Devenir enseignante d’espagnol, Mégane témoigne…

Pouvez-vous nous dire comment est né votre projet professionnel de devenir enseignante d’espagnol ?

Mes premières envies d’enseigner sont nées en primaire. J’ai d’abord souhaité enseigner plusieurs matières puis mon choix s’est porté sur l’espagnol, langue que j’affectionne particulièrement. Au-delà du disciplinaire, c’est le fait même de transmettre un savoir et des principes, de réfléchir sur les manières de les faire passer qui ont suscité mon intérêt. Plusieurs professeurs ont marqué ma scolarité et m’ont donné l’envie de partager à mon tour des savoirs et des savoirs-être.

Vous avez mené des études universitaires à la fois en France et en Espagne. Quelles différences majeures avez-vous repéré entre ces deux systèmes éducatifs ?

Je pense pouvoir affirmer que je ne serais pas l’enseignante que je suis aujourd’hui sans mes études universitaires partagées entre la France et l’Espagne. Je bénéficie d’une expérience dans deux systèmes éducatifs différents. En Espagne, les élèves ont des cours de catéchisme, des heures dédiées au tutorat sont mises en place afin de recevoir les élèves de manière individuelle pour pouvoir répondre à leurs questions sur un travail à effectuer par exemple ou sur leur orientation. D’autre part, les horaires sont différents : en Espagne les élèves vont à l’école le matin et peuvent participer l’après-midi à des activités extrascolaires. Ce sont les principales différences que j’ai pu noter. Il ne s’agit pas là de préférer un système éducatif à un autre, simplement de noter des divergences (mais aussi des convergences), qui sont souvent d’ordre culturel.

Vous exercez cette année en qualité de professeur stagiaire dans un collège rural du Jura. Diriez-vous que ces premiers pas dans l’enseignement confirment votre appétence pour le métier ? Pourquoi ?

Cette première année en tant que professeure stagiaire n’a fait que confirmer mon souhait d’enseigner. Je n’enseigne pas seulement une langue, j’initie aussi mes élèves à la découverte d’une autre culture. Je souhaite susciter leur curiosité mais également ouvrir leur esprit.
En qualité de professeure stagiaire, je bénéficie des conseils d’un tuteur, également enseignant d’espagnol dans mon établissement. Nous échangeons beaucoup sur notre métier et notre discipline. J’ai pu approfondir grâce à lui mes connaissances en matière de pédagogie et observer la diversité que nous offre ce métier.

L’un des enjeux de votre discipline est la participation orale des élèves. Quelles approches pédagogiques avez-vous privilégiées depuis le début de l’année scolaire ? Considérez-vous que les méthodes mises en œuvre ont porté leurs fruits ?

Afin de favoriser la participation orale, clé de l’apprentissage d’une langue, j’avais mis en place dès le début de l’année une fiche de participation orale. Celle-ci valorisait la participation active en classe, les efforts de prononciation ou de construction de phrases complètes ainsi que l’attitude en classe. Elle donnait lieu à chaque cours à une note sur 5. J’adaptais la notation en fonction des compétences mais aussi du degré de timidité de l’élève. Je n’avais pas les mêmes attentes pour un(e) élève qui avait déjà été initié(e) à l’espagnol ou pour un(e) élève pour qui le fait même d’être interrogé(e) et de devoir répondre supposait un réel effort. Le but n’était pas qu’ils participent tous de la même façon, à la même fréquence et pour les mêmes activités mais que chacun puisse progresser et atteindre le niveau qui lui correspondait. Cette fiche de participation n’était en réalité qu’un support. Les élèves participaient au début dans le but d’obtenir le plus de points possibles et à la clé une bonne note. Puis petit à petit ils ont oublié cette feuille, qu’ils avaient pris l’habitude de remplir en fin d’heure et se sont mis à participer de manière sans doute plus spontanée. En effet, ils ont constaté qu’ils en étaient capables et qu’ils étaient récompensés, non pas pour la quantité de prises de paroles mais pour les efforts qu’ils fournissaient.
Au début du second trimestre, j’ai souhaité travailler en îlots et ai placé les élèves en fonction de leurs besoins. L’organisation de la classe en îlots n’est pas née d’un désir d’augmenter la participation orale en cours d’espagnol. Il s’agissait plutôt de donner la possibilité aux élèves de profiter des capacités et savoirs de chacun. Ils développent par ailleurs des compétences à travailler en groupe. J’ai tout de même mis en place une feuille de participation orale par groupe, ce qui a favorisé la prise de parole des plus discrets. En effet, la note de l’îlot dépend de la participation de chacun de ses membres.
Je pense que les différentes méthodes mises en place ont porté leurs fruits dans le sens où j’ai obtenu une participation orale active en cours d’espagnol. Cela a aussi dépassé l’aspect disciplinaire. Chaque élève a pris conscience de ses capacités et a pu observer que chaque initiative était récompensée, qu’elle soit juste ou non. L’objectif, qui a été atteint, était notamment de montrer à chaque élève qu’il pouvait participer au travail de groupe, aux échanges dans la classe et à l’avancée du cours, quelles que soient ses capacités. L’acquisition d’autonomie, la mutualisation et l’interaction sont également des objectifs que je m’étais proposés et qui ont été atteints.

La dynamique de projet fait partie des axes que vous avez privilégiés. Pouvez-vous nous donner quelques exemples qui illustrent votre démarche ?

Je pense que mes pratiques professionnelles sont marquées par la diversité des méthodes pédagogiques. L’une d’elles est la méthode basée sur le projet. Chaque séquence donne lieu à la réalisation d’un projet final. Ce dernier est explicité aux élèves dès les premières séances. Il vise à mobiliser l’ensemble des connaissances (culturelles, grammaticales, lexicales…) étudiées. Il s’agit également de développer leur créativité et de donner à ce projet une dimension esthétique. Je me base également sur la démarche actionnelle, en mettant en place des activités ludiques. Comme je l’ai mentionné ci-dessus, le travail en îlot permet également aux élèves de travailler l’expression orale en interaction et de mutualiser. J’essaye de diversifier le plus possible mes approches pédagogiques afin de susciter leur curiosité.

Comment voyez-vous la suite de votre carrière ? Envisagez-vous un jour de postuler pour enseigner dans un pays hispanisant ? Si oui, dans quel objectif ?

Je souhaite continuer d’enseigner dans le secondaire où je m’épanouis déjà énormément ou dans l’enseignement supérieur, afin de m’ouvrir à un autre public et à d’autres façons d’enseigner. Le fait d’enseigner un jour dans un pays hispanisant est une possibilité que je n’exclus pas. Mon choix serait motivé par l’opportunité de découvrir un autre système éducatif dans le cas de pays d’Amérique Latine par exemple ou de parfaire ma connaissance du système éducatif espagnol. Cela me permettrait également d’enseigner une autre discipline que la mienne et de développer mes compétences pédagogiques. Ce dernier point est l’un des objectifs principaux de ma carrière. Je souhaite découvrir d’autres perspectives d’enseignements, acquérir d’autres savoirs faire. Pourquoi ne pas aussi partager des compétences liées à l’éducation avec d’autres enseignants francophones ou hispanophones, notamment dans le cadre de la formation pour adultes ?
D’autre part, je souhaite poursuivre dans le domaine des Études Ibériques. J’envisage pour cela d’effectuer un doctorat, ainsi que de me présenter à l’agrégation.

Mégane Robert, académie de Besançon