avais l’impression de partir à l’aventure au milieu de la forêt équatoriale. Comme j’avais envie de m’enrichir et d’observer d’autres systèmes de sociétés, ça me paraissait être une superbe occasion. Et puis, personnellement, j’avais envie de me recentrer sur l’essentiel et d’apprendre à vivre autrement (faire mieux avec moins, c’était aussi ça le challenge). J’imaginais que la Guyane serait moins industrialisée que ce qu’elle n’est en réalité à Cayenne (je pensais que Cayenne serait plus comme les villes que l’on trouve le long du fleuve). Finalement, Cayenne est vraiment très développée (toujours par rapport à mes représentations initiales) en commerces, équipements, nombre d’habitant et même en taille ; et moins dépaysante que ce que j’avais imaginé. Pour avoir voyagé un peu sur le territoire, je trouve que le mode de vie au sein des villages bordant les fleuves (Maroni et Oyapock) reflète davantage la représentation qu’on se fait de la Guyane depuis l’hexagone. Il faut venir le voir…

Concernant les grandes caractéristiques de mon établissement je commencerais par dire que mon collège a un effectif assez important (plus de 830 élèves). Nous avons environ neuf classes par niveaux, sans compter les classes de dispositifs particuliers. L’établissement dans lequel je travaille est classé en REP+, comme de nombreux établissements scolaires en Guyane. Je dirai que sa particularité est vraiment l’hétérogénéité des élèves sur plusieurs aspects : inégalités sociales, diversités culturelles, diversité des langues parlées, conditions familiales… Ces diversités se font ressentir parfois de manières négatives entre pairs mais deviennent rapidement une richesse durant nos cours (diversité des exemples et des modèles de représentation, traductions possibles par d’autres élèves, solidarité…).
Je dirai que la diversité des professeurs est aussi une caractéristique intéressante de notre établissement et enrichissante pour nos élèves. Le turn-over est très important au sein des équipes pédagogiques, ce qui est plutôt pénalisant pour la pérennité des projets à mettre en place. Nous comptons également beaucoup de vacataires. Je note aussi que selon les salles et les matières, nous ne disposons pas tous des mêmes équipements au sein du collège.

De plus, je trouve que la précarité se fait ressentir : certains élèves ne déjeunent pas… et donc le pôle social est très développé au sein du collège. Comme nous n’avons pas de cantine propre à l’établissement, quelques élèves vont manger à la demi-pension d’un établissement voisin ce qui, avec le manque de transport conditionne la pause méridienne à deux heures d’interruption. Les transports en commun ne sont pas très développés en Guyane. La plupart des élèves viennent à pied ou en vélo au collège.

Pour finir, la dernière caractéristique que je note est que, les cours commencent à 7h du matin et finissent souvent plus tôt. L’emploi du temps des professeurs est généralement assez agréable avec des après-midis libérés. D’ailleurs, et je terminerai par ce dernier point, les jeudis après-midi sont banalisés sur le territoire afin de pouvoir faire des « réunions REP+ ». Cela permet également d’avoir des créneaux pour suivre nos formations, donner rendez-vous aux parents ou encore échanger avec nos collègues (au sein de l’établissement mais aussi au sein des établissements voisins).

En quoi diriez-vous que la population scolaire Guyanaise comporte des fragilités et cumule des difficultés de divers ordres ? La collaboration avec les familles est-elle fructueuse ?

Les fragilités de mes élèves reposent surtout sur la barrière de la langue, de la lecture ou encore de l’écriture. Nous avons beaucoup d’élèves qui ne maîtrisent pas ces codes et cela complexifie la communication. Ainsi, d’une part nous comptons des élèves illettrés (ayant suivi une formation sans en acquérir les compétences) et des élèves analphabètes n’ayant jamais été scolarisés dans leur pays d’origine… d’autre part, nous avons de très bons élèves qui maîtrisent ces compétences. Cela renforce l’hétérogénéité dans nos classes et demande un plus grand travail de différenciation.
Cette hétérogénéité se retrouve également sur le plan social (ex. : milieu familial). Certains élèves vivent des situations vraiment compliquées qui impactent fortement leur réussite scolaire : des élèves sont déjà mères en classe de 5°. Bien que ces situations deviennent de plus en plus rares au sein de notre collège, ce phénomène persiste encore dans les villages bordant le Maroni et l’Oyapock. L’éducation à la sexualité et le développement psycho-affectif de l’enfant sont donc encore des axes à développer. La précarité sociale est également importante et impacte les apprentissages (ex. : absence de lunettes, absence de matériel) ou encore, influent sur les relations sociales. Les difficultés d’hygiène accentuent effectivement l’exclusion entre pairs par un rejet plus fréquent se basant sur l’apparence physique (hygiène vestimentaire, hygiène bucco-dentaire). Cependant, l’assistante sociale du collège permet de résoudre pas mal de problème. D’ailleurs en Guyane, l’uniforme scolaire est obligatoire : T-shirt basique de couleur uniforme (jaune chez nous) avec un pantalon bleu. Après observation, je trouve que le port de l’uniforme me paraît pertinent car en Guyane il fait chaud et on a tendance à peu se couvrir. L’uniforme permet ainsi d’éviter de nombreux conflits quant à la décence de la tenue vestimentaire et à ses conséquences éventuelles.

Une autre fragilité du territoire est aussi d’inciter les parents à assurer leur devoir de scolarisation de leurs enfants : beaucoup d’enfants sont absentéistes, partent en vacances sur de longues périodes dans les pays voisins pendant des périodes de cours, ou encore restent à la maison pour s’occuper de leur fratrie lors de l’absence des parents. D’ailleurs, le schéma familial est bien souvent déstructuré : lors d’une demande de rendez-vous je rencontre souvent les grandes sœurs ou les grands frères, les tantes, les grands-mères plutôt que les parents de l’enfant. Cela s’explique en partie par la complexité de la relation des parents avec l’école, l’abondance de familles monoparentales, les préoccupations essentiellement économiques. La relation avec les parents est donc alambiquée puisque peu de parents s’impliquent réellement dans le suivi et la réussite scolaire de leurs enfants (rendez-vous manqués par ex.).

Cependant, dans mon établissement, je dois dire que la collaboration avec les familles tend vraiment à s’améliorer. En Guyane, comme prévu par la circulaire de 2013, le projet « malette des parents » est soutenu par plusieurs établissements. Ainsi, dans mon collège, divers projets ont été mis en place : « ouvrir l’école aux parents » ainsi que l’extension du « projet couture » avec les parents. En fait, en se servant de la culture locale (couture) on essaie de réconcilier les parents avec le milieu scolaire. Les parents sont eux-mêmes souvent dans des situations difficiles et ont conservé une image négative du milieu scolaire. Du coup, lorsque je les reçois dans le laboratoire de SVT (où nous avons la clim) je leur propose un café ou un thé. Cela permet d’établir un contact différent et ainsi, de mieux accompagner l’élève en leur expliquant notre but commun : la réussite de l’enfant.

L’éducation à la sexualité et le développement psycho-affectif semblent être des problématiques d’importance dans ce département. Pourquoi ? Quels ont été les points forts de la formation que vous avez suivie sur ces sujets ?

J’ai suivi une formation sur l’éducation à la sexualité et le développement psycho-affectif de l’enfant afin de mieux appréhender le contexte local concernant cette thématique. En tant qu’enseignante (de SVT particulièrement et bien que ce soit la mission de chaque enseignant), l’éducation à la sexualité me paraît être un des axes prioritaires (et notamment en Guyane qui n’est d’ailleurs pas une île mais un territoire d’Amérique du Sud limitrophe du Brésil et du Surinam). Comprendre le contexte territorial dans lequel je fais mon enseignement est essentiel pour moi afin de bien cerner les enjeux et les problématiques locales et donc d’y répondre au mieux. Cet été par exemple, il y a eu de véritables polémiques en Guyane au sujet de l’éducation à la sexualité (en école primaire notamment). Malheureusement, la neutralité républicaine sur ces questions n’est pas toujours respectée par l’ensemble des enseignants. Culturellement, ces thématiques sont aussi complexes à appréhender par les élèves car ils ont beaucoup d’idées reçues (ex. : moyens de contraceptions de « grand-mère »). Ainsi, une élève de 3° m’a dit que sa grand-mère lui avait dit de boire un grand verre d’eau salée après ses rapports sexuels afin d’éviter une grossesse non désirée…

Cette formation m’a aussi apporté des connaissances par rapport à la législation. J’ai approfondi les enjeux citoyens et le rôle de l’ensemble des enseignants dans la mise en œuvre de cette éducation (car, bien souvent ce sont seulement les SVT qui la prennent en charge…).
Durant cette formation j’ai également rencontré des personnes de différents horizons professionnels qui réalisaient la formation avec moi. Le dernier jour, j’ai pris leurs coordonnées car certains étaient des salariés de la maison de l’adolescent, d’autres des infirmières… J’y ai aussi rencontré la personne chargée de mission Santé sexuelle et reproductive –PMS avec qui nous allons mettre en place des actions d’éducation à la sexualité cette année à travers des interventions dans mes classes (résistance aux influences, notion de consentement, risques des écrans et prostitution juvénile…). Cet aspect de la formation, bien que souvent oublié, est cependant très intéressant car il permet d’enrichir ses contacts et partenariats avec des personnes qui partagent des objectifs communs avec nous vis-à-vis de la thématique abordée.

Un autre point fort que je retiens a été que théorie et pratiques se sont mêlées via divers exercices pédagogiquement stimulant (mise en scène, supports diversifiés : vidéos, jeux de cartes, sites accessibles sur la législation, idée de jeu sur les comportements psycho-sociaux). Cela a été très intéressant pour moi car ça m’a permis d’innover par la suite avec mes élèves en me donnant de nouvelles idées, de trouver de nouveaux supports et de les diversifier ou encore de ré-utiliser certains exercices en les adaptant à la tranche d’âge ciblée (ex. : ouverture d’un débat suite à une prise de position physique en deux colonnes qui se séparent spatialement selon la réponse vrai/faux à des questions portant sur des notions scientifiques).

Cette expérience vous a amenée à vous adapter à vos élèves et à mettre en œuvre des stratégies pédagogiques et relationnelles qui ont porté leurs fruits. Pouvez-vous nous en dire davantage ? Avez-vous le sentiment de vivre un vrai travail d’équipe avec vos collègues et les autres personnels ?

Il est vrai que, dès mon premier cours, j’ai dû adapter mon enseignement aux difficultés de mes élèves (illettrisme par ex.). C’est à ce moment-là que j’ai réellement compris les enjeux du territoire et que j’ai pris conscience de ma mission au sein de l’établissement. Le défi majeur est donc de maintenir l’attention de l’ensemble des élèves constituant une classe parfois très hétérogène en les faisant progresser tous à leur rythme mais en atteignant le plus souvent des objectifs communs. Pour ce faire, j’ai mis en place des petits automatismes qui m’aident à effectuer au mieux cette adaptation. Les principaux consistent en la coopération et la collaboration à différentes échelles.

Tout d’abord, j’essaie de tisser un lien privilégié avec chacun de mes élèves (bien qu’avec de nombreuses classes ça ne soit pas évident). Ils sont mes premiers interlocuteurs dans l’exercice de mon métier et mon meilleur référentiel pour savoir ce qui convient ou ce que je dois améliorer/modifier dans mes cours. J’adopte avec eux une bienveillance naturelle et j’essaie de souligner leur individualité au sein de groupe en accentuant leur particularité à travers l’attention que je leur porte. Ainsi, je n’hésite pas à faire remonter les détails que j’observe d’eux. Par exemple, je suis très sensible et attentive aux états de mes élèves et je les communique aux collègues lorsque cela me semble indiqué. Lorsque je passe dans les rangs pour accompagner leur travail, je regarde leurs avant-bras. Cette petite attention m’a déjà permis de relever quatre cas de mutilations / scarifications rien que cette année ! Pareil pour la qualité de la dentition et les caries non soignées ou encore l’absence de lunettes. Dans ce cas je garde l’élève en fin d’heure avec moi et j’avise sur les suites à donner (direction, parents, infirmière, assistante sociale, psychologue de l’E.N.).

De même, lorsqu’un élève est triste, je lui propose de rester en fin d’heure pour en parler s’il le souhaite. Souvent, il reste et vous donne de réelles informations pour comprendre sa situation personnelle : décès d’un parent, harcèlement scolaire, manque d’estime de soi, violences à la maison… Il y a de nombreux exemples négatifs mais l’inverse existe aussi : élève heureux car ayant eu un bon résultat ou une remarque positive de la part d’un enseignant. Le dernier cas qui selon moi reste la meilleure technique (car peut être la plus naturelle selon ma personnalité) est le suivant: lorsque je fais l’appel en début d’heure, je prends le temps d’observer chaque élève avec attention : changement de coiffure, nouvelle boucles d’oreilles… comme j’ai une bonne mémoire visuelle, les détails ne m’échappent pas! J’utilise donc cet avantage au profit de mes élèves. En leur faisant une petite remarque le plus souvent avec humour. Leur indiquant que j’ai remarqué leur changement, je crée un lien privilégié avec l’élève qui se sent alors plus disposé à apprendre (même si parfois ça n’est que pour me faire plaisir). L’élève se sent exister et prend conscience de sa place unique dans la classe. Par un simple détail, il se sent immédiatement plus en confiance. Il sait qu’il est l’objet de mon attention et ça le motive. J’aime bien user d’humour avec eux et ils me le rendent bien. J’utilise des traits de ma personnalité et les accentue pour les mettre à profit dans mon enseignement (cela revient trouver un équilibre entre faire du théâtre sans être trop théâtrale). Pour illustrer, je dois avouer que, passer par l’affectif, me permet de motiver et d’accrocher un plus grand nombre d’élèves. Les élèves studieux, qui ont des motivations intrinsèques, écoutent de toute manière Cette technique vise donc plutôt à raccrocher les élèves décrocheurs, en difficultés ou encore ceux dans ces deux cas. Avoir une relation privilégiée avec eux favorise leur productivité puisqu’ils travaillent pour me faire plaisir. Je privilégie également la bienveillance car celle-ci permet à l’élève de se faire plaisir à lui-même en développant la confiance en soi. Avec ces derniers j’adopte plus fréquemment une posture d’accompagnement. Pour finir je me préoccupe de leurs souhaits d’orientation, de leurs projets et de leurs centres d’intérêts. Ces derniers constituent un levier de motivation non négligeable. En résumé, je dirai que c’est par l’attention que je donne à mes élèves que j’établis ce lien privilégié qui me permet d’exercer mon métier dans des conditions plus favorables. Les parents sont également un des piliers sur lequel axer ses échanges pour développer sa relation de confiance avec l’enfant et mieux comprendre ses difficultés.

L’échelle de communication suivante s’effectue bien évidemment avec mes collègues. Je pense que le travail collaboratif participe fortement au bon fonctionnement d’un établissement. Ainsi, j’essaie de rester en contact avec les divers personnels de l’établissement. D’ailleurs, en REP+, un minimum de coopération est indispensable. Par ex., je suis souvent en relation avec la psychologue de l’E.N. l’assistante sociale, l’infirmière, la direction, les CPE, les surveillants, les collègues… Le travail d’équipe permet réellement d’atteindre de manière plus efficace notre but commun, à savoir l’épanouissement, la réussite, le choix de l’orientation) et l’éducation de nos élèves.

Je vis un travail d’équipe coopératif dans l’accompagnement de mes élèves et dans le suivi de leur scolarité au sein de l’établissement. J’aimerais cependant viser à ce que ce travail devienne de en plus collaboratif. J’échange souvent avec mes différents collègues via les plates-formes numériques ou encore par des échanges directs… Cela me permet d’obtenir et de transmettre des informations essentielles à la compréhension de l’élève ou de la classe en question mais également de prendre du recul sur certaines situations, de faire des signalements (ex. : plusieurs mutilations des avant-bras cette année et l’an passé) ou même d’avoir des conseils. Au sein de l’équipe de SVT, nous sommes très soudés et nous échangeons sur nos pratiques pédagogiques et didactiques. Cette communication permet de mettre en place des actions spécifiques. Par exemple, pour répondre aux besoins de l’éducation à la sexualité, nous avons un projet de prévention monté en partenariat avec l’infirmière du collège, un référent du rectorat sur l’éducation à la vie affective et relationnelle et des membres de la croix rouge sur les IST.

Pour finir, notre établissement étant l’établissement réseau de référence, nous avons également eu des temps d’insertion en école maternelle et primaire. Je trouve que cela permet d’avoir une continuité entre le premier et le second degré et d’observer différentes approches pédagogiques à des âges différents et des populations plus variées. C’était très intéressant et j’ai été surprise moi-même car c’est lors de mon immersion en maternelle que j’ai le plus appris en termes d’innovations pédagogiques et de différenciation. Je trouve cette expérience vraiment enrichissante et je me suis inscrite pour reconduire l’expérience cette année. Le travail collaboratif doit donc, selon moi, être développé à la fois à l’intérieur de l’établissement mais également avec des intervenants extérieurs.

Envisagez-vous de rester en Guyane pendant encore quelques années ? Quelles sont les autres académies qui vous tentent à courts ou moyens termes ? Pour quelles raisons ?

Alors rester en Guyane, pour la Guyane, mes élèves et mes collègues, oui ! Cependant, ma vie personnelle ne me permettra pas d’y rester pour une très longue durée dans la mesure où mon conjoint est fréquemment muté pour des raisons professionnelles. J’aimerais donc le suivre, quitte à revenir en Guyane avec lui dès que les conditions le permettront. Nous en avons déjà brièvement parlé d’ailleurs. Ainsi, la mobilité s’imposant, j’envisage deux options entre lesquelles je n’ai pas encore tranché. Les seuls critères qui resteront inchangés je pense, seront : pas le sud car je veux retrouver la sensation de froid et une mutation où je peux retrouver une biodiversité satisfaisante et faire des SVT en allant me promener (le massif central avec ses volcans, les Alpes et le Jura avec ses chaînes de montagnes…).

Donc, dans un sens, je souhaite me rapprocher de ma famille puisque l’outre-mer nous sépare aussi un peu de nos proches (au moins géographiquement). Ainsi, toute la région Grand-Est et les académies qu’elle comporte (Strasbourg, Nancy-Metz notamment) m’intéressent particulièrement.
Dans un autre sens, j’aimerai suivre mon ressenti et mes envies aux moments des mutations. Pour le moment je pense me rapprocher de la côte nord-ouest pour diverses raisons parmi lesquelles le fait que j’y apprécie la culture et la biodiversité du milieu marin (visiter et faire visiter le site de Roscoff que je n’ai pas eu l’occasion de faire en master). La Corse me tenterait également à plus long terme.

Je pense que l’important pour moi dans mes choix de mutation à venir, sera que l’académie soit bien desservie au niveau des transports afin que je puisse circuler rapidement et librement sans trop de contraintes. L’autre critère indispensable, mentionné plus tôt, est qu’il fasse froid. Une académie près des régions montagneuses me plairait pour diverses raisons : d’abord je verrai à nouveau de la neige, des saisons, des particularités géologiques et biologiques… Je pourrai ensuite faire de longues randonnées en cueillant des champignons ! Je suis un peu nostalgique de la diversité des paysages de la France hexagonale, bien que, j’apprécie sans conteste la beauté de la biodiversité guyanaise. L’académie de Lyon, celle Dijon ou encore de Besançon pourraient donc me plaire (tout comme celle de Nancy-Metz ou encore de Strasbourg). Le massif central est très beau aussi et me tenterait beaucoup… honnêtement c’est une question difficile. En fait les saisons me manquent quand même et j’aimerais revoir de la neige en hiver. L’exotisme que je suis allée chercher en Outre-Mer me permet d’apprécier d’autant plus la beauté et la diversité des paysages de France hexagonale que l’on oublie par habitude. Sortir de ce cocon m’a aussi rendue nostalgique de mes académies d’origine (Nancy-Metz, Strasbourg, Besançon). Finalement je pense que je serai heureuse n’importe où tant que l’essentiel est là. Tout ce que je sais c’est que j’aurai besoin de rentrer quelques temps pour mieux repartir par la suite. J’ai pour projet à plus long terme de repartir en outre-mer ou d’enseigner à l’étranger.

Dans mes grandes idées à plus long terme, j’aimerai aller enseigner en Afrique ou aux Philippines. Je n’exclus pas les autres Outre-Mer car l’expérience de la Guyane me plaît vraiment. Je crois que vous avez pu voir que je ne me ferme à aucune opportunité à venir pour l’instant.

À quelles perspectives de carrière avez-vous réfléchi ? Quels sont les domaines ou les champs de compétence qui vous tiennent le plus à cœur ?

Formatrice à l’ÉSPÉ (école supérieure du professorat et de l’éducation) me tenterait beaucoup ! D’abord parce que j’aimerais re-transmettre à mon tour toutes les richesses que j’ai reçues. Ensuite parce que je sais que cela permet de rester « pédagogiquement » et « didactiquement » connectée, de garder un esprit critique plus grand sur ses propres pratiques professionnelles. J’aimerais parler de mon expérience, tester de nouvelles approches, donner des conseils, former, accompagner et échanger avec les étudiants, m’enrichir d’eux aussi (car je trouve que souvent les jeunes professeurs osent tenter de nouvelles approches). Ils sont souvent plus flexibles et aptes à se remettre en question. Accompagner de jeunes professeurs ou des étudiants en fin d’études, les préparer aux épreuves du CAPES me plairait vraiment ! Cette expérience irait de pair avec le fait de m’engager dans les jurys de concours et prendrait tout son sens dans la mesure où elle me permettrait d’être en première ligne pour garantir l’intégrité de mon métier et de ses valeurs. J’aime profondément mon métier et j’aimerais qu’il soit exercé par des passionnés ! J’idéalise l’enseignant mais pour moi il a un rôle extrêmement important à jouer dans le développement de l’enfant et de la société à venir. Après tout, nous avons entre nos mains la société de demain !

En parallèle, j’envisage de passer l’agrégation interne une fois que je pourrai le faire car je sais que cette expérience sera stimulante et me permettra de voir mon enseignement sous un angle différent. J’avoue que dans cette entreprise, il y a aussi une part de défi personnel et ce serait un réel accomplissement en soi que d’aller au bout des choses en termes d’examens professionnels. Dans un certains sens, l’agrégation serait une forme d’aboutissement, une reconnaissance professionnelle de la part de mes pairs (bien que celle des élèves soit gratifiante au quotidien). Je songe à l’agrégation interne car une des choses que j’aime le plus dans mon métier c’est la pédagogie. Je m’étais par exemple renseignée sur la pédagogie de Maria Montessori. Sa manière d’appréhender l’apprenant et de respecter son temps d’apprentissage par une succession d’essais/erreurs en donnant un sens pratique à ses apprentissages est vraiment intéressante. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de mettre cette pédagogie en pratique dans un cadre associatif avec des enfants de maternelles. C’était intéressant mais complexe. C’est effectivement une méthode qui s’acquiert et se travaille avec l’enfant sur la durée. Il faut que l’enfant s’habitue à cette nouvelle approche. C’est exactement comme le temps d’adaptation dont ont besoin nos élèves lorsqu’ils changent d’enseignants. Parfois nous avons des automatismes qui nous semblent logiques. Par exemple, lorsque je demande à un collègue de faire l’évaluation que je propose à mes élèves, je découvre que tout n’est pas uniquement lié à leur absence d’apprentissage mais aussi, à mes propres pratiques qui peuvent inconsciemment complexifier le devoir. Le but est donc d’avoir du recul sur notre manière d’enseigner et de garder la distance réflexive nécessaire pour se rendre compte de ce que nous faisons par automatisme afin de pouvoir remettre en question son enseignement. En résumé, développer mes connaissances sur les élèves, leur psychologie et les processus d’apprentissages me permettrait d’exercer encore mieux mon métier et d’avoir toutes les clés en main pour échanger avec mes pairs sur les diverses stratégies à mettre en place ou encore, de mieux accompagner les jeunes enseignants dans leurs premières prise de fonction (lors de formations par ex.).

Pour finir, un des domaines qui me tient le plus à cœur est l’éducation à la sexualité car je pense qu’il y a vraiment besoin de mettre en œuvre des projets éducatifs concernant cette thématique, particulièrement en Guyane. Cela rejoint un autre domaine pour lequel j’ai un intérêt spécifique et qui concerne l’éveil à l’esprit critique et qui vise à développer de futurs citoyens éthiquement responsables (questions de bio-éthique par exemple). La bienveillance et la psychologie de l’enfant/de l’adolescent m’intéressent également énormément avec tout ce qui est en rapport à l’estime de soi (il y a malheureusement trop d’élèves qui se mutilent). Les formations sur le renforcement des compétences psycho-sociales (CPS) permettent de répondre à toutes ces thématiques en transversalité. J’aimerais donc bien compléter ma propre formation. La maîtrise de la psychologie de l’enfant et de l’adolescent me paraît essentielle pour répondre aux besoins de l’individu, le comprendre et l’accompagner vers plus d’autonomie et vers une vie d’adulte épanouissante.

Amandine KUHN, enseignante de SVT en poste en Guyane

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